IV. — LE PSEUDO-ARAVATIUS
quelques siècles auparavant les Sicambres, ce que devaient devenir quelques siècles plus tard les Sarrasins, c'est-à-dire les représentants poétiques de la barbarie. Les paysans d'aujourd'hui qui appellent les voies romaines chemins des Sarrasins parlent identiquement comme les contemporains de Grégoire de Tours, qui donnaient le nom de Huns à tous les envahisseurs de l'empire. La langue épique a partout les mêmes lois : il était inévitable qu'ayant à nommer les barbares qui détruisirent Tongres, la voix populaire les appelât les Huns.
Cette substitution de noms, qui a si longtemps dérouté les érudits, est un fait incontestable. Les Huns n'ont jamais passé à Tongres. A l'aller, ils étaient partagés en deux corps d'armée, dont le plus septentrional a franchi le Rhin aux environs de Mayence (1) et doit avoir ensuite opéré sa jonction avec Taile droite venant de Strasbourg sur Metz, d'où elle aura continué sa marche vers le sud de la Gaule. Après leur défaite à Mauriac, les Huns se sont hâtés de regagner la Pannonie, menés battant fort jusqu'au cœur de la Germanie par Aétius, et perdant en route une bonne partie de leurs troupes, comme toute armée en retraite et démoralisée (2). Dans ces conditions , la destruction de Tongres parles soldats d'Attila est chose absolument dénuée de vraisemblance. Par contre, la ville a été réellement prise et détruite par les Vandales en 406, lors de la terrible invasion qui, forçant le Rhin à Cologne, versa sur la Gaule une avalanche de peuples germaniques. Nous savons qu'à cette occasion toutes les villes de la Relgique furent mises à feu et à sang. Tongres, il est vrai, n'est pas expressément cité dans le passage célèbre de saint Jérôme qui parle de cette grande catastrophe (3), mais l'itinéraire suivi par les
(1) Voir Wietersheim, Geschichte der Vôlkerwanderung, t. II, p. 246.
(2) Id., op. cit., t. II, p. 259.
(3) Innumerabiles et ferocissimae nationes universas Gallias occuparimt. Quidquid inter Alpes et Pyrenaciim es(, quod Oceano et Rlieno includitur, Quadus, Vandalus, Sarmata, Halani. Gipedes, Heruli, Saxone?, Burgundiones. Alamanni, et, o iugenda re?piiblica! hostes Pannonii vastarunt. Elenim Àssur vritii evm UUs (Psalm. 82, 9). MogHP.tîacurri, nobllls qnondam civilas, capta atciue subversa est, et in ecclesia