‹ Études franquesChapitre 35 sur 59 · gallo-romains · texte numérisé non relu

gallo-romains

23 — 12 = 13 barbares.

Il est assurément bien intéressant de constater que dès le lendemain de la conquête de l'Aquitaine, les rois francs confièrent le gouvernement de ce pays, non pas à des gens de leur race comme on le dit toujours, mais aux membres des grandes familles iudigèues. Ce résultat mérite d'être précisé, et nous avons à faire remarquer tout d'abord qu'à en juger par nos textes, toutes les provinces ne furent pas traitées de la même manière. Il en est deux sur lesquelles nous sommes un peu plus renseignés que sur les autres : c'est l'Auvergne et la Touraiue. L'Auvergne, pays de vieille et puissante aristocratie, n'a pas connu d'autres gouverneurs que les membres de ses grandes familles : à part une courte période d'état de siège qui n'a pas duré plus de deux ans, tous ses comtes connus au VI'" siècle appartiennent à la noblesse indigène. Bien plus, il apparaît fort clairement qu'il y a en Auvergne trois ou quatre très grandes familles qui se disputent en quelque sorte les fonctions comtales. Outre celle de Sidoine Apollinaire et celle de Grégoire de Tours, qui ont chacune un représentant parmi les dix dignitaires de notre liste, il y a celle d'Horteusius, représentée par deux comtes (Hortensius lui-même et Salustius), et celle de Britianus, qui en fournit également deux (Britianus et Firminus), sans compter Paliadius, iils de Britianus, qui gouverna le Gévaudan, Si nous étions mieux informés, nous arriverions peut-être à faire rentrer dans l'une ou dans l'autre de ces familles tout les autres comtes d'Auvergne; quoi qu'il eu soit, voilà quatre familles qui donnent à elles seules six comtes sur dix connus.

Les choses ne se présentent pas avec la même netteté en Touraine. Nous ne savons pas si ce pays possédait une aristocratie aussi prépondérante qu'en Auvergne. Nous

AU \r SIECLE.

voyons cependant que, sur ses sept comtes (ou huit en y comprenant ^^'ilIacharius), quatre portent un nom romain et sont par conséquent, en vertu de notre critérium, de race gallo-romaine. Un cinquième, bien que portant un nom barbare, appartient à la même race : c'est Leudastes, fils de Leocadius. Il ne reste donc que trois comtes pour lesquels on peut à la rigueur revendiquer une origine barbare : Eborinus, Gaiso et Willacharius. Et encore est-on bien loin de pouvoir l'affirmer

Nos comtes de Tours ont-ils été des indigènes? Il semble bien que ce soit le cas pour deux d'entre eux : Galienus, ami de Grégoire de Tours, et Eunomius, qui fut choisi par la population elle-même. Leudastes, par contre, est étranger au pays, et peut-être aussi Gaiso, son prédécesseur, que Gharibert plaça à la tête du pays après en avoir hérité de son frère Glotaire, Ce double choix prouve chez Gharibert peu de confiance dans les indigènes, et tout son règne semble trahir un homme plus violent qu'adroit Par contre, Ghilpéric, à deux reprises, abandonna le choix du comte à la population elle-même : ménagement habile envers un peuple à peine soumis et qu'il s'agissait de s'attacher par un lien plus solide que celui de la peur. On serait tenté de croire que les autres comtes de Touraine dont on ne nous signale pas la provenance étaient également des indigènes. Et dans ce cas, il y a quelque probabilité en faveur de leur origine aristocratique. Un homme de petite naissance pouvait bien, comme Leudastes, être mis à la tête d'un pays où il arrivait en étranger, mais on ne se figure pas bien le prestige qu'aurait possédé un comte que ses administrés auraient pu voir travailler sous le fouet ou livré à quelque occupation servile.

A part l'Auvergne et la Touraine, les autres provinces ne nous fournissent guère d'indication. Nous voyons, il est vrai, que les trois comtes du Gévaudan sont romains, et que l'un d'eux appartient à laristocratie arverne; nous voyons d'autre part que trois comtes de l'Angoumois portent des noms germaniques. Si cela suffit pour autoriser un raisonnement, je dirai que le Gévaudan, conligu à l'Auvergne, était comme

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