VI. — DE LA NATIONALITÉ DES COMTES FRANCS
elle foncièi'enient romain et aristocratique, tandis qu'Angoulême, qui, du haut de son promontoire escarpé, avait résisté la dernière à Glovis — il fallut, selon la légende, un miracle pour avoir raison d'elle — était peut-être trop peu ralliée au régime franc pour qu'on osât y nommer des comtes indigènes. Mais ce ne sont là que des conjectures qu'une connaissance plus complète des faits dissiperait peut-être, et j'ai hâte d'abandonner ce terrain.
Il semble qu'on puisse être un peu plus affirmatif en ce qui concerne la Burgondie. Les six comtes que nous rencontrons dans ce pays sont tous romains; aucun n'appartient à la race burgonde ou frasque . Pourquoi? Peut-être parce que les rois francs, au lendemain de la conquête, ont eu intérêt à appeler aux fonctions comtales les Gallo-Romains dont ils étaient sûrs, et à en écarter les Burgondes, qui avaient combattu contre eux. De la sorte, au surplus, ils maintenaient l'ancienne hostilité qui, en Burgondie comme dans tous les royaumes ariens, sévissait entre les indigènes catholiques et les conquérants hétérodoxes. Il y avait dans cette politique un double profit pour eux, et il n'y a pas de doute qu'elle ait été réellement suivie. Je dois cependant observer que dès le temps des rois burgondes, plusieurs dignitaires de ce pays sont également des Gallo-Romains; tels sont saint Grégoire de Langres qui, avant de devenir évêque en 506 ou 307, avait été comte d'Autun pendant quarante ans(l); Namatius, évêque de Vienne, qui, mort en o22, avait rempli les fonctions de patrice avant son épiscopat (2); Pantagatus, dont l'inscription funéraire est à Vaison (3).
Quant au royaume des Francs proprement dit, il n'est pas étonnant que nous y trouvions une plus forte proportion de comtes à noms germaniques. Le mélange des noms, dans ce pays, n'était que l'indice du mélange des races, qui y vivaient sur le pied de la plus absolue égalité. Il n'en est pas moins intéressant de voir un comte de race romaine, Eleuthère,
(1) Grégoire de Tours, V. P., VII, i.
(2) Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gmile, 11, p. 9(5.
(3) Id., ibid., II, p. 218.
AU Vl« SIÈCLE. 181
devenir l'évêque de la ville qui avait été le berceau de la monai'chie franque. Un tel choix est en quelque sorte symptomatique ; il achève le tableau de la condition politique faite, sous le gouvernement des rois mérovingiens, à la population indigène et en particulier à son aristocratie. Dès le premier jour, le conquérant franc s'est confié à ces peuples qu'il venait de mettre sous son autorité, et les a appelés au partage de ses plus hautes attributions politiques. Cela suffît pour montrer, d'une part, sa popularité en Aquitaine et en Bourgogne à partir de la première heure, et, d'autre part, la parfaite égalité qui régnait entre les barbares et les indigènes dans le nouveau royaume.