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VII. — LES DUCS ET LES COMTES DAUVERGNE

génération après, le terrible souvenir en était encore tout vivant dans l'esprit des populations (1).

En quittant l'Auvergne ainsi frappée, Thierry sentit le besoin d'y laisser un gouvernement fort, et il le confia à un de ses proches nommé Sigivald, avec le titre de duc (2). En pays franc, ce titre, comme ou sait, suppose le gouvernement de plusieurs comtés réunis dans les mains d'un même chef, qui en a surtout le commandement militaire, pendant que, sous ses ordres, chacun des comtés continue d'être gouverné par un comte. Ce duché était peut-être identique à celui que, plus tard, le duc Nicetius aura sous ses ordres, et qui comprendra l'Auvergne, le Gévaudan et le Velay, le Rouergue et le pays d'Uzès (3). L'histoire ne nous dit pas pourquoi les rois mérovingiens imaginent, de temps à autre, de grouper divers comtés sous l'autorité d'un même duc, mais nous avons lieu de croire que cette mesure, toujours temporaire, était dictée par les nécessités du moment. En général, nous voyons que les duchés sont d'ordinaire constitués au lendemain d'une conquête, et qu'ils se dissolvent en temps de gouvernement paisible et régulier. L'histoire de l'Auvergne n'est pas pour faire exception à cette règle.

Le gouvernement de Sigivald dans son duché ne dura guère plus d'une année. Pour des raisons qu'on ignore, il encourut la disgrâce de son redoutable maître, qui le fit mettre à mort. Pendant ce court espace de temps, le comté d'Auvergne eut à sa tête, et sous l'hégémonie de Sigivald, si je ne me trompe, un comte du nom de Becco (4), très

(1) Grégoire de Tours, Hist. Franc. 111, 12-13; Vit. Patr., IV, 2; Virt. s. Jul., 13 Cf. Formiilav Arvci-nenses, { (Zemncr).

(2) Sur Sigivald, voir Grégoire de Tours, Hist. Franc, III, Mi, IC, 23, 24; V, ■12; Vit. Patr., V. n ; Xll, 2 et 3; Virt. s, Jul., i^.

(3) Grégoire de Tours, Hist. Franc, VIll, 18 : Nicetius per emissionein Kulalii a cornilalu Arvi^riio subinolus, ducatum a rege expetiit, dalis pre eo immensis niuiioribus. El --ic in urbe Arverna, Uulena atque Ucetica dux ordinatus est. L'Auvergne élail d'ailleurs la tôle de ce duclié et lui donnait son nom, si l'on peut prendre à la !(^lli'C le iiualilicalil Arrenionnii diu employé par Grégoire, Hist. Franc, VIII, 30.

(4) Grégoire de Tours, Vï;^ s. Jul., H'>.

probablement un barbare comme lui(l). Grégoire, écho des souvenirs de son peuple, parle de Becco d'une manière assez défavorable, et cela se comprend. L'Auvergne^ au lendemain du terrible cb aliment que lui avait infligé Thierry 1^% était un pays en état de siège, livré à tous les caprices de la garnison qu'y avait amenée le gouverneur,

Becco disparaît de la scène à peu près en même temps que son chef Sigivald, mis à mort dans les derniers temps de Thierry.

Et l'on ne risque pas de s'égarer en supposant que Théodebert, qui venait de succéder à Thierry, et qui avait à cœur d'inaugurer un régime de réconciliation et d'amnistie, aura voulu mettre fin à l'état de siège qui durait depuis plus d'un an, en donnant à l'Auvergne un comte choisi dans son propre ?ein. Ce qui rend cette intention en quelque sorte manifeste, c'est qu'il rétablit en fonctions le comte Hortensius, qui avait été. on l'a vu, dépossédé après la catastrophe de 532. C'était dire qu'on entendait passer l'éponge sur le passé et renouer le fil de la tradition à l'endroit où on l'avait brisé. Et, en effet, avec le rétablissement d' Hortensius recommença

(() Fauriel, o. c. II, p, 129, écrit que le nom de Becco « est indubitablement celui d'une ancienne famille gauloise ». Cette supposition ne résiste pas à l'examen. Non seulement les noms gaulois avaient totalement disparu en Gaule bien avant le VI*^ siècle, mais Becco fait partie d'un groupe de noms se rattachant, selon toute vraisemblance, à un thème Big sur lequel voir Focrstcmann, Altdcutsches Namenbitch, tome I, ^f édition, col. 302. Fauriel ne se trompe pas moins en faisant de Becco un comte de Brioude. Brioude faisait partie de la Civitas Àrveniorum, c'est-à-dire, patsuite, du comté d'Auvergne. En ce qui conceine l'époque de l'administration de Becco, de laquelle Grégoire, /. c,, ne nous dit rien, je me suis décidé à la placer sous Sigivald : l» parce que le nom barbare porté par ce comte rend au moins possible la supposition qu'il était barbare lui-même, et que, dans ce cas, aucune date ne lui conviendrait mieu.x que celle de l'état de siège; 2" parce que Grégoire de Tours parle de lui avec une aversion manifeste, qui s'explique par les mauvais souvenirs qu'ont laissés les commandants militaires établis alors en Auvergne; 3° parce que, pour les années suivantes, le nombre des comtes apparaît déjà fort grand, et qu'il n'est pas vraisemblable qu'on puisse en intercaler un de plus dans la série. Roth, Geschichte des Beneficialwesens, p. -173, place le gouvernement de Becco sous le règne de Sigebert (361-373); c'est une conjecture que rien ne justifie, et nous verrons que c'est le comte Firminus qui administra l'Auvergne pendant la plus grande partie de ce règne.

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pour l'Auvergne une période dadininislration régulièi*e et de jours paisibles, Hortensius appartenait à une des plus grandes familles de Clermont. Nous lui connaissons un fils, Evodius, qui fut élu évêque de JavolzCl), et deux petits-fils dont l'un, Euphrasius, faillit obtenir le siège épiscopal de Clermont en 574 (2), et dont l'autre, Saluste, entre 355 et 560, y occupa les fonctions coralales (3). Voilà donc une de ces familles nobles (4) de la Gaule comme nous en connaissons beaucoup, et dans le sein desquelles les dignités ecclésiastiques et les dignités profanes font partie pour ainsi dire du patrimoine (o).

(■1) Grégoire de Tours, Vit. Patr., VI, 4.

|2) Le même, Hist. Franc, IV, 33.

(3) Le même, Hist. Franc, IV, IS.

■'4) Voici un court IVaginenl généalogique tle cette famille :

Hortensius, comte de Clermont.

Evodius, evêque élu de Javoz.

Saluste Euphrasius

comte de Clermont candidat à l'évêché

entre o5o et 360. de Clermont {37)).

(o) Un comte de Clei'mont du nom d'Evodius est mentionné dans le Vita sancti Dalmati [Scriptores Rerum Mcrovingicarnm, éd. Kruscli, t. III, p. ai!)) comme contemporain de saint Dalniatius, qui occupa le siège épiscopal de Rodez de o3o à 380; il aurait donc gouverné le comté après Hortensius et avant Nicelius, qui était comte en 373. Or, comme Nicetius a pour prédécesseurs probables Georgius et Britianus, comme prédécesseurs certains Firminus et Saluste, il ne reslei'ait guère place pour Evodius sur la liste des comtes de Clermont qu'immédiatement aprè.-> Hortensius. D'autre part, nous savons (|u'Hoi'(ensius a eu un fils du nom d'Evodius, et qu'un des fils d'Evodius, Saluste, lui comte de Clermont. Il semblerait donc tout naturel d'identifier le comte Evodius du Vita Dalmati avec le fils d'Horlensius, comme incline à le faire Fauriel o. c II, p. ■130. Ce qui s'y oppose, c'est que Grégoire ne nomme Evodius que quondam Evodivx stenator {Hist. Franc, IV, 35' Evodius quidam ex xenatoribus prcsbiter {Vit. Patr., VI, 4) et même Evodius tout court Hist. Franc, IV, 13; il est donc cei'lain qu'il n'a pas vu en lui un comte. Il faudrait par conséquent admettre que le comte Evodius appartenait à une autre famille, si l'on pouvait s'en rapporter au renseignement du Vita, qualifié d'apocryphe par M. Kruscli, loco ubi supra. Je laisse la question en suspens, mais je ne puis m'empècher de relever ici l'erreur de Fauriel, o. c II, p. 129, et de .VI. Krusch lui-même, Script. Rer. Merav. III, p. 664, qtti font d'Evodius un comte de Brioude. J'ai déjà dit qu'il n'y a jamais eu de comté de Brioude, et j'ajoute que le texte du Vita Dalmati {o. ç.

Un comte de Clermont, du nom de Georges, dont notre chroniqueur nous parle comme ayant vécu à une certaine distance de la date où il écrit (1), me paraît avoir été le premier des successeurs connus d'Hortensius. Si l'on doit en croire son nom, il appartenait à la grande et nombreuse famille sénatoriale dont Grégoire de Tours lui-môme est le plus célèbre représentant (2). Ce que nous savons, c'est qu'il était du Velay, et nous avons lieu de croire que sa femme était de l'Auvergne ou du voisinage, puisque après la mort de son époux, elle continue de résider à Clermont (3).

Aucun texte ne dit formellement que Britianus fut comte de Clermont, mais tout nous autorise à le croire. Grégoire lui donne le titre de comte (4), et donne la qualification d'Arvcrne à son fils Palladius (5). Lui-même, après sa sortie

p. o7!) où, après qu'il a élé ([uestion d'un fait qui s'est passé à Brioude, on cite Evodium illius urbis comitcni, s'applique à Viirbs Arvernoruvi, dont Brioude faisait partie, urbs étant pris ici dans le sens large de civitas, comme dans la note qui suit et dans plusieurs autres passages. V. A. Longnon, Géographie de la Gaule au .dixième siècle, p. 9.

• ■!) Eo tempore quo Georgius Vellavnrum civis Arverna^ urbis comitatum potiebatui'. Grégoire de Tours, Glor. Conf., 34. Le Gloria Confcssonnn fui écrit vers [;87-588, selon M. Monod, Études critiques sur les sources de l'Histoire nicrovingienne , p. 44. Ruinart, dans une note à ce passage, suppose la date de §69 pour l'administration de Georges, mais c'est une hypothèse inadmissible : à cette date, les fonctions comtales étaient aux mains de Firminus, comme on le verra plus loin.

(2) On objectera peut-être que Grégoire de Tours ne fait pas allusion à sa parenté avec Georgius, et qu'il semble même parler de lui comme d'un étranger. Mais il faut remarquer qu'il n'en use pas difTéremment à l'égard d'autres personnes dont il est certain qu'elles sont de sa famille. Ainsi Vit. Pair., XIV, 3, qui se douterait, s'il ne le savait par ailleurs, que « Florentins, Georgii ([uondam filius senatoris n, est le propre père de notre chroniqueur? Dans les vies de saint Gallus et de saint Grégoire de Langres {Vit. Patr., VI et VU), qui sont l'un son oncle paternel, l'autre son arrièi'e-grand-pèi'e maternel, rien ne permet de deviner l'étroite alfinite qui l'unit à ces deux saints. Du premier il dit : Sanctus Gallus ab adolescentia sua dévolus Deo

esse/œpil Pater ejus Georgius nomine, mater Leucadia ab stirpe Vetti Epagati

discendens, etc. Ce Georgius et cette Leucadia sont le grand-pêre et la grand'mère de notre chroniqueur ! Je pourrais citer d'antres exemples, mais ceux-ci sont concluants. Cf. Les sénateurs en Gaule au VI<^ siècle.

(3) Grégoire de Tours, Glor. Confess., 34.

(4) Le même, Hist. Franc, IV, 39.

(5) Le même, /. c, dans l'entête du chapitre : De interitu Palladi Arverni.

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de charge, continue de résider à Glcrniont. Son gendre, Firminus, dont il va être question, y exerce à son tour les fonctions comtales, et son fils Pulladius gouverne en la même qualité le Gévaudan, région contiguë à l'Auvergne. Il n'y a donc aucune témérité à supposer que le comté qu'a gouverné Britianus, c'est celui où nous trouvons sa résidence et ses attaches de famille. 11 semble d'ailleurs que s'il en était autrement, Grégoire de Tours nous l'eût appris en nous faisant connaître le nom du comté de Britianus.

Le gouvernement d'Hortensius, celui de l'hypothétique Evodius et ceux de Georgius et de Britianus. se placent entre les années 533 et oo5, si, comme je l'admets ci-dessous, Firminus entra en charge en celte année. Ils auront donc présidé aux destinées de l'Auvergne pendant les règnes des deux derniers rois d'Austrasie, Théodebert et son fils Théodebald.

Avec le comte Firminus, gendre de Britianus, nous remettons les pieds sur un terrain plus solide Firminus était certainement en fonctions à la date de oo5(l). C'est cette année, en effet, que Chramn, qui ne s'était pas encore révolté contre son père Clotaire et qui, établi en Auvergne, y tranchait du souverain, prit contre Firminus les mesures que nous rappelons dans la suite.

Firminus se rattachait, ce semble, à ce Firminus d'Arles qui fut le correspondant de Sidoine Apollinaire et d'Eunodius, et chez qui le culte des lettres se mariait à la pratique des vertus chrétiennes (2). Mais est-il vrai que celui-ci soit de la famille du Firminus qui fut préfet du prétoire de 449 à 432 et auquel le code Théodosien donne le nom de patrice? Borghesi et Fauriel l'ont cru (3), mais sur la foi d'une simple ressemblance de noms. Or, le nom de Firminus était fort

H) Voir Grégoire de Tours, Hist. Franc, IV, 13.

(2) Sur Firminus d'Arles, v. Vita s. Carsarii 1, 8; p. WO ; Si(loni\is Episl. I\. ! el 16 (cf. •!.")) ; Ennodius Episl. 1, 8 ; II, 7.

Ci) Borghesi, Œuvres complètes, t. X, p. 0:21 : Firmini Arvern;i oriundi in Galliis fuerunl illustres uL palet ex Gregorio ïuronensi. Fauriel, Histoire de lu Gaule méridionale etc. t. II, p. 150.

répandu (1) et il y aurait de la témérité à admettre des relations de parenté entre tous ceux qui le portaient.

Tout fait croire que Firminus avait été installé dans ses fonctions par Clotaire 1*% qui, en cette même anmée oo5, venait d'hériter du royaume d'Austrasie par la mort de Théodebald. Il est peu probable que le nouveau roi eût gardé, dans cette province lointaine, un gouverneur dévoué à son prédécesseur.

A l'époque où il entra en scène, Britianus, son beau-père, était mort et lui-môme avait recueilli chez lui sa belle-mère Gésarie. Chramn, le fils de Clotaire P', qui était venu s'établir en Auvergne où il se comportait en roi, et qui ne devait pas aimer beaucoup les hommes investis de la confiance de son père, se brouilla de bonne heure avec le comte Firminus. Celui-ci, réfugié dans une église avec sa belle-mère, en fut arraché et envoyé en exil, pendant que ses biens étaient confisqués. Ce fut le petit-fils du comte Hortensius et le fils du prêtre Evodius, Saluste, qui reçut la succession du proscrit (2). On le voit, les fonctions comtales sont comme une proie que se disputent les grandes familles; lorsque l'une d'elles est en faveur, l'autre se jette dans le parti adverse, qui la récompense à l'occasion en lui livrant les dépouilles des vaincus.

Saluste se maintint dans ses fonctions aussi longtemps que dura la puissance de son protecteur Chramn. La chute de ce dernier, en o60, rendit la dignité comtale à Firminus, et il semble l'avoir gardée sous Sigebert, fils de Clotaire I*' (3). Lorsque, en 568, ce prince se mit en tête d'enlever la ville d'Arles à son frère Contran, il y envoya une armée placée sous le commandement de deux comtes : l'un d'eux était

(4) Outre le Firminus d'Arles, le préfet du prétoire de 448 et l'homme de Grégoire de Tours, nous rencontrons en 398 un Firminus qui est cornes sacrarum largitionvm (399 cornes rei privatae), un autre qui est évêque d'Uzès au Vie siècle, un prêtre qui siège en 487 au concile de Rome, et plusieurs autres.

(2) Grégoire de Tours, loc. cit.

(3) Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 423, a prouvé contre Bonnell, Die Anfaenge des KaroUngischen Haitses, que l'Auvergne n'a pas appartenu à Charibert.

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Firminus ; nous ignorons le comté de son collègue Audovarius. L'expédition se termina par un vrai désastre pour ra)-mée de Sigebert : après être parvenue à s'emparer de la ville d'Arles, elle fut taillée en pièces dans une sortie malheureuse, et tout ce qui ne put pas se sauver en traversant le Rhône à la nage périt dans les eaux du fleuve ou sous les coups de l'ennemi Quant aux deux comtes, on les laissa partir en liberté : peut-être les jugeait-on assez déshonorés (1).

Ce honteux échec n'ébranla pas la situation politique de Firminus. Il resta comte de Glermont et, plusieurs années après, lorsque l'évêque de cette ville mourut, il mit tout en œuvre pour empêcher l'élection de saint Avitus et pour lui substituer le prêtre Eufrasius, frère de son prédécesseur, le comte Saluste (2). Il est inutile de chercher à découvrir les raisons de ce zèle déployé par Firminus en faveur d'un homme dont le frère l'avait récemment supplanté; la complexité des relations fort variables existant entre les grandes familles d'un même pays en est une explication suflisanle. Grégoire, qui était le parent de saint Avitus, mérite t il une entière confiance lorsqu'il nous raconte les menées du comte Firminus pour faire réussir son candidat, allant jusqu'à faire supplier le roi de diflerer d'uue semaine l'intronisation du nouvel élu, et ne craignant pas de lui ollrir une somme de mille écus d'or pour prix de cette complaisance? Le roi ne se laissa pas acheter et donna l'évêché à Avitus; c'était, pour le comte, une nouvelle défaite, aussi peu glorieuse que celle qu'il avait subie sous les murs d'Arles. D'autres misères encore l'attendaient. Sincèrement attaché, semble-t-il, à la famille de sa femme, il vit son beau-frère, Palladius, chassé du comté de Gévaudan à cause de ses démêlés avec l'évêque de Javolz et revenir à Glermont, où son rival Romain parvint à lui persuader que le roi Sigebert en voulait à sa vie. L'esprit du malheureux Palladius se troubla; il imagina de se suicider, et, bien que gardé soigneusement à vue par sa mère et par son beau-frère, il réalisa finalement son

(-1) Grégoire de Tours, Hist. Franc, IV, 30. (2 Le même, o. c, IV, 35.

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sinistre dessein. Ce fut un lugubre spectacle que celui de SCS funérailles, auxquelles l'Eglise refusa ses honneurs (1). Finninus, malgré sa haute situation, ne put pas en épargner l'opprobre à sa famille, et il est permis de croire qu'il partit avec plaisir de Glermont le jour où le roi Sigebert, en 571, l'envoya en ambassade auprès de Justin II, empereur d'Orient. De retour en Gaule, l'année suivante (2j, il ne reparaît plus dans la chronique du temps, et il est très peu probable qu'il ait repris ses fonctions de comte.

Son successeur parait avoir été le comte Venerandus, sous l'administration duquel Grégoire de Tours place un miracle qu'il dit récent. Gomme l'ouvrage dans lequel il raconte ce miracle paraît avoir été écrit avant 590, et que nous connaissons le titulaire du comté de Glermont pour les années 584-590, nous devons placer Venerandus avant le comte de 584 (3).

Le comte Nicetius, que nous rencontrons pour la première fois en fonctions en 585, fut sans doute le successeur immédiat de Venerandus. Il paraît avoir été le mari d'Eustenia, nièce de Grégoire, et avait vécu quelque temps auprès de celui-ci à Tours avec sa femme (4). G'était, au dire Grégoire, toujours prévenu en faveur des siens, un homme de jeune encore, mais d'un esprit fort vif, ce qui ne l'empêcha pas de succomber aux intrigues d'Eulalius, qui parvint à l'évincer et à se mettre à sa place (5).

Nicetius ne se tint pas pour battu. S'il ne lui fut pas possible de rendre caduque la nomination d'Eulalius, apparemment parce que celui-ci était trop bien appuyé et qu'on ne pouvait exiger du roi de se démentir lui-même, il parvint,

(1) Grégoire de Tours, Hist. Franc, IV, 39.

(2) Grégoire de Tours, o. c, IV. 40. Sur cette ambassade, v. Carrière, Sur un chapitre de Grégoire de Tours relatif à l'histoire d'Orient dans V Annuaire de l'École pratique des Hautes Études, 1897.

(3) Grégoire de Tours, Vit. Patr., Il, 2. Dans la première édition de cette élude, je l'avais placé après le comte de 390, ce qui rapprochait trop la composition de ce chapitre du Vita Patrum de la mort de Grégoire en 394, sans compter que rien ne prouve que le comte de 390 n'est pas resté en fonctions après cette date.

(4) Hist. Franc, V, 14, p. 202 et Virt. Mart., IV, 36.

(5) Grégoire de Tours, Hist. Franc, VIII, iS.

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à l'orce d'or, à faire prévaloir une combinaison qui satisfaisait à la fois son ambition et sa rancune. Le duché d'Auvergne fut rétabli et il en devint le titulaire : mortification inattendue, sans doute, pour le rival qui venait de le supplanter. Nicetius, nous dit Grégoire, sut faire régner l'ordre non seulement en Auvergne, mais encore dans les autres régions soumises à son autorité (1).

Ëulalius, comme tous ceux de ses successeurs dont nous avons pu établir les relations de parenté, appartenait à une grande famille indigène; nous connaissons, par Grégoire, sa femme ïetradia, son filsjJean, son neveu Verus, son oncle par alliance Socratius (2). Ce personnage, qui était encore à la tête du comté d'Auvergne en o90, est une physionomie bien peu attrayante. De son vivant, on Taccusait d'être le meurtrier de sa mère, et il avait été, de ce chef, excommunié par l'évêque de Glermont. Il fut aussi mauvais époux qu'il avait été mauvais fils. Tout entier à des amours ancillaires, il négligeait et maltraitait sa femme, et la dépouillait de ses joyaux pour en orner des concubines. L'épouse outragée, qui avait déjà donné deux enfants à son mari, finit par perdre patience et se laissa enlever par Verus, neveu d'Eulalius. Ëulalius tua le ravisseur, mais le duc Desiderius succéda à ce dernier dans les bonnes grâces de la fugitive, et le mari, venu à la cour du roi pour y porter plainte, n'osa ouvrir la bouche devant son puissant rival, qu'il vit revêtu de la confiance du souverain : il partit couvert de honte et de ridicule (3). C'est seulement après la mort de Desiderius qu'il réclama, non le retour de la coupable au logis conjugal, mais la restitution des sommes qu'elle lui avait enlevées, disait-il, en partant. Un concile, tenu en 590, s'occupa de ce mauvais ménage, mais ne parvint pas à le réconcilier. La seule figure sympathique de cette triste famille est celle du fils aîné, Jean, qui semble avoii* voulu, par la sainteté de sa vie, expier les fautes de ses indignes parents. Emmené pai

(i) Grégoire de Tours, Hist. Franc, VIII, 18.

(2) Le même, o. c, VIÎI, 27; X, 8.

(3) Le même, o. c, VUI, 27.

sa mère chez Desiderius, il avait fui ce foyer souillé par l'adultère et était revenu à Glermont. Plus tard, il entra dans les ordres, et, devenu archidiacre de Rodez, il donna l'exemple d'une vie austère et mortifiée, se nourrissant de pain d'orge, ne buvant que de l'eau, portant des habits grossiers et n'ayant d'autre monture qu'un âne(l).

Eulalius est le dernier comte de Glermont mentionné par Grégoire de Tours, qui mourut à quelques années de là, en 394. Comme on le voit, nous lui devons de connaître, depuis 479 jusqu'en 390, à peu près la liste complète des gouverneurs qui ont administré le comté d'Auvergne.

Pour plus de clarté, je crois utile de la mettre sous les yeux du lecteur : ce sera le résumé graphique des recherches qui précèdent.

DUCS d'advergne.

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