CHAPITRE PREMIER. i
au sommet d'un poumon duquel commencent à proliférer quelques granulations grises et dures qui n'ont encore déterminé aucun trouble spécial, et ont laissé s'accomplir dans toute leur plénitude les fonctions digestives? N'estce pas une atteinte de nature tuberculosique portée à ce tissu, siège immédiat de la nutrition? En vertu de cette affection, les propriétés trophiques du tissu nourricier sont affaiblies, languissantes, frappées d'inertie. L'amaigrissement, le dessèchement, cette expression si caraclérislique de la Phthisie qu'elle en a tiré son nom, est donc déjà un symptôme direct de la tuberculose.
Les progrès incessants de l'histologie pathologique- nous montreront chaque jour, dans les organes des phthisiques, des altérations palpables là où l'on croit aujourd'hui qu'il n'y en a pas, parce qu'ils échappent à la simple vue. Déjà le cœur, l'appareil circulatoire, les reins, les muscles, offrent au microscope des lésions que le scalpel ne trouvait pas. Qui pourrait dire qu'on ne découvrira pas tôt ou tard la cause ou la lésion spéciale de l'amaigrissement des phthisiques dans les éléments du tissu nourricier, et, par exemple, dans les cellules du tissu plasmatique, dans la lymphe, dans les radicules des vaisseaux blancs, ou dans d'autres parties de cet appareil fondamental de la nutrition ?
Voilà l'anatomie pathologique fondue comme je l'entends avec la pathologie ; voilà le symptôme et la lésion dans leur unité substantielle.
J'essayerai de donner, dans les pages suivantes, un peu de cet intérêt vivant et clinique à l'anatomie pathologique de la phthisie pulmonaire. Elle n'en était guère susceptible dans l'âge à peine écoulé de ses méthodes physiques et tout extérieures. Broussais pouvait dire, il y a un demi-siècle, que commencer l'étude d'une maladie par la description de ses lésions cadavériques, était un procédé contraire à l'ordre des choses et à la nature. 11 le pourrait déjà moins justement aujourd'hui.
fi PHTHISIOLOGIE.
Les maladies chroniques sont entre elles comme leurs produits. Moins ces productions s'éloignent des éléments ou des tissus sains, moins elles sont graves ; plus elles s'éloignent de ces types, plus, par conséquent, elles sont antiplastiques ou destructives, et plus leur pronostic est funeste.
Si on considère les moins malsaines d'entre elles, celles qui altèrent le moins les tissus, comme sont les maladies arthritiques (rhumatisme et goutte), on n'observe guère d'abord que des fluxions sanguines mobiles et répétées, des congestions qui finissent par affaiblir les vaisseaux et les dilater, qui épaississent leurs parois, encroûtent leurs tuniques de sels plus ou moins terreux. Dépôts fibrineux, indurations scléreuses, hyperplasies non malsaines des tissus conjonctifs, adhérences, ossifications, éburnations ; production d'acide urique en excès, déviations multiples de ce produit de combustion organique, etc., tels sont à peu près le genre et les espèces de productions morbides qui caractérisent ce premier ordre de maladies chroniques. C'est pourquoi, je les ai nommées initiales ou capitales, parce qu'elles ne dérivent d'aucune autre et que beaucoup d'autres en dérivent.
De toutes les maladies chroniques elles sont, en effet, celles qui altèrent le moins les éléments organiques ; elles sont les moins hostiles à la vie des tissus. Leurs altérations anatomiques et leurs produits, représentation fidèle de leur nature, ne sont guère que des formations normales en excès, ou des hyperplasies de tissus sains qui restent tels et ne dégénèrent pas. Les pullulafions de cellules morbides à vie courte et infectante, les éléments nécrobiotiques n'apparaissent pas encore. Le système nerveux, l'appareil de la circulation générale et les circulations sanguines partielles, semblent primitivement affectés dans leur vie spéciale plutôt que dans leur vie commune et purement végétative.
Mais dans une seconde classe de maladies chroniques initiales, on voit les tissus plasmatiques et de substance