‹ Etudes générales et pratiques sur la phthisieChapitre 36 sur 83 · VI · texte numérisé non relu

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La Phthisie n'est pas la scrofule des poumons. Analogies et différences entre ces deux maladies, l'une initiale, l'autre ultime. A quelles conditions et comment la scrofule conduit-elle à la Phthisie V

11 est une maladie constitutionnelle el chronique au plus haut degré, dont l'étude, au point de vue qui m'occupe, est

en ce moment* naturelle et inévitable, car ella forme aussi une espèce do trait d'union entre la suppuration et la tuberculisation, entre les phlegmasies chroniques et les lésions organiques; car elle est très-féconde en inflammations, en productions purulentes et en productions pyoïdes, je veux parler de la scrofule. Cet examen éclairera encore la nature de la tuberculose et de la Phthisie.

Un certain nombre de pâthologistes confondent la tuberculose et la scrofule, et ne veulent voir dans notre phthisie que la scrofule des poumons. Si cette opinion n'est pas exacte, elle prouve, au moins, que les deux maladies ont des points de contact et des apparences similaires.

Dans l'aperçu général que j'ai donné bien des fois des maladies chroniques, j'ai placé la scrofule dans les maladies constitutionnelles primordiales ou initiales, et la Phthisie parmi les maladies ultimes. C'est dire assez la distance qui sépare h mes yeux ces deux maladies.

En sa qualité de maladie chronique initiale, la scrofule a des formes et des degrés très-variés, depuis l'érythème, les phlegmasies superficielles de la peau et des membranes muqueuses, jusqu'aux altérations osseuses les plus graves ; depuis les affections purulentes jusqu'aux affections pyoïdes. On voit que nous sommes tout à la fois près et loin de la tuberculose et de la Phthisie. On voit aussi que les affections scrofuleuses sont naturellement et très -souvent inflammatoires, depuis les formes phlegmasiques les plus vives, jusqu'aux plus lentes des maladies de ce genre. Les productions pseudo-tuberculeuses ou caséeuses sont aussi trèscommunes dans la scrofule. Les ganglions lymphatiques, les testicules, la rate, les os, etc. . . en sont souvent le siège. Le tissu eonjonctif et tous les tissus qui en sont des équivalents histologiqnes, sont très-sujets dans la scrofule à des gonflements, à des pléthores et à des stases lymphatiques

qui témoignent d'une exubérance, et, lout à la fois, d'une faiblesse des éléments organiques du système lymphatique et de ses produits, les sucs nutritifs. Or, j'ai donné aussi pour siège à la tuberculose ce même système lymphatique. Il est donc difficile que deux maladies qui affectent primitivement le même grand système organique, n'aient pas d'assez nombreux points de ressemblance.

11 en est un autre entre la scrofule et la tuberculose, c est que l'une etl'autre sont des maladies communes, et, par conséquent, non spécifiques. Toutes deux sont donc des altérations constitutionnelles primitives et communes de cet appareil lymphatique si fondamental qui commence au tissu conjonctif et se termine dans les réservoirs centripètes ou veineux des vaisseaux blancs. Voilà les ressemblances. J'ai déjà résumé les différences, en disant plus haut, que la scrofule est une maladie constitutionnelle initiale, et la Phlhisieune maladie constitutionnelle ultime. Deux mots me feront comprendre. 11 me faudra pour cela anticiper un peu sur certains faits généraux de l'étiologie de laPhthisie que je n'ai pas encore particulièrement abordés, je veux parler des faits hors de toute contestation pour moi, qui prouvent que beaucoup de phthisies proviennent delà transformation rétrograde ou de la dégénération d'autres maladies constitutionnelles, soit que cette dégénération s'opère déjà chez l'individu, soit qu'elle ne se manifeste héréditairement que chez ses descendants.

Sous ce rapport, la scrofule ne diffère pas de l'art hritismeetde l'herpétisme, dent la dégénération est aussi nue source de phthisie très-digne d'être prise en considération.

Cependant, l'usure de la scrofule, l'affaiblissement des forces plastiques dont elle frappe les générations, et dont on a des types très -communs dans les grandes villes chez les jeunes gens el les jeunes tilles étiolés, grêles, pâles, à poitrine étroite, délicats, comme on dit. qui ne sont plus des scrofuleux, mais qui restent des lymphatiques irritables, et

à peine desstrumeux plus ou moins herpétiques, cependant, dis-je, cette scrofule abâtardie et dégénérée fournit à la Phthisie un plus grand contingent de sujets que les autres maladies initiales dégénérées, l'arthritisme, par exemple, car celui-ci est en général une maladie des races fortes, résistantes, antilymphatiques. De plus, ce qui survit d'éléments arthritiques chez ces sortes de sujets, oppose encore un certain antagonisme au règne absolu de la tuberculose. Aussi, les phthisiques issus de ces souches durent-ils longtemps, et offrent-ils une assez "vigoureuse résistance à la marche de la consomption pulmonaire. Au contraire, les sujets fournis à la maladie par la scrofule affaiblie et dégénérée sont tout acquis à la Phthisie, qui s'empare d'eux sans rencontrer d'éléments d'antagonisme. Elle est sur son terrain et s'y développe librement.

Si, comme le prétendent Graves et bien d'autres, la Phthisie n'était que la scrofu le des poumons, c'est dans la scrofule franche, complète et consommée, ou chez les écrouelleux proprement dits, qu'on devrait la rencontrer le plus souvent. Or, elle est rare chez eux. La scrofule primitive et fortement caractérisée, la grosse et jeune scrofule, tout extérieure, n'est pas féconde en Phthisie; je dirai même qu'elle l'exclut. Il faut, je le répète, que cette scrofule exubérante et forte se soit retirée et n'ait laissé d'elle que l'affaiblissement de la force formatrice et la faiblesse irritable du grand appareil lymphatique, aux dépens de la vigueur et de la santé des autres systèmes organiques, pour que la tuberculose pulmonaire et la Phthisie se montrent et terminent l'évolution rétrograde.

La scrofule suppose un système lymphatique prédominant et en excès; la Phthisie, un système lymphatique épuisé et organiquement atteint. La scrofule est donc une des sources de la Phthisie, mais seulement quand elle n'est plus la vraie scrofule. Elle se borne à user le système lym-

phatique, à l'épuiser, et elle le jette dans une faiblesse irritable favorable à la tuberculisation. On en a la preuve dans le nombre considérable de phthisiques qui n'ont rien de la scrofule k quelque degré que ce soit, ni personnellement ni héréditairement ; qui ont même une constitution, un tempérament, des habitudes pathologiques contradictoires avec cette maladie et avec le lymphatisme. D'autres affections constitutionnelles usées ont amené leur organisation au point où la scrofule dégénérée a amené celle de ses propres sujets; les premiers succombent à la Phthisie comme les seconds. Des maladies constitutionnelles diverses à leur origine, mais dégénérées, ont conduit les uns et les autres au même point, à la Phthisie. Il n'y a eu de différence que dans les formes et la marche de celle-ci ; car les reliquats des affections chroniques initiales, qui, en usant la constitution, ont amené la consomption tuberculeuse, modifient souvent de la manière la plus intéressante la durée, l'aspect, la marche et les accidents de cette maladie ultime .

Quoiqu'il en soit, les praticiens, ouïes observateurs empiriques qui ne seraient pas sensibles à ces considérations, issues pourtant de l'observation clinique , peuvent être assurés du fait suivant : c'est que, sur mille phthisiques pris au hasard, il y en a cinq cents qui n'ont jamais eu, même dans leur jeunesse, la moindre manifestation scrofuleuse; et deux cents dont la constitution, le tempérament et les antécédents, présentent des caractères en opposition avec ceux de la scrofule proprement dite.

Si on m'objecte que, chez ces individus, la Phthisie est précisément cette première manifestation que je demande pour affirmer la nature essentiellement scrofuleuse de la Phthisie, je déclare n'avoir rien à répondre à une pareille pétition de principe.

Je livre à la méditation des observateurs la solution que je viens de donner du problème considérable et difficile des

rapports et des différences de la scrofule et de la tuberculose. En poursuivant mes études dans le môme esprit, je me trouve en face de la question de l'antagonisme de quelques autres maladies constitutionnelles et de la Phthisie.

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