CHAPITRE V
DE L'iNOCULAlHLITC, ET DE LA CONTAGION DE LA mTDISIE.
t/absorpfion de la matière tuberculeuse massive de l'homme par le lapin, et sa reproduction par ce processus lent et visible, ne constituent pas une inoculation proprement dite. — On peut transmettre par ce procédé toutes les matières animales communes.— Si le tubercule n'est pas inoculable, il est encore moins spécifique, car il naît de toutes sortes de causes. — Il n'est pas plus inoculable et plus spécifique que le pus. — Ce qui caractérise véritablement une maladie inoculable.
La Phtliisie est-elle spécifique ? Est-elle inoculable ? Estelle virulente ? Est-elle contagieuse?
Toutes les questions que j'ai discutées dans le chapitre précédent concourent à prouver que la Phlhisie se forme en nous bien plus qu'elle n'y entre toute faite. C'est pourtant cette dernière opinion qu'il faudrait professer si l'inoculabilité du tubercule de l'homme au lapin prouvait celle de l'homme à l'homme, ou sa contagiosité dans l'espèce humaine. Si la pathologie expérimentale doit régir la clinique humaine; si l'observation doit s'incliner devant l'expérimentation, nous ne savons plus rien de la Phtliisie que sa séméiotique. Quant a ses causes, à sa nature, à sa médecine préventive et curative, tout ce que nous croyions en savoir était imaginaire. Nous n'avons pas vu ce que nous avons vu. La Phtliisie était virulente et contagieuse comme la morve et la syphilis, et nous ne nous en doutions pas, etc.. Qui a fait cette révolution? Qui a démontré ces choses? Des inoculations de matière tuberculeuse à des lapins, qui ont
produit, au bout de quelques mois, des tubercules disséminés dans plusieurs organes chez les animaux.
J'avoue que cela ne me paraît pas suffisant, et que je ne crois pas la conséquence contenue dans le principe. Il n'y a pour moi aucun rapport entre les résultats de ces inoculations que, pour le moment, je suppose irréfutables, et la transmission de la morve, de la syphilis, et, à plus forte raison, de nos maladies spécifiques aiguës, variole, rougeole, scarlatine, coqueluche, diplithérie. Je cite toutes les maladies virulentes ou contagieuses connues, et je n'en vois aucune procéder dans son mode de propagation séminale comme le fait la tuberculose dans les inoculations de M. Villemin et de tous ceux qui ont répété ses expériences. La tuberculose aurait donc une virulence etuneinoculabilitéqui lui appartiendraient en propre et ne ressembleraient à rien dans ce genre ?
Cependant, nous allons voir si cela peut s'appeler virulence ou inoculabilité ; si cela peut donner rang à la Phthisie à côté de la morve et de la syphilis auxquelles M. Villemin, le savant et habile promoteur des inoculations dont il s'agit, assimile la consomption tuberculeuse des poumons ; nous allons voir surtout, en conséquence de tout cela, et par l'observation clinique, ultimaratio de la médecine, ce qu'il faut penser de la contagion de la Phthisie.
Je suppose que les expériences de M. Villemin sont indiscutables; que le tubercule inoculé peut seul reproduire le tubercule, et qu'aucune autre matière animale ou non animale n'en est capable. Nous verrons plus tard si ces concessions sont possibles. Prenons donc pour constant, que le tubercule de l'homme, inoculé au lapin, tuberculise cet animal. Pourmon compte, je n'en saurais douter, car j'ai fait pratiquer ces inoculations avec succès. Mais il n'y a aucun rapport entre les traînées et le cheminement visibles delà matière tuberculeuse à travers les voies lymphatiques ; entre son dépôt en divers points de l'organisme ; entre sa prolifc-
ration même sur tous ces points, et l'imprégnation simultanée de notre économie par un virus, puis l'explosion soudaine et générale des effets de ce poison morbide.
Dans le premier cas, tout se fait moléculairement et pas à pas, par continuité d'éléments et de tissu. C'est comme un processus végétal qui s'opérerait sur un animal rongeur. On en voit autant dans l'extension d'une phlegmasie par continuité de tissu, dans un érysipèle, dans une lymphangite ou une adénite par absorption de pus altéré ou desanie, etc. Le pus commun peut proliférer ainsi, loin du point où il a été absorbé. C'est la théorie et le processus des résorptions qui ont lieu avec les produits morbides les moins spécifiques et les moins virulents. Le tubercule ne fait pas exception à cette loi.
Que voit-on, en effet, dans les inoculations du tubercule au lapin ?
On voit d'abord un fait contradictoire avec tout ce qu'on sait des maladies virulentes et des contagions. Ce fait, c'est la nécessité d'une certaine quantité massive de la matière inoculée pour obtenirdes produits d'inoculation. Trop petite, quoique palpable et visible, elle ne donne rien. Il en faut une assez notable quantité. En un mot, l'abondance des produits de l'inoculation est proportionnelle à l'abondance de la matière massive inoculée. Au-dessous de cette dose trèspondérable, le résultat est nul. Qui reconnaîtrait là les propriétés des virus et des contages ?
Dans un certain nombre de cas, la matière tuberculeuse insérée en quantité suffisante dans le tissu conjonctif souscutané, s'y comporte comme un corps étranger; elle s'y enkyste : preuve qu'elle n'est pas bien maligne, qu'elle n'est certainement pas virulente. On pourrait se contenter de ces deux preuves, et, sans aller plus loin, nier la spécificité et la virulence. Allons plus loin cependant, car il faut que les expériences de M. Villemin ne nous prouvent pas seulement que le tubercule n'est pas virulentet spécifique : elles doivent
nous prouver qu'il a les propriétés absolument contraires.
Après un temps qui peut varier entre dix et vingt jours, la matière tuberculeuse, qui a irrité son lieu de dépôt et y a provoqué des produits inflammatoires, signale son absorption progressive par des angioleucites et des adénites successivement centripètes. On peut la suivre du doigt et de l'œil dans cet itinéraire forcé. Elle prolifère plus ou moins dans les ganglions. Enfin, elle atteint les viscères et leurs membranes séreuses, le poumon et la plèvre, le foie, la rate et le péritoine ; ce qui n'empêche presque jamais l'animal de se bien porter. Sacrifié au bout de deux mois sans avoir donné le plus souvent signe de maladie, il présente des granulations tuberculeuses parfaitement caractérisées dans les diverses régions et tissus que je viens d'indiquer. Si on le laisse vivre beaucoup plus longtemps, la constitution peut s'affecter, et le dépérissement, ou la Phthisie proprement dite, survenir. Cela est rare.
Tel est le fait en substance. Indépendamment de son processus qui, comme je l'ai déjà dit, ne diffère pas de celui de toutes les matières organiques livrées à l'absorption des vaisseaux lymphatiques, il importe de remarquer que son produit est Je même, soit qu'on ait inoculé la granulation grise demi-transparente, soit qu'on ait inoculé la matière caséeuse, le pus des cavernes et les crachats des phthisiques.
Ce fait considérable confirme tout ce que j'ai dit sur l'identité de nature de ces divers produits morbides, c'est-à-dire sur leur provenance de la môme maladie générale ou de la même diathèse. Par cela même, il annihile les distinctions fondamentales que les Allemands avaient cru pouvoir établir entre ces divers produits sur la foi seule de l'analomic pathologique.
La prétention de M. Virchow d'avoir dégagé et spécifié irréductiblement le tubercule, d'en avoir fait une néoplasie aussi invariable dans son genre que le chancre vénérien pri-
mil if dans le sien, perd aussi beaucoup de sa valeur absolue. Celle prétention m'a d'ailleurs toujours paru de nature à rétrécir les idées sur la tuberculose, et à borner les progrès de la Phthisiologie.
M. Virchow, qui ne croit pas à la spécificité du tubercule, prête pourtant à son insu un appui considérable à cette doctrine. De plus, son irritation tuberculisante n'est pas en harmonie avec la notion, « d'un nodule spécifique » . C'est à côté de Laënnec bien plus qu'à coté de Broussais que le classe celte opinion. Lui, qui place tout avec raison dans l'évolution, et qui ne trouve rien de spécifique dans l'élément histologique, a été, dans ce cas, infidèle à son principe ainsi qu'à la méthode naturelle qui ne fonde rien sur un seul caractère, mais sur leur ensemble et leur subordination.
Qu'y-a-t-il de plus semblable à une maladie spécifique quelconque, variole, syphilis, morve, etc., que la même maladie transmise par inoculation ou contagion? Personne ne pourrait les distinguer, car pour quelques-unes d'entre elles, la rage, la vaccine et la syphilis, par exemple, c'est la seule manière de se reproduire.
Rien de plus artificiel, au contraire, et de plus différent de la phthisie tuberculeuse spontanée, que la tuberculose inoculée.
On a vu comment elle naît, chemine et se propage de la peau aux viscères par des voies connues et sous l'œil de l'expérimentaleur.
Quoi qu'il en soit, dira-t-on, elle se propage et se transmet. Qu'importe le procédé, si le résultat est une infection tuberculeuse, une dissémination de tubercules dans les viscères ?
Cela importe tellement, que cela est tout.
La question n'est pas de savoir si des matières organiques injectées dans les veines ou déposées sous la peau peuvent s'y multiplier, produire loin du foyer d'absorption des dépôts
ou des proliférations de même nature, et infecter l'économie. Nous savons cela par la clinique et par l'expérimentation; c'est-à-dire, que nous le voyons s'opérer tous les jours par des résorptions spontanées qui sont des auto-inoculations, ou par des inoculations proprement dites qui sont des absorptions artificielles.
De tous les produits morbides, le pus commun, surtout s'il est altéré, — ce qui ne lui donne aucune spécificité, — est celui que nous sommes le plus habitués à voir se comporter ainsi. C'est aussi celui avec lequel le tubercule a le plus d'analogie. J'ai assez insisté sur ces analogies, sur celles entre autres qu'offre le pus commun avec la matière caséeuse, ce tubercule caractéristique de la Phtbisie comme l'est la granulation, et qui d'ailleurs la reproduit par inoculation : j'y renvoie le lecteur. Or, qui s'est jamais avisé de regarder le pus ordinaire comme spécifique et virulent?
Qui pourrait comparer le processus que nous venons d'examiner, avec l'incubation latente d'un virus et ses premières manifestations locales, n'éclatant qu'après l'imprégnation de l'organisme entier?
Les inoculations du tubercule au lapin ne font que répéter expérimentalement et par artifice les inoculations que se fait naturellement à lui-même et à d'autres organes le poumon spontanément tuberculeux. Nous n'avions pas besoin d'elles pour savoir que la granulation se reproduit ellemême dans son voisinage et plus ou moins loin d'elle, et qu'elle infecte secondairement l'économie, c'est-à-dire, indépendamment de la diathèse ou concurremment avec elle. Nous savions même sans elles que la matière caséeuse ou le pseudo-tubercule reproduisent autour d'eux la granulation grise, et réciproquement.
Ce qu'il faudrait pouvoir inoculer pour me convertir à l'importance étiologique et thérapeutique des inoculations du tubercule, c'est la diathèse. Reproduire le tubercule par greffe végétale sur un animal très-éloigné de l'homme,
n'est qu'une grossière et superficielle contrefaçon de notre Phthisie. Je dis par greffe végétale, parce qu'une inoculation et une pullulation ne se comporteraient pas autrement chez un végétal que ne le fait celle du tubercule, qui n'affecte, en effet, l'animal qu'en tant qu'il y a en lui du végétal, c'està-dire des fonctions d'absorption, dénutrition et de sécrétion sans consensus, sans sympathies, sans unité.
On sait qu'un végétal et un animal inférieur sont des assemblages de parties organiques qui n'ont pas entre elles une indispensable solidarité; et que, séparées les unes des autres, elles peuvent continuer à vivre et à se reproduire. Il en est ainsi, sous certains rapports, des inoculations dont il s'agit, et de leurs produits.
L'espèce d'organisme pathologique ou de maladie générale qui en résulte n'a ni solidarité ni unité. C'est un assemblage de lésions ou de groupes tuberculeux disséminés sur divers points sans tuberculose, et surtout sans Phthisie. Ce sont des greffes multiples, des boutures qui se répètent sur plusieurs points de l'économie; mais cela n'a rien d'animal, aucune vie morbide d'ensemble. La nutrition et ses fonctions végétatives n'ont d'unité que par une circulation et une innervation centralisées.
Mais, dira-t-on encore, le lapin est un animal, et sa nutrition n'est pas celle d'une plante. C'est une raison de plus pour reconnaître que, si l'inoculation du tubercule ne produit pas chez lui les effets d'un poison morbide ou d'un virus, ce n'est pas de lui que cela dépend, mais de la nature même du tubercule, et que cette production pyoïde n'a, par conséquent, aucune des propriétés des virus et des contages.
Ce n'est pas de la pure physiologie expérimentale que nous faisons, nous médecins, c'est de la pathologie et de la médecine humaines.
Que nous importent les inoculations du tubercule de l'homme au lapin si elles ne montrent pas autre chose
que ce que nous venons de voir, c'est-à-dire, les greffes végétales d'un produit morbide commun, qui n'occupe dans l'ordre des néoplasies que le rang le plus infime, qui ne possède que le minimum de vitalité possible, et n'implique ni virulence ni contagiosité?
On refait avec le tubercule ce que tout le monde savait d'un produit morbide analogue, le pus, et on croit avoir fait une révélation médicale. Cela ne prouve pas pour la force de nos principes en médecine. Mais ce que cela prouve surtout, c'est à quel point le scepticisme de Laënnec touchant l'étiologie et la nature de la Phthisie, ou touchant l'idée d'origine occulte et spécifique du tubercule que ce scepticisme et ce fatalisme impliquaient, pèsent encore sur nous et nous disposent à accepter tout ce qui peut donner du crédit à cette doctrine funeste.
On peut inoculer le tubercule comme le pus commun plus ou moins altéré : c'est tout ce que nous devons savoir pour être certain que l'un n'est pas plus virulent et contagieux que l'autre, et même moins infectieux dans beaucoup de circonstances.
On serait moins exposé à contracter la Phthisie en couchant pendant un mois dans une salle d'hôpital remplie de phthisiques à tous les degrés, qu'on ne le serait à contracter une disposition pyogénique et des suppurations à la moindreoccasion,enpassantlemême temps dans une salle d'opérés ou de femmes en couches où seraient réunis le même nomci re d'individus affectés de phlegmasies abondamment purulentes. Qu'est-ceque cela prouve? Que le pus commun est virulent et contagieux? Nul n'oserait le penser.
Mais ce n'est pas tout.
De même qu'on produit du pus en injectant dans les veines ou en insérant dans les tissus du pus ou des corps étrangers, de même on produit du tubercule en injectant du tubercule, du pus et des corps étrangers, ou en insérant et entretenant ceux-ci dans la profondeur des tissus. Ceci de-
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mande quelques explications el surtout de certaines conditions.
On produit le tubercule en irritant les (issus d'une manière modérée et continue par la présence de corps étrangers. — Toutefois le tubercule reproduit le tubercule plus facilement que les matières organiques, et celles-ci plus facilement que les corps inorganiques. — Le rôle du système lymphatique dans ces tuberculoses artificielles. — La Pbtbisic est une, mais le tubercule ne l'est pas. Différence entre l'unité de la première el l'unicité du second.
Il est aujourd'hui parfaitement démontré — et nous devons la connaissance de ce fait très-important aux expériences de M. Villemin, je veux dire aux expériences contradictoires que les siennes ont provoquées — qu'on peut exciter la formation des tubercules par d'autres moyens que l'inoculation du tubercule même.
Celui-ci se reproduit sans doute beaucoup mieux par luimême que sous l'influence de causes irritantes hétérogènes; mais il naît incontestablement de l'action de celles-ci, el cela suffit pour démontrer que son inoculabilité n'a rien de spécifique et de virulent.
Après le tubercule, c'est le pus, surtout le pus formé autour du tubercule inoculé, qui reproduit le mieux celuici. Après le pus, d'autres matières animales, fausses membranes diphthériliques, fragments de muscles, de foie, de rate, de poumon, etc.. excitent aussi dans plus d'un quart des cas la génération de tubercule et de pus mêlés dans des proportions variables.
Autour de parasites, d'helminthes qu'on trouve souvent dans les viscères du mouton, on observe aussi des granulations tuberculeuses. Enfin, descorps étrangers, comme de la charpie, du papier, des fragments de carton, des poussières diverses inoculés , réussissent également à exciter la prolifération de cette néoplasie pauvre, chétive, pyoïde.
Des sélons, entretenant un degré modéré d'inflammation dans le tissu conjonctif, finissent par produire des tubercules granuleux dans ce tissu, tandis qu'une inflammation trop vive n'y produit que du pus. Ces granulations tuberculeuses comme celles qui se développent sous l'influence de l'irritation chronique entretenue par les corps étrangers et par les matières organiques que j'ai indiqués plus haut, pénètrent dans les voies lymphatiques, irritent les ganglions, y déterminent des proliférations tuberculeuses beaucoup plus facilement que les matières étrangères ne les avaient déterminées dans le tissu conjonctif où elles avaient été primitivement déposées.
Ces multiplications gagnent de proche en proche, toujours par l'intermédiaire appréciable des vaisseaux lymphatiques, les viscères les plus tuberculisables de l'animal, poumon, foie, rate et leurs séreuses, absolument comme si l'inoculation primitive avait été pratiquée avec des granulations.
Les ganglions lymphatiques sont les principaux centres de prolifération. On le comprendra facilement si on se souvient de ce que j'ai dit sur la nature des éléments histologiques de ces ganglions, en traitant del'anatomie pathologique du tubercule. Les corpuscules qui les constituent sont les homologues physiologiques de la cellule tuberculeuse. Celle-ci, à son début, en est histologiquement indiscernable, comme le pus du globule blanc du sang et du leucocythe de la lymphe. La prolifération du tubercule dans les ganglions lymphatiques est donc facile et toute naturelle. La matière caséeuse se forme aussi avec une déplorable facilité dans ces ganglions au contact de la granulation que leur apportent les vaisseaux blancs, soit que ces granulations viennent de tubercules inoculés, soit qu'elles viennent de matières hétérogènes tuberculisantes.
N'est-ce pas ce que nous voyons dans les phthisies accidentelles des aiguiseurs, des cardeurs, des tailleurs de
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pierres meulières, etc.? Les éléments du système lymphatique (tissu conjonctif, ganglions) sont donc essentiellement tuberculisables. Ils le sont sous L'influence des causes irritantes hétérogènes chroniques, et bien plus encore sous l'influence des irritations chroniques homogènes, comme le tubercule, ou le moins hétérogènes possible, comme le pus, la matière caséeuse et toutes les productions pyoïdes.
Dans les belles et nombreuses expériences exposées dans son rapport à l'Académie de médecine en 1867 et 1868, M. Colin signale une particularité décisive contre l'assimilation des inoculations tuberculeuses, aux inoculations des produits spécifiques et des virus : c'est l'unilatéralité des lésions du système lymphatique sous l'influence de l'absorption de la matière tuberculeuse. Les vaisseaux et les ganglions lymphatiques seuls du côté inoculé participent à l'irritation et à la prolifération jusqu'aux viscères. Peut-on désirer une démonstration plus claire du cheminement progressif du tubercule et de son irritation semblable à ce qui se produit lorsque les vaisseaux blancs charrient du pus ou la matière sanieuse d'une ulcération commune, en les multipliant de ganglions en ganglions de la circonférence au centre?
Où est donc ici l'imprégnation totale et simultanée de l'organisme qu'on observe dans les affections spécifiques, virulentes et vraiment inoculables?
On me dira que le virus syphilitique ne se propage pas autrement. C'est une erreur. Quand un chancre s'indure et produit des adénites dans son déparlement lymphatique, ces deux phénomènes ne précèdent pas l'imprégnation générale de l'économie, ils la suivent et n'en sont déjà qu'un effet et un reflet, une évidente manifestation locale. On observe dans ce cas le contraire du processus des inoculations tuberculeuses; c'est donc une différence du tout au tout.
La formation des granulations tuberculeuses sous l'in-
fluence d'une inflammation traumatique modérée, lente, chronique, se rapprochant autant que possible des phlegmasies constitutionnelles, est un fait des plus considérables. L'absorption de ces granulations et leur prolifération dans les viscères à tubercules, n'est pas un fait moins intéressant. L'une et l'autre prouvent effectivement que le tubercule est une néoplasie infime et commune à laquelle l'organisme animal, celui des herbivores surtout, est éminemment prédisposé; néoplasie presque entièrement subjective, plus profonde que le pus, ultime et vraiment pyoïde. Le tubercule se fait donc là de toutes pièces, et, une fois fait, s'y multiplie par lui-même. Dès lors, il ne faut pas s'étonner si, lorsqu'on offre au tissu conjonctif déchiré celte cellule misérable et commune, elle s'y reproduit, ou si celui-ci la reproduit beaucoup plus constamment que s'y on y introduit une production morbide d'une autre nature, et surtout un corps inorganique. C'est, encore une fois, que le tubercule fait le tubercule comme le pus fait le pus, le cancerle cancer, sans aucune supposition de virulence et de spécificité. Cette contagion ou cette répétition locale par voie de contiguïté et de voisinage n'a jamais été la contagion proprement dite. Elle ne suppose que ces propriétés assimilatrices ou génératrices élémentaires, sans lesquelles il n'y aurait ni vie ni nutrition.
La nutrition n'est, en effet, qu'une assimilation de soi par soi. L'élément osseux va à l'os, le musculaire au muscle, l'inique aux reins, l'hépatique au foie, etc., etc., enfin, l'élément tuberculeux reproduit plus facilement le tubercule que ne le fait un autre modificateur irritant. Cela est si vrai et va si loin, que le tubercule d'une espèce animale se reproduit moins facilement et moins souvent chez une autre espèce que le tubercule de celle-ci.
Ainsi, le tubercule de l'homme ne sera inoculé avec succès au lapin que dans la moitié des cas, tandis qu'il le sera avec \m succès constant du lapin au lapin.
Tous les laits que je viens de prendre à témoin ont été démontrés surabondamment dans les expériences de MM. Wilson Fox, Simon, Feltz et Sanderson. S'ils ne prouvent pas à mon lecteur l'abus qu'a fait M. Villemin de ses inoculations, en les assimilant à celles des poisons morbides ou des virus, j'invoquerai en dernier ressort les inoculations de matières mélaniques morbides et même pigmentaires physiologiques, celles de la choroïde, par exemple, qui s'en vont multiplier ces éléments normaux dans les ganglions lymphatiques, les viscères, et les poumons en particulier; et je rappellerai cette loi physiologique dont M. Virchow a su se servir avec beaucoup de force et de bonheur dans sa Pathologie des tumeurs, loi en vertu de laquelle tels éléments d'un tissu vont féconder par inoculation les éléments d'un autre tissu, et le forcent, en quelque sorte, à produire, non ses propres éléments, mais ceux que l'inoculation lui apporte. Un médecin militaire très-distingué, M. Papillon, a reproduit les granulations tuberculeuses les plus positives par l'intermédiaire de phlegmasies chroniques expérimentales, et par l'insertion de toutes sortes de corps étrangers dans les tissus des animaux. Ces expériences très-remarquables ne laissent rien à désirer.
Tel est, en effet, un des modes de génération et de multiplication des tumeurs. Faut-il répéter qu'il n'y a rien, dans ces lois delà nutrition pathologique, qui soit comparable à l'action des contages et des virus?
Dans la discussion que le Mémoire présenté à l'Académie par M. Villemin a soulevée au sein de cette savante société, mon honorable collègue et ami, M. le professeur Chauffard, a développé tous ces faits avec une puissance de haute raison et de beau langage qui auraient dû désillusionner nos collègues et le public dès le commencement des débats, et faire voir que les expériences du jeune professeur du Val-de-Grâce étaient à peine spécieuses.
Cependant, je suis loin de les regretter. Elles ont été,
elles seront l'occasion du progrès le plus sérieux qu'ait fait la Phthisiologie depuis Laënnec.
L'examen réfléchi des expériences de M. Leberl et de M. Colin sur le même sujet, mais dont les conclusions sont si différentes de celles de M. Villemin, va nous le prouver, je l'espère.
Dans les discours que j'ai prononcés à l'Académie de médecine à l'occasion de l'inoculabilité et de la virulence du tubercule, j'ai toujours opposé la doctrine de la génération spontanée ou de l'hétérogénie à celle de la spécificité et de la panspermie de la tuberculose où les expériences de M. Villemin prétendaient entraîner les esprits. C'est sur le terrain de l'observation clinique que je me plaçais pour combattre ces idées et proclamer une Phthisiologie contraire.
Depuis cette époque, l'expérimentation elle-même, sur laquelle seule s'appuyait M. Villemin, s'est prononcée contre lui. On l'a vu il y a un instant. 11 est impossible à la clinique d'affirmer l'hétérogénie du tubercule plus positivement que ne le font les expériences dans lesquelles des corps étrangers introduits dans le tissu plasmalique souscutané, ou dessétons entretenant dans ce tissu une inflammation à type chronique, y excitent la formation de granulations tuberculeuses abondantes qui, absorbées lentement, croissent et se multiplient dans les ganglions lymphatiques, et plus tard dans les viscères, parle même mécanisme, mais avec d'autant plus de facilité, que l'irritation chronique proliférante est moins hétérogénique ou plus homogénique.
Dans ce cas, tout ce qu'on peut accorder au tubercule, c'est donc d'être plus tuberculisant qu'une matière étrangère. De là à la spécificité, il y a loin.
Mais les expériences sur les animaux sont encore venues ruiner par un autre coté la spécificité du tubercule et confirmer les données de la clinique, en nous permettant d'assister à ce que j'appellerai la genèse graduée du tubercule,
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et de prendre, sur le fait, ses affinités et ses rapports avec le pus.
J'ai toujours défendu l'unité de la tuberculose et de la Phlhisie. Eu môme temps, j'ai toujours protesté contre l'unicité du tubercule. A mes yeux, l'unité de nature du tubercule et de la Phlhisie n'implique et ne suppose pas l'unicité histologique de cette néoplasie; elle suppose même sa variété. Évidemment, M. Virchow a réagi avec beaucoup trop de vigueur contre les divisions subtiles de Boyle. 11 s'est trop inspiré de l'anatomie et pas assez de la clinique.
Au début de ce travail, et avant d'entrer dans l'anatomie pathologique de la Phlhisie et du tubercule, j'ai voulu établir un parallèle entre le pus et deux autres produits morbides que j'ai appelés pyoïdes, le tubercule et la matière caséeuse. Ce n'est pas sans raison que j'ai commencé parla. Je voulais qu'on s'habituât à ne pas séparer ces choses aussi radicalement qu'on le fait, et préparer l'esprit à comprendre leurs affinités. Ces affinités, je les ai fait voir vivantes dans la clinique, et môme dans l'anatomie pathologique humaines. Je tiens à compléter ma démonstration par la pathologie expérimentale. J'y tiens d'autant plus, que les spécificisfes l'ont invoquée contre ma doctrine.