‹ Etudes générales et pratiques sur la phthisieChapitre 40 sur 83 · IV · texte numérisé non relu

IV

Nouvelles preuves cliniques et expérimentales de la nature inflammatoire du tubercule. — Les abstraclious scientifiques de l'esprit allemand, et les réalités cliniques de l'esprit français devant le tubercule et la Phthisie. — Résumé des progrès que l'histologie et la pathologie expérimentale ont imprimé à la Pbthisiologie.

Il y a bien longtemps que j'ai invoqué la fréquence et la multiplicité des phlegmasies chroniques tuberculeuses sans tubercules dans le cours de la Phthisie, comme une preuve de la nature inflammatoire de celte maladie. Qui ne connaît l'existence presque habituelle de l'entérite, de la laryngite, de l'hépatite, de certaines néphrites, de l'angine folliculeuse chez les phlhisiques, sans qu'on puisse trouver le moindre vestige de tubercule dans les divers organes manifestement enflammés? On me répondra peut-être que les ulcérations intestinales et laryngiennes des phlhisiques sont assez souvent accompagnées de tubercules sous la membrane muqueuse m u

2i0 DEUXIÈME PARTIE.

du larynx et dans les follicules de l'intestin, etc. Raison de plus pour admettre la nature inflammatoire de cette production quand elle existe, car l'entérite et la laryngite existent souvent sans elle.

Il est bien évident, en effet, que dansles deux séries de cas, la cause des pblegmasies est la même ; et que, quand cellesci existent sans tubercules, elles ne diffèrent pas des cas où les tubercules se rencontrent, et que, par conséquent, la nature de ces pblegmasies est tuberculeuse, alors même que la matière tuberculeuse y fait défaut. Cette preuve est sans réplique.

La méningite tuberculeuse des enfants offre une démonstration analogue de la nature inflammatoire du tubercule. Que deux enfants meurent de cette maladie avec des symptômes et un processus pathologique semblables, vous diagnostiquerez chez l'un et chez l'autre une méningite tuberculeuse.

Cependant, chez celui-ci, l'autopsie donnera des tubercules et de l'inflammation de l'arachnoïde, etc., chez l'autre, la même inflammation, mais sans aucun tubercule. Le diagnostic était pourtant exact, et la maladie la même dans les deux cas. Pourquoi, dira-t-on, des cas analogues ne se montrent-ils pas dans les poumons ?

D'abord, parce que, chez un enfant affecté de méningite, la mort peut frapper avant la production du tubercule qui qui se serait manifesté plus tard; car, avec une méningite aiguë, on n'attend pas. Ensuite, parce que le poumon est le plus tuberculisable et le plus inflammable des organes.

Cet organe est, en effet, le siège par excellence de la phthisie tuberculeuse. C'est là que cette maladie se développe dans toute son intensité, avec toutes ses variétés, avec son principal et ses accessoires.

Dans les autres organes, le tubercule est presque exclusivement plasmatique ou exclusivement caséeux. Les mem-

branes séreuses ne le présentent qu'à l'état de granulation. Mais les médecins doivent prendre les choses comme elles sont. C'est surtout au poumon que nous avons affaire : c'est donc le poumon que nous devons surtout considérer.

M. le docteur Cornil a publié dans le tome Ier des Archives de Physiologie normale et pathologique de MM. Brown- Séquard, Charcot et Vulpian, un bon mémoire sur le Tubercule considéré dans ses rapports avec les vaisseaux. Il a démontré que la granulation tuberculeuse ne se manifeste jamais sans que les capillaires sanguins dans la gaîne celluleuse desquels se forment les éléments embryonnaires delà néoplasie phymatique, n'éprouvent une inflammation de celte enveloppe ainsi que de leur membrane interne, en vertu de laquelle la lymphe plastique oblitère la lumière de ces petits vaisseaux et infiltre du même produit leur membrane externe.

C'est au sein de ce processus inflammatoire, que se développent les cellules jeunes et avortées qui vont constituer le nodule tuberculeux. Ces phlegmasies inlra et péri-vasculaires du réseau capillaire sanguin, constituent les phlegmasies bronchiques caséeuses et les pneumonies tuberculeuses qui jouent un rôle si grave et si décisif dans la phthisie pulmonaire. En effet, ce que je viens de dire des petits vaisseaux, il fautl'étendre aux bronches capillaires au dedans desquelles naît le muco-tubercule, et autour desquelles la granulation plasmatique pullule avec les mêmes caractères inflammatoires que tout à l'heure. Si ces faits, serrés de près, bien vus, et qui sont d'ailleurs en harmonie complète avec toutes les données de l'étiologie, de l'observalion clinique et de l'anatomie morbide à l'œil nu, ne démontrent pas la nature inflammatoire du tubercule, il n'y a plus de démonstration en pathologie.

Admirons ici la naïveté des savants, et surtout des savants

d'outre-Rhin. La Plithisie leur importe peu ; ce n'est pas leur affaire. Ce qui les intéresse, c'est le tubercule. Aussi, ne veulent-ils pas qu'on l'étudié dans les poumons. Là, disent-ils, on ne le voit pas tout seul, on ne peut pas le dégager; il est compliqué de beaucoup de productions étrangères. Ils appellent étrangers à la tuberculisation, les produits inflammatoires de la Phthjsie, la matière caséeuse, le pus des tuberculeux, lesquels se confondent avec le tubercule scientifique et abstrait tels qu'ils le conçoivent. On ne sait plus alors ce qui appartient à la Phthisie. En effet, ce que ces savants ont l'air de trouver étranger, n'y manque presque jamais.

On aurait quelquefois le droit de regarder la granulation comme l'accessoire et la production caséeuse comme le principal, car il n'est pas rare de l'observer seule au début del'affection.Pour sedélivrerdeces conditions fâcheuses, qui sont pourtant les véritables réactifs de la tuberculose, que fait-on? On veut que le tubercule ne soit étudié que sur les membranes séreuses, là où rien d'autre ne gêne et n'obscurcit la vue de l'anatomiste.

Tout cela est très-bien au point de vue purement histologique. Cependant, on n'a là qu'un élément de la Phthisie, c'est-à-dire une abstraction. Le tubercule pulmonaire, pris dans sa vie et son évolution totales, doit être observé tel qu'il est, avec tout son cortège naturel, et non isolé, et non tel qu'on voudrait qu'il fût. Considéré ainsi, il ne vit pas, il n'existe même pas, car il est sans rapports.

Dire : tout ce qui n'est pas le nodule plasmatique que j'ai décrit, n'est pas tubercule, c'est faire de la tuberculose une maladie spécifique ; c'est affirmer qu'une diathèse n'a qu'une seule manifestation possible, et que la nature du tissu ne modifie pas le produit morbide. Tout en reconnaissant les services que l'École allemande a rendus à l'histoire de la tuberculose, il faut convenir que l'École française a été plus intelligente. Je consens volontiers aux

abstractions : elles sont malheureusement nécessaires à l'élude des choses complexes. Que l'on sépare la granulation et qu'on l'étudié en elle-même pour mieux apprécier sa part, et, par conséquent, celle des autres éléments constitutifs de la Phthisie, encore une fois, cela est inévitable et excellent ; mais à condition qu'après avoir séparé artiliciellement les parties de- la Phthisie, on les réunisse et les remette en place.

C'est peu de différencier si on n'est pas capable de réintégrer. Il est vrai que cette dernière opération est plus difficile que la première.

On a dit sur tous les tons pendant et après la longue discussion de l'Académie de médecine sur les expériences de M. Villemin, que ni cette discussion, ni ces expériences n'avaient fait faire un pas à la connaissance de la Phthisie. Je me suis alors élevé avec force contre ces courtes vues. Lorsqu'on ne voit pas devant soi, il est rare qu'on sache attendre. Je répète aujourd'hui, après plus de deux ans d'observation et de méditations nouvelles sur ce sujet, que les expériences de M. Villemin ont été soit par elles-mêmes, soit par les recherches expérimentales et les débats qu'elles ont provoqués, le point de départ d'une nouvelle phase de la Phthisiologie.

Voici un aperçu du nouvel aspect sous lequel celle-ci se présente aujourd'hui à mes yeux, et les perspectives qu'elle me semble avoir devant elle.

Nous nous sommes assimilé les travaux des Allemands sans tomber dans leurs subtilités analomiques sur la tuberculose, et en conservant toujours à la clinique la suprématie de son critérium.

Nous avons maintenu l'unité de la Phthisie tout en niant son unicité anatomique, car l'unité suppose des choses à unir; et ce sont, dans ce cas, les variétés cliniques et anato-

miques de la Phthisie, dont l'unité se trouve ainsi plus fortement consacrée.

De même, en effet, qu'on ne confond pas l'unité de la syphilis avec son unicité de manifestation, et que cette maladie est une malgré ses variétés de symptômes, de même il ne faut pas confondre avec l'unicité du tubercule, l'unité de la Phthisie impossible sans les variétés des manifestations tuberculeuses.

Au lieu du nodule tuberculeux abstrait de l'Allemagne, nous avons une sorte d'échelle histologique de la tuberculose établie d'après 1° le siège, 2° les causes, 3° l'accidenlalité, 4° la conslitutionnalité de l'altération phymalique.

Loin de trouver dans le tubercule les caractères du nodule et de la tumeur, nous y trouvons exactement leur contraire, c'est-à-dire les propriétés des néoplasies pauvres et éphémères, qui sont les productions pyoïdes.

Nous sommes, comme je l'ai fait voir, sur la voie de démontrer que le tubercule est un pus organique et constitutionnel, formé bien plus aux dépens des éléments du tissu plasmatique ou lymphatique, qu'aux dépens d'un blaslème exsudé de ce tissu, comme cela est probable dans la suppuration.

Le pus et le tubercule seraient donc parallèles, mais en occupant des couches fonctionnelles différentes de l'appareil immédiat delà nutrition ; l'un hématoïde et superficiel, l'autre lymphoïde et profond. Ce siège plus profond et plus constitutionnel expliquerait la propriété essentiellement destructive du tubercule, en même temps que ses caractères inflammatoires chroniques.

Nous avons repoussé la doctrine de la spécificité, de la virulence et de la contagiosité de la Phthisie, à cause delà multiplicité et de la diversité de ses causes internes et

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externes qui n'ont de commun que d'épuiser le tissu nourricier de l'économie ; et nous avons tiré des expériences instituées pour et contre celte virulence, des preuves qui établissent définitivement, d'après les méthodes expérimentales modernes, la nature essentiellement commune et banale du tubercule. Cette vérité démontrée peut devenir la source de la prophylaxie la plus pratique et la plus efticace de la Phthisie.

M. Villemin,qui est un des premiers importateurs des idées allemandes sur la tuberculose, est venu, sans le vouloir, les fondre et les absorber dans l'école française. C'est un service qu'il est juste de reconnaître. Mais quand il a essayé d'y ajouter la doctrine de la spécificité et de la virulence, en se fondant sur ses inoculations, il nous a fourni l'occasion d'étudier le processus des transmissions artificielles et des greffes du tubercule sur les animaux, et de suivre du doigt et de l'œil la marche commune et antispéciflque de ce produit morbide à travers les voies lymphatiques.

Alors nous avons pu constater expérimentalement ce que l'anatomie nous avait déjà appris, savoir, que les éléments constitutifs de cet appareil ont avec le tubercule des équivalences histologiques qui décèlent et caractérisent l'origine et la nature de cette néoplasie.

Ces expériences contradictoires sont venues en aide à l'anatomie pathologique humaine, en exposant aux regards des vivisecteurs cette échelle de la tuberculose qui commence plus bas que le pus, si je peux ainsi dire, et qui arrive au tubercule plasmatique en passant par des formes intermédiaires plus ou moins parfaites, mais qui appartiennent à la Phthisie dès qu'elles ont les caractères pyuïdes et qu'elles détruisent le tissu plasmatique avec un appareil inflammatoire plus ou moins intense.

Ces mêmes expériences ont eu, surtout, ce prix inestimable, de prouver que le tubercule est bien une hétérogénie, puisqu'on en détermine la formation par l'introduction de matières organiques quelconques, et même de substances inorganiques dans les tissus.

Elles ont fait voir, enfin, que la notion du tubercule, au lieu d'être enfermée dans un type anatomique immuable, repose sur une idée générale déduite de ce qu'ont de commun toutes les formes dont ce produit est susceptible suivant les âges, le siège, les causes, les espèces animales, etc., à condition toutefois que sa caractéristique soit maintenue, savoir : 1° une nature et un processus pyoïdes ; 2° la propriété destructive du tissu conjonctif ou nourricier.

Il résulte de tout ce qui précède, que les expériences de M. Villemin ont servi considérablement les progrès de la PlUbisiologie, en démontrant, de plusieurs manières, le contraire de ce qu'elles avaient la prétention d'établir.

La contagion de la Phthisie remise en question par les inoculations. — Si la Phthisie est contagieuse, c'est comme elle est inoculable, par contamination lente et infection, à la manière de toutes les maladies à produits pauvres et mort-nés. — Cette lente infection est même si rare, qu'on peut la mettre en doute. — Ce mode de transmission, si différent de la contagion, est très-relatif et tout exceptionnel. — Les cas de contagion d'une mère par son enfant conçu d'un père phthisique, appartiennent presque autant à l'hérédité. — Lescontagionisles s'appuient sur des faits très-complexes et qui se prêtent à plusieurs conclusions. — Conséquences et conseils pratiques.

J'arrive maintenant à la question qui pour nous, médecins, forme la sanction et le but de toutes les recherches de la science sur l'inoculabilité de la tuberculose, je veux parler de la contagion de la Phthisie.

Que nous importerait, en effet, l'inoculabilité du tuber-

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eule si la Phthisie n'était pas contagieuse? et si elle l'était; que nous importerait encore cette inoculabilité? Aurionsnous eu besoin d'elle pour acquérir la conviction d'un fait essentiellement et exclusivement clinique?

En général, on ne demande à l'expérimentation que la vérification d'un fait déjà acquis ou fortement soupçonné par l'observation. Ainsi a-t-on fait pour la morve et la syphilis. Ici, au contraire, c'est des résultats d'une prétendue inoculabilité du tubercule aux animaux qu'on a déduit l'idée que la phthisie tuberculeuse des poumons est contagieuse. Peut-on retourner d'une manière moins sérieuse l'ordre des problèmes et des solutions?

Il est certain, en effet, que si celte opinion a eu autrefois plus ou moins de partisans — car elle n'a jamais régné sans conteste dans l'Europe occidentale — on n'en parlait plus depuis 50 ans, c'est-à-dire, depuis l'époque où la Phthisie s'est plutôt multipliée que réduite, et où on la connaît beaucoup mieux qu'auparavant.

Quand je faisais mes études, on ne s'occupait pas de celle question dans l'enseignement clinique. Personne ne croyait à la contagion delà Phthisie; et il a fallu les expériences de M. Villemin pour ramener les esprits à cette idée, et leur rappeler que les médecins d'un autre âge, et le public, surtout, se défiaient de la contagiosité de la Phthisie, sans prendre toutefois contre elle beaucoup de précautions autres que celles de purifier ou de détruire les vêtements et les objets de literie qui avaient été à l'usage des poitrinaires. Cela ne prouvait pas une très-grande conviction chez les contagionistes d'alors; car on prend des mesures de protection tout autrement sévères du vivant des sujets qui sont affectés de maladies indubitablement contagieuses comme les fièvres éruptives proprement dites.

Quoiqu'il en soit, les expériences de M. Villemin, qui montrent avec quelle facilité on peut reproduire par inoculation le tubercule de l'homme chez le lapin, et surtout, de

celui-ci chez les individus de son espèce, n'ont pas eu la vertu de ranimer dans l'Europe médicale savante, la foi dans la contagiosité de la Phthisie. Lorsque la discussion de ce problème — n'est-il pas bien étonnant que ce soit un problème? — s'éleva au sein de l'Académie au sujet des inoculations de M. Villemin, on put croire, que de l'attention des médecins éveillée sur cet important sujet; que de l'appel que j'avais fait à l'Europe médicale du haut de la tribune académique, allaient sortir des informations nombreuses, des matériaux riches et positifs, des statistiques pôremptoires, des opinions autorisées pour ou contre l'admission du grand fait que les inoculations avaient remis en question .

J'attends depuis quatre ans ces témoignages cliniques si faciles à recueillir, avec lesquels la lumière est si facile à faire, et je les attends en vain.

Pour moi, un des médecins de France qui vois le plus de phthisiques, et qui depuis la discussion de l'Académie en 1867-68, me suis scrupuleusement appliqué, tant à l'hôpital de la Charité où mon service est très-chargé de phthisiques, que dans ma clientèle de Paris et des Eaux-Bonnes, à rechercher les faits qui peuvent déposer en faveur de la contagiosité de la Phthisie, je déclare n'avoir observé que quatre cas dans lesquels la maladie s'est développée chez des sujets qui n'en paraissaient pas affectés pendant qu'ils donnaient des soins assidus à des phthisiques, et qui n'ont présenté les premiers symptômes de la tuberculisation pulmonaire, que plusieurs mois après la mort de ceux qui les auraient infectés.

Eh bien, ce chiffre imperceptible dans une maladie si commune et si universelle, a-t-il la prétention de prouver la contagiosité de la Phthisie en face de quatre mille faits dans lesquels l'origine de la maladie a été incontestablement accidentelle, quand elle n'a pas été soit acquise, soit diathésique, soit héréditaire, etc., et, de plus, dégagée de

toute circonstance où elle aurait pu être contractée par contagion?

Je sais bien qu'aux yeux des contagionisles systématiques, il n'est pas nécessaire d'avoir été longtemps en contact intime avec un phthisique au 2e et surtout au 3e degré pour contracter sa maladie par contagion. L'atmosphère est saturée de particules tuberculeuses qu'on respire partout, mais surtout dans de certains lieux confinés, où sont agglomérées des personnes qui peuvent être phthisiques. C'est une application du principe de la panspermie tuberculeuse.

Mais ce fait de l'influence funeste de l'air confiné et de l'encombrement des ouvriers dans certaines professions dont les ateliers réunissent un très-grand nombre d'enfants, d'adolescents, de jeunes gens mal nourris, excédés de travail, trop souvent livrés à des habitudes exténuantes, décimés enfin par la Phthisie, ce fait, invoqué par les contagionistes, est décisif contre eux. Ces conditions anti-hygiéniques sont, en effet, les plus favorables, qu'on puisse imaginer au développement de ce que j'appelle la phthisie acquise, par comparaison avec la Phthisie accidentelle. La maladie s'y forme de toutes pièces, non pas, dès lors, parce qu'il s'y trouve primitivement un ou plusieurs phthisiques qui contagïonnent les autres au moyen d'un ferment tuberculeux déjà formé, mais quoiqu'il n'y ait primitivement aucun phthisique dans l'agglomération. Ici, les premiers phthisiques sont effet et non cause. Rien donc de moins habile que d'invoquer ce fait.

N'est-ce pas dans des conditions à peu près analogues et plus efficaces encore, que se trouvent les personnes qui à la suite delongs soins, de veilles répétées, de fatigues excessives, d'une tristesse profonde et prolongée, perdent une femme, un mari, une fille, un frère lentement épuisés par la Phthisie? Si ces personnes meurent phthisiques à leur tour après quelques mois ou quelques années, c'est toujours la phthisie contagieuse qu'on accuse, et jamais la phthi-

sie acquise. Cependant, pourquoi ne le serait-elle pas dans les exemples que je viens de prendre comme dans ceux que j'ai d'abord invoqués? Dans les deux cas, elle peut se former de toutes pièces aussi bien que de venir toute faite de la cohabitation avec unphthisique.

Mais admettons, pour un instant, qu'à la suite d'une longue et intime cohabitation avec un phlhisique exhalant de tout son corps et principalement de ses poumons par l'haleine et les crachats, des effluves tuberculeux, une personne ait véritablement contracté la même maladie : cette transmission dans de telles circonstances établirait-elle un fait de contagion et la contagiosité de la maladie contractée? En aucune façon, car, à l'entendre ainsi, toutes les maladies seraient contagieuses. ■

Voilà une maladie qu'on sait naître souvent sous l'influence des fatigues, des excès, des chagrins, de la tristesse, etc. Vous ajoutez à ces conditions pathogéniques spéciales une imprégnation immédiate et prolongée du sujet au moyen des exhalaisons qui émanent du corps d'un phthisique en colliquation. La personne ainsi prédisposée et ainsi imprégnée — supposons que ce soit la femme du phthisique — commence une phthisie quelques mois après la mort de son mari dont «lie a partagé la chambre et souvent le lit jusqu'aux derniers jours, et vous assimilez cet exemple à un fait de contagion? Mais faut-il tout cela à la morve et à lasyphilis pour se reproduire? Le typhus, la variole, la scarlatine, le choléra, la peste bovine, la coqueluche, la dyssenterie, certaines diphthéries, etc., exigent-elles toutes ces conditions?

Si encore on voyait les circonstances que j'ai énumérées faire naître souvent la Phthisie chez ceux qui cohabitent longtemps avec les phthisiques, je pourrais accorder quelque valeur aux faits de ce genre que s'empressent tant de publier les partisans de la contagiosité delà tuberculose; mais non ; ces faits sont rares, extrêmement rares. On les pro-

finit et on les cite comme des curiosités dans l'histoire d'une maladie horriblement fréquente, alors que, pour prouver quelque chose, ils devraient être presque aussi communs que les phthisiques eux-mêmes. En effet, c'est à peine si on trouve un cas sur mille pour prouver ce mode de contagion. C'est pourtant l'exemple qu'on se plaît à alléguer comme le plus démonstratif. A quoi donc se réduit la statistique sur les faits où toutes ces conditions ne sont pas réunies? Elle est nulle ou insignifiante; car quand il s'agit d'une maladie aussi fréquente, on ne peut pas exiger que ceux-là seuls qui ont cohabité avec des phthisiques ne seront jamais phthisiques eux-mêmes en vertu des causes communes de cette maladie. Il faut être juste : si, sur mille cas de Phthisie, il en est un tout au plus qui se développe à la suite d'une cohabitation avec un phthisique, on ne voit pas pourquoi ce prétendu rapport de causalité serait autre chose qu'une coïncidence.

A-t-on bien songé que la Phthisie entre pour plus d'un dixième, et, dans certains pays, pour un vingtième et plus dans la mortalité générale? A.-t-on réfléchi que cette maladie ne dure pas 8 ou i 5 jours comme la variole ou la rougeole ; qu'elle dure des mois et des années ; qu'elle exige, pendant ces longs temps, des soins et des contacts assidus ; et que, si elle est contagieuse, on a l'occasion de la contracter cent fois plus qu'on ne peut contracter les vraies maladies contagieuses pendant leur courte durée ? Et cependant, les vieux praticiens sont nombreux, qui n'ont pas vu cette contagion une seule fois dans leur vie, après avoir donné des soins à quelques milliers de phthisiques?

Je le demandeàtous mes collègues des hôpitaux de Paris: n'ont-ils pas toute l'année, dans leurs salles, des individus non phthisiques, qui couchent plusieurs semaines et plusieurs mois de suite entre deux phthisiques à la période d'élimination ? Combien de fois ont-ilsvu la Phthisie contractée dans ces circonstances?

m DEUXIEME PARTIE.

Si la Phthisie est réellement contagieuse, c'est aux Eaux- Bonnes qu'on doit rencontrer des occasions favorables de le constater.

Là, les familles n'ont pas des appartements spacieux pour se loger et s'isoler. Plusieurs personnes sont souvent forcées de coucher dans la chambre du malade, ou dans une pièce qui communique largement avec elle.

Ces malades sont trop fréquemment atteints au troisième degré. Le médecin seul sait l'odeur nauséabonde suigeneris qui souille l'atmosphère chaude et condensée de ces chambres infectes, car c'est lui qui, le matin, y entre le premier. Ces exhalaisons concentrées et encore vivantes du phthisique excavé, suant, expectorant ses tubercules fondus, ont une fadeu r spéciale à laquelle les organes respiratoires de l'homme sain qui s'y trouvent plongés tout à coup, ont beaucoup de peine à s'accoutumer. On les perçoit souvent jusque dans les chambres voisines occupées par d'autres familles saines ou d'autres malades non phthisiques. C'est un poumon qui les fournit, et c'est un poumon qui en reçoit la première impression. Elles se condensent sur lui ; et si elles sont des contages, les organes respiratoires sains et surtout prédisposés qui les inhalent constamment chaque nuit, doivent en être assez saturés pour que, s'ils sont virulents, l'imprégnation soit efficace. Tout semble, en effet, réuni pour cela.

Cependant, depuis douze ans que j'observe aux Eaux- Bonnes, et que j'y ai de très-fréquentes occasions de revoir là ou ailleurs les familles que j'y ai traitées, je n'ai pas encore vu un cas de contagion.

Les personnes qui ont cru en observer, n'ont peut-être pas assez remarqué que les sujets prétendument contagionnés, sont presque toujours des frères, des sœurs, des filles qui ont donné depuis longtemps des soins intimes à des mères, à des frères, à des sœurs, etc. . . , et que, dans ces cas, le problème est double. 11 se complique, en effet, d'une question d'hérédité, question complexe elle-même, car la

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prédisposition héréditaire est aggravée et renforcée, si je peux ainsi dire, par deux ordres d'influences : l'action débilitante des fatigues et du chagrin ; la cohabitation avec un phlhisique avancé dont le contact incessant est malsain et infectant.

Je ne m'arrêterai pas à l'élément hérédité; il complique ici trop évidemment la question, et prime trop celle de contagiosité, pour qu'on puisse faire jouer à celle-ci le premier rôle.

Mais, dira-t-on, vous admettez donc que cette contagiosité peut jouer ici un second rôle, un rôle quelconque? Certainement, je l'admets : il ne s'agit que de s'entendre et de ne pas abuser des mots.

J'établis d'abord que toutes les maladies caractérisées par des productions pauvres et mort-nées, rapidement proliférantes et qui contagionnent facilement les éléments voisins de l'organisme même où elles sont nées, ont une grande disposition à infecter au dehors comme elles infectent au dedans. Le pus et les productions pyoïdes sont particulièrement dans ce cas.

Cela ne veut pas dire que ces maladies soient essentiellement contagieuses.

Il est des maladies qui sont contagieuses spécifiquement et par nature. D'autres, ordinairement vulgaires, sont susceptibles de contagiosité dans certaines circonstances, les épidémies, parexemple. Ce sont toujours des maladies aiguës. Mais toutes les maladies du genre que j'ai spécifié, alors même qu'elles ne sont pas essentiellement aiguës et qu'elles sont constitutionnelles, comme la Phthisie, peuvent, avec des conditions bien déterminées, se transmettre et se reproduire dans un terrain préparé. Or, ces conditions particulières ne sont pas celles qui suffisent à la contagion telle qu'on l'entend, au contraire.

Une longue et intime cohabitation, des rapports continus

et étroits ne sont pas nécessaires à la propriété contagieuse. Ce n'est jamais pour elle une affaire de temps et de quantité, pas plus, d'ailleurs, que pour la génération.

Les affections purulentes, les érysipèles, toutes les maladies fébriles infectieuses, peuvent être transmises à ceux qui respirent longtemps, dans une atmosphère confinée et saturée, les miasmes qui s'exhalent du corps des individus livrés à ces maladies. Elles ne sont pas contagieuses pour cela. Ce sont, au contraire, les moins spécifiques et les plus communes des maladies.

J'empêche toujours autant que je le peux deux époux, dont l'un est phthisique, de coucher ensemble, et même, s'il est possible, d'habiter la même pièce ; et pourtant, je ne crois pas la phthisie contagieuse. Cette interdiction, je l'applique à toutesles maladies générales et fébrilesàproductionspauvres, envahissantes, pyoïdes.

La preuve que la Phthisie n'a rien de spécifique, alors même qu'il serait prouvé qu'un phthisique a transmis son affection dans les conditions déterminées plus haut, c'est qu'il n'est pas rare de voir les personnes qui ont longtemps donné des soins intimes à des poitrinaires jusqu'à leur mort, être affectées, à la suite de cette imprégnation prolongée, de divers accidents, qui, pour n'être pas tuberculeux, n'en témoignent pas moins d'une infection générale.

Celle-ci setraduitpar desphlegmasies disséminées et d'une suppuration facile, des furoncles, des éruptions pustuleuses, des angines, de l'embarras gastrique, des lymphangites, des érysipèles, et principalement des diarrhées, toutes manifestations qui prouvent que l'organisme en général, et que le sang en particulier, ont subi une dyscrasie commune sous l'influence de l'absorption lente des miasmes pyogénétiqucs et infectieux.

Ces effets ne sont pas propres aux effluves longtemps agissants des poitrinaires. On peut les éprouver, on les éprouve assez souvent à la suite d'une longue contamination par les

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miasmes pernicieux qu'exhalent des malades affectés d'infection purulente, de maladies gangreneuses, putrides ou septiques de tout genre. Ces maladies ne sont pourtant pas plus spécifiques que la tuberculose, ou que les maladies générales et fébriles caractérisées par des productions purulentes ou pyoïdes.

Est-ce à dire que je me refuse absolument à croire que dans ces circonstances de longue et intime cohabitai ion, une Phlliisie ne puisse être transmise d'un phthisique à un individu qui ne l'aurait jamais été sans cela? Non, encore une fois, je ne m'y refuse pas ; mais si j'accepte que les choses puissent se passer quelquefois ainsi, je n'en tire pas la conséquence que la Phthisie est contagieuse.

11 en est de cette question comme de celle de l'inoculation du tubercule au lapin. Des doses massives sont nécessaires; on sature le lapin. Le tubercule prolifère dans les tissus de l'animal, en cheminant lentement et sous les yeux de l'observateur à travers la filière des voies lymphatiques. C'est une propagation de voisinage, comme elle s'opère dans l'organisme lui-même, d'un foyer tuberculeux aux parties contiguës, soit de cellule à cellule, soit par résorption et métastase. On observe les mêmes effets avec certains pus non spécifiques, mais plus ou moins altérés. Jamais pareil processus n'a été la contagion.

Les choses semblent se passer ainsi d'un phthisique à un individu sain. Là aussi, il faut, si je peux ainsi dire, des doses massives, ou qui agissent très-longtemps et à des distances très-rapprochées, comme s'il fallait que l'individu sain fut saturé des effluves pathogénétiques du corps malade.

Dans des cas très-rares — si rares que, pour une maladie aussi commune et aussi universelle, on pourrait toujours contester le rapport de cause à effet — dans les cas trèsrares, dis-je, où ce mode de transmission serait prouvé, on n'aurait encore qu'un cas d'infection et de saturation ana-

logue à ceux qu'on observe dans les salles d'un hôpital où sont couchés des individus affectés de fièvre purulente traumatique ou puerpérale.

C'est alors qu'on voit des sujets sains ou affectés d'autres maladies, contracter, comme je l'ai dit plus haut, des accidents inflammatoires féconds en suppurations et généralisés, Ce sont des maladies purulentes similaires, communiquées par saturation et infection. Elles ne proviennent pas de maladies spécifiques, et elles ne peuvent être appelées contagieuses que par un abus de langage et une confusion d'idées destructives de toute science et de toute nosologie.

De même, en effet, que si le lapin peut être tuberculisé par l'insertion ou l'injection du tubercule en masse, on le tuberculisé aussi par des irritations hélérogéniques, de même, le tubercule de l'homme naît de mille causes autres que le tubercule, bien plus souvent qu'il ne naît de celuici. Ce dernier mode étiologiqueest infiniment rare — s'il existe — relativement au mode hétérogénique qui est, au contraire, infiniment commun, et que personne ne conteste.

D'ailleurs, pourquoi la Phthisie échapperait-elle à cette propriété funeste qu'ont toutes les maladies non contagieuses, de contracter, dans certains cas exceptionnels, la puissance de porter, hors de leur propre foyer, la force infectante qu'elles ont sur les parties voisines de ce foyer? Je le répète, celte propriété peut appartenir passagèrement à toutes les maladies qui ne sont pas naturellement contagieuses. A ce compte, toutes les maladies le seraient.

Ces idées sur les conditions et l'espèce de transmissibilité possibles de la phthisie, se placent naturellement entre la doctrine des contagionistes absolus qui partent de l'idée erronée de spécificité et de virulence, et celle des anticonlagionistcs empiriques qui nient purement et simplement une transmissibilité quelconque de la Phthisie.

I>K L'INOCULABIUTE DE I.A PHTH1SIE. 227

Toute maladie générale et fébrile du genre des purulentes, des pyoïdes et des nécrobiotiques, peut se propager par infection. On ne saurait le nier, tout en refusant absolument de reconnaître à ces maladies le tilrt de contagieuses. Ce mode de transmission rare, et qui exige des conditions toutes particulières, peut toujours être évité, tandis qu'on n'élude pas toujours l'action des maladies contagieuses.

11 ne faut jamais qu'une personne saine, un parent surtout, partage le lit d'un phtbisique qui a dépassé le premier degré de la maladie. Non-seulement il convient de ne pas partager le lit, mais il n'est pas toujours prudent de coucher longtemps dans la même chambre, surtout à la fin de la maladie. Ces précautions concernent surtout les parents et les jeunes gens.

Les cas de transmission qu'on a cru observer se rapportent principalement à des jeunes femmes qui auraient couché longtemps avec leur mari phlhisique, et auraient conçu dans ces conditions. On a pensé qu'alors, la transmission était d'aulant plus efficace que l'enfant conçu d'un père tuberculeux, pouvant lui-même se développer avec le principe héréditairement transmis de celte maladie, renvoyait incessamment à sa mère un sang imprégné delà même altération, et devait, en verlu de cette communication si intime et de cette mutuelle pénétration pendant neuf mois, infecter plus sûrement l'organisme maternel.

Si celte théorie est vraie ; si surtout les faits sur lesquels elle croit pouvoir s'appuyer sont positifs, elle viendrait appuyer elle-même l'idée d'imprégnation et de transmission lente et moléculaire que j'ai émise, laquelle n'a rien de commun avec la contagion proprement dile. Elle confirme aussi — et cela doit être notre préoccupation particulière — ce que j'ai dit de la facilité avec laquelle il est toujours possible d'éviter ces sortes de transmission si elles existent, et si on a des raisons de les craindre.

Quoi qu'il en soit, ces faits de prétendue contagion du mari à la femme par un fœtus non actuellement tuberculeux, quoique engendré par un père qui l'était au moment de la conception, ces faits se rapprochent plus de l'hérédité que de la contagion, car, en pareil cas, on pourrait vraiment dire que la femme a reçu la Phthisie héréditairement de son mari, en vertu de la solidarité intime qui l'unit à l'enfant.

Il ne faut jamais oublier qu'il y a des contagions presque absolues, et des contagions relatives à tous les degrés ; que celles-ci, par conséquent, peuvent exister depuis une puissance que je représenterai par dix, jusqu'à zéro, en passant par toutes les puissances intermédiaires, même dans des maladies qui ne sont ni spécifiques ni contagieuses essentiellement ou par nature. Les principes d'une maladie quelconque non contagieuse, du genre de celles que j'ai tant de fois caractérisées, peuvent exceptionnellement s'élever à la puissance spécifique et contagieuse. Cette propriété, qui n'appartient pas au genre, peut donc appartenir passagèrement aux individus infectants ou infectés. Mais encore une fois, tout cela ne constitue pas la spécificité, la virulence et la contagiosité comme les entendent les partisans de la phthisie contagieuse.

Je me résume en disant : ôtez à la syphilis, à la morve, au farcin, à la variole, à la scarlatine, à la rougeole, à la rage, etc., leur contagiosité, leur virulence ou leurinoculabilité, et vous les détruisez : elles ne sont plus elles-mêmes, elles disparaissent de la nosologie. Au contraire, enlevez à la phthisie tuberculeuse des poumons l'espèce de transmissibilité toute conditionnelle et toute relative que quelques médecins lui reconnaissent, et elle reste entière, elle continue à être, comme auparavant, la phthisie vulgaire que nous connaissons tous.

Si la Phthisie était contagieuse, on n'en disputerait pas ; le nombre des conlagionistes ne serait ni si restreint ni si timide, et on n'aurait pas besoin de l'inoculation du tu-

bercule de l'homme au lapin pour la démontrer. Que dire d'ailleurs de cette dernière démonstration sur laquelle on comptait tant, quand il est prouvé, aujourd'hui, que le tubercule n'est qu'une matière plus propre seulement qu'un corps étranger et irritant quelconque, à exciter la tuberculose chez les lapins ?

Ce dernier fait résume aussi toute mon argumentation. Il prouve du même coup la transmission possible du tubercule de l'homme au lapin au moyen d'insertions et d'absorptions massives qui ne me paraissent pas mériter le nom d'inoculations; et l'hélérogénic de cette même production morbide, puisqu'elle se développe chez les animaux comme chez l'homme , sous l'influence d'irritations chroniques artificielles et communes.

La doctrine de la contagion de la Phthisie perd plus qu'elle ne gagne à la démonstration expérimentale et palpable qu'on voulait lui donner comme un fondement immuable et définitif.

11 résulte, de tout ce qui précède, qu'il y a loin de la transmissibilité rare et difficile delà Phthisie dans les conditions exceptionnelles que j'ai indiquées, à l'idée de spécificité, de virulence et de contagiosité de cette maladie.

Que la prudence, que le soin des personnes dont la vie et la santé nous sont confiées, nous inspirent les plus sérieuses précautions dans le règlement des rapports d'une famille avec ses phthisiques, rien de mieux ; mais ces précautions sont d'un tout autre ordre que celles que nous imposent les maladies véritablement et spécifiquement contagieuses.

11 ne s'agit pas de fuir un phthisique comme on fuit un varioleux ou un morveux, mais d'éviter de se saturer de ses exhalaisons dans une cohabitation longue et intime. C'est sous cet aspect que le médecin doit présenter les choses dans sa clientèle lorsqu'il dirige le traitement des phthisiques. 11 ne lui est pas permis de manquer à ce devoir, dût-il, dans une longue carrière, n'éviter qu'une fois le danger d'une

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transmission possible. Il y apportera d'autant plus de soin, que comme il s'agit, dans la plupart des cas, de préserver desparents que leur consanguinité prédispose à être affectés eux-mêmes de laPhthisie, on ne manquerait pas d'attribuer à la contagion et de l'aire remonter jusqu'au médecin, les cas nouveaux qui pourraient se déclarer dans la famille.

J'ai parlé delà Phthisie acquise dans les conditions où se trouvent les jeunes sujets enfermés du matin au soir, quelquefois même la nuit, durant plusieurs années, dans des ateliers encombrés, mal aérés, où souvent l'on respire une atmosphère viciée non-seulement par le nombre des individus, mais encore par des poussières de diverse nature. Ces jeunes gens des deux sexes, déjà bien souvent lymphatiques et chétifs, mal nourris, mal vêtus, livrés à un travail continu au-dessus de leurs forces et de leur âge, fournissent beaucoup de phthisiques. A Lyon, parmi les ouvriers en soie qu'on appelle canuts, ce nombre est considérable. La Phthisie miliaire est très-commune parmi eux.

J'ai dit que c'est abuser de l'observation que de faire intervenir la contagion dans la multiplication des cas de Phthisie de cette espèce, parce que toutes les conditions sont réunies pour que la Phthisie y soit acquise. Si on voulait créer des phthisiques, comme en histoire naturelle on s'applique à créer ou à modifier certaines espèces ou variétés d'organismes, on ne pourrait pas mieux réussir : c'est à de pareils milieux qu'il faudrait demander la tuberculisation acquise de l'homme.

Cette preuve de contagion si équivoque, les spécificistes l'ont étendue aux agglomérations, et comme contre-épreuve, aux déserts : ainsi, aux grandes villes, aux casernes, aux prisons, aux collèges, aux vallées ; ensuite, aux plateaux, aux altitudes, etc.. La Phthisie est plus rare à la campagne qu'à la ville, que dans les grandes villes surtout, contagion ; dans les vallées que sur les plateaux, contagion ; sur les hautes montagnes que dans les plaines, contagion; dans les

lieux confinés que dans les vastes habitations; dans les lieux obscurs que dans les lieux éclairés, contagion, toujours contagion. Comme si, dans toutes ces conditions contraires, on ne rencontrait pas les influences les plus favorables ou les plus défavorables àl'acquisition de la Phthisie, indépendamment de tout miasme spécifiquement tuberculeux !

Si encore, avant d'affirmer que la fréquence de la Phthisie dans ces conditions hygiéniques malsaines et particulièrement tuberculisantes, tient à ce que ces régions et ces habitations sont des foyers habituels de phthisie tuberculeuse et de conlages proprement dits, on avait suivi à la piste ces prétendues effluves contagieux, et si on s'était assuré que la semence phymatique était bien partie de tel individu à tubercules ramollis, pour se transmettre visiblement à d'autres individus sains, comme on peut le faire et comme on le fait dans la variole ou la morve, je comprendrais que l'on invoquàtde tels exemples. Mais point du tuut. Le tubercule est inoculable de l'homme au lapin ; donc si la Phthisie est plus commune dans les casernes que dans les maisons spacieuses et peu habitées, dans les grandes villes que dans les campagnes, etc., etc. , cela dépend de ce que dans les premières de ces circonstances ou de ces milieux, il y a des effluves tuberculeux qui contagionnent les masses, et que celles-ci sont contagionnantes à leur tour, comme on le voit du lapin au lapin. On compte pour rien les constitutions débiles, les avortons, la misère extérieure engendrant la misère interne; l'encombrement, l'obscurité, le vice et l'ignorance, toutes causes très-fécondes en phlhisies et leur préexistant; et on prend sans le voir les effets pour les causes.

Pour ce qui est de la fréquence d'autant moins grande de la Phthisie, que les habitations humaines occupent des lieux plus élevés, je ne sais s'il faut attribuer cette rareté croissante de la maladie, à ce que les habitants, étant plus rares eux-mêmes, n'ont pas entre eux des contacts aussi multipliés et évitent ainsi les conditions de contagion ; ou bien, si cette

infréquence tient à des conditions de pression atmosphérique moindre, ou à telle ou telle autre influence météorologique mal connue; mais j'avoue que j'incline fortement vers cette dernière opinion, et qu'elle me paraît s'élever à un degré suffisant de certitude, lorsque je vois que l'asthme et les maladies chroniques des voies respiratoires décroissent en nombre comme la Phthisie au fur et à mesure que l'altitude augmente. Passé 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, la Phthisie est inconnue; mais il en est de même de l'asthme, etc..

Ces observations dues à un médecin observateur et ingénieux, M. le docteur Jourdanet, ont conduit à imiter, dans les plaines, une au moins des conditions que présentent les grandes altitudes, savoir, la diminution de pression atmosphérique. On a construit d'immenses cloches sous lesquelles on enferme les malades, et dans lesquelles on fait un vide relatif. On obtient ainsi le soulagement de certains asthmatiques, sans qu'on puisse dire pourquoi cette diminution dépression atmosphérique réussit à soulager les uns et aggrave la dyspnée des autres ; mais je ne sache pas qu'on ait exercé la moindre action efficace sur les phlhisiques. On me dira que cette puissante influence est préventive et non curative. Je ne soutiendrai pas le contraire; mais j'affirmerai que le problème est plus complexe qu'on ne le pense, et que, quand l'homme naît et respire à plus de 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, il vit dans des conditions générales tellement exceptionnellesetsi différentes de celles où existent et respirent les Européens qui sont au niveau de la mer ou à quelques centaines de mètres au-dessus, qu'il est bien difficile de dire laquelle de ces conditions isolée ou coordonnée, et dans ce dernier cas, formant un ensemble ou un milieu spécial inimitable, produit l'antagonisme qui supprime la tuberculose.

Je suis bien convaincu que, si la Phthisie était contagieuse, Paris renfermerait quatre fois plus de phlhisiques que nous

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n'en voyons ; et que, si cette maladie déjà trop funeste se propageait comme la morve, ainsi que l'enseigne et essaye de le prouver par ses inoculations aux animaux la doctrine de la spécificité, la terre serait dépeuplée dans fort peu de siècles.

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