LE TANNIN
11 est un médicament qui peut remplir plus d'une indication dans cette période delà Phthisie que j'étudie en ce moment, où les forces sont entraînées par des évacuations et des flux de plus d'une sorte. Je veux parler des astringents, et surtout du tannin, leur radical commun.
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En même temps qu'astringent, le tannin est antiphlogistique et sédatif. Il comprime l'expansion des éléments organiques, dévascularise les tissus et modère les sécrétions. Voici ce qu'en je disais il y a trois ans dans la brochure citée plus haut. Je n'ai aucune raison de modifier d'une manière notable le jugement que je portais alors de ce médicament, et de quelques autres par lesquels je terminerai ce chapitre.
« Un médecin distingué des hôpitaux de Paris, observateur précis et consciencieux, M. Woillez, adonné au tannin une place dans le traitement de la Phthisie. Il faut lui en savoir gré. Le tannin a ses indications et son moment. Si on veut le mettre à la tête des agents thérapeutiques contre laPhthisie, il risque de descendre aux rangs inférieurs ; mais il mérite d'être maintenu dans les rangs secondaires à titre de modérateur de quelques symptômes graves. Je l'ai essayé à deux reprises, et pendant assez longtemps chaque fois, sur une grande échelle, la première fois il y a six ans à l'hôpital Lariboisière; l'an dernier, dans mon service actuel à l'hôpital delà Charité, et à ces deux époques, avec des résultats trèsanalogues.
«Je reproche deux choses au tannin : la première, c est son action superficielle et sans générosité. Il ne modifie l'organisme ni profondément, ni dans le sens des forces, ni longtemps. Mon second reproche est plus sérieux : ce médicament détermine assez souvent de la dyspepsie, des gastralgies. Sous ce rapport, il ressemble, ce qui ne surprendra personne, àl'alun, au sous-acétate de plomb, auxacides, aux fruits verts. J'ai eu beau, pour éviter ce fâcheux effet, faire prendre le tannin avant les repasou avec les aliments, l'associer au sel marin, comme me l'avait conseillé un praticien très-distingué, le docteur Bondet, médecin de l'hôtel- Dieu de Lyon, qui m'assurait avoir obtenu dn tannin des succès plus marqués avec ce correctif des inconvénients dont je me plai-
puais, que sans lui, je n'ai pu les éviter complètement chez les nombreux malades auxquels je l'ai administré. Beaucoup d'entre eux refusaient ou feignaient de le prendre. Huit à dix jours après le début du traitement, quand j'arrivais à la dose de 25 centigrammes au plus, leurs plaintes commençaient. Les pilules leur «agaçaient l'estomac, » leur «étaient l'appétit » , les empêchaient de digérer. L'anorexie, « le pavé sur l'estomac» ,ne se faisaient souvent sentir qu'après une excitation de l'appétit, qui, avant de disparaître, s'élevait jusqu'à la boulimie. Tel a été pour moi le passif du tannin. Voici maintenant son actif et les véritables indications qu'il peut remplir, pourvu qu'on n'en fasse pas un remède contre la tuberculose pulmonaire.
« L'entraînement ou la colliqualion des phthisiques arrivés à la fin du deuxième ou au troisième degré de la maladie, se fait par plusieurs voies : par les bronches, sous la forme d'une expectoration le plus souvent trop facile, de matières muco-purulentes, caséiformes ramollies, de détritus des fibres musculaires et du squelette des bronches; par la peau, sous la forme de sueurs exténuantes ; et par l'intestin, sous celle d'une diarrhée qui a mérité, comme les sueurs, le nom de colliquative.
« Une certaine altération de la membrane muqueuse de l'estomac ramollie ou épaissie, avec ou sans nuance de phlegmasie chronique, précède presque toujours et accompagne encore la triple colliqualion. Cette altération est manifestée par des vomissements qui ne se produisent guère spontanément, mais qui sont facilement provoqués par la toux, surtout celle qui survient après le repas du soir, et qui accompagne l'exacerbation fébrile de cette période du jour qu'appréhendent tant les malades, etc.
« Tels sont les cas où le tannin trouve sa plus légitime application. Des trois surfaces signalées, l'intestin est celle sur laquelle le tannin a le plus d'action. 11 est plus efficace contre la diarrhée que contre les sueurs et l'expectoration.
Dans cette période d'entraînement, il est moins agressif pour l'estomac que dans le deuxième et surtout le premier degré do la maladie. Il relève même quelquefois le ton de ce viscère, et réveille alors l'appétit sans causer la gastralgie.
« Je ne suis pas partisan d'une suppression brusque et complète de la diarrhée. Il est rare que, quand on atteint ce résultat, la dyspnée, la toux, l'expectoration ne s'exaspèrent pas d'autant. Au contraire, ces symptômes, les plus pénibles de tous, sont habituellement modérés par un faible degré de catarrhe intestinal.