CONTRE LA DIARRHÉE, LES SOEURS, ETC
II me reste à dire en quelques mots ce que le médecin peut faire de mieux contre deux accidents colliquatifs trèscommuns dans la Phthisie, les sueurs nocturnes et la diarrhée.
Quand on veut bien réfléchir un instant à ce que sont les sueurs nocturnes, la fin d'un accès de fièvre hectique qui a commencé la veille au soir et qui se termine le matin par cette sorte de sueurs quelquefois générales, — et alors moins pénibles et moins graves, — le plus souvent limitées à la tête et à la poitrine, on n'a pas de peine à comprendre à quel point la matière médicale est impuissante contre ce symptôme funeste. Les sueurs nocturnes sont un signe d'infection purulente chronique. Elles ne forment une source d'indications thérapeutiques que lorsqu'elles sont excessives. Une moiteur des parties supérieures du corps le matin, au réveil, ne commande aucun remède. Mais si le malade est baigné de sueur; s'il est obligé de changer plusieurs fois de tlanelle et de linge à dater de trois heures du matin ; s'il s'en trouve exténué, rapidement amaigri, il est impossible de ne pas chercher à réprimer ce flux colliquatif.
Comme ce symptôme n'est que le deuxième ou le troisième stade d'une fièvre d'infection purulente hectique qui assimile les poumons du phthisique à une suppuration chronique, aux abcès froids, aux vieilles ostéites à fistules chez les scrofuleux, l'idée du quinquina et du sulfate de quinine pris à la fin du stade de sueur ne peut manquer de venir à l'esprit. L'usage du sulfate de quinine le matin ou avant déjeuner est, en effet, un des meilleurs moyens qu'on puisse opposer aux sueurs nocturnes des phthisiques. Mais que de fois il manque absolument d'efficacité ! On en obtient plus de succès lorsque, deux heures après en avoir pris 50 centigrammes avec un demi-verre de limonade, on avale une pilule de 10 à 15 centigrammes de tannin. Je préfère cette association ou plutôt cette succession des deux médicaments, à l'emploi du tannate de quinine. Les pilules d'Helvétius (alun et opium) sont appréciées dans ce cas pour quelques malades. Une tasse de macération d'écorce de quinquina et de quassia; le cachou, le Colombo, pris le matin, et repris dans l'après-midi, atténuent quelquefois l'abondance fatigante des sueurs nocturnes.
Tout le monde connaît les propriétés de l'agaric blanc. Je crois que cette substance a, en effet, une action particulière contre les sueurs dont il s'agit. Toutefois, cette action est bien précaire, bien peu constante, bien vite usée. On le donnera à la dose de 50 centigrammes à \ gramme dans la journée. Je le préfère à l'acétate de plomb. Ce dernier sel uni au quinquina est mieux supporté que pris seul. Dans ce dernier cas, en effet, il débilite l'estomac et enlève l'appétit.
Parmi les meilleurs moyens contre les sueurs nocturnes, il faut placer l'usage de la viande crue prise avec Teaude-vie hors des repas, entre le lever et le déjeuner, et encore dans l'après-midi, autant que possible après une douce déambulation ; enfin, une alimentation froide, aussi réparatrice qu'on le pourra sous un petit volume. Après le déjeuner, le malade prendra avec avantage du café noir dans
de l'eau sucrée froide ; il versera dans ce café étendu et froid qu'on appelle un mazagran, une cuillerée d'une solution de sulfate de quinine représentant environ 20 à 25 centigrammes de ce sel.
Presque tous les moyens que j'ai déjà recommandés contre la (eux, la bronchorrhée et les sueurs colliquatives sont applicables à la diarrhée des phthisiques. Ainsi, l'opium sous toutes ses formes, les remèdes composés dont il est l'ingrédient le plus important, tels que le diascordium et la thériaque, la poudre de Dower, les astringents tels que 1 tannin, l'alun, l'acétate de plomb, le cachou, le ratanhia, composent en grande partie le formulaire thérapeutique du symptôme dont il s'agit.
Parmi les moyens dont je n'ai pas eu l'occasion de parler contre les autres flux des phthisiques, je conseille, comme un des plus sûrs, la poudre de noix vomique à la dose de 5 à 23 centigrammes graduellement, associée à l'opium et au cachou. Le sous-nitrate de bismuth est devenu dans ce cas, comme dans toutes les diarrhées passives, un des moyens les plus justement employés. Il faut le donner à hautes doses, combiné ou non à l'opium. 11 en est ainsi de la craie préparée. La viande crue et l'alcool suppriment quelquefois le catarrhe intestinal de la Phthisie. Le laudanum administré en lavement dans une faible quantité d'eau blanche ou d'albumine, calme bien l'intestin. Lorsque le troisième degré est avancé ; surtout lorsque l'intestin est criblé d'ulcérations, il n'y a plus guère de moyens de quelque valeur contre cette diarrhée, qui alors est souvent involontaire. La strychnine est alors un des seuls agents qui ait encore quelquefois la vertu de dérober aux malades le dégoût que leur cause ce degré ultime de l'entraînement qui les menace d'une mort prochaine.
Il n'est pas toujours prudent de supprimer la diarrhée des phthisiques alors qu'on le pourrait facilement. C'est
souvent aux dépens de la poitrine que le flux intestinal s'arrête. La toux et la dyspnée deviennent alors plus intenses, et les malades le sentent si bien, qu'un dévoiement modéré ne les contrarie pas trop. Ils préfèrent cette dérivation naturelle, peu pénible, à la toux nécessitée par une expectoration plus abondante, et surtout à l'horrible dyspnée.
Je n'ai jamais parlé dans tout le cours de ce travail d'un accident grave de la Phthisie qui se produit presque toujours dans le cours du troisième degré de la maladie, je veux parler de l'hydropneumo-thorax qui se forme à la suite d'une ulcération pulmonaire faisant communiquer une bronche avec la cavité pleurale.
Cet accident est signalé ordinairement par une dyspnée extrême qui se déclare tout à coup et suffoque le malade. La percussion donne tout h coup aussi une sonorité tympanique du côté où s'est faite la perforation ; ce côté se dilate, et l'oreille y perçoit une respiration amphorique inouïe accompagnée de tintement métallique. Le tronc du malade brusquement secoué permet aussi d'entendre un bruit de glouglou qu'on appelle bruit de succession. Cet ensemble de signes ne peut laisser aucun doute.
Cette lésion n'a pas toute la gravité qu'on supposerait. Ou en guérit quelquefois par le bénéfice d'une adhérence. Quand cette réparation naturelle n'a pas lieu, et que les malades ne succombent pas, ils finissent par s'habituer à cet épanchement d'air dans la plèvre, comme on s'habitue à toutes les causes mécaniques de gêne respiratoire. Au moment de l'accident, les révulsifs, les stimulants diffusibles, et le repos assis le plus absolu, sont les seuls moyens thérapeutiques auxquels il faille avoir recours.
Je passe à un ordre d'agents thérapeutiques dont l'action est plus intime et plus puissante. C'est à cause de leur importance exceptionnelle que j'ai dû m'en occuper à part.
Je veux parler des Eaux minérales, qu'on devrait plutôt appeler Eaux médicinales naturelles.
Toutes les Eaux minérales ont une action primitive stimulante, et une action consécutive ou éloignée qui est reconstituante. Indépendamment de ces propriétés générales, elles sont douées chacune de quelque propriété spéciale, c'est-à-dire, d'une action particulière sur un organe ou sur un appareil organique déterminés. Pour être un remède contre la Phthisie, il faudrait donc qu'une Eau minérale possédât, indépendamment de ses propriétés générales reconstituantes et antilymphatiques, une action déterminée sur l'appareil respiratoire. Les Eaux minérales sulfurées réunissent ces deux conditions. J'ajoute même que leurs propriétés générales ont déjà quelque chose de particulier, c'est d'agir plus spécialement sur l'appareil lymphatique et de reconstituer singulièrement ce système général. Qu'elles agissent ensuite plus particulièrement sur l'appareil respiratoire que sur les autres organes, cela est encore hors de doute. Cette propriété paraît due à ce que les poumons, à ce que la membrane muqueuse des bronches surtout, sont la voie par laquelle le soufre est éliminé de l'économie. Il est probable que c'est à ce mécanisme que sont dues, en général, les propriétés électives des médicaments. Ils agissent d'abord sur l'organisme entier; puis, spécialement, et en dernière analyse, sur l'appareil par lequel ils sont éliminés de l'économie. Je doute que d'autres Eaux minérales que les sulfurées, aient le poumon pour voie d'excrétion; mais bien certainement aucune ne localise son action sur les organes respiratoires autant que ces eaux, et c'est sûrement au soufre, mais au soufre combiné d'une manière inimitable, dans les eaux sulfurées thermales, avec d'autres principes minéraux et même avec des éléments organiques, qu'il faut rapporter leur détermination locale et leurs effets puissamment pectoraux.
Je parlerai donc principalement des propriétés anti-
tuberculeuses des Eaux sulfurées, et subsidiairement de quelques autres Eaux d'une action moins topique.
EAUX MINERALES SULFUREES.