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LES EAUX-BONNES

Les Eaux minérales sulfurées sont sodiques ou calciques, c'est-à-dire, que le soufre qui les minéralisé, s'y trouve combiné à la soude ou à la chaux sous la forme de sulfure de sodium ou de sulfure de calcium. Presque toutes sont exclusivement ou sodiques ou calciques. Je n'en connais que deux qui possèdent la double sulfuration. Ce sont les Eaux d'Eaux- Bonnes et les Eaux-Chaudes, deux sources voisines dans le département des Basses-Pyrénées. D'ailleurs, toutes les eaux de cette région sont sodiques et thermales, à l'exception de Labassère de Bagnères-de-Bigorre, qui est froide, quoique sodique.

Beaucoup d'eaux-sulfurées calciques froides sont ce qu'on appelle des eaux accidentelles et superficielles. On les nomme ainsi, parce qu'elles se forment presque à la surface du sol par le passage et le contact d'une eau froide commune plus ou moins sulfatée ou plâtreuse, sur des terrains qui contiennent des matières organiques telles que des détritus plus ou moins anciens de matières animales et surtout végétales, comme les tourbières, etc.. Les eaux sulfurées thermales se forment, au contraire, dans les profondeurs de la terre, et généralement dans les points qui correspondent à la transition des terrains primitifs aux terrains secondaires.

Toutes les eaux sulfurées des Pyrénées exercent une action anticatarrhale plus ou moins prononcée sur la membrane muqueuse des voies respiratoires. Caulerets et Eaux-Bonnes jouissent justement de cette réputation excellente. Les eaux d'Eaux-Bonnes ont, au-dessus de celle propriété, celle d'exercer une action plus profonde , et de modifier les éléments organiques dont le parenchyme pul-

monaire est l'assemblage ; d'atteindre , par conséquent , jusqu'aux altérations dont ce parenchyme est susceptible, et, en particulier, jusqu'à la plus intime et à la plus profonde de toutes ces altérations, la tuberculose pulmonaire.

L'action des Eaux d'Eaux-Bonnes dans la plithisie pulmonaire est un des plus beaux problèmes de la thérapeutique, car cette action est très-composée. De plus, elle ne produit ([ue tardivement ses effets curatifs; et ceux-ci sont souvent précédés d'effets immédiats ou pathogénétiques qui ne sont pas de nature à faire prévoir les effets éloignés.

De plus, encore, les indications et les contre-indications de ce remèdep uissant sont d'une appréciation extrêmement difficile. C'est tout au plus si, après douze années d'observation et d'étude dans cette station thermale, qui reçoit à elle seule plus de phthisiques que toutes les autres eaux fréquentées par ce genre de malades, j'ose essayer de tracer les règles générales de la médication minéro-thermale d'Eaux-Bonnes. Aussi, je crois devoir prévenir le lecteur que je serai exposé par cela même, dans ce que je vais dire, à bien des longueurs et à bien des répétitions. On n'arrive à être compris et à convaincre qu'en reproduisant la même idée sous toutes les formes et à toutes les occasions, surtout lorsque beaucoup d'erreurs et de préjugés l'obscurcissent.

Le fait général suivant donnera avant toute discussion une idée de la profondeur et de la portée d'action des Eaux d'Eaux-Bonnes dans les affections des voies respiratoires en général.

Chaque année, on voit à Eaux-Bonnes un grand nombre d'individus de tout âge et de tout sexe, affectés de catarrhe bronchique plus ou moins ancien et plus ou moins grave. Beaucoup d'entre eux n'éprouvent ce catarrhe que du mois de novembre au mois de mai. Ordinairement, quand ils arrivent à Eaux- Bonnes, ils n'en ont que des symptômes très-affaiblis. Un certain nombre même n'en ressentent alors

aucun. Rien dans leur sauté générale et dans l'état de leurs bronches explorées par l'auscultation ne dénote l'existence actuelle d'un catarrhe pulmonaire. Ils n'ont que ce que j'ai appelé la susceptibilité catarrhale des bronches. Mais ils sont convaincus, par une expérience répétée, que le retour de la saison froide et humide signalera le retour du catarrhe qui les afflige, avec des rémissions plus ou moins marquées depuis l'automne jusqu'au printemps. Ils font une cure d'Eaux-Bonnes, buvant et se baignant pendant trois ou quatre semaines; et quatre mois après, le catarrhe dont l'immanence et l'incubation se traduisaient chaque automne par une récidive infaillible, se tait complètement, reste indéfiniment latent dans les profondeurs de l'organisation, ou ne se réveille que par un ou deux accès aussi éphémères qu'un simple rhume.

Je vois cela chaque année bien des fois depuis que j'administre les Eaux d'Eaux-Bonnes dans les catarrhes bronchiques et la susceptibilité catarrhale des bronches.

Je dis que ce fait incontestable est plein de choses.

Voilà un médicament pris pendant un mois contre une affection qui existait encore deux mois auparavant, et qui reparaîtra certainement trois ou quatre mois après; et ce médicament a le pouvoir d'empêcher cette affection pendant plus de six mois ; et ce pouvoir s'étendra peut-être encore à l'année suivante sans une nouvelle reprise du modificateur thérapeutique. Cependant l'affection se reproduira probablement dans quelques années ; mais le même remède donnera encore les mêmes résultats. Si l'individu n'était affecté que de la susceptibilité catarrhale des bronches, il pourra, après une cure d'Eaux-Bonnes, s'exposer impunément à des influences qui ne manquaient jamais de lui occasionner une bronchite plus ou moins longue et plus ou moins pénible.

Voilà certainement une action aussi extraordinaire, au

moins, môme plus profonde que celle du quinquina dans les fièvres intermittentes palustres.

Ce n'est pas pour conclure de l'efficacité intimeet durable de l'Eau d'Eaux-Bonnes dans ces cas de catarrhe bronchique, à son efficacité dans la Phthisie, que j'ai rapporté ces exemples. Il y a autant de distance entre cette efficacité dans ces deux ordres de faits, qu'il y en a entre les faits euxmêmes. La gravité du catarrhe bronchique et la gravité de la phthisie pulmonaire sont à l'infini l'une de l'autre. Pourtant, leur siège hislologique est voisin, et leur nature, le plus souvent très-éloignée, se rapproche quelquefois singulièrement.

L'origine interne du catarrhe bronchique est toujours ou rhumatismale, ou strumeuse, ou herpétique, herpétique le plus souvent. On sait combien la dégénération de la pre mière de ces espèces dans la seconde est commune et naturelle. On se rappelle aussi à quel point l'herpétisme peut, par sa dégénérescence, devenir un acheminement à la Phthisie, et combien de phthisiques ont été et sont encore herpétiques. La Phthisie est très-fréquente en Espagne, même dans l'Espagne méridionale, malgré la douceur du climat. C'est qu'en Espagne, la scrofule abâtardie, la scrofule dégénérée, l'herpétisme surtout, sont extrêmement communs. Ils sont certainement la cause des phthisies si fréquentes dans ce pays, malgré la riche et forte constitution de ses habitants. C'est pourquoi, je le répète, la Phthisie ne sera jamais connue, tant qu'on ignorera celle de ses nombreuses sources que j'ai signalée tant de fois, et sur laquelle je suis obligé de revenir en ce moment.

La nature ne fait pas de sauts. S'il y a des catarrhes bronchiques très-éloignés de la Phthisie, il y en a de très-rapprochés. D'ailleurs, la Phthisie a toujours son catarrheconcomitant; et ce catarrhe est plus ou moins de même nature

qu'elle, c'est-à-dire plus ou moins tuberculeux, ou plus ou moins herpétique, etc. Il cèdeplusou moins, aussi, à l'action de l'Eau d' Eaux-Bonnes. Or, quand cette Eau minérale modifie heureusement la bronchite qu'on appelle symptomatique chez les tuberculeux, il est rare que la lésion organique n'en soitpas très favorablement modifiée. Quand, par ces Eaux, on n'a pas d'influence sur la bronchite tuberculeuse, on n'en n'a guère sur l'altération organique elle-même. Si on en obtient une très-notable, et cela n'est pas rare, on peut en conclure que le catarrhe dit symptomatique est d'une nature plus ou moins rhumatismale ou herpétique; qu'il n'est pas encore entraîné par l'altération tuberculeuse, et qu'il reste accessible encore à l'influence anticatarrhale de notre Eau minérale. Dans le cas contraire, le pronostic est bien grave, et la médication n'a que des effets précaires.

On voit donc qu'il n'était pas inutile et sans raison, de commencer notre étude de l'Eau d'Eaux-Bonnes dans la Phthisie par un coup d'œil sur ses propriétés si puissantes et si recommandables dans les catarrhes bronchiques. Je dois ajouter, que cette action est d'autant plus sûre, que le catarrhe est moins sec ou plus sécrétant, et que l'expectoration, lorsqu'elle existe, est plus opaque et moins transparente.

Les effets éloignés si remarquables que je viens de constater, sont-ils toujours précédés d'effets immédiats ou pathogénétiques, d'excitation pulmonaire thermale, ou de la régénération artificielle des symptômes du catarrhe bronchique apaisé depuis un temps plus ou moins long? Non. On voit bien cette exaspération momentanée des symptômes se produire dans un certain nombre de cas chez les sujets qui ont encore leur catarrhe actif pendant la cure thermale; mais je ne me rappelle pas les avoir observés chez ceux qui n'apportent à Eaux-Bonnes que leur disposition catarrhale latente sans symptômes actuels.

Quoi qu'il en soit, c'est-à-dire, que cette excitai ion thermale soit patente ou latente, perçue ou insensible, elle existe, elle ne peut pas ne pas exister. Que font, après tout, à son existence profonde, incubée, réelle, quelques actions réflexes de plus ou de moins, telles que la toux, la dyspnée, ou une action directe, comme une sécrétion bronchique un peu accrue? Ce dernier effet est très-commun. Si le catarrhe existe avec ses symptômes, le malade éprouve, au bout de 10 à 15 jours de l'usage de l'Eau d'Eaux-Bonnes, un chatouillement du larynx, une sensation de chaleur acre au fond du gosier, quelques douleurs vers les parties supérieures de la poitrine, une irritation des gencives, et surtout une expectoration plus abondante et plus facile. Les crachats sont moins adhérents; ils sont détachés avec une aisance inaccoutumée, qui tient à leur formation ou à leur maturité plus parfaites.

Cela suffit pour indiquer une action générale localisée, une influence béchique incontestable. Je dis une action générale localisée, parce que l'excitation broncho-pulmonaire, dont je viens de tracer les symptômes, s'accompagne souvent des signes évidents d'une excitation générale : courbature, insomnie, sueurs faciles, et sinon de la fièvre, au moins une tension artérielle et veineuse plus prononcée qu'ordinairement, formation d'acide uriqueen excès, rappel d'anciennes douleurs, d'hémorrhoïdes, etc..

Ces effets immédiats ou pathogénétiques de l'Eau d'Eaux- Bonnes sont bien plus prononcés ; ils sont surtout difficiles à diriger chez les phthisiques, pour peu que ceux-ci soient d'un tempérament excitable, nerveux, herpétique ; ou s'il existe la moindre fièvre et la moindre phlegmasie tuberculeuses. C'est ici que les incertitudes commencent.

Lorsque le phthisique n'est qu'au premier degré, avec des tubercules crus, sans irritation appréciable du parenchyme et sans fièvre, tout est bien simple. Dans ces cas,

que nous ne voyons pas assez souvent, la cure méthodique et bien surveillée va de soi. Ce n'est guère que vers la troisième semaine, un peu plus tôt chez les uns, un peu plus tard chez les autres, qu'on observe quelques symptômes d'excitation sulfureuse thermale, et le cas est loin de se présenter toujours.

Mais les choses se passent bien différemment si le malade est parvenu au deuxième degré, même au début de ce deuxième degré , et alors que la lésion pulmonaire ne s'annonce encore que par des crépitations ou des petits craquements secs, un peu de fièvre vespérine, des crachats déjà opaques, etc. Alors, l'excitation thermale ne tarde pas à se produire. On la reconnaît à ce que la toux devient sèche d'abord, pour être ensuite plus expectorante qu'elle n'était. En même temps, les bulles sèches perçues par l'auscultation passent quelquefois au timbre humide; elles sont plus nombreuses et mêlées à des bulles muqueuses proprement dites, à quelques ronchus graves ou sibilants. Le malade ressent, et le médecin perçoit un peu plus de dyspnée et une excitation circulatoire qui n'est pas de la fièvre, qu'on distingue de celle-ci, mais qui viendrait bientôt s'y fondre, si on n'atténuait pas la médication.

Que ces symptômes artificiels se produisent chez l'individu qui n'est affecté que d'un catarrhe, ce qui a lieu quelquefois, comme je l'ai dit plus haut; ou qu'il faille, pour qu'ils se manifestent, une irritation broncho -pulmonaire, pareille à celle que présentent les phthisiques, ils n'en dénoncent pas moins une action pathogénétique générale localisée ou concentrée dans les poumons.

On exige toujours, pour admettre l'action pathogénétique spéciale d'une Eau minérale, qu'elle se produise trèsexplicitement sur l'homme sain. Je le veux bien : elle peut sans doute se produire dans ces conditions. C'est pourquoi on nomme ces effets physiologiques. C'est une expression impropre, en ce qu'elle induit à croire que les effets dont

il s'agit sont nuls, ou qu'il n'y a aucune conséquence à en tirer, s'ils ne se produisent pas nécessairement et toujours chez l'homme en santé, et, par conséquent, qu'ils ne signifient rien s'ils ne se manifestent que chez des sujets malades. Cependant, l'irritation morbide préexistante n'est qu'une condition qui rend un organe, le poumon, par exemple, plus sensible à l'action pathogénétique localisée de l'Eau d'Eaux-Bonnes. Celle-ci n'est qu'un réactif qui, rencontrant des conditions d'excitabilité plus grandes, révèle ses propriétés avec plus de vivacité et à des doses moins élevées. L'irritation morbide du poumon ne change ni les propriétés physiologiques de l'Eau minérale, ni son affinité pour les organes respiratoires, ni les lois de l'excitation de ces organes. Elle ne fait que les rendre plus sensibles à ce. stimulants spéciaux, l'Eau d'Eaux-Bonnes, par exemple comme d'ailleurs aux résineux, à l'air atmosphérique et aux éléments étrangers qu'il peut tenir en suspension.

Certaines idiosyncrasies ou certaines névroses, soit générales, soit respiratoires, jouent, à l'égard des propriétés excitantes béchiques de l'Eau d'Eaux-Bonnes, le rôle de l'irritabilité pulmonaire du phthisique. On voit quelques névropathes servir à notre Eau minérale de réactif si sensible, qu'ils n'en peuvent pas prendre une ou deux cuillerées sans éprouver une toux spasmodique, de la dyspnée, des symptômes de congestion pulmonaire accompagnés de stimulation nerveuse générale, qui témoignent trop évidemment, d'une impression sur le système entier, et d'une concentration de cette névropathie de l'ensemble , sur les organes de la respiration.

Cela n'est donc pas douteux : indépendamment de la stimulation générale sulfureuse qu'elle détermine, l'action des Eaux d'Eaux-Bonnes se localise spécialement sur les poumons, depuis l'isthme du gosier jusqu'aux alvéoles pulmonaires. Si le larynx semble éprouver davantage cette

action, c'est que cet organe est un des centres de la sensibilité pulmonaire, et surtout de la sensibilité animale ou de relation de cet appareil. L'excitation pathogénétique que l'Eau minéro- thermale porte dans les profondeurs des poumons, n'est pas moins démontrée par les modifications imprimées aux sécrétions bronchiques, par l'augmentation de la contractilité des bronches capillaires, par des congestions sanguinées évidentes, et même par certaines hémoptysies dont je parlerai plus tard.

Il faut aussi quelquefois à l'Eau d'Eaux-Bonnes, pour manifester son action générale, le réactif de certaines affections ou de certaines prédispositions morbides. C'est ainsi qu'elle éveille particulièrement les coliques néphrétiques et les coliques hépatiques chez les sujets qui en ont déjà éprouvé des accès antérieurement, ou qui, en raison de leur tempérament arthritique, étaient disposés à ces affections. La formation de l'acide urique en excès, la production du sable et de la gravelle uratés, est excitée abondamment par ces Eaux, qui se montrent sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres, ainsi que je le prouverai bientôt, les antagonistes des Eaux de Vichy. Cette opposition est encore puissamment manifestée par leur action hostile au foie et aux organes digestifs en particulier. Elles déterminent assez souvent, en effet, des névropalhies diverses dans ces organes. Elles excitent spécialement aussi les fluxions dentaires, et produisent facilement des inflammations et des abcès des gencives chez les personnes qui ont des dents malades. Il n'est pas rare non plus, qu'elles provoquent les hémorrhoïdes, et raniment ou d'anciennes névralgies, ou des dermatoses, deux ordres d'affections congénères.

Il est d'autant plus important de signaler ces grands faits de l'action pathogénétique de l'Eau d'Eaux-Bonnes, qu'ils jouent un rôle important dans la cure de la Phthisie, en suscitant des affections antagonistes de cette maladie. J'in-

sisterai tout à l'heure, comme il le mérite, sur ce point important.

Si maintenant j'examine l'action immédiate de l'Eau d'Eaux- Bonnes dans le troisième degré de la Phthisie, je n'aurai, pour la faire connaître, qu'à exagérer ceux que je lui ai attribués dans la Phthisie au deuxième degré. Ici, les effets pathogénétiques se confondent tellement avec les symptômes de l'inflammation tuberculeuse et de la fièvre hectiques, qu'on ne peut plus les discerner.

On ne voit qu'une chose, c'est que la stimulation sulfureuse thermale pousse à l'entraînement sub-intlammaloire hectique, lorsque la cachexie générale est en rapport avec les désordres locaux caractéristiques du troisième degré, et que l'économie tout entière est en rapport avec eux. C'est dire que les Eaux d'Eaux-Bonnes ne peuvent plus produire alors que des effets pathogénétiques qui s'ajoutent aux actions morbides. 11 n'y a plus assez d'éléments sains dans l'organisme pour enrayer le mouvement hectique désorganisateur. Le médicament excitant substitutif est assimilé par l'entraînement tuberculeux, et ne fait que lui donne)' des forces.

Mais il y a des phthisies parvenues à un troisième degré localement, sans que l'économie entière ait consenti à ce degré. Les forces générales sont assez bien conservées malgré l'existence d'une excavation. 11 est rare que, dans ce cas, les effets pathogénétiques de l'Eau d'Eaux- Bonnes soient excessifs. La stimulation thermale dépasse alors bien rarement la limite qu'on peut tolérer. Ces Eaux sont souvent mieux tolérées dans ce cas que dans certaines phthisies au premier degré chez des sujets irritables. Or, ceux chez lesquels la tuberculisation a creusé une caverne dans le poumon, et dont l'organisme est peu altéré, opposent à l'action pathogénétique de l'Eau minérale, la même résistance qu'aux lésions locales. Ce médicament naturel produit

alors tous ses effets sur les fonctions végétatives ou latentes ; il n'agit pas sur les fonctions évidentes et sensibles que Bichat appelait animales. C'est une excellente condition de succès. Voilà pourquoi, sans doute, les cas dont il s'agit sont le triomphe des Eaux d'Eaux-Bonnes.

Aucun des remèdes vantés contre la Phthisie ne peut faire autant de bien que l'Eau d'Eaux-Bonnes; mais aucun ne peut faire plus de mal. Elle n'est presque jamais indifférente.

Je vais en tracer les indications et les contre-indications.

Il n'y a pas de médicaments spécifiques, c'est-à-dire, capables d'agir comme antidotes dans une maladie, ou de la neutraliser en l'attaquant directement dans son principe. Cela ne se voit guère que dans les empoisonnements, c'està-dire, dans les maladies artificielles ou expérimentales. Dans les maladies naturelles ou spontanées, le médicament n'agit toujours que très-indirectement et par une sorte d'antagonisme qui ne peut jamais être, égal à la maladie, car les actions médicamenteuses ou les maladies artificielles produites par les médicaments, n'ont jamais l'intimité et l'autonomie de nos altérations spontanées. Elles sont toujours très-superficielles par rapport à celles-ci.

Il est donc imprudent de désigner un médicament par le mot anti placé en avant du nom de la maladie contre laquelle on l'administre, ou de faire suivre ce nom par le mot fuge.

Il faut rayer toutes ces dénominations aussi décevantes qu'ambitieuses. Elles sont encore trop prises à la lettre dans le monde et môme par les médecins.

Il semble que fièvre intermittente soit inséparable de quinquina, syphilis de mercure , chlorose de fer, phthisie d'Eaux-Bonnes. C'est ainsi qu'on déconsidère les bons remèdes. Les Eaux d'Eaux-Bonnes sont ou exaltées, ou accusées des résultats les plus funestes. Leur part légitime dans la cure de la Phthisie est assez belle, assez supérieure

à lout ce que la thérapeutique de cette maladie voudrait lui comparer, pour qu'on puisse, sans leur nuire, reconnaître et signaler sévèrement les inconvénients et les dangers auxquels on expose les malades, lorsqu'on administre ces eaux comme une panacée ou un spécifique contre la Phlhisie.

Il est trop facile de dire d'une manière générale que les Eaux d'Eaux-Bonnes sont indiquées dans les phthisies torpides, et contre-indiquées dans les phthisies éréthiques ou avec érélhisme. Je veux bien admettre l'indication tirée de la torpeur, quoiqu'il fût nécessaire de la mieux déterminer ; mais je trouve trop vague la contre-indication qu'on a cru exprimer parle mot éréthisme. Si on a voulu dire que les Eaux d'Eaux-Bonnes ne sont indiquées que chez les individus apathiques, peu excitables, lymphatiques, froids, chez lesquels les réactions sont molles et faibles, on a été beaucoup trop loin, car le tempérament du sujet n'a pas cette influence-là, et on priverait ainsi une foule de phthisiques des bienfaits d'un médicament puissant. Si, d'un autre côté, on a prétendu exclure de la médication par l'Eau d'Eaux-Bonnes les individus nerveux , irritables, doués d'un excès de sensibilité et de réaction, en un mot, le nervosisme, qu'il soit renfermé dans les limites physiologiques, ou qu'il soit positivement pathologique comme dans les névropathies, on a encore commis une bien fâcheuse erreur.

Ce qui indique l'usage de ces Eaux minérales, ce n'est pas la torpeur de l'individu, c'est avant tout, c'est uniquement même, l'abirritabilité tuberculeuse, ou le minimum de cette vulnérabilité spéciale des tissus, qui fait que le tubercule s'y développe comme l'incendie dans des substances ou des tissus préalablement imprégnés^ de matières inflammables.

Les sujets affectés de cette mauvaise disposilion sont sans résistance. L'irritation tuberculeuse naît et se pro-

page chez eux sans la moindre opposition, comme le phagédénisme chez certains syphilitiques. Le mercure ne fait qu'exaspérer ce dernier état. Ainsi agit l'Eau d'Eaux-Bonnes dans ce que j'appellerai en ce moment, pour les besoins de ma cause, le phagédénisme tuberculeux, ou la phthisie pulmonaire phagédénique. Ces noli me tangere de la tuberculose pulmonaire ne doivent être traités que par les aliments et les climats doux. On ne les attaque pas, on les préserve. C'est tout ce qu'on peut faire pour eux.

Or de tels sujets peuvent très-bien n'être point nerveux et irritables en général. Ils n'ont que l'irritabilité tuberculeuse des tissus, et en particulier des tissus pulmonaires. Si le mot éréthisme appliqué aux phthisiques ne signifie pas cela, il est faux, et la contre-indication qu'on en tire pour les Eaux d' Eaux-Bonnes, devient fausse elle-même et préjudiciable à beaucoup d'individus irritables , nerveux, névropathes, éréthiques, qui n'ont pas plus que d'autres, et souvent beaucoup moins , la vulnérabilité tuberculeuse. Il en est de même, je le répète, de la torpeur. Elle peut exister en général, et dans tout l'individu, avec l'irritabilité tuberculeuse, et réciproquement. Il faut donc bien s'entendre sur la torpeur et l'éréthisme dans la Phthisie, sous peine des méprises et des contre-sens thérapeutiques les plus regrettables.

Je me résume sur ce point, et je dis que, quel que soit l'éréthisme du sujet, son irritabilité nerveuse, son état névropathique, etc., l'usage des Eaux d'Eaux-Bonnes sera indiqué si cet éréthisme et cette irritabilité ne sont pas tuberculeux, et si la somme des éléments sains et résistants de l'organisme n'est pas évidemment débordée par la somme des éléments livrés à l'entraînement tuberculeux. Dans les deux suppositions contraires, on devra s'abstenir de l'emploi de ces Eaux.

Quelque généraux que soient ces principes, ils sont tout à fait précis. Je les crois préférables à des descriptions ou à

des exemples qui ne peuventpas tout embrasser. L'application de ces règles est une affaire d'expérience et d'art. Rien ne peut empêcher que le « jugement » ne soit « difficile » . J'essaierai pourtant d'indiquer à quels signes spéciaux le médecin reconnaîtra que la nature offre une source assez grande d'éléments de résistance et de santé que l'Eau d'Eaux-Bonnes puisse encore disputer à la tuberculisation et à la Phthisie; et à quels caractères il distinguera aussi que cette médication héroïque ne peut plus qu'accélérer la consomption.

Je trouve d'abord un de ces signes dans l'intolérance que le malade a opposée jusqu'alors à l'action de tous les médicaments stimulants ou toniques et généreux. Si ces moyens ont excité de l'irritation, de la toux, de la congestion pulmonaire, de la fièvre, de la diarrhée, etc.; si, malgré leur emploi méthodique, la tuberculisation a marché; surtout, s'ils n'ont pas paru étrangers à sa propagation, on peut d'avance l'énoncer aux Eaux d'Eaux- Bonnes : elles ne feraient que <lé\elopper cette disposition funeste.

Si la fièvre hectique n'éprouve le matin qu'une faible rémission; si surtout la chaleur de la peau, à ce moment du jour, reste fébrile, dépasse 37° ou 38° ; si elle s'élève à 39° malgré des sueurs partielles du matin très -abondantes ; si, en même temps, il n'y a pas d'appétit, qu'il y ait des vomissements provoqués par la toux , une expectoration plaquée, non aérée, trop facile, il ne faut pas non plus se fier à l'Eau d'Eaux-Bonnes. Je ne parle pas des lésions locales : je les suppose en rapport avec les accidents généraux que je viens d'indiquer.

En supposant que ces accidents n'existent pas tous, ou n'existent qu'à un degré faible ; en supposant même qu'ils ne s'accompagnent pas de diarrhée, l'existence seule de ce dernier accident doit éloigner l'idée des Eaux d'Eaux-

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Bonnes, quand il n'est pas éphémère et accidentel, et qu'il est impossible de ne pas le rattacher à une entérite tuberculeuse avec ou sans ulcérations de l'intestin, si cette diarrhée, surtout, a résisté aux moyens diététiques et pharmaceutiques indiqués par un tel état. Notre Eau minérale est ennemie de l'intestin. Elle constipe les entrailles saines, et dévoie celles qui sont irritables. La diarrhée des phlhisiques, en particulier, s'en trouve très-mal, et il ne faut pas passer outre.

Je parlerais ici des contre-indications tirées des congestions pulmonaires et des hémoptysies faciles, si je ne devais pas revenir, dans un paragraphe spécial, sur ce sujet particulièrement important quand il s'agit des Eaux d'Eaux-Bonnes.

Nul doute que de tous les symptômes de la Phthisie, le plus considérable, au point de vue du pronostic et des indications thérapeutiques, ne soit la fièvre hectique, la fièvre de tuberculisation. C'est sur ce fait considérable en Phthisiologie, très-considérable aussi relativement aux Eaux d'Eaux-Bonnes, que doit porter principalement notre étude et nos soins.

Prononcer d'une manière absolue, comme beaucoup de médecins peu autorisés le font, que la lièvre est, par ellemême, une contre-indication absolue à l'usage de l'Eau d'Eaux- Bonnes, c'est une erreur démontrée tous les jours par l'observation. J'ai déjà dit plusieurs fois que, quand la fièvre n'existe que le soir avec ou sans frissons, avec ou sans sueurs nocturnes partielles, elle ne peut être, à cause de cela seul, un obstacle à l'usage de notre Eau minérale. Je vais plus loin : elle ne l'est même pas, lorsque la chaleur fébrile disparaît le matin et ne laisse plus, jusqu'au soir, que la fréquence hectique du pouls, l'appétit étant conservé et l'intestin restant ferme.

Le malade présentant une fièvre continuelle, il faut même encore distinguer.

J'ai signale depuis longtemps, dans la Phthisie, une fièvre quej'appelle angéioténique rhumatismale ou herpétique, fièvre nerveuse excitée sans doute par le travail de la tuberculose, mais qui n'est pas l'expression propre de la maladie ; qui n'est pas, dès lors, la fièvre sui generis du tabès ou de la consomption des phthisiques. Le pouls est plus large que dans celle-ci, moins petit, plus tendu, quelquefois vibrant. C'est le contraire du pouls de la fièvre hectique tuberculeuse. Le cœur donne aussi une impulsion plus vive, avec des bruits plus clairs, plus éclatants, comme métalliques, un peu analogues à ceux qu'on observe dans la fièvre des chlorotiques ou dans la cachexie exophthalmique. Ces sujets sont généralement névropathes : pourtant, ils ont des tubercules pulmonaires au premier et même au deuxième degré, et la Phthisie n'est pas étrangère à la fièvre que je viens de signaler. Elle y a même une part manifestée par l'exacerbation vespérine, par un peu de moiteur des parties supérieures du corps vers le matin, etc.. ; mais ces caractères sont absorbés dans ceux de la surexcitation cardiaco-vasculaire que j'appelle rhumatismale ou herpétique, parce que c'est toujours chez des phthisiques affectés de névropathies de cette espèce, que j'ai observé la fièvre particulière dont il s'agit.

Cette fièvre excitée et entretenue, je le répète, par le travail organique dont les poumons sont le siège, mais différente de la fièvre hectique propre à la phthisie commune, ne contre- indique pas la médication thermale d'Eaux-Bonnes, comme la fièvre continue des phthisiques du deuxième et du troisième degré, toujours symptomatique d'une fonte tuberculeuse et inflammatoire.

Et, en effet, cette fièvre angéioténique, distincte de l'hectique purulente chronique des tuberculeux, cette fièvre qui

finira le plus souvent par dégénérer et se convertir en celleci, témoigne encore à sa manière de l'existence d'un reliquat d'affection arthrilico-herpétique qui dégénère, subit une transformation régressive, et va se perdre dans la Phthisie. Loin d'exciter cette dégénération, l'usage de l'Eau d'Eaux- Bonnes pourra exciter, entretenir encore l'affection antipathique, et permettre au malade de lutter plus ou moins longtemps contre la métamorphose rétrograde. J'en ai vu bien des exemples. Les doses de l'Eau minérale devront être alors très-faibles au début, et très-modérément progressives jusqu'à la fin de la cure. Je reviendrai sur cette question très-importante des doses.

J'ai donné quelques-uns des principaux signes qui indiquent que les Eaux d'Eaux-Bonnes, ne rencontrant plus assez d'éléments de résistance et de santé, ne peuvent que précipiter le mouvement dégénérateur. Il me reste à faire connaître les signes qui indiquent l'existence des conditions opposées, et qui, malgré la présence d'un certain degré d'une certaine fièvre, et de quelques autres symptômes de Phthisie qui incline déjà vers l'hectisie, permettent d'administrer les Eaux d'Eaux-Bonnes avec plus ou moins de succès.

La tolérance des médicaments reconstituants et plus ou moins stimulants qu'on a été obligé d'employer jusque-là, répond déjà delà tolérance avec laquelle le malade recevra l'Eau d'Eaux-Bonnes précédemment administrée.

11 devra présenter aussi un certain degré d'embonpoint, ou, tout au moins, n'être pas dans le marasme. En effet, je ne saurais trop le redire, lorsqu'un médicament, celui dont je parle, par exemple, agit favorablement contre la Phthisie, il n'exerce pas cette action directement sur le tubercule. Celui-ci n'est plus susceptible d'être modifié directement par quoi que ce soit. Le modificateur thérapeutique ne porte que sur les parties saines, ou sur celles

qui le sont encore assez, pour éprouver son action salutairement substitutive. Pour agir, le médicament a donc besoin de trouver des matériaux organiques qui représentent encore une somme de résistance et de force réparatrice. Sans cela, il n'a plus de base d'opération, surtout si, comme dans la plupart des cas, le marasme est fébrile et augmente chaque jour.

C'est par l'estomac, c'est par l'intégrité fonctionnelle des organes digestifs que les plithisiques se soutiennent encore longtemps malgré des lésions souvent fort graves. On peut toujours espérer, si l'appétit et une bonne assimilation des premières voies sont conservés.

Le traitement parles Eaux d'Eaux-Bonnes exige impérieusement cette condition. J'ai toujours observéque, quand elles causent immédiatement de la satiété, du dégoût, des renvois, une indigestion de soufre, la diarrhée n'est pas loin, la fièvre augmente, les poumons se congestionnent, et les propriétés de l'agent médicinal se mettent du côté de la maladie contre le malade.

Une autre circonstance très-favorable à la cure d'Eaux- Bonnes dans la Phthisie, c'est qu'il n'y ait qu'un poumon altéré. Le poumon resté sain est pour le médicament un point d'appui précieux.

L'affection simultanée des deux poumons au même degré est une condition déplorable. Elle ne permet pas d'espérer de bien bons résultats. Dans ces cas, l'excitation thermale dépasse presque toujours la limite substitutive et salutaire.

La fréquence modérée du pouls, même lorsque le syndrome fébrile n'est pas complet, est une garantie excellente de la présence d'une somme assez considérable d'éléments organiques sains pour réagir et se prêter à l'action substitutive et réparatrice de l'Eau minérale. J'en dois dire autant de la dyspnée. Son degré excessif suffit pour faire rejeter l'idée de cette Eau. La netteté de la voix, l'absence de toute

laryngite tuberculeuse peuvent aussi donner l'espérance qu'on agira utilement. J'ai toujours trouvé cette Eau vaine ou nuisible dans la vraie phthisie laryngée. Elle irrite trop le larynx, et on n'observe pas, plus tard, la réaction en sens inverse.

Le souvenir d'anciennes affections arthritiques ou herpétiques est un des éléments de succès les plus considérables, surtout si l'Eau d'Eaux- Bonnes ranime et régénère ces anciennes affections. Raviver une dartre, rappeler des douleurs externes, établir une gastralgie ou une entéralgie, des hémorrhoïdes, de lagravelle urique ou hépatique, c'est faire reculer d'autant les tubercules. Aussi, commencer l'usage de l'Eau d'Eaux-Bonnes à la source dans la Phthisie, avec de pareils souvenirs et des antécédents positifs de ce genre, c'est avoir là probabilité qu'on obtiendra un succès plus ou moins prononcé.

Un asthme ou un emphysème pulmonaire compliquant des tubercules est aussi une des meilleures conditions de eu— rabilité. C'est à ce point que, lorsque la médication d'Eaux- Bonnes agit, comme cela lui est assez particulier, sur la contractilité bronchique de manière à déterminer, soit de la respiration exagérée ou puérile, soit un bruit expirateur sec, strident, un peu sibilant avec une toux sèche ou pituiteuse, spasmodique et convulsive, on peut prédire, presque avec certitude, que la cure sera heureuse, et que la tuberculisation va éprouver un arrêt d'évolution. On développe alors, par la médication, une sorte de forme de coqueluche ou d'asthme artificiel, qui remplit l'office antagonistique de l'asthme réel, lequel est presque toujours arthritique et surtout herpétique, deux diathèses antipathiques à la tuberculose. Je peux dire cela de toutes les névroses, soit qu'elles préexistent à la cure thermale, soit que celle-ci les éveille et les tienne en activité pendant un temps plus ou moins long. Elles sont toutes plus ou moins antagonistes de la Phthisie. La propriété singulière qu'ont les Eaux d'Eaux-

Bonnes de produire une première fois ou de régénérer toutes ces affections, est une des raisons de leur puissante action contre la Phthisie. Les plus beaux exemples qu'elle puisse produire de cette puissance contre la tuberculose pulmonaire, sont presque toujours pris dans les conditions de curabilité que je viens de rappeler et que j'ai commencé à faire connaître il y a dix ans.

Dans la partie de ce travail consacrée à l'étiologie générale, j'ai assez insisté sur ces variétés de la Phthisie issues des transformations régressives des maladies chroniques initiales, telles que l'arthritis rhumatismal et surtout goutteux, etc., pour n'être pas obligé d'y revenir ici. Mais il ne faut pas que ces observations soient stériles, et le moment est venu de les appliquer à la thérapeutique de la Phthisie.

Hippocrate a dit que les résultats d'une cure éclairent la nature des maladies. Rien n'est plus vrai. C'est en observant les effets remarquablement heureux des Eaux d'Eaux- Bonnes dans la Phthisie lorsque ces eaux rappellent, raniment ou maintiennent des affections qui ont dégénéré en tuberculose pulmonaire ; c'est en comparant ces effets à l'antagonisme qu'opposent déjà ces reliquats à la marche envahissante naturelle de la Phthisie ; c'est en voyant surtout la disproportion qui existe chez ces sortes de sujets, entre des lésions locales très-avancées et une altération générale de l'économie qui l'est beaucoup moins, c'est en observant ces choses, dis-je, que j'ai pu me convaincre que la Phthisie n'est souvent qu'une maladie chronique ultime. Si, en effet, elle est le terme d'une série de maladies d'abord exclusives de la tuberculose, antipathiques même à cette néoplasie misérable et mort-née, altérant et appauvrissant cependant à la longue l'organisation jusqu'à y favoriser puissament le développement de cette affection commune et fatale à l'espèce, j'ai bien pu dire que : « la Phthisie n'est pas une maladie qui commence, mais unemaladiequi finit. »

.le voyais toutes ces observations concorder et se vérifier; elles étaient, surtout, très-pratiques; elles concluaient à des méthodes curatives et à une prophylaxie; elles expliquaient, enfin, les succès d'une médication hydro-minérale très- connue dans le traitement de la Phthisie, et justifiaient sa célébrité en l'asseyant sur les fondements mêmes de la pathologie générale des maladies chroniques. Cet ensemble de faits, parlant très-haut et s'imposant, donnera toujours aux Eaux d'Eaux-Bonnes une supériorité incontestable sur les autres Eaux minérales qui sont quelquefois plus indiquées contre certaines formes de phthisie, mais qui n'ont guère que l'avantage de ne pas nuire. Il y a dans les premières une générosité, un tel pouvoir de provoquer, après une longue incubation dans les profondeurs de l'organisme, des réactions critiques, des affections saines et salutairement substitutives chez les plithisiques qui ont conservé un fond d'éléments réparateurs, que nul autre médicament ni de l'ordre pharmaceutique ni de l'ordre naturel n'est capable d'effets aussi héroïques.

Je dois ajouter, et on le pressent bien, que ces effets éloignés, si remarquablement heureux dans une maladie aussi grave, ont nécessairement leurs analogues en sens contraire, et qu'il n'est pas sans exemple de voir, quelque temps après une cure d'Eaux-Bonnes, certains plithisiques éprouver tout à coup des réactions très-vives ayant leur siège dans la poitrine, comme des hémoptysies graves, des éruptions tuberculeuses rapides des plèvres et des poumons, éruptions brutales et funestes que rien ne semblait devoir faire redouter. Je crois même avoir observé des hémoptysies considérables, suivies d'infarctus pulmonaires et de pneumonies caséeuses terminées par une fonte et une élimination suivies de la formation de cavernes isolées, bien circonscrites, terminées par une résolution complète et une guérison qui durent encore depuis 5 ans chez un malade; mais qui, chez un autre observé un an après, ne s'est im-

mobilisée pendant six mois, que pour redevenir subitement le siège d'une nouvelle éruption tuberculeuse rapidement généralisée et mortelle.

Il résulte de ces considérations et de ces faits, que, lorsque les Eaux d'Eaux-Bonnes ont été prises dans les conditions où il est permis d'en espérer quelque résultat plus ou moins bon, on ne peut jamais juger ces effets d'après ceux que le malade éprouve pendant la cure ou môme quelque temps après, car ces effets immédiats sont quelquefois fort ingrats pour les malades : ils sont traversés par des accidents pénibles et des symptômes d'excitation générale localisée vers la poitrine, etc.. Cependant, ces effets pathogénétiques spéciaux s'apaisent assez généralement vers les mois de septembre, d'octobre, de novembre, et ils sont suivis alors de rémissions et de réparations organiques qu'on n'aurait très- vraisemblablement obtenues ni naturellement, ni par le bénéfice d'une autre médication.

Ces restaurations, produites tardivement par les Eaux d'Eaux-Bonnes dans la Phthisie, portent et se font sentir plus particulièrement ou sur l'état local ou sur l'état général des malades, suivant les cas. Chez ceux dont j'ai déjà parlé souvent, qui sont en possession d'éléments de résistance et d'antagonisme considérables; chez lesquels des lésions locales profondes sont pourtant entourées d'un état général des forces et de la nutrition encore très-satisfaisant, les effets thérapeutiques sont plus sensibles sur les lésions locales. Celles-ci tendent de plus en plus à la cicatrisation, et le bon état général de la santé se soutient d'autant mieux.

Chez les phthisiques qui ont retiré de la cure thermale de bons effets sans être dans des conditions aussi heureuses que les précédents, dont l'état de santé générale était trèsaltéré et en rapport avec des lésions locales proportionnées, la médication par l'Eau d'Eaux-Bounes fait sentir- ses

premiers effets sur la nutrition et les fonctions générales, et ces premiers effets sont souvent les seuls pendant longtemps. C'est à ce point que, lorsque nous revoyons à Eaux-Bonnes ces sortes de malades traités l'année précédente, et qu'après avoir constaté l'amélioration de leur état et reçu leurs remercîments pour le bien que la cure thermale leur a faite, nous arrivons à l'examen de la poitrine, nous sommes tout surpris, en les auscultant, de trouver les lésions locales dans le même état qu'un an auparavant, quelque fois même aggravées.

Dans ce dernier cas, l'amélioration obtenue dans l'état général, quelque satisfaction qu'elle ait pu causer au malade et au médecin, n'est jamais bien solide. Au contraire, si, au milieu de cette restauration générale des forces, les lésions locales n'ont fait que rester in statu quo ante, on doit, on peut espérer que, si une nouvelle cure confirme et développe encore cet amendement manifeste, les lésions locales finiront par s'amender elles-mêmes. IN'est— il pas très-naturel, en effet, que le processus de la cure s'opère ainsi? Sur quoi pourraient s'appuyer les lésions tuberculeuses locales pour se réparer, sinon sur la réparation des forces générales, et surtout de la nutrition, qui n'est autre chose que la force réparatrice elle-même?

Maintenant, si je voulais traduire physiologiquement mes observations cliniques et ma pensée, je dirais que l'action immédiate des Eaux d'Eaux-Bonnes se porte sur le système circulatoire sanguin en général et, particulièrement, sur la circulation pulmonaire; qu'elle affecte immédiatement aussi les voies digestives, et leurs annexes y compris les reins; que sous cette influence, les centres nerveux sont également excités, comme l'insomnie, l'irritabilité plus grande du caractère, un peu de courbature musculaire, etc.. en témoignent ; et que, quant à l'action éloignée et thérapeutique de ces mêmes Eaux, elle se porte sur l'appareil lymphatique, organe immédiat de la nutrition, qui a pour base les tissus

de substance conjonctive, et que c'est en modifiant intimement ces tissus blastiques, et en leur imprimant une vitalité énergique, qu'elles leur donnent la force de résister à la dégénération tuberculeuse.

J'ai publié en 1867 dans l' Union médicale (mai et juin) un travail qui a pour litre : Fragments sur la pneumonie, l'hémoptysie et la fièvre des pJdhisiques considérées en ellesmêmes et dans leurs rapports avec les Eaux-Bonnes.

Je viens de relire ce que j'y ai dit des indications et des contre-indications de l'Eau d' Eaux-Bonnes en face de l'inflammation et de l'hémorrhagie pulmonaires, ainsi que de la fièvre chez les phthisiques, et je trouve que les idées que j'y expose expriment encore si bien ma pensée d'aujourd'hui, que je vais le reproduire. J'y suis d'autant plus porté, que cet écrit, publié et découpé en plusieurs articles dans un journal, n'a pas laissé de traces, et paraîtra nouveau aux lecteurs du présent ouvrage. J'aurais pu ne pas en rappeler la date, et on l'aurait cru fait pour la circonstance. On y trouvera bien des choses déjà pressenties, indiquées ou formellement exprimées ici ; mais je ne dois pas craindre de répéter ce qui n'a été, que je sache, dit nulle part sur le traitement de la Phlhisie par l'Eau d'Eaux-Bonnes. D'ailleurs, j'omettrai ou j'amenderai, chemin faisant, tout ce qui m'en paraîtra susceptible, quoique cinq années d'observation n'aient pas très-sensiblement modifié mes opinions sur ce sujet.

« La phlhisie catarrhale ou muco-tuberculeuse dont il vient d'être si longuement question, n'est heureusement pas, je l'ai déjà dit, la forme de phlhisie qu'on observe le plus aux Eaux-Bonnes. J'entends, par là, qu'elle ne domine pas chez nos malades; car, lorsque la phlhisie plasmo-tuberculeuse la plus lente et la moins inflammatoire à son début, gagne, s'étend, devient fébrile, passe au deuxième et au troisième degré, il est rare que quelque point du poumon ne soit pas

atteint par l'inflammation muco-tuberculeuse. Mais ce n'est pas de ces cas qu'il s'agit, et je ne parle que de ceux où la pneumonie en question ouvre et conduit la marche de la maladie. C'est de ces cas que je dis qu'ils ne sont pas aussi communs aux Eaux-Bonnes que la forme plus lente de la phthisie plasmatique ou à granulations.

« Quoi qu'il en soit, les Eaux-Bonnes, remède puissant, en général, — le plus puissant que je connaisse contre la Phthisie, — a, comme tous les remèdes, ses indications et ses contre-indications.

« Les Eaux- Bonnes ne tirent pas exclusivement leurs indications, dans la Phthisie, de la froideur et de la torpidité de celle-ci, de l'absence de tout élément congeslif, inflammatoire et fébrile, etc. ; et réciproquement, leurs contre-indications ne résultent pas absolument de ce que la phthisie s'accompagne de fièvre, d'inflammation ou d'hémoptysie. Une thérapeutique de la Phthisie par les Eaux- Bonnes fondée sur cette distinction générale serait absurde et malheureuse. Je l'ai dit assez : l'inflammation et la fièvre sont des éléments naturels de la Phthisie, et, par elles-mêmes, elles ne peuvent pas contre-indiquer une médication. Ce sont certains caractères, certains temps, certaines causes, certains rapports de ces états morbides qui, dans des cas déterminés, peuvent et doivent avoir cet effet. C'est ce qu'on ne sait pas assez. Un grand nombre de praticiens, même éclairés, proscrivent l'usage des Eaux-Bonnes à cause de cela seul que les malades ont de la fièvre qui fait justement supposer un degré quelconque d'inflammation tuberculeuse ; ou bien, parce qu'ils ont éprouvé des hémoptysies, ou seulement parce qu'on les redoute. Il leur semble que les Eaux d'Eaux-Bonnes étant un médicament excitant, doivent par cela seul être exclues du traitement d'une altération organique accompagnée de fièvre, d'inflammation ou de congestions hémoptoïques, surtout lorsqu'ils pensent, et à bon droit, que ce médicament stimulant a une action élective sur les brou-

INDrCATIONS THÉRAPEUTIQUES DE LA PUTHISIE. 45S

ches, etc. A ce compte, l'usage des médicaments toniques et stimulants devrait être banni de la cure de toutes les maladies chroniques qui entraînent avec elle l'inflammation et la fièvre ; et il n'y faudrait employer que les antiphlogistiques et les contro-stimulants. Nous reculerions vers les plus mauvaises conséquences de la médecine de Broussais. Il faudrait renoncer à l'iode dans la scrofule, au quinquina dans le rhumatisme et la goutte, aux topiques simulants, au vin, aux aromatiques, dans une multitude de phlegmasies, etc. La médecine se trouverait aussitôt désarmée devant les maladies chroniques. Et pourtant, il peut y avoir du vrai, il y en a dans les appréhensions de ces praticiens : l'inflammation et la fièvre contre-indiquent quelquefois positivement l'usage des toniques stimulants dans les maladies chroniques en général, et celui des Eaux- Bonnes, en particulier dans la Phthisie. Il faut donc dire quand et comment.

« Faisons d'abord, en deux mots, les exclusions franches et absolues. Elles nous serviront de point de départ pour les contre-indications relatives et douteuses; et celles-ci, s'etfaçant peu à peu, nous laisseront en face des cas où l'inflammation et la fièvre ne constituent plus, bien loin de là, des contre-indications réelles.

« La pneumonie muco-tuberculeuse n'est pas la seule forme de phthisie inflammatoire envahissante et rapide. Il est une variété anatomique de la Phthisie plus généralisée et plus rapide encore, c'est la phthisie aiguë. Histologiquement parlant, elle est plasmatique ou granuleuse, à ce point que, pour quelques auteurs, mon honorable collègue, M. Empis, par exemple, et pour un histologiste éminent, le professeur Robin, elle n'est constituée que par une production inflammatoire granuleuse (granulie de M. Empis) qui envahit les deux poumons, se ramollit ou suppure avec les symptômes violents d'une fébri-phlegmasie aiguë, et entraine l'é-

conomie en quelques semaines, comme peut le faire une fièvre grave avec laquelle, d'ailleurs, on peut la confondre pendant un certain temps.

« Il est bien évident que, malgré sa nature tuberculeuse, cette phlhisie aiguë répugne à tout traitement thermal et repousse l'emploi de nos Eaux. J'en ai pourtant observé un exemple, en 1 861 , à Eaux-Bonnes. La malade mourut douze jours après son arrivée. Il est inutile de dire que je ne laissai pas l'Eau minérale approcher de ses lèvres. Le début remontait à quatre ou cinq semaines. La malade était une jeune fdle de 16 ans, sans antécédents ni héréditaires ni personnels. Elle n'avait jamais été enrhumée. Sa peau trèsblanche, son teint acre et violent, avec une habitude de blépharite ciliaire, lui donnaient un aspect herpétique. J'ai observé assez ordinairement ces attributs chez les sujets de la phthisie aiguë, presque toujours des jeunes filles. »

« J'ai déjà laissé entrevoir que la phthisie catarrhale ou muco-tuberculeuse, qui, par sa prédominance et son intensité, donne lieu aux phthisies, non pas aiguës, mais rapides et, comme on dit, galopantes, exclut aussi l'emploi de l'Eau d'Eaux- Bonnes. On reconnaîtra cette autre variété à l'étendue de son siège, à sa marche promptement envahissante, au genre de lièvre qui l'accompagne ; car cette fièvre, quoique hectique ou constitutionnelle dans son fond et en vertu de son principe de chronicité, présente une forme ou des apparences aiguës qui tiennent à ce que, en effet, des matériaux inflammatoires à vie rapide, ou des éléments de pneumonie aiguë se mêlent intimement aux éléments diathésiques delà maladie constitutionnelle et en précipitent l'évolution. 11 en résulte une affection aiguë-chronique que l'espèce de fièvre dont je parle traduit très-bien à sa manière. Celte fièvre n'éprouve le matin qu'une faible rémission ; elle s'accompagne de beaucoup de dyspnée; la chaleur morbide persiste dans le jour avec anorexie et un certain degré d'état

muqueux des voies digestives ; la soif est vive ; le pouls, au lieu d'être, dans le jour, petit et sub-fréquent, mais sans forme fébrile comme dans l'hectique véritable, conserve de l'ampleur et présente généralement cette mollesse onduleuse propre au pouls des fièvres, et qu'on appelle le pouls dicrote.

« La percussion donne de la matité dans une grande étendue, l'auscultation, des bruits morbides qu'on perçoit souvent du haut en bas, mais dont la signification grave et l'antériorité de date prédominent aux sommets. Ces bruits consistent le plus ordinairement dans les signes combinés d'une induration et d'un ramollissement du poumon, tels que, respiration bronchique intense, perçue très-près de l'oreille, et crépitations assez grosses, à timbre très-retentissant et à bulles craquantes et comme déchirées, qui produisent un grésillement humide qu'on pourrait appeler bruit de friture. 11 est évident par tous ces signes, qu'une pneumonie existe ; et lorsque le souffle bronchique est pur, on a quelquefois de la peine à ne pas la confondre avec la pneumonie franche qui peut survenir chez un tuberculeux, mais sans rapport avec sa diathèse, et se placer à côté des tubercules sans les modifier. Il est pourtant un caractère qui permet de les distinguer, c'est que la pneumonie muco-tuberculeuse, quelque aiguë qu'elle soit, ne donne jamais les crachats rouilles et visqueux caractéristiques de la pneumonie simple, tandis qu'on les observe dans la pneumonie franche chez le tuberculeux. Toutefois, ils sont, dans celleci, un peu plus teints de sang que chez le sujet non tuberculeux, et semblent tenir le milieu entre le crachat inflammatoire et le crachat hémoptoïque.

«La phthisie muco-tuberculeuse rapide et montée à ce degré, contre-indique très-évidemment l'emploi de l'Eau d'Eaux-Bonnes; mais elle n'est pas toujours aussi intense ni aussi prédominante. Un grand nombre de phthisiques, chez qui domine la granulation tuberculeuse à marche plus lente

4o8 QUATRIÈME PARTIE.

et moins inflammatoire, peuvent avoir et ont quelques points de pneumonie muco-tuberculeuse subaiguë qui occupent peu d'étendue, qui n'ôtent pas à la fièvre son caractère purement hectique, laissent l'appétit et les forces de relation aux malades, et peuvent permettre l'usage efficace de l'Eau d'Eaux-Bonnes. Enfin, la phlegmasie chronique qui, entourant les granulations tuberculeuses, excite leur transformation graisseuse et leur ramollissement, ne contre-indique pas les Eaux-Bonnes malgré la fièvre hectique simple ou purement constitutionnelle qui en est presque inséparable, et alors même qu'en d'autres points du poumon existerait un degré quelconque de pneumonie caséeuse ou mucotuberculeuse, à la condition, toutefois, que celle-ci ne soit pas sur le premier plan de la maladie et n'en mène pas la marche avec rapidité.

« Les Eaux-Bonnes sont indiquées à plus forte raison dans la tuberculose plus lente encore, limitée au sommet des poumons et malgré un certain degré de pneumonie et de bronchite chroniques suffisamment indiquées par la matité du son, les bulles sèches ou humides, à timbre craquant ou non, etc., car ces signes indiquent toujours l'existence d'une phlegmasie bronchique ou parenchymateuse. Par lui-même, en effet, le tubercule est muet. C'est l'état du poumon et des bronches autour de lui qui parle à l'oreille.

« Ce n'est pas que la granulation grise ne puisse exister sans inflammation, c'est-à-dire sans irritation vasculaire congestive ou sans circulation morbide afférente, et sans fièvre ; cela est possible, et on peut l'observer au début de l'affection, alors que les signes sthétoscopiques ne sont guère que négatifs, ou ne consistent que dans des modifications en plus ou en moins des bruits normaux de la respiration. Il suffit aussi que les sympathies ouïes actions réflexes soient très-peu actives chez un sujet, pour que la présence d'un certain nombre de granulations tuberculeuses au sommet des poumons ne fournisse que des signes négatifs et

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE LA PHTHISIE. 4b9

puisse même exister pendant quelque temps sans symptômes et sans action fâcheuse sur l'économie. Quelques médecins exigent presque ce silence ou celte torpidité des poumons tuberculeux chez leurs malades, pour oser leur prescrire les Eaux-Bonnes. Cette crainte, je me fais un devoir de le répéter, repose sur une erreur déplorable. Je vais plus loin : les Eaux-Bonnes ont plus d'action appréciable, plus de succès, par conséquent, lorsque existe un certain degré de phlegmasie péri-tuberculeuse des bronches et du poumon, qu'en l'absence de ces conditions.

« On croit toujours — et ce que je vais dire s'applique aux autres médications comme à celle dont je m'occupe spécialement ici — on croit toujours que les agents thérapeutiques ont la propriété de détruire spécifiquement et directement les agents morbifiques ou leurs produits. C'est bien plutôt le contraire qu'il faudrait dire. Les médicaments proprement dits sont des agents pathogénétiques qui substituent une irritation à une autre, une irritation moins grave à une plus grave; qui impriment de la résistance vitale à un système organique et l'empêchent de céder à des impressions nuisibles, à des causes de désordre, etc., ou qui stupéfient un appareil de manière à ce qu'il ne ressente pas l'influence d'une action perturbatrice interne ou externe, etc.. J'ajoute qu'ils agissent sur le fait initial de toute propriété vitale, la sensibilité, qu'elle soit végétative ou animale, confuse ou distincte, perçue ou non perçue, et, conséquemment, toujours par impression.

« Leur action se fait donc sentir bien plus sur ce qu'il y a de sain pour le prémunir, que sur ce qu'il y a de morbide et de décidément altéré pour le détruire directement. On en a la preuve dans les guérisons naturelles ou spontanées dont les guérisons artificielles ne sont qu'une imitation ; et on en a la contre-preuve dans l'impossibilité de guérir par un agent thérapeutique quelconque lorsque, dans une mala.lie, la somme des éléments sains, qui forme la résistance vitale,

est débordée par la somme des éléments morbides et délétères. Il suit de là que le médicament prend son point d'appui sur ce qui est encore sain dans une partie ou dans un organisme entier malades, et qu'il n'a aucune action directe sur ce qui est complètement hors du champ de l'activité saine. C'est la nature, ou ce qui reste sain, qui se charge de celte dernière action.

« Le médicament le plus utile contre la tuberculisation n'attaque pas directement le tubercule et, à plus forte raison, ne le détruit pas ; il agit sur les parties qui, affectées autour de lui à un degré et d'une manière quelconques par ladiathèse, n'ont pas encore été trop profondément altérées et sont susceptibles de résolution, c'est-à-dire d'un retour plus ou moins complet à l'état normal. Les bronches, les vaisseaux sanguins et lymphatiques afférents à un foyer tuberculeux, le tissu conjonctif ambiant, qui sont engagés dans la sphère de tuberculisation, ressentent seuls l'impression stimulante du médicament, de l'eau d'Eaux-Bonnes, par exemple, car le tubercule opaque est incapable de la ressentir. Sous l'influence spéciale d'un stimulant approprié, ces parties malades, mais très-vivantes encore, conçoivent une modification qui, dans les cas heureux, se substitue favorablement à l'irritation tuberculeuse. Celle-ci cédant, la congestion vasculaire, le catarrhe bronchique, l'irritation des tissus lymphatiques disposés à contracter l'altération diathésique, ont le dessous, momentanément au moins, et la tuberculisation peut s'arrêter pour un temps qui est subordonné à la vivacité plus ou moins grande de la diathèse. Mais c'est sur celle-ci que le médicament thermal exerce surtout son heureuse influence. Quoi qu'il en soit, la bronchite et la pneumonie tuberculeuses sont si loin d'être par elles-mêmes une contre-indication à l'usage de l'Eau d'Eaux- Bonnes, qu'au contraire, elles sont les altérations sur lesquelles ce médicament puissant a l'action la plus certaine. Ce qui est devenu tubercule opaque, graisseux, ou luber-

cule mort, est perdu. Il ne faut pas avoir de prétention directe sur ce caput mortuum de la tuberculose. On ne doit se proposer d'agir que sur les parties encore saines en apparence, mais imprégnées de la diathèse, ou sur celles qui, afférentes au foyer de l'altération accomplie ou qui s'accomplit, ont conçu cette altération selon leur organisation spéciale et, par conséquent, sous la forme de catarrhe tuberculeux, de congestion et de pneumonie tuberculeuses, car, j<i l'ai dit plusieurs fois déjà, toutes ces affections concomitantes sont de même nature, ou reconnaissent la môme origine interne que l'altération nutritive qui les détermine et se les approprie.

«L'Eau de Bonnes employée dans la Plithisie a donc pour objet de résoudre les altérations qui en sont susceptibles, même sous la forme inflammatoire, et surtout sous cette forme, quand elle reste dans les limites que j'ai fait connaître, et alors même qu'elle entraîne avec elle sa fièvre hectique porportionnée. Mais son action principale et son plus grand bienfait s'exercent en même temps sur la diathèse, c'est-à-dire sur l'état morbide général et constitutionnel. Ce qui le prouve bien, c'est ce que nous observons chaque saison sur les sujets qui ont fait usage de l'Eau de Bonnes l'année précédente. Nous en voyons revenir un certain nombre dans un état évidemment meilleur. Ils s'en félicitent euxmêmes. Ils toussent et expectorent moins; ils ont repris des forces et de l'appétit, un teint plus animé et une expression plus vivante delà face; ils ont démaigri, quelquefois même pris un peu d'embonpoint. On les croirait guéris; ils ne reviennent, disent-ils, que par reconnaissance. Enfin, on les ausculte, et au milieu de ces signes incontestables de réparation générale, on retrouve les signes de la lésion principale in stutuquo. La fluxion catarrhale et péripneumonique a reculé ou s'est immobilisée ; il ne s'est pas produit de nouveaux tubercules; mais les caractères de l'altération organique accomplie persistent. Quelquefois ils sont réduits à

eux-mêmes, à leur plus simple expression, et l'oreille ne perçoit plus que des signes inorganiques, je veux dire des signes de lésion actuellement inerte : de la matité, par exemple, ou des souffles secs offrant des timbres divers sans bulles d'aucune sorte, sans aucun signe de catarrhe bronchique, de congestion pulmonaire et d'un travail morbide quelconque. On pourrait croire que le changement d'état qui existe là, est purement physique, et que les conditions de la sonorité pulmonaire sont seuls modifiées. Or, cet état peut durer très-longtemps. Je connais plusieurs malades chez lesquels il se maintient depuis de longues années.

« Mais, me dira-t-on, on voit desguérisons pareilles toutes spontanées et sans l'intervention des Eaux-Bonnes, etc. Je ferai remarquer que cela n'est pas une objection, mais une naïveté. 11 est bien certain, en effet, que l'art ne peut guérir que les maladies qui sont susceptibles d'une guérison spontanée ; car, en définitive, aidée ou non par l'art, c'est toujours la nature qui guérit. Le contraire serait un miracle, puisque ce serait un fait accompli hors des lois naturelles. Or, la science ne peut admettre cela sans s'anéantir. C'est ce que je professe depuis trente ans. La question est de savoir si les faits bien connus, que je signale en ce moment, ne se seraient pas passés de la même manière sans l'action des Eaux-Bonnes. Si j'en doutais, je me croirais autorisé à nier toutes les guérisons obtenues par l'art, toutes celles qui ne se sont pas opérées par les seules forces delà nature. L'art ne peut bien agir qu'en agissant dans le sens de la nature, c'est-à-dire, comme elle, par elle et avec elle quand elle agit bien.

« La diathèse atténuée ou éteinte, le travail morbide pérituberculeux enrayé, la tuberculisation s'arrête, et les lésions accomplies se réparent. Le tubercule peut passer à l'état inorganique ou crétacé; les petites cavernes se cicatrisent et se froncent; elles sont remplacées par des tissus cellulofibreux qui se rétractent de plus en plus; les parois des

grandes cavernes se cartilaginifient, et leur surface interne pseudo-muqueuse n'est plus humectée que par un faux mucus peu abondant. Les tissus ambiants sont plus ou moins denses et scléreux. C'est dans ces parties, qui n'ont plus rien de respiratoire, que se produisent les bruits inorganiques que j'ai décrits plus haut, et que nous avons la satisfaction d'entendre aux Eaux-Bonnes plus souvent que partout ailleurs.

« Il est bien évident que, pour obtenir ces résultats, le médicament thermal a dû agir sur des parties livrées à une inflammation tuberculeuse plus ou moins intense.

«J'ai parlé des effets irritants de l'Eau de Bonnes, véritables effets pathogénéliques qui paraissent se substituer plus ou moins franchement à l'irritation tuberculeuse dont le tissu pulmonaire est frappé. Ce n'est point une vue de l'esprit, une vaine théorie. Ces effets, on les constate positivement pendant et après la cure.

« Un certain nombre de malades éprouvent alors une excitation générale et locale facile à distinguer de celle qui est propre à leur affection. Ainsi, pour ne parler que des signes fournis par l'auscultation, nul doute qu'une congestion thermale plus ou moins vive ne s'opère dans les points déjà affectés de bronchite et de pneumonie tuberculeuses; qu'on ne voie cette sphère de fluxion subinflammatoire s'étendre et s'aviver, ce qui est évident par le plus grand espace occupé par les bruits bullaires plus ou moins fins et par le passage des bulles et des craquements à timbre sec, aux bulles et aux craquements à timbre humide ; par une toux plus fréquente, une expectoration plus abondante et quelquefois rosée, etc. Ces effets pathogénésiques de l'Eau minérale durent quelquefois longtemps encore après la cessation delà cure. Les malades regrettent d'avoir pris les eaux ; le médecin lui-même commence à craindre que leur action n'ait fait que s'ajouter à celle de la maladie pour la précipiter, lorsque, après plu-

sieurs semaines et plusieurs mois de cetle exaspération artificielle, une réaction en sens inverse s'opère enfin graduellement. Les désordres rentrent d'abord dans leurs limites anciennes, puis ils rétrocèdent, et, à l'entrée de l'hiver, les malade éprouvent cet apaisement et cette amélioration que j'ai décrits tout à l'heure, et avec lesquels ils nous reviennent la saison suivante.

« J'ai déjà dit, bien des fois, qu'un des caractères les plus remarquables des médications thermales, et des eauxsulfureuses en particulier, c'est leur intimité et leur longue portée d'action . Une incubation leur est nécessaire pour produire tous leurs effets, leurs effets véritables. Ainsi, le résultat thérapeutique d'une cure aux Eaux-Bonnes aura été nul en apparence pendant plusieurs mois. L'excitation immédiate, quelquefois assez longue, que j'ai signalée plus haut, n'aura point eu lieu ; mais plusieurs mois après, quelquefois à la fin de l'hiver suivant, et sans cause extérieure, des affections inflammatoires se déclarent brutalement. Ces mouvements fluxionnaires imprévus occupent ou les poumons malades ou d'autres organes. Une pleuropneumonie, une bronchite capillaire intense, quelquefois une hémoptysie fébrile se manifestent inopinément, et on conçoit que, chez des tuberculeux, ils inspirent les craintes les plus pressantes. Mais ces accidents graves se modèrent, la convalescence s'ouvre, les malades se rétablissent, et, au bout de quelques mois, l'auscultation reconnaît des signes de réparation, des adhérences, des tissus cicatriciels de nouvelle formation, etc., indiqués par les bruits inertes dont j'ai parlé plus haut, qui ont pris la place des bruits morbides actifs qui existaient auparavant.

<( Dans ces derniers cas, l'agent thérapeutique, au lieu de produire l'excitation substitutive immédiate, insensiblement suivie d'une résolution, a subi une incubation plus ou moins longue dans les profondeurs de l'organisation, et a

produit ses effets sous la forme d'une crise salutaire. «Plus souvent, celle crise s'opère par des mouvements inflammatoires portés sur d'autres organes que le poumon. La peau eu est assez fréquemment le siège, soif sous Ja forme d'anciennes dermatoses revivifiées par le médicament thermal après une certaine durée d'Incubation, soit sous la forme d'éruptions nouvelles. Celles ci sont le plus habituellement furouculeuses, quelquefois anlhraciques ; ou bien, elles consistent en pseudo-exanthèmes inconnus du malade : urticaire, érylhèmes pâpuleux, noueux, herpès, elc. Quelquefois ce sont des névralgies, les unes externes, les autres viscérales, ou des mouvements congestifs vers des organes dépu râleurs, le foie et les reins spécialement, sous forme de coliques hépatiques et rénales calculeuses. Mais ceci se rattache à un autre ordre d'effets, ou plutôt de transformations, dont je dirai un mot tout à l'heure.

a La question des congestions et des phlegmasies tuberculeuses fébriles du poumon dans la Phlhisic,au point de vue de l'indication et des contre-indications de l'Eau d' Eaux- Bonnes dans celle maladie, est si importante, que je veux ia résumer dans un principe.

« On peut dire, d'une manière générale, que les Eaux- Bonnes sont indiquées dans la phthisie tuberculeuse des poumons, alors même qu'il y a inflammation et lièvre, toutes le3 fois que l'altération organiqueou la luberculisalion prime ces deux éléments morbides et les subordonne à sa marche propre; et qu'elles sont contre- indiquées dans les conditions opposées, c'est-à-dire lorsque l'inflammation pulmonaire et la lièvre priment l'altération organique et semblent ou sela subordonner ou en avoir l'initiative. En un mot, pour que les Eaux- Bennes soient indiquées, il faut que l'inflammation pulmonaire et la fièvre soient sur le si coud plan de la maladie et les productions lymphatiques sur le premier. Dans le cas contraire, ou lorsque la phthisie tuberculeuse, subis-

sant la loi des inflammations, ressemble plus à une phlegmasie qu'à une altération organique, il faut s'abstenir.

« Je dois dire un mot, maintenant, des indications et des contre-indications du traitement de la Phthisie parles Eaux- Bonnes, non plus selon l'intensité ou le caractère de l'inflammation et de la fièvre concomitante, mais selon le degré ou la période auxquels la Phthisie est parvenue.

« On croit généralement que c'est dans la Phthisie au premier degré, et lorsque les tubercules n'en sont encore qu'à l'état, ou de granulation grise, ou de tubercule jaune à la période de crudité, que les Eaux- Bonnes sont tout spécialement indiquées et capables de leurs plus beaux succès. C'est encore une erreur. Certainement, ces cas sont les plus désirables, mais à condition qu'on les observe chez des sujets non prédestinés, à diathèse limitée, et de constitution antipathique à la tuberculose. J'aime mieux traiter, aux Eaux-Bonnes, un phthisique affecté d'une tuberculisation pulmonaire au troisième degré local, je veux dire avec excavation ou caverne, surtout si elle n'existe que d'un côté, et si la constitution, n'ayant pas subi l'entraînement tuberculeux, n'en est elle-même qu'au premier degré, qu'un phthisique au premier degré ou à la période de crudité des tubercules, si d'ailleurs la diathèse est très-prononcée, et que l'économie ne présente pas des éléments de résistance et d'antagonisme. Ces derniers cas sont l'opprobre de toutes les médications. Les premiers, au contraire, sont l'honneur de nos Eaux.

« Les Eaux-Bonnes, comme tous les remèdes puissants, ont besoin, pour agir efficacement, de s'appuyer sur une certaine somma d'éléments encore saufs, ou qui ne sont pas encore entraînés dans ce tourbillon des élémenls altérés qui constitue la maladie effective. Ce n'est qu'à celte condition que, sous une influence thérapeutique salutaire, les lésions déjà accomplies s'immobilisent et rétrogradent. Ce qu'il faut

arracher à la maladie, ce ne sont pas les altérations consommées, c'est ce qui subsiste encore de sain, et ce que quelques anciens ont appelé le vita sana superstes in morbïs. Je l'ai dit il y a longtemps, ce sont ces parties préservées et résistantes qui réparent le mal déjà fait et l'isolent. Une caverne tuberculeuse, entourée de bonnes conditions générales, est donc un fait moins grave et plus curable par les Eaux-Bonnes, que des tubercules crus entourés de condilions dialhésiques prononcées. II n'est donc pas élonnantque nos Eaux en aient plus facilement raison.

« Mais il ne faut pas se fier à ces diathèses localisées, et laisser l'organisme se défendre contre elles, seul et sans secours. Dans le plus grand nombre des cas, une véritable contagion finit par se produire autour du foyer tuberculeux jusque-là circonscrit. Elle s'étend d'abord au poumon de proche en proche, et bientôt à foule l'économie, qui ne tarde pas à être infectée. On ne doit pas confondre, avec la dialhèse générale, cette infection ou cette cachexie commençante. Or, l'usage de l'Eau thermale d'Eaux-Bonnes accroît la résistance du poumon et de l'organisme entier à cette infection : cela m'est aussi bien prouvé que quelque vérité thérapeutique que ce soit. L'Eau de Bonnes accroît d'autant plus celte résistance, qu'elle jouit incontestablement de la propriété de stimuler tout particulièrement certaines dispositions morbides constitutionnelles antagonistes de la tuberculisation pulmonaire. »

Ainsi, deux faits ne sont pas douteux pour moi :

1° Certaines maladies constitutionnelles, l'arthritisme d'abord, l'herpétisme ensuite, sont antagonistes de la phthisie tuberculeuse; non pas qu'elles l'excluent absolument — surtout lorsque, affaiblies et dégénérées, elles n'occupent pas énergiquement l'économie — mais parce qu'elles tendent à la borner, et qu'elles ralentissent son évolution ;

2° L'Eau de Bonnes excite et régénère les manifestations arthritiques et herpétiques antagonistes delà tuberculisation

pulmonaire. La conclusion est facile à tirer: l'Eau de Bonnes est antituberculeuse ; et comme elle a une action élective sur l'appareil respiratoire, puisque les membranes de rapport de cet appareil sont éliminalrices du principe minéral isateur de celle eau, l'Eau de Bannes est plus spécialement antituberculeuse dans la plilhisie pulmonaire.

« Je ne borne pas aux tissus fibro-musculaires et à la peau les manifestations arthritiques et herpétiques qu'excite l'Eau de Bonnes et qui mettent un frein utile au processus de la plilhisie tuberculeuse. Un grand nombre d'affections viscérales, de névroses, de congestions habituelles et de névralgies qui relèvent de ces deux vices constitutionnels, sont dans le môme cas : l'asthme et l'emphysème pulmonaire, les coliques calculeuses du foie et des reins, les dyspepsies, les gaslro-entéralgies, l'hypochondrie, les cardiopathies nerveuses, les névralgies faciales, les affections organiques du cœur, les hémprrhoïdes, les métrites chroniques, les leucorrhées, les angines granuleuses, etc., se rangent sous ce rapport à côlé des dermatoses et des douleurs externes. L'association de ces affections arthritiques et herpétiques avec la tuberculose, dans des proportions diverses, constitue des variétés ou des formes de la Plilhisie très-intéressantes à observer, et qui tranchent sur le fond si monotone de la plilhisie vulgaire.

« Je suis fâché que mes honorés et savants confrères et collègues, MM. Ilérard et Cornil, aient cru devoir rejeter mes observations déjà anciennes surce sujet, dans l'ouvrage important et si riche de belles études anatomo-pathologiques qu'ils viennent de publier. Pourtant, je n'en suis pas trèsétonné. Ce n'esl guère dans les hôpitaux qu'on observe les formes ou les variétés de la Plilhisie dont je me suis surtout occupé. C'est un grand dommage pour la Phlhisiologie, que lous les ouvrages modernes sur la plilhisie pulmonaire aient

été faits dans les hôpitaux et avec des matériaux d'hôpital. L'anatomie pathologique y a beaucoup gagné sans doute ; mais la clinique, mais la médecine y ont beaucoup perdu. 11 est très-probable que, si je n'avais étudié cette maladie que dans les hôpitaux, je n'aurais jamais eu l'idée des combinaisons d'étals morbides qu'elle présente, el qui, la masquant ou la paralysant, en quelque sorte, par l'antipathie qui existe entre elle et eux, constituent des variétés indispensables à bien connaître pour son pronostic et son traitement. Mais, aux Eaux-Donnes, ce rendez-vous des phlhisi- •jues qui sont dans de tout autres conditions sociales et hygiéniques que les phlhisiques qui peuplent nos services hospitaliers, j'ai observé par centaines les cas avec lesquels j'ai esquissé l'étiologie, les caractères, la marche et la prognose de mes variétés de la Phlhisie; et rien jusqu'à présent ne peut m'y faire renoncer.

« Quand J\I. Hérard suppose qu'il n'y a entre nos phlhisiques d'Eaux-Bonnes et nos phlhisiques de l'hôpital qu'une seule différence, à savoir, que les premiers sont mieux soignés que les seconds, il oublie que nous observons à tout moment, chez les riches, la phlhisie vulgaire, la phthisie absolue et sans mélange, et que, malgré tous les soins dont ces malades sont entourés, cette phthisie marche chez eux comme chez nos pauvres malades de Lariboisière et de la Charité.

« D'ailleurs, MM. Hérard et Cornil m'ont donné plus raison qu'ils ne le voulaient peut-être, et que je ne m'y attendais, en reconnaissant que la poulie et le rhumatisme semblent exclure la Phlhisie. Je ne leur en demande pas davantage. Ils sont même plus absolus que moi sous ce rapport, car ils vont jusqu'à dire que l'antagonisme entre ces deux maladies est si formel, qu'elles sont incompatibles. Ils n'accordent pas même leur coexistence. Pour moi, je ne dis cela que de la goutte et du rhumatisme jeunes, vigoureux, et dans toute l'énergie de leur accrois-

iTO QUATRIÈME PARTIE.

sèment. Ces cas repoussent, en effet, le tubercule de la même manière qu'ils repoussent le pus, ce qui est une analogie de plus entre ces deux produits morbides. Aussi, n'est-ce pas de ces cas qu'il s'agit, mais de ceux où, comme je l'ai dit tant de fois, ces affections affaiblies, dégénérées, soit par leur usure naturelle, soit, par leur transmission héréditaire et leurs croisements, laissent derrière elles des constitutions amoindries, des maladies frustes dont il reste des vestiges plus ou moins bien conservés, incapables d'exclure la Phthisie, mais capables encore de la refréner et de faire antagonisme à son envahissement complet. L'indication dominante, dans ces sortes de cas, c'est de régénérer autant que possible les éléments de résistance et d'antagonisme. Or, les Eaux-Bonnes me paraissent un des moyens les plus capables d'atteindre ce but. Sans doute, l'arthritisme jeune et vigoureux exclut la Phthisie; mais l'arthritisme usé, décomposé, en quelque sorte, l'exclut si peu, que, dans la société, on voit moins de phlhisiques naître de parents phthisiques que de parents affectés d'autres maladies constitutionnelles. L'arthritisme ou l'herpétisme qui ont régné longtemps dans un organisme, tendent à s'affaiblir et à se transformer régressivement dans les générations ; ils laissent, dans les constitutions qui en sont issues, une dégradation organique favorable à la tuberculose et à la Phthisie. Ces maladies créent à la longue, dans l'organisme, ce que M. le professeur Bouchardat appelle justement la misère physiologique; et le tubercule pulmonaire germe facilement dans ces organisations dégradées par les maladies chroniques des ascendants. Ces maladies conduisent, par d'autres voies que par la misère extérieure, au point d'usure où celle-ci place les malbeureux qui succombent à la phthisie acquise. Seulement, au milieu delà misère physiologique produite dans les générations par les maladies chroniques des ascendants, subsistent des reliquats plus ou moins bien conservés de ces maladies, dont le pouvoir antituberculeux

es! proportionné à ce qui peut rester d'énergie aux éléments morbides antagonistes qui surviventencore.Cesélémentsn'ont

plus, je le répète, la force d'exclure la Phthisie, mais ils ont encore celle d'y résister quelque temps. C'est à la thérapeutique à s'emparer de ces maladies ruinées, à les réparer en quelque sorte, pour les opposer à l'envahissement des transformations pathologiques régressives qui ont une si grande tendance à aboutir au tubercule. Je me garde bien d'atténuer ou de chercher à guérir, chez les phthisiques ou chez ceux qui sont menacés de le devenir, les maladies arthritiques ou herpétiques dont j'ai énuméré plus haut quelquesunes des formes les moins connues. Je dois mes plus beaux succès dans la Phthisie, à la revivifîcation ou à l'explosion primitive de ces affections sous l'influence de la médication thermale d'Eaux-Bonnes.

« Toutes ces conséquences sont renfermées dans le principe de l'exclusion qu'admettent mes adversaires. D'ailleurs, l'expérience les proclame hautement en dehors de toute doctrine sur la naissance et les transformations des maladies chroniques. Rien n'est mieux démontré pour moi que ces résultats dans la cure de ces maladies, si ce n'est le fait non moins clinique de leurs transformations, de leurs croisements et de leur dégénération pour aboutir aux maladies chroniques ultimes. Nier ces mouvements, cette vie des maladies, c'est nier leur essence même et la pathologie. »

Je termine par un mot sur l'hémoptysie.

J'écrivais, il y a cinq ans, dans une brochure qui a pour litre: Principes de thérapeutique thermale, etc., les lignes suivantes :

« C'est un cri universel: les Eaux-Bonnes sont trop

fortes, elles portent le sang à la poitrine, elles font cracher le sang, etc.

« J'ai besoin, je l'avoue, de quelques saisons encore pour

me prononcer définitivement sur cette grande question

Pourtant, j'incline à croire qu'on observe aux Eaux-Bonnes

deux espèces d'hémoptysies : des hémoptysies communes et des hémoptysies Ihermales ; les unes comme on en voit partout, les autres qui ont le cachet de leur cause Le pronostic de ces dernières ou des hémoptysies Eaux- bon naises

n'a pas de gravité Pour que cette hémoptysie thermale

s'apaise d'elle-même, il suflit de suspendre te traitement pendant peu de jours, d'administrer des béchiques, du lait d'ànesse, ele

« ... Cetle hémoptysie s'arrête franchement; et, en opposition avec les hémoptysies communes, elle n'est pas rél'rao-

taire 11 arrive souvent que, quand elle est terminée, le

malade puisse tolérer, sans nouveau crachement de sang, dis doses d'eau minérale qui n'eussent pas été innocentes auparavant. »

Je n'ai rien à retrancher aux lignes précédentes, mais j'ai besoin de les compléter.

« On s'effraye généralement trop de l'hémoptysie tuberculeuse. Elle est bien moins grave par elle-même que parla gravité de la maladie à laquelle elle se rattache. Dès qu'elle s'annonce, l'effroi est universel et gagne le médecin. C'est une hàle, une intempérance de remèdes tous plus énergiques les uns que les autres. 11 semble vraiment que, si l'hémorrhagie pulmonaire n'est pas immédiatement arrêtée, tout est perdu, et ({lie, si elle continue, la maladie principale va être horriblement aggravée, etc... On s'effraye beaucoup moins d'un acres de pneumonie luberculisanle, qui est pourtant beaucoup plus redoutable. Celle-ci est toujours trèsgrave ; l'hémoptysie, même abondante, et si elle ne t'ait pas courir des dangers immédiats en tant qn'hémorrhagie, est asbez souvent innocente; quelquefois elle est salutaire. Un certain nombre de phlhisiques sont soulagés, amendés même après une hémoptysie. Il n'en est pas ainsi d'un accès de pneumonie spéciale, car il est presque toujours le signal d'une éruption luberculisante, ou de ce qu'on appelle une poussée. Tout le monde sait, en effet, que c'est par accès que

la tuberculisation se fait ordinairement. Or si, à l'époque d'une éruption, le raptus inflammatoire ou la pneumonie tuberculisante est remplacée par une hémoptysie — et c'est ce qui arrive quelquefois — la poussée peut avorter ou être très-modérée, taudis que le mode pathogénésique inflammatoire esl toujours efficace pour étendre et activer la tuberculisation. J'ai vu assez souvent la Phlhisie apaisée pour un temps plus ou moins long" après une hémoptysie, mais point après une pneumonie.

« Je suis d'autant plus autorisé à comparer ces deux procédés de tuberculisation, qu'ils ont dans leur marche plus d'analogie qu'on ne croit. Ils supposent tous deux une irritation congeslive de la circulation pulmonaire déterminée par le travail plasmalique de la tuberculose, mais dans l'un avec évacuation de la fluxion sanguine, tandis que dans l'autre celte fluxion fixée par l'irritation nutritive, ou s'organisant pour elle, devient, si je puis ainsi dire, une circulation tuberculeuse, une circulation employée à fournir des matériaux à l'évolution de la néoplasie. 11 y a cela de remarquable dans le processus comparé de ces deux espèces de fluxion morbide du poumon, que toutes deux, lorsqu'elles sont de quelque intensité, ont une durée à peu près déterminée, et un caractère cyclique. Elles ont leur invasion, leur état, leur déclin assez bien calculables; et, sous ce rapport, un accès d'hémoptysie a beaucoup de rapport avec un accès de pneumonie. Mais l'issue de ces deux accidents, et leur influence sur le sort immédiat de la tuberculisation sont, je le répète, très-différents.

« Cette observation est bien faite pourcalmer le zèle thérapeutique excessif et le déploiement de médecine active auxquels on se croit obligé devant une hémoptysie. Quoi qu'on fisse, cette hémorrhagie, quand elle est vive, fébrile, et que tout l'appareil circulatoire est ébranlé, ne se laisse pas trop détourner de son cours. Sa meilleure solution est une diminution graduelle de l'hémorrhagie, dans laquelle celle-ci

est peu à peu remplacée par une expectoration mucosopurulenle comme à la fin d'une pneumonie ; et le traitement qui, dans ces conditions, convient le mieux, me paraît être celui de la pneumonie luberculisante elle-même: ipécacuanha; kermès; tartre stibié; digitale; aconit, aloès, etc., mais à faibles doses, et sans prétendre à ce qu'on se propose toujours à arrêter une hémoptysie comme une hémorrhagie traumatique.

« Tout ce que je viens de dire et tout ce qui est vrai de l'hémoptysie tuberculeuse en général, est beaucoup plus vrai encore de l'hémoptysie sulfureuse thermale en particulier. Les médecins qui ont cru exonérer les Eaux-Bonnes d'un reproche funeste en niant ces hémoptysies au lieu de les prendre pour ce qu'elles sont, ont nui à la réputation de ces Eaux plus qu'ils ne l'ont servie.

« L'altitude a-t-elle quelque part dans cet accident sans gravité et d'ailleurs peu commun relativement au nombre des phthisiques en traitement? Cela n'est pas prouvé, car c'est rarement en arrivant et avant d'avoir pris les Eaux que l'hémoptysie se produit. D'ailleurs, on l'observe à Paris avec les eaux transportées. Quand elle a lieu, c'est plus généralement vers le milieu de la cure thermale. Elle ne consiste habituellement que dans une expectoration rosée, ou quelques crachats hémoploïques, qui cessent d'eux-mêmes quand on a suspendu l'usage de la boisson thermale.

«Je peux donc confirmer aujourd'hui ce que je disais ily a cinq ans : lorsque ces hémoptysies faibles, et qui n'empêchent pas les malades de sortir, sont apaisées, il est commun de voir ceux-ci supporter l'eau de Bonnes mieux qu'ils ne le faisaient auparavant, et achever d'excellentes cures, malgré cela, et peut-être même à cause de cela. Quant aux hémoptysies plus abondantes, je ne sais pas si elles sont plus fréquentes chez les phthisiques aux Eaux-Bonnes que partout ailleurs : il est permis d'en douter. Mais si cela était, je crois pouvoir affirmer qu'elles causent plus de peur que de

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DK LA PHTÏÏISIE. 473

mal ; et que parmi les beaux résultats que j'ai obtenus des Eaux-Bonnes dans la Phthisie, je compte un certain nombre de cas où les malades avaient éprouvé des hémoptysies abondantes pendant la cure thermale ou peu de temps après.

«La crainte des bémoplysies par l'Eau d'Eaux-Bonnes n'est donc qu'un spectre rouge. Elle détourne trop souvent les malades et les médecins d'une médication utile. Ce n'est pas l'hémoptysie, qui est à craindre, c'est le tubercule et la pneumonie tuberculisante; car l'hémoptysie, par elle-même, ne favorise pas la tuberculisation ; elle la modère même quelquefois, surtout lorsqu'elle est l'effet d'une médication salutairement substitutive. La pneumonie tuberculeuse chronique a un effet contraire ; elle est la circulation nourricière du tubercule et comme son placenta. Or, la médication par l'Eau de Bonnes est un des meilleurs résolutifs de cette phlegmasie chronique et du catarrhe qui l'accompagne.

« J'ai partagé sur l'hémoptysie en général, et en particulier sur celle qu'on craint aux Eaux-Bonnes, l'appréhension des malades et le préjugé de mes confrères. L'expérience m'a délivré de l'un et de l'autre. C'était aussi bien mon devoir de le dire, que de faire connaître les contre-indications sur lesquelles j'ai assez longuement insisté. »

Jusqu'à présent, je n'ai rien dit des doses auxquelles on doit administrer les Eaux d'Eaux-Bonnes. On pourrait croire que ce soin est inutile, parce que les praticiens, en général, ont peu besoin d'indications à cet égard, ces Eaux étant toujours administrées sur les lieux par des médecins habitués à les employer, et qui peuvent se passer pour cela des conseils d'un de leurs confrères.

Pourtant, indépendamment de l'usage qu'on fait si souvent à domicile des Eaux d'Eaux-Bonnes transportées, il y a un intérêt réel, à tous les points de vue, à ce que tous les médecins sachent à quel point les Eaux d'Eaux-Bonnes sont

un médicament ; quelle importance leur dosage exact et méthodiquement gradué peut avoir dans le traitement de la Phthisieà tous ses degrés; enfin, à quelle sobriété, à quel minimum de doses on peut descendre en continuant à produire des effets physiologiquement et tliérapeuliquement appréciables, les seuls possibles même, et les seuls efficaces dans certains cas.

On donnait autrefois l'Eau d'Eaux- Bonnes à des doses excessives. 11 est fort probable que ce n'est pas à des phlhisiques que ces doses énormes, un et plusieurs litres par jour, étaient administrées. Les malades delà vallée d'Ossan et des vallées voisines formaient presque la seule clientèle de ces Eaux. C'est bien plus sur ces montagnards que sur des citadins venus de tous les points de la France et de l'Europe, queles Bordeù, elle dernier d'entre eux, l'illustre Théophile lui-même, avaient fait leurs premières et mémorables observations. Les scrofuleux sont très-communs dans ces vallées; les catarrhes bronchiques qui relèvent de la scrofule y sont communs aussi; mais la Phlhisie y est relativement assez rare. De plus, on ne parlait guère à celte époque des malades qui meurent; on ne faisait attention qu'à ceux dont le rétablissement proclamait les vertus anli-écrouelleuses et anlicatarrhales des sources sulfureuses du pays.

D'ailleurs, les termes dans lesquels Bordeu exalte le mode d'action et les propriétés médicinales de « ses chères fontaines » , ne paraissent guère indiquer qu'il s'agisse de IMilbisie.

11 avait très-bien vu que nos Eaux « poussent à la poitrine » ; qu'elles opèrent rapidement la coction des catarrhes; qu'elles sont comme « un baume minéral naturel» qui mûrit et résout les affections chroniques, en les ramenant promplement à l'état aigu et les forçant à se terminer franchement comme un rhume vulgaire, etc.. ; mais tout

cela, quoique très-bien vu, ne ressemble guère à la Phlhi-. sie et aux effets des Eaux d'Eaux-Bonnes dans celte grave maladie.

Aujourd'hui encore nous pouvons retrouver à Eaux- Bonnes les types qui semblent avoir posé devant Bordeu. Nous voyons les habitants de la valléu d'Ossan, qui se termine par rétablissement thermal et la petite ville d'Eaux- Bonnes, boire leur Eau minérale à grands traits contre les rhumes tardifs on les catarrhes bronchiques chroniques dont ils sont souvent affectés, et s'en trouver fort bien ; mais nous ne voyons pas les phthisiques proprement dits en faire autant. Il importe pourtant d'avouer que la tolérance decette catégorie de sujets pour l'Eau d Eaux-Bonnes, même dans la Piilhisie, est beaucoup plus grande, très-remarquable môme, dans des cas nominativement analogues à ceux que nous observons chez nos civilisés irritables, qui ne supporteraient pas sans danger la cinquième partie des doses que se permettent quelquefois, avec plus ou moins de succès, les natures peu excitables et patientes dont je parle.

J'en ai eu l'an dernier un exemple qui m'a frappé.

Les sociétés de secours aux blessés des départements de la Gironde et des Basses- Pyrénées ont ouvert en 1871 une ambulance à Eaux-Bonnes pour le traitement des soldats qui avaient contracté des affections chroniques des voies respiratoires pendant la dernière campagne contre la Prusse.

Si on pouvait douter de l'influence funeste du froid et des misères d'un soldat en campagne sur la production de la Phthisie, ce doute ne serait plus possible après le spectacle des cas innombrables de cette cruelle maladie qui se sont déchues pendant et après l'hiver de 1870-71. Ce que le siéiie de Paris, les campagnes de la Loire, de l'Est et de l'Ouest de la France ont créé de phthisiques qui ne l'au^ raient jamais été sans ces fatales circonstances, est impossible à concevoir. 11 y a malheureusement de quoi convertir

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ceux qui croient encore avec Laënnec que le froid et les phlegmasies de la poitrine qu'il détermine sont incapables de produire la tuberculose pulmonaire. Or, ces phthisies, les unes accidentelles, les autres acquises, sont, je l'ai déjà dit, ordinairement très-graves chez les individus que le dénùmentou les excès ont privés de toute résistance vitale, et qui n'ont d'ailleurs aucun élément d'antagonisme.

C'est dire que ces sujets sont peu sensibles, point irritables, habitués aux fatigues, à une mauvaise alimentation, à des vins acerbes, à des vêtements grossiers, à un coucher dur, à une vie rude et exposée.

Sur trente-six malades que j'ai traités dans cette ambulance avec l'aide de M. le Dr Leudet, j'avais plus de deux tiers de phthisiques. Dans ce nombre, vingt au moins avaient des lésions au deuxième degré et de la fièvre. Eh bien, j'ai pu porter rapidement la dose d'Eau d'Eaux-Bonnes à deux et trois verres par jour, sans provoquer plus d'accidents thermaux que je n'en excite avec un demi-verre par jour en deux fois, même avec deux cuillerées matin et soir, chez les personnes du monde, chez les malades qui vivent en serre chaude, délicates, susceptibles d'impressions très^vives, et dont l'organisation surexcitable ressent comme vingt, ce que les paysans ou les soldats ressentent comme un.

J'ignore ce que sont devenus ces hommes ; mais ce que je sais, c'est que plusieurs d'entre eux avaient déjà éprouvé un commencement d'amélioration pendant la cure et au moment de leur départ. Toutefois, je ne veux prouver en ce moment qu'une chose, c'est la lalilude très-variable des doses, non pas suivant la nature abstraite et le degré de la maladie ou de la Phthisie, mais selon la susceplibililé des sujets, leurshabiludes, leur éducation, leurseconde nature, en un mot.

Quoi qu'il en soit, le médecin doit savoir que dans les conditions où se trouvent ordinairement les malades étrangers

atteints de Ph tliisîe à Eaux-Bonnes, on peut produire des résultats considérables avec des doses très- faibles. 11 n'est pas rare, qu'après quatre semaines de traitement, on n'ait pu arriver qu'à la dose de six ou huit cuillerées d'Eau minérale par jour, prises en trois ou quatre fois, même à deux cuillerées par jour en deux fois, et cependant, avec des résultats sensiblement utiles. Les malades n'en supportent pas plus; et cette dose, si faible qu'elle soit, leur fait moins de mal et plus de bien que des doses plus fortes; tant les doses sont peu, tant l'accommodation personnelle est tout. L'essentiel est de produire l'impression qui convient, et de la produire dans la mesure de chaque individu. Or, il n'y a pour cela ni poids ni mesure. Il n'y a pas de doses absolues, il n'y a que des doses relatives. Aussi, faut-il souvent tâtonner avec certains phthisiques, surtout avec certaines phtbisiques, qui seraient tués par les doses qu'un paysan ou un soldat ressentent à peine. Ces doses, qui semblent puériles, impriment pourtant le ton antituberculeux juste, au sang et aux tissus d'une femme qu'un coup d'éventail fait tousser, qui crache du sang si le thermomètre descend ou monte à un degré au-dessus ou au-dessous de la moyenne très-étroite de sa sensibilité pulmonaire, ou lorsqu'elle louche à telle boisson fermentée ou à tel condiment. Ces faits incontestables sont du môme ordre : il faut s'y conformer.

Plus j'observe et je pratique à Eaux-Bonnes, plus je réduis mes doses, plus je suis convaincu qu'on peut obtenir beaucoup avec peu, et que tout consiste dans l'accommodation. On ne risque jamais rien à commencer chez les phthisiques par une cuillerée ou deux matin et soir. Il ne faut pas oublier que l' Eau minérale d'Eaux- Bonnes parvient aux poumons en moins d'une minute, et qu'elle est très-vivement ressentie par ces organes chez beaucoup de phthisiques. C'est ce qui a suggéré l'idée du pédiluve thermal

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qu'on prescrit souvent aux phthisiques après la dose de boisson du malin, ou entre deux doses prises à une heure d'intervalle. Celle pratique n'a pas d'autre raison d'être que de modérer l'excitation ou la fluxion pulmonaires qui suivent immédiatement l'ingestion de l'Eau thermale.

C'est depuis que les Eaux d'Eaux-Bonnes ont attiré spécialement les phthisiques, qu'on a senti la nécessité de diminuer beaucoup les doses de ce médicament naturel si puissant. Sans celte sage mesure, on aurait pu perdre la réputation d'une source précieuse. Mon prédécesseur, Darralde, a eu le mérite d'introduire celle réforme salutaire. C'est un vrai service, un service réellement médical rendu par lui à Eaux-Bonnes.

J'ai parlé des doses minimes auxquelles on est quelquefois forcé de descendre. Ce sont pou riant les exceptions. Quant aux doses ordinaires, je ne pense pas qu'il soit bien utile de dépasser, au bout de 1 5 à 20 jours, la dose de 3 demiverres pris en trois fois, deux le malin à une heure d'inlcrvalle, et un dans l'après-midi, après être arrivé très-graduellement à celle dose maxima.

Cette dose est tellement la haute moyenne, qu'il arrive à tout moment que les malades, qui avaient bien supporté deux demi-verres, et mieux encore, quatre quarts en quatre fois, éprouvent tout à coup, avec trois demi-vencs^ des symptômes patbogénésiques qu'ils n'avaient pas ressentis jusque-là, symptômes auxquels ils s'habituent, mais qui augmentent quelquefois, ou se maintiennent assez vifs, pour qu'on soit obligé de redescendre à un verre pris en quatre fois. Il est toujours bien entendu que je ne parle que des phthisiques, et des cas les plus ordinaires.

Doit-on donner aux phthisiques des bains d'Eaux-Bonnes? Ces bains sont peut-être les plus excitants des Pyrénées. Ils agissent très-vivement sur le système nerveux; et

de même que celle Eau, prise en boisson, produit sur quelques personnes l'effet du café ou du vin blanc, cause de l'insomnie, des palpitations, des anxiétés précordiales, de même les bains généraux surexcitent trop , et de la même manière, les phthisiques généralement fort irritables. Dans tous les cas, on ne pourrait baigner que les phthisiques au premier degré, toussant à peine, et surtout sans fièvre. D'une manière générale, je n'en vois que très-exceptionnellement l'utilité. La boisson thermale suffit; elle est tout pour les phthisiques. Cependant, on se persuade généralement, qu'une découverte précieuse a été faite dans la méthode qui consiste à faire aspirer des médicaments liquides pulvérisés. On a dépensé dans la construction des appareils pulvérisateurs beaucoup de talent. On est arrivé à poudroyer l'eau si finement, qu'elle reste suspendue dans l'air comme une vapeur. Je crois être sûr que c'est du talent perdu, et que ceprocédé n'est qu'une pure fatigue pour les organes respiratoires, toutes les fois qu'il s'agit d'une affection située au delà du larynx. Je pense même que, pour celui-ci, la pulvérisation n'a d'action, dans la plupart des cas, que par contiguïté, par sympathie de voisinage, par voie de résolution éloignée. Les angines proprement dites seules, ou les affections du pharynx et des parties constituantes de l'isthme du gosier, voile du palais et ses piliers, amygdales, sont susceptibles d'être utilement modifiées par l'injection des Eaux médicinales pulvérisées. Or, pour remplir l'indication dans ces cas, il est inutile que l'Eau médicamenteuse soit trop vaporeusement pulvérisée; il est même faux et contre-indiqué qu'elle doive l'être. 11 faut qu'elle agisse par percussion en même temps que par arrosement. C'est une douche, un gargarisme massant et douchant. On a ainsi un double moyen résolutif.

Quant à la Phthisie, et même aux catarrhes bronchiques, l'inhalation des poussières aqueuses est plus qu'inutile dans leur traitement.

Quelle doit être la durée d'une cure thermale d' Eaux- Bonnes pour les phlhisiques? Question des plus importantes, et sur laquelle les médecins sont rarement d'accord avec les malades.

Le terme de trois semaines est comme consacré pour le public. Le médecin est mal venu à demander plus. Or, pour les cas de Phthisie où l'indication est positive et où le médicament est bien toléré, cette durée est insuffisante. Si l'on veut précipiter la progression des doses, on risque des accidents ; si on les gradue avec la méthode et la modération nécessaires, on reste au-dessous du besoin. L'idéal, c'est lentement et longtemps. Il conviendrait que chaque malade pût consacrer six semaines et même deux mois à sa cure, en se donnant toutes les semaines un jour de repos, au moins, surtout s'il prend les Eaux pendant deux mois ; surtout aussi vers la fin de la cure ou après les trois premières semaines, lorsqu'il a commencé à atteindre les plus hautes doses. 11 est juste de remarquer, en effet, que ce terme de trois semaines n'est pas tout à fait une superstition. Je l'ai déjà dit, c'est généralement vers cette période de la cure, que les premiers symptômes d'excitation et de saturation thermales apparaissent. Il faut donc se modérer quand on approche de cette époque, afin de pouvoir continuer au delà. Une bonne manière de le faire, est de briser les doses, c'est-à-dire, de prendre alternativement une dose plus forte et une dose plus faible, et de se reposer un jour ou deux au plus.

Je sais que les malades qui peuvent donner un temps convenable à leur cure, sont dans l'habitude de faire, après trois semaines, une étape de huit ou dix jours et de recommencer ce qu'on appelle une deuxième saison, plus courte que la première. J'ai souvent observé que bien des malades sont très-excitables après ce repos, et ne peuvent plus reprendre la cure, même à des doses aussi faibles que celles par lesquelles elles avaient commencé. L'action de l'Eau d'Eaux-

INDICATIONS THERAPEUTIQUES DE LA PIITHISIE. 483

Bonnes n'est pas éphémère. La médication continue de soi; ses effets d'intussusception et d'assimilation augmentent longtemps encore après les dernières ingestions, et rendent quelquefois alors de nouvelles administrations difficiles. Je préfère donc la méthode graduellement continue, avec les faibles et plus fréquentes interruptions que j'ai indiquées.

Je me suis suffisamment expliqué précédemment sur les indications et les contre-indications des cures répétées chaque année chez les phthisiques, qui durent et qui ont obtenu de bons résultats de leurs premières saisons thermales.

L'Eau d'Eaux-Bonnes transportée jouit, grâce à sa grande stabilité de composition et à sa double sulfuration, de propriétés thérapeutiques encore très-remarquables. Aussi, est-ce à juste litre qu'elle est employée à domicile dans toute l'Europe et même au delà des mers. Sans doute, elle ne remplace jamais l'Eau prise à la source. Là, elle possède une température naturelle et spécifique, à laquelle se rattache inimitablement un groupe de propriétés généreuses qui en rendent l'action intime, l'assimilation parfaite, car ce baume minéral naturel, comme disait Bordeu, est un médicament presque organisé. Il est certain que le refroidissement tue les matières organiques, ces cryptogames dont est formée la barégineou la glairine suspendue dans ces Eaux. Que d'autres propriétés, mal connues chimiquement, le refroidissement n'y détruit-il pas encore! Elles donnent alors de l'acide sulfhydrique assez irritant. On les adoucit et on les met à la température de la source (31° centigrades), par l'addition de deux ou trois cuillerées de lait très-chaud. La meilleure édulcoration est le sirop de térébenthine. 11 s'associe très-bien au soufre en général, et à l'Eau d'Eaux-Bonnes en particulier, dont il relève les propriétés. Un demi-verre le matin à jeun; quelquefois un

quart de verre de plus vers 3 heures de l'après-midi, sont des doses bien suffisantes.

A quelle époque les phthisiques doivent-ils prendre les Eaux d'Eaux-Bonnes à la source?

La saison officielle commence le 1er juin et finit le 30 septembre. Certains malades dont l'affection est froide, torpide, peu avancée, qui sont sans fièvre et sans phlegmasie pulmonaire qui retentisse loin de son siège, peuvent faire leur cure pendant l'un quelconque de ces quatre mois.

Cependant, il est prudent de s'éloigner le plus possible du printemps et de s'éloigner le moins possible de l'automne ; c'est la première règle. La seconde, est de fuir l'époque des chaleurs fortes et continues. Voici les raisons de ces deux conseils.

On ne sait généralement pas assez que la Phlhisie, comme toutes les maladies chroniques d'ailleurs, mais plus encore qu'aucune d'elles, a sa plus forte période d'exacerbation naturelle au printemps, et son temps de rémission le plus marqué en automne. Les éruptions ou les poussées tuberculeuses les plus hâtives et les plus violentes, ont leur maximum, del'équinoxe de printemps au solstice d'été; et leur apaisement le plus marqué, del'équinoxe d'automne au solstice d'hiver. Or, nous savons que les Eaux d'Eaux- Bonnes doivent être administrées autant que possible loin des époques de ces éruptions tuberculeuses, qui sont toujours inflammatoires et fébriles, beaucoup plus communes au printemps, beaucoup plus rares, au contraire, dans les quatre ou cinq derniers mois de l'année. Le trimestre le plus favorable à cette cure thermale, pour les phthisies fébriles, serait le trimestre d'août, de septembre et d'octobre. Les mois de juin et do juillet seraient réservés aux catarrhes, aux asthmes, aux angines et aux phthisies non fébriles.

Les malades, la plupart des médecins môme, sont cou-

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE LA PHTHISIE. 48;i

vaincus, que la cure thermale d'Eaux-Bonnes exige le plein été et la plus grande chaleur atmosphérique possible. C'est une grave erreur. Qu'on observe la Phthisie à Paris dans les hôpitaux, cl on verra que la période de la plus grande et de la plus rapide mortalité pour les pbthisiques, correspond aux mois des plus grandes chaleurs; et que les étés longs et très-chauds sont les plus funestes aux pbthisiques. La fonte tuberculeuse, intlammatoire et fébrile, n'est jamais plus hâtive que du 15 juin au 15 août, lorsque l'été est torride et les grandes chaleurs continues.

Quant aux Phthisies les plus graves et les plus fébriles, qui ne sont jamais plus communes à Eaux-Bonnes que du 1er juillet au 20 août, elles y font des cures moins faciles et moins bien tolérées à cette époque qu'avant, et surtout après. Les malades dorment mal; leurs sueurs, celles de la nuit surtout, sont profuses et épuisantes. L'Eau minérale sature plus vite et ne peut pas toujours être administrée aux doses suffisantes; enfin, les diarrhées qui interrompent le traitement, sont beaucoup plus fréquentes. Il conviendrait donc de partager la saison en deux ou trois parties, et de distribuer les malades dans ces diverses périodes, suivant la nature et le degré de leur affection.

Il y a un enseignement à tirer, pour la connaissance sérieuse des Eaux d'Eaux-Bonnes, de l'observation des affections gastro-intestinales aiguës, fièvre gastrique, diarrhée et dyssenterie surtout, qui régnent plus ou moins vivement à Eaux-Bonnes, comme d'ailleurs dans toutes les Eaux minérales des Pyrénées, depuis le commencement jusqu'à la fin des grandes chaleurs; du 15 juillet, en général, jusqu'à la fin d'août.

On croit que les affections intercurrentes, qui contrarient si péniblement la médication thermale, doivent être attribuées à l'abus des fruits, aux diverses boissons froides que les malades, surtout ceux qui fébricitent, recherchent avi-

dément ; à l'usage des viandes trop avancées par l'influence de la chaleur et par la nécessité de les conserver dans la glace qui les congèle et les altère, etc.

En accordant quelque action à ces diverses causes, je suis convaincu qu'elles sont tout au plus auxiliaires, et que, si elles agissaient seules, on s'en apercevrait à peine.

La vraie cause de ces accidents, à mes yeux, c'est la continuité des fortes chaleurs, et le mode d'action de l'Eau minérale prise dans ces conditions atmosphériques.

On dit que les saisons sont des climats passagers. C'est très-juste. Or, les climats chauds favorisent le développement des affections gastro-intestinales et hépatiques. Il en est de même des saisons, et, chez nous, des étés où la chaleur est tout à la fois forte et continue.

Si, d'un autre côté, on considère que le soufre en général, et l'Eau d'Eaux-Bonnes en particulier, sont des médicaments antipathiques aux organes abdominaux, on comprendra que ces deux actions, celle de la saison chaude, climat chaud passager, compliquée de celle d'une influence médicinale hostile aux voies digestives, irritent celles-ci, et qu'il en résulte des embarras gastriques, des diarrhées et des dyssenteries plus ou moins vives.

Celte constitution médicale qu'autrefois on aurait appelée bilieuse, et que nous appelons catarrhale des voies digestives, parce qu'elle est aux voies digestives, en été, ce que les grippes ou les fièvres catarrhales bronchiques de l'hiver sont aux voies respiratoires , celte constitution médicale règne toutes les années épidémiquement dans toute la France, mais plus remarquablement dans les Pyrénées. Elle existe dans la vallée, chez les paysans qui ne boivent pas de l'Eau d'Eaux-Donnes, et chez les personnes qui sont dans cette station sans prendre l'Eau minérale ; mais elle sévit sur celk's-ci d'une manière rare et faible en comparaison de la fréquence et de l'intensité qu'elle a chez les individus soumis au traitement thermal.

Ces observations sont concluantes. Elles font voir que nos diacrises gastro-intestinales sont l'effet des actions combinées et coeflicientes de la constitution gastrique estivale, et de l'Eau de Bonnes.

Celle Eau minérale agit, en effet, comme les climats chauds et les temps caniculaires. Le soufre est chaud, selon la médecine galénique. il favorise et surexcite les combustions animales; surazotise et sururifie les humeurs, si on veut bien me passer ces expressions; il pousse aux litbiases urique et biliaire, il animalise les sueurs, constipe, et concentre le sang de la veine porte.

J'ai vu l'Eau d'Eaux-Bonnes causer à elle seule des fièvres gastriques. Elle est le contraire exact de l'Eau de Vichy et des Eaux alcalines en général. Il n'esl pas rare qu'on soit obligé de faire prendre de l'Eau de Vichy pendant les repas à de certains sujets affectés de maladies des voies respiratoires, et dont le tempérament bilieux et les voies gastrohépaliques risquent d'être fâcheusement influencés par l'Eau thermale d'Eaux- Bonnes.

Si nos diarrhées et nos dyssenteries d'Eaux- Bonnes n'étaient que l'effet d'une nourriture malfaisante, etc., elles apparaîtraient comme des accidents ou -des empoisonnements passagers, et sans forme nosologique déterminée. Ainsi, dans les tables d'hôte, les collèges, les communautés, on voit quelquefois vingt personnes dérangées, comme on dit, parun mets malsain ou préparé dans des vases culinaires mal étamés ; mais ces accidents n'ont aucun rapport avec les maladies gastro-inleslinales produites en été par les eaux sulfureuses, car celles-ci sont des maladies et non des accidents.

Lorsque les malades qui ont dû fréquenter Vichy pour des coliques hépatiques et néphrétiques, abusent de cette Eau minérale si bienfaisante, en voulant se guérir trop et altérer à fond leurs litbiases, etc., il n'est pas rare de voir des catarrhes bronchiques, l'asthme humide, des tubercules

même, prendre la place de leurs affections arthritiques. Ils sont alors envoyés h Eaux-Bonnes par leur médecin, qui souvent ne se doute pas plus qu'eux, delà transformation régressive qu'a subie leur maladie.

Notre Eau sulfureuse améliore souvent ces affections des voies respiratoires, comme Vichy avait fait disparaître avec excès peut-être leurs affections abdominales.

Mais ici, se place un fait très-intéressant. L'Eau d'Eaux- Bonnes amende d'autant plus efficacement ces sortes de catarrhes bronchiques, et quelquefois de tuberculose pulmonaire, qu'elle ramène plus vivement chez ces malades des coliques hépatiques, des coliques néphrétiques ou des gaslro-entéralgies. J'ai observé ces cas assez souvent, et j'en ai fait l'objet d'un rapport à l'Académie de médecine. Rien ne prouve mieux que l'ordre de faits très-positifs que je rappelle en ce moment, l'exactitude du titre que j'ai donné à ce Mémoire : Conversion des maladies de Vichy en maladies d 'Eaux-Bonnes sous l'influence de l'abus des Eaux alcalines. Production ou régénération de maladies de Vichy par l'action des Eaux d'Eaux- Bonnes.

Il y a, en effet, un antagonisme marqué entre les maladies qu'on traite dans ces deux établissements thermaux. Le même antagonisme existe entre l'action physiologique et thérapeutique de ces deux Eaux ou de ces deux médications.

On se tromperait beaucoup, si on pensait que, dans l'explication que je viens de donner de l'action combinée des chaleurs de l'été dans les Pyrénées et de l'Eau d'Eaux- Bonnes sur nos malades pour produire les affections intestinales aiguës qui traversent et troublent nos cures thermales, j'ai voulu accuser les Eaux d'Eaux-Bonnes et faire le procès de ces Eaux puissantes. Cela est si loin de mon esprit, qu'en cela, au contraire, je crois proclamer les vertus béchiquesde l'Eau minérale dont il s'agit. Je crois, en effet, qu'il y a un rapport positif entre la propriété dont jouit

l'Eau d'Eaux-Bonnes, d'exciter des affections gastro-intestinales, hépatiques et rénales, et sa propriété de résoudre les affections des voies respiratoires, et qu'il est difficile qu'une de ces vertus médicinales antagonistes existe sans l'autre. Je l'ai déjà dit, les cas de Phlhisie où nous réussissons le mieux sont ceux où nous provoquons des affections antagonistes, soit arthritiques, soit herpétiques, etc. J'ai donc fait l'éloge des Eaux d' Eaux-Bonnes en révélant leur action hostile aux organes abdominaux. C'est, assez souvent, une des conditions de leur puissante action dans les affections de la poitrine, catarrhales, et même organiques.

J'ai parlé plus haut de la nécessité où nous sommes quelquefois de faire prendre de l'Eau de Vichy ou de Vais aux malades sanguins ou bilieux qui boivent nos Eaux, afin de les préserver des accidents gastro-hépatiques ou rénaux que ces Eaux pourraient déterminer chez eux.

La nature semble avoir pourvu à cette indication dans la station thermale d'Eaux-Bonnes. L'eau potable n'y est pas sélénitcuse. Elle est, au contraire, chargée de carbonates. Cette Eau fraîche, sapide, exquise, purge légèrement les personnes qui arrivent et qui n'y sont pas encore habituées. Elle a surtout des propriétés diurétiques trèsremarquables, C'est un bienfait dans une station thermale dont les eaux constipent l'intestin et les reins, et qui produisent très-facilement un excès d'acide uriquc. Aussi, me gardé-je bien d'empêcher l'effet laxatif de cette eau potable comme on avait autrefois l'habitude de le faire en coupant le vin des repas avec de l'eau panée ou telles autres boissons antidiarrhéiques. D'ailleurs, on s'y habitue facilement, et ce premier effet sur l'intestin disparaît assez promptement. Quoi qu'il en soit, on doit laisser à cette eau de montagne ses propriétés laxatives et diurétiques. C'est un bienfait naturel qu'il est bon de ménager pur et tout entier à nos malades.

LES AUTRES EAUX MINÉRALES DANS LA l'HTIlISIE.

Les Eaux minérales employées contre la Plithisie m'occuperont peu après les Eaux d'Eaux- Bonnes. J'ai dû à celles-ci plus d'attention et de développements, parce que je ne leur connais pas de rivales parmi les Eaux minérales du même genre, et parce que les Eaux alcalines, sodiques ou calciques plus ou moins chlorurées ou arséniquées, dont il me reste à parler maintenant, ne répondent, dans la cure de la Plithisie, qu'à des indications secondaires et de forme. Elles ne vont point, en effet, au fond de la tuberculose pulmonaire, et leur usage n'est réclamé que négativement, ou lorsque, pour plusieurs raisons que j'ai fait assez connaître, les Eaux d'Eaux-Bonnes sont interdites aux phthisiques. Ce sont presque toutes des eaux immédiatement sédatives, et qui, dès lors, n'ont pas la longue portée d'action des Eaux d'Eaux- Bonnes. J'ai eu d'ailleurs d'autres raisons d'accorder plus de soin à l'étude de celles-ci. Depuis douze ans que l'Inspection de ces thermes célèbres m'a été confiée, j'y ai vu beaucoup de phthisiques. C'est sur ce grand théâtre que j'ai recueilli les observations au moyen desquelles j'ai essayé de poser dans ces études les bases d'une Phthisiologie nouvelle. J'étais donc plus autorisé à en parler que des autres Eaux minérales près desquelles je n'ai pas exercé la médecine. Cependant, j'ai vu à Eaux-Bonnes même, et dans ma pratique en général, tant de malades qui ont pris, avec des résultats concordants, les Eaux minérales sur la valeur desquelles je dois donner maintenant mon opinion, qu'il me suffira de peu de mots pour les caractériser, les classer et tracer les indications exceptionnelles qu'elles sont appelées à remplir. Leur parallèle avec les Eaux d'Eaux- Bonnes jette d'ailleurs sur elles beaucoup de clarté.

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