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EAUX NATURELLES FERRUGINEUSES ET IODÉES

Je crois, avant tout, devoir exclure les Eaux minérales fer-

rugineuses et iodées de la cure de la Phthisie. Leur emploi n'y est guère mieux indiqué que celui des préparations pharmaceutiques d'iode et de fer. Ces deux substances, l'une si spécialement hémalopoiélique, le fer; l'autre si spécialement antiscrofuleusc, l'iode, et qu'à priori on croirait devoir entrer si heureusement dans la thérapeutique de la Phthisie, irritent généralement sans profit les poumons tuberculeux. A défaut d'autres arguments, je ne demanderais que celui-là pour réfuter l'opinion qui fait de la Phthisie la scrofule des poumons, et celle qui n'y voit que l'effet de toutes les débilités, ou d'un pur appauvrissement de la sanguification.

Le fer, ses préparations, les Eaux dont il est le principe minéralisateur, congestionnent le poumon, poussent aux hémoplysies, mais sans le bénéfice ultérieur dont est si souvent suivi l'usage de l'Eau d'Eaux-Bonnes. On peut juger, après cela, de la valeur du fameux principe similia shnilibus, qui ne s'appuie et ne peut s'appuyer que sur la similitude plus ou moins grande des symptômes. C'est tout au plus si, dans certaines phthisies très-froides et principalement caractérisées par une anémie et une pâleur extrêmes, il est indiqué de prescrire le fer ou les Eaux minérales ferrugineuses. Ce médicament peut rendre- alors quelques services passagers, mais il ne peut jamais devenir une médication habituelle.

J'en dirai autant de l'iode et des iodures qui irritent immédiatement et vivement la membrane muqueuse de l'appareil respiratoire, et provoquent l'éternument et la toux, comme le font le principe de la rougeole et de la coqueluche qui excitent si particulièrement la tuberculose. La réputation de l'iode dans la Phthisie n'a jamais été qu'une vue de l'esprit, une anticipation sur l'expérience. Ce sont les vertus de ce métalloïde contre la scrofule, qui ont été le point de départ et la raison de son usage dans la Phthisie. Or, il

n'y a guère plus de rapport entre les propriétés de l'iode dans ces deux maladies, qu'entre ces deux maladies ellesmêmes. Dans la pbthisie scrofule use, qui accuse déjà, comme je l'ai dit, une dégénération de la scrofule, l'iode ne doit être même prescrit qu'avec modération.

EAUX MINÉRALES CI1LORURÉES-SODIQUES, — BICARBONATÉES-SODIQUES ET CALCIQUES. — EAUX ARSÉNIQUÉES.

Le chlorure de sodium et les eaux chlorurées-soHiques sont plus reconstituants dans la Phthisie que le fer et l'iode. Ils n'ont pas d'action spéciale sur l'appareil respiratoire, mais ils favorisent la nutrition en général, c'est-à-dire, l'assimilation des aliments à tous les degrés, depuis la bouche et l'estomac jusque dans l'intimité des tissus. Je recommande volontiers aux phthisiques de saler exceptionnellement leurs aliments sur l'assiette, les viandes surtout, au moment de les prendre. Les Eaux minérales de Salies en Béarn, de Salins, de Bourbonne, de Balaruc, d'Uriage, de Soden, de Manheim sont les eaux chlorurées-sodiques qu'on pourrait employer dans certains cas de Phthisie. Celles d'Uriage sont en même temps sulfurées. Il est vrai que toutes ces Eaux sont administrées en bains, que c'est la principale manière de les employer, et que les phthisiques au premier degré, froids, torpides, toussant à peine, sans fièvre, sont seuls susceptibles de ce mode d'emploi. Mont-Dore, Boyat, Vais (source Dominique), Ems, la Bourboule sont, après les Eaux d'Eaux-Bonnes, les Eaux les plus recommandées dans la Phthisie.

Ces Eaux agissent surtout contre l'élément vasculaire sanguin ou contrôles congestions pulmonaires dans la Phthisie. Les unes sontbicarbonatées-sodiques et assez fortement chlorurées comme Ems; bicarbonatées-sodiques et assez arséniquées comme la source Dominique de Vais ; bicarbonaléescalciques et sodiques, puis très-légèrement arséniquées

comme Mont-Dore et Royat; enfin, chlorurées- sodiques et fortement arséniquées comme la Bourboule.

Comme on le voit, l'action de l'arsenic dans ces Eaux est aidée par les autres principes qui entrent avec lui dans leur composition, tels que le bicarbonate de soude, le bicarbonate de chaux et le chlorure de sodium. On ne sait pas si cette association corrobore ou affaiblit l'action de l'arsenic, lorsque ces Eaux sont administrées dans la Phthisie, car je n'en dois parler ici que sous ce rapport. Ces sels, le premier surtout, ont quelque chose d'altérant, d'antiplastique , de fondant, comme on disait autrefois. On peut croire que la médication arsenicale est rendue plus prompte par l'action résolutive et antiphlogistique des sels sodiques et calciques qui constituent la minéralisation de ces Eaux, maison peut douter que cette médication soit rendue plus puissante. Si on en juge par le récit des effets immédiats que les médecins qui exercent près de ces Eaux leur attribuent, elles exerceraient sur les symptômes de la Phthisie une influence rapidement résolutive. Pour moi, si je les apprécie par leurs résultats éloignés, je ne leur attribue qu'une action éphémère, sans portée et sans profondeur. Ce que je sais, c'est que la liqueur de Fowler, l'arséniate de soude et l'acide arsénieux des pharmacies, ont sur la Phthisie une action plus profonde et plus reconstituante que les Eaux minérales dont il s'agit.

Que donnera dans la Phthisie l'Eau de la Bourboule bue à la source? On ne peut pas le dire, celte station thermale n'ayant pas encore eu le temps de faire ses preuves sous ce rapport. Son efficacité dans la scrofule, surtout dans la scrofule des enfants; d'un autre côté, sa vieille renommée dans la cure des fièvres intermittentes (la Bourboule possède une source dite des Fièvres), semblent désigner les deux grands facteurs thérapeutiques de ces Eaux. Est-ce par l'action combinée de ces deux facteurs qu'elles suppriment les

fièvres d'accès et guérissent les scrofuleux? Ou bien est-ce l'arsenic qui supprime les premières, et le chlorure de sodium qui est efficace chez les seconds, comme l'analogie pourrait porter aie croire? J'aime mieux penser que laBourbouleagit avec toutes ses propriétés dans les deux cas, car les bonnes Eaux minérales forment une unité thérapeutique ou une espèce médicinale, en agissant toutefois davantage sur telle maladie par telle de leurs propriétés, et davantage sur telle autre par d'autres éléments de leur composition.

Mais ce qui nous intéresse, c'est l'action de l'Eau de la Bourboule dans la Phlhisie. L'avenir nous dira si les efforts qu'on tente pour l'accréditer dans le traitement de celte grave maladie, seront justifiés. Rien n'a encore é(é publié sur ce sujet. Transportée, je ne lui reconnais pas plus d'action, et peut-être moins qu'aux préparations arsenicales des officines que j'ai énumérées plus haut. En résumé, la part d'action de l'arsenic dans les Eaux minérales qui en contiennent, n'est pas faite dans les maladies quelles qu'elles soient qu'on traite par ces Eaux; et elle ne l'est pas davantage dans le traitement de la Phthisie en particulier. Les succès du Mont-Dore et de la Bourboule, dans l'asthme et les bronchites capillaires chroniques avec emphysème, pourraient suggérer l'idée que l'arsenic a une part spéciale dans ces résultats, parce qu'on connaît, d'un côté, les rapports de l'asthme avec l'herpétisme, et qu'on sait, d'autre part, l'efficacité assez bien éprouvée de l'arsenic dans le traitement des dartres. Il est vrai que les Eaux du M ont- Dore renferment tout au plus un milligramme d'arséuiate de soude par litre. Je ne fais pas de cette minime quantité une raison décisive, car on sait bien que l'Eau d'Eaux-Bonnes ne contient pas plus de quatre milligrammes de sulfure de sodium par litre, et qu'il serait absurde de prétendre imiter l'action de ces Eaux dans la Phthisie, en faisant prendre tous les jours deux quarts de verre d'une solution de quatre milligrammes de sulfure de sodium dans un litre d'eau. Les

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE LA PHTHISIE. 49r>

principes qui forment les éléments d'une Eau minérale y sont dynamisés d'une manière spéciale, et ont, dans celle synthèse naturelle, des forces que leur enlève presque complètement l'analyse.

J'ai une autre manière de juger la valeur de l'Eau du Mont-Dore dans la Phthisie, c'est sa comparaison avec l'Eau d'Ems. Je disais, il y a trois ans, dans une brochure citée déjà plusieurs fois : « L'Eau d'Ems et celle du Mont- Dore ont de l'analogie dans leurs effets sur la Phthisie. Ces Eaux, administrées dans cetle maladie, sont sans portée. Leur action ne dépasse pas l'élément congeslif de la tuberculisation pulmonaire. C'est surtout, en effet, dans les phthisies arthritiques où dominent, dit-on, l'élément congestif et les hémoptysies, qu'elles ont été vantées ainsi que celles de Royat. Exercer une action anti-arthritique, n'est pas à mes yeux une vertu dans des Eaux minérales qu'on administre contre la tuberculose. Le principe arthritique est, au contraire, bon à entretenir chez lesphthisiques qui sont assez heureux pour en être encore imprégnés. De plus, cette action résolutive des Eaux d'Ems et du Mont- Dore est éphémère. Si on a plus d'ambition, si on prétend modifier par elles l'altération lymphatique, on perd son temps, on passe au-dessus de la tuberculose, et on ne louche en rien à ce fond constitutionnel où elle a ses racines. J'ai vu bien des phthisiques au sortir d'Ems. dont la tuberculisation au premier degré n'était pas actuellement aggravée, mais dont la constitution était débilitée et appauvrie. C'est une mauvaise condition pour des tuberculeux. »

Rien n'est plus opposé aux effets immédiats et éloignés des Eaux d'Eaux-Bonnes dans la Phthisie, que les effets des diverses Eaux anliphlogistiques et résolutives que je viens d'examiner. Elles blanchissent la Phthisie, et peuvent, sous ce rapport, rendre quelques services dans le traitement de

celte maladie placée sur les limites des phlegmasies et des lésions organiques. Devant une maladie si complexe, ce n'est pas trop d'avoir à sa disposition des moyens très-variés. Cette complexité n'empêche pas l'unité nosologique de la maladie ; mais la thérapeutique ne pouvant l'attaquer comme telle par un moyen un, c'est-à-dire spécifique, est obligée de la décomposer en éléments d'indications pour lesquels le médecin ne saurait avoir trop de ressources.

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