HIBERNATION DES PM'IIISIQUES
La question de l'hibernation des phthisiques s'impose d'elle-même. Je dois donc terminer la partie thérapeutique de ce travail, en donnant aux praticiens quelques aperçus généraux qui puissent les éclairer dans le choix des meilleures conditions qu'ils doivent rechercher sous ce rapport, pour les poitrines menacées, ou déjà plus ou moins malades.
Si l'examen de cette question s'impose à moi, les faits sur lesquels se fonde l'indication d'un climat d'hiver poulies phthisiques, ne s'imposent pas moins à la thérapeutique
de la Phthisie. 11 n'est pas besoin d'être médecin pour savoir que chacun est exposé à contracter et contracte facilement des rhumes, des bronchites, etc., depuis la fin du mois d'octobre jusqu'à la fin du mois de mai. Il n'est pas moins certain que les pbthisiques, ou ceux qui sont menacés de le devenir, contractent les irritations bronchiques de l'hiver plus facilement encore que les personnes bien portantes. Ce qui est incontestable aussi, c'est que les rhumes, les bronchites, les fièvres catarrhales, les grippes, les pleurésies, etc., sont bien plus dangereuses pour les premiers que pour les seconds.
Sans doute, on peut éviter ces affections hiémales accidentelles en ne s'exposant pas à l'air libre et en ne quittant pas son appartement; mais cette privation de mouvement, d'exercice, d'air extérieur, est très-débilitante; elle diminue l'appétit et le sommeil, et enlève ainsi à l'organisme des pbthisiques ses principaux moyens de résistance, etc.. Si, au contraire, le phthisique placé dans un climat tempéré peut sortir, marcher, respirer en plein air, s'exposer aux rayons du soleil, brûler avec plus d'énergie les matériaux réparateurs qu'il prend chaque jour, sans courir le risque de contracter des phlegmasies broncho-pulmonaires, il sera dans les meilleures conditions pour s'améliorer, conserver les amandemenls acquis, et ne pas remettre incessamment en question les réparations opérées par la nature et par l'art.
Ce serait mal envisager cette question, que d'objecter, qu'en entretenant dans un vaste appartement, exposé au midi, une température uniforme, douce, légèrement humectée par l'évaporation continue de vapeur d'eau chaude, on court moins le risque de contracter une bronchite chez soi, à Paris, qu'en sortant tous les jours dans une station méridionale quelconque. Un phthisique au premier degré, capable de vivre de la vie commune, est certainement dans de meilleures conditions en vivant l'hiver et la première
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partie du printemps sous un ciel tempéré et clément, exempt de vents et de brusques variations atmosphériques, où il peut marcher, prendre un exercice mesuréà ses forces, se fatiguer sans s'exciter, et gagner légitimement ainsi ses aliments et son repos, que s'il se confine chez lui dans le seul but de ne pas contracter une bronchite à laquelle il n'échappera même pas toujours.
J'en conclus qu'il ne faut dissuader du séjour hiémal dans le Midi, que les malades qui y seraient condamnés à la chambre commune s'ils fussent restés chez eux. Tous les phthisiques au premier degré, ou au second degré partiel, même avec fièvre vespérine, qui habitent la France à partir de Bordeaux inclusivement, de l'est à l'ouest, ont un intérêt positif à descendre plus bas depuis le 15 du mois d'octobre jusqu'au 1er mai auplustôt. Leshabitants du nord, de l'est et de l'ouest de notre pays, y sont encore plus obligés que ceux du centre. Ceux qui habitent les grandes villes, Paris principalement (j'en excepte Lyon à cause des deux tleuves entre lesquels il est bâti), sont dans des conditions atmosphériques moins mauvaises que ceux qui habitent les petites villes et la campagne. Paris, par exemple, a une atmosphère artificielle moyenne qui n'est pas mauvaise, et qui est préférable pour les phthisiques à ses environs et aux départements voisins.
Chez beaucoup de phthisiques au second degré, qui n'ont qu'un seul poumon partiellement affecté, qui peuvent sortir et se promener tous les jours, qui peuvent même se livrer à des occupations peu pénibles, le séjour dans le Midi est indiqué pendant la mauvaise saison.
Le choix du climat n'est pas indifférent. Il ne l'est ni en général ni relativement à tel tempérament de phthisique. et à tel degré ou à telle variété de phthisie.
Règle générale : il faut éviter de faire passer un phthisique d'un extrême à l'autre, d'un climat très-froid dans un
climat trop chaud. Un phthisique de la Russie septentrionale, par exemple, peut se trouver moins bien du climat de Madère que du climat de Pau. Au contraire, un phthisique de Tours, de Poitiers ou d'Angoulême, devra descendre plus bas.
On divise ordinairement les climats destinés aux phthisiques, en climats de l'intérieur des terres et en climats du littoral de la mer.
On peut compenser la dureté de l'atmosphère marine, ses vents, son humidité et ses brusques variations, en choisissant des stations du littoral plus méridionales; et réciproquement, se dispenser de stations maritimes trop avancées daus le Midi, en restant dans les températures de l'intérieur des terres. Cette proposition implique l'idée que l'atmosphère marine n'a rien par elle-même de plus salutaire pour les phlhisiques qu'un climat de l'intérieur, sec, sain, bien exposé, bien garanti des vents du nord et de l'ouest, d'une altitude suffisant simplement à exclure l'humidité. C'est ce que je suis, en effet, porté à croire avec les médecins météorologistes, ou avec nos confrères de la marine. On a peut-être trop jugé des effets de l'air marin sur les phlhisiques d'après ses bons effets sur les scrofuleux. La conclusion, d'après cette analogie, serait dangereuse. 11 faut donc que les inconvénients de l'air marin soient compensés par la plus grande méridionalilé de la station, comme Alger, Malaga, Ténériffe, Malte, Madère; ou bien que F abri terne nt du littoral soit parfait, comme à Menton.
Cependant, je ne veux pas être absolu. C'est peut-être d'apiès des données trop exclusivement chimiques, qu'on a prononcé que l'air marin n'avait pas sur l'organisme une action plus tonique que l'air de l'intérieur des terres. Personne ne nie que les individus qui n'habitent pas le littoral, et qui en ressentent pour la première fois l'influence, n'y éprouvent d'abord une sorte de courbature et d'excitation
générales, prélude ordinaire d'une vigueur et d'une tonicité plus grandes dans l'exercice de toutes les fonctions. Celte tonicité est l'indice certain d'une résistance plus grande, inséparable d'un apaisement plus ou moins grand. Or, quand on peut joindre à celte influence invigorante, un abri contre les mauvais vents, une exposition au midi et une température hibernale moyenne de 1 1 à 12° centigr., on a tout réuni.
Si on ne peut pas trouver toutes ces conditions ensemble, il faut choisir une station intérieure, dont les caractères météorologiques s'adaptent le mieux possible aux variétés de phlhisiques ou dephthisies.