XII PRÉFACE
Toutes les maladies chroniques ont besoin de ces types et de ce flambeau pour faciliter l'intelligence des liens plus ou moins cachés qui les unissent entre elles ; mais la Phlhisie en a besoin plus qu'aucune autre, car l'homme n'y arrive souvent, dans certaines variétés surtout, qu'après avoir descendu par ses ancêtres ou par lui-même, l'échelle de plusieurs maladies constitutionnelles dégénérées, dont la tuberculose est un des derniers termes.
Mais alors même qu'elle ne reconnaît pas pour cause la dégénérescence héréditaire ou personnelle de maladies chroniques antérieures, et qu'elle appartient à la catégorie immense des variétés qui sont, ou acquises, je veux dire, produites par des conditions externes et des milieux à action lente ; ou accidentelles, c'est-àdire, développées brusquement par des causes externes et à la manière dont un refroidissement détermine une maladie aiguë, dans ces deux cas encore, la Phlhisie n'en témoigne pas moins d'une dégradation antérieure profonde et plus ou moins latente des forces nutritives élémentaires.
Voilà pourtant la maladie de causes si diverses et si peu séminales, la maladie à relations nosologiques si faciles et si étendues, qu'on a rêvé de faire passer pour spécifique !
La Phthisie a si peu la régularité d'évolution et le cachet chronométrique des maladies virulentes et spécifiques ; elle est si peu originale, si peu initiale
préface. xrn
dans l'ordre des maladies chroniques, qu'elle ressemble plus à la fin qu'au commencement d'une série nosologique. Elle est directement héréditaire, mais c'est sa source la moins fréquente. Elle est bien plus souvent personnelle ; et l'hérédité indirecte, ou l'hérédité par dégénération d'une autre maladie chronique, s'y montre beaucoup plus commune que l'hérédité directe, ou d'un phthisique à un phlhisique. D'ailleurs, elle se l'orme de mille causes, et on l'acquiert de mille manières.
L'inoculation aux animaux de son produit caractéristique, le tubercule, ce fait nouveau, qui devait révolutionner la Phthisiologie en démontrant la virulence et la spécificité de la tuberculose, n'a fait qu'établir définitivement sa nature commune et sa banalité. S'il est vrai, en effet, qu'on inocule avec succès ce produit morbide aux animaux, il n'est pas moins certain, qu'on peut le faire naître en inoculant, ou plutôt, en insérant, dans leurs tissus, des matières indifférentes et des corps étrangers, ou en déterminant chez eux des inflammations d'une certaine durée ou d'un certain type, mais de la nature la plus
vulgaire.
Tous les rangs de la société lui payent le tribut, chacun à sa manière. Les classes qui n'ont pas toujours le nécessaire, y sont conduites par la misère directe et extérieure. Les classes où le superflu abonde, y aboutissent par la misère indirecte ou intérieure,