‹ Études germaniques (volume 2)Chapitre 12 sur 20 · DES SUPERSTITIONS ET DES PRATIQUES PAÏENNES RÉPANDUES CHEZ LES FRANCS · texte numérisé non relu

DES SUPERSTITIONS ET DES PRATIQUES PAÏENNES RÉPANDUES CHEZ LES FRANCS

Dressé au concile de Leptines, 744 (1).

A la suite du capitulaire de Carloman, portant publication du concile de Leptines, on lit le document qui suit, et dans lequel il faut reconnaître un certain nombre de rubriques, répondant sans doute à autant de chapitres perdus, où l'on avait traité des superstitions contemporaines. Ce fragment si court n'en est pas moins un des monuments les plus instructifs du paganisme germanique. On y voit des temples encore debout, des idoles avec leurs prêtres et leurs prêtresses, plusieurs sortes d'augures et de sacrifices, des processions en l'honneur des anciens dieux, des fêtes célébrées sur les tombeaux, enfin, les mêmes institutions, les mêmes pompes que chez les peuples les plus polis de l'antiquité. Si cependant les fêtes de Wodan et de Thor ont perdu de leur splendeur, si les simulacres, par exemple, ne sont plus que des mannequins en haillons, il faut se souvenir qu'on est au milieu du huitième siècle, et qu'il y a plus de deux cents ans que Childebert et Clotaire ont ordonné la destruction de tout ce qui rappelait l'ancienne idolâtrie.

(1) lndiculus super sliiionum et paganiarum ad concilium Liptinense.

K.TUD. UERM. i. 50

4b8 NOTES

« 1. Du sacrilège qui se commet auprès des sépultures. — 2. Du sacrilège qui se commet à l'occasion des morts, c'est-à-dire des complaintes funèbres qu'on appelle dadsisas (1). — 3. Des pratiques honteuses (spurcalibus) du mois de février. — 4. Des chapelles (casulis) ou oratoires des païens. — 5. Des sacrilèges qui se commettent dans les églises. — 6. Des sacrifices qu'on fait dans les forêts, et qu'on appelle nimidas. — 7. Des oblations qu'on fait sur les pierres. — 8. Du culte rendu à Mercure ou à Jupiter (2). — 9. Du sacrifice adressé à quelqu'un des saints. — 10. Des phylactères et ligatures. — 11. Des fontaines où l'on sacrifie. — 12. Des enchantements. — 13. Des augures qu'on tire des oiseaux, des chevaux, du fumier des bœufs, ou de l'éternument. —14. Des devins ou sorciers. — 15. Du feu sacré qu'on obtient en frottant deux morceaux de bois, et qu'on nomme nodfyr. — 16. De la cervelle des animaux. — 17. Des superstitions païennes attachées au foyer des maisons, et au commencement de quelque ouvrage. — 18. Des lieux sans maîtres qu'on honore comme sacrés. — 19. D'une prière que les gens de bonne foi appellent prière de Sainte-Marie. — 20. Des fêtes célébrées en l'honneur de Jupiter ou de Mercure. — 21. De l'éclipsé de lune, où l'on crie Vince lima. — 22. Des tempêtes, des cornes et des limaçons. — 23. Des sillons tracés autour des domaines (3). — 24. De la procession païenne qu'on nomme yrias, et qui se faitavec des habits et des chaussures déchirés. — 25. De l'usage où Ton est de considérer tous les morts comme autant de saints. — 26. Du simulacre poudré de farine (4). — 27. Des simulacres qu'on fait avec

(1) « Desacrilegio super defunctos, id est dadtisas. » M. Grimm propose de donner à ce mot le sens de chants funèbres.

(2) « De sacris Mercurii vel Jovis. » C'est la traduction latine des noms de Woden et de Thor.

(3) C'est probablement le sillon qui servait à consacrer l'héritage;

(4) Je crois reconnaître le simulacre de l'hiver, qu'on précipitait dans le Rhin au retour du printemps.

El PIÈCES JUSTIFICATIVES. 4.9

des liai! Ions. — 28. Du simulacre qu'on porte dans les champs. — 29. Des pieds et des mainsdebois dont on se sert, à la manière des païens. — 30. De l'opinion où l'on est que certaines femmes commandent à la lune, et qu'elles peuvent arracher le cœur des hommes, ce qui est la croyance des idolâtres. »

Page 1