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gouvemans d’alors, mourut par la main du bourreau. Ses complices éprouvèrent le même sort : la Convention se décimait elle-même. L’assassin frappait son complice; le régicide était puni par des mains régicides, et ces égorgeurs d’hommes s’égorgeaient entre eux sans pitié. Enfin Robespierre, le chef, la tête, l’âme de cette terrible assemblée, tomba lui-même sous les coups de ses collègues au moment où il méditait leur perte; il expia scs forfaits sur l’échafaud , au milieu des acclamations de joie du peuple parisien^). Plus de cent de ses partisans, au nombre desquels se trouvaient Carrier et Lebon, succombèrent avec lui. A la chute de ce féroce tribun, la mort laissa tomber sa faulx; dix mille personnes détenues à Paris, et deux cent mille prisonniers dans l’intérieur du pays, eurent à remercier Dieu de leur délivrance inattendue; près de six cent mille fugitifs sortirent de leur retraite (2). La France put respirer.
Ainsi se termina ce régime anarchique etsanguinaire, si justement appelé régime de la terreur. Je n’en ai présenté qu’un court exposé historique; je ne me suis même pas astreint à suivre, avec une scrupuleuse exactitude, l’ordre chronologique des faits que j’ai rapportés. Mon intention a seulement été de tracer un tableau fidèle des funestes égaremens dans lesquels tombe un peuple qui, divorçant à la fois avec ses défi) 28 juillet 1794 (9 thermidor an il).
(2) Lacrétellc. Histoire de France pendant le dix-huitième siècle, tout. XII.
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voirs politiques et religieux, s'abandonne aux mains d’hypocrites charlatans. Ceux-ci flattent, exploitent ses passions dans leur seul intérêt, et, pour mieux cacher leurs vues, le poussent dans la carrière du crime; mais le délire du crime porte avec lui son expiation, et le poignard qui égorge l’innocent, frappe bientôt après l’assassin qui le tient.
La Convention nationale survécut peu à la perte de son chef; mais néanmoins, avant que d’expirer, elle put encore enregistrer un crime.
Un corps d’émigrés, accompagné de soldats français enrôlés en Angleterre, venait de débarquer à Quiberon; le général Hoche marche contre eux. Le peu de connaissance des localités, la trahison de quelques uns des soldats, et non celle des chefs de l’escadre anglaise, comme on l’a faussement prétendu, amenèrent la perte de cette troupe fidèle. Le brave Sombreuil, cerné de toutes parts, mais sachant qu’il fallait une victime, capitule pour ceux qu’il commande et livre sa tête aux ennemis. La capitulation est acceptée par Hoche; les émigrés doivent être rembarqués, les soldats considérés comme prisonniers de guerre. Tous alors mettent bas les armeset se rendent, lorsque tout-à-coupTalien, commissaire de la Convention , s’oppose à l’exécution des conditions jurées, et, malgré les énergiques représentations du généreux Sombreuil qui s’était dévoué à la mort pour les siens, ce régicide fait fusiller tous ses prisonniers. II revient à Paris rendre compte de son odieuse perfidie , et obtient de ses collègues une dernière approbation.
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Pendant que ces choses se passaient, une insurrecton menaçait dans la capitale les dignes héritiers du pouvoir de Robespierre. Les sections parisiennes se levaient en masse; appuyées par vingt-cinq mille gardes nationaux armés et conduits par quelques officiers de l’armée, elles s’avancent vers le lieu des séances de la Convention. Barras, chargé de la défense de la capitale, se rappelle le nom du jeune officier qui l’avait si bien secondé lors de la prise de Toulon (1). Il lui confie le commandement du peu de troupes qu’il peut mettre à sa disposition; celui-ci, à la tête de six mille hommes de toutes armes, plus quinze cents citoyens armés à la hâte, et cinq ou six pièces do canon , attend les sections , les foudroie avec son artillerie , poursuit vivement les fuyards et triomphe ainsi de l’insurrection (2).
Peu de jours après, la forme du gouvernement est changée; un nouveau pouvoir exécutif, nommé Directoire, s’établit. On le compose de cinq membres. Le pouvoir législatif est confié à deux conseils, celui des Anciens et celui des Cinq-Cents. Ici finit le règne de la Convention nationale , ne laissant plus dans l’histoire qu’un souvenir souillé de sang.
Comptons maintenant. En 1789, la Erarfce avait un roi, une religion, des institutions, des lois organiques, un commerce florissant. Elle était en paix avec l’Eu-
(t) Voy. plus haut, page 107.
(2) Journée du 1S vendémiaire. Voy. \' Histoire de la Révolution , par M. 'l'hiers.
rope et venait de terminer une guerre où sa marine avait au moins lutté avec égalité contre celle de l’Angleterre. On pouvait bien désirer la réforme de quelques abus ; mais faut-il donc renverser un édifice pour en modifier la distribution! Tout-à-coup une assemblée rebelle, l’Assemblée nationale (car il n’y avait alors de légitime et de légal que les états-généraux divisés en trois corps), prétendit avoir la mission de régénérer la société. Inspirée par l’esprit philosophique du temps , elle publia son programme, les Droits de l’homme; elle bouleversa toutes les institutions du pays. Des hommes égarés et imprévoyans , malgré les avertisscmens, les concessions même du souverain, l’appuyèrent de leurs votes et de leurs vœux. C’était une folie! Ils la payèrent de leur tète et entraînèrent la chute du trône après eux; car, sans s’en douter, ils avaient «appelé l’anarchie, et l’anarchie parut avec son cortège de crimes et de dévastation. Celle-ci cria à la tyrannie pour détrôner le souverain, et à la superstition pour détrôner Dieu ; l’existence de l’une fut prouvée par la délivrance de sept prisonniers que la clémence royale dérobait au glaive de la justice dans l’enceinte de la Bastille ; l’existence de l’autre fut démontrée par le massacre de près de deux cents prêtres détenus, qui tous subirent la mort et le martyre plutôt que de renier leur foi. Puis le peuple se fit souverain et proclama la liberté et l 'égalité; il prit pour pavois les débris d’un trône de neuf cents ans, et ceux d’un autel que dix-huit siècles avaient respecté. Ici commence son règne. Deux ans se sont à peine écoui. s
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les, et sa couronne tombe dans le sang; plus de onze cent mille victimes gisent à ses pieds, parmi lesquelles deux cadavres de roi. Sa liberté n’est plus devenue qu’un droit d’égorger; cette égalité, tant vantée, ne représente que le nivellement de la mort. Plus de finances, plus de commerce, plus de marine, plus de joies dans les familles ; un crêpe de deuil enveloppe la France; la guerre éclate au dehors comme au dedans; la société se dissout et s’éteint dans les larmes.
Etait-ce donc là la France de saint Louis, et qu’avaiton gagné au change?
Terminons l’examen de cette funeste époque par l’observation suivante. On a vu la puissante influence qu’avaient exercée sur les esprits les théories anti-religieuses et anti-sociales des révolutionnaires de 1792; leurs discours, leurs proclamations, retentirent d’expressions ambitieuses, vides de sens quoique grosses de tempêtes , à l’aide desquelles ils égarèrent le peuple et le rendirent un instrument de crime entre leurs mains. Secouant la poussière des temps passés, ils préconisaient leur siècle comme le seul qui eût encore révélé à l’homme l’intelligence de ses hautes destinées. C’était au nom des progrès des lumières, des progrès de la civilisation, c’était au nom des idées du siècle, idées, selon eux, jusqu’alors restées inconnues, qu’ils ne tardèrent pas à échaufTer les têtes et finirent par tout renverser; ils prétendaient marcher avec leur siècle, et, forcés enfin de s’arrêter, ils firent halte dans le sang.
Nous réserverons, plus tard, quelques pages pour
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l’examen des principales théories politiques mises en avant parles conventionnels de 1792; mais je ne puis cependant m’cmpécher d’exprimer ici mon étonnement que, cinquante ans après l’époque que nous venons de parcourir, il se trouve encore des hommes assez oublieux du passé , pour vouloir acheter un peu de popularité en adoptant le même langage , en se servant des mômes expressions , en débitant les mêmes rêveries que les héros du régime révolutionnaire. Gardons-nous de pareilles gens'; car, à coup sûr, il y a chez eux perversité dans le cœur ou aberration dans l’esprit.