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CHAPITRE V

Les Français, a-t-on souvent dit avec raison, peuvent tout supporter, exepté le bien-être. Qu’ils parcourent les cinquante dernières années de leur histoire et qu’ils y cherchent une époque pendant laquelle ils aient joui de plus de liberté , de plus d’indépendance et de plus de tranquillité que sous la Restauration : cstce sous la République, alors que la France était couverte d’echafauds ? est-ce sous Bonaparte, quand le despotisme impérial asservissait jusqu’à la pensée ? La présence des Bourbons a pu seule leur faire goûter les douceurs d’une liberté inespérée et les faire jouir des bienfaits d’une administration sage et paternelle, et cependant celte présence leur est aussitôt devenue incommode et pénible. Le retour des princes de cette

famille leur avait apporté les institutions réclamées en vain depuis 1789. Sous leur règne, le foyer domestique n’avait été ni alarmé par l’humeur sanguinaire d’un proconsul républicain, ni inquiété par les volontés absolues d’un agent impérial. Les tribunaux étaient ouverts pour tous, car tous étaient égaux devant la loi. Aucune prison ne recelait de détenus qui n’eussent été jugés. Des guerres sanglantes, toujours terminées par des défaites, ne venaient point décimer les jeunes populations des villes et des campagnes ; toutes les propriétés étaient inviolables. Les représentans des provinces, assemblés tous les ans, s’occupaient librement des affaires du pays. La presse périodique accueillait la plainte du faible et prenait sa défense; elle faisait plus, elle propageait toutes les opinions : l’abus de ce droit nous a perdus. L’impôt voté annuellement pesait sur tous, nul n’en était exempté. Les finances prospéraient; une administration éclairée avait comblé les déficits énonnes légués par les gouvernemens précédens ; les capitaux, devenus confians, alimentaient les divers canaux de la prospérité publique ; le produit de nos manufactures s’écoulait dans toutes les parties du globe. Nos flottes parcouraient toutes les mers : elles s’étaient depuis long-temps abstenues d'y paraître, leur pavillon, maintenant, était en tout lieu respecté. Enfin, sans atténuer en Europe les heureux effets d’une paix solide et durable, nos soldats purent cueillir de nouveaux lauriers : ils rendirent une couronne à Ferdinand, délivrèrent la Grèce du joug musulman, abolirent l’esclavage des chrétiens sur les plages africaines, cl donnèrent à la

France la seule conquête qui, depuis 1789, lui soit restée.

Si , du pays , nous portons les regards sur le trône , source de tant de biens , nous y verrons des princes , moins illustres encore par l’élévation de leur rang que par les vertus qui brillent en eux. Bons, affables, généreux ; oublieux d’eux-mômes pour me songer qu’aux autres, le cri de l’infortune trouvait toujours un écho dans leur cœur. Nous y verrons l’auguste fdle de Louis XVI, à la tête de plusieurs établissemens de charité, nourrir, pour ainsi dire de sa propre main, les enfans que le malheur et la pauvreté visitaient à l’entrée de leur vie ; peut-être s’en trouvait-il parmi eux dont les pères avaient autrefois persécuté sa jeunesse ou conjuré sa perte ; mais ils étaient Français, et ce titre effaçait tout à ses yeux ; c’est ainsi que, fidèle à la mémoire du roi martyr, elle pratiquait les enseigneinens qu’il avait déposés dans son immortel testament.

La révolution de juilleta pu constater que, sous Charles X, la liste civile consacrait, annuellement , neuf millions à secourir tous les genres d’infortune ; en n’élevant qu’à un million les bienfaits répandus par les autres membres de la famille royale , il en résulterait qu’à cette époque, dix millions étaient employés tous les ans au soulagement de l’être souffrant et malheureux. Quelle maison souveraine avait donc mieux mérité le beau titre de protectrice de l’humanité.

Ainsi, gloire au dehors, prospérité à l’intérieur, vertus assises sur le trône, tel était le spectacle qu’offrait la monarchie des Bourbons vers le déclin de la restau-

ration : cet état de choses constituait nécessairement un bien-être général pour la France , dont elle eût pu jouir long-temps si , déjà lasse de son bonheur, elle n’eùt préféré se rejeter dans la carrière des révolutions. Les mêmes illusions qui l’égarèrent en 1789 lui furent présentées de nouveau et devaient amener les mômes déceptions ; les ennemis du trône profitèrent avec habileté et persévérance des frondeuses susceptibilités qui ne dorment jamais au fond du coeur français. On eut l’air de défendre le peuple : il se crut attaqué ; bientôt on plaignit son sort : il se crut malheureux. Les débris d’une antique noblesse décimée par la hache révolutionnaire furent représentés comme le noyau d’une féodalité renaissante ; on prêta àu clergé une intention usurpatrice du pouvoir de l’Etat ; on alarma les acquéreurs de biens nationaux, quoiqu’une Chambre royaliste (1) leur eùtgaranti la tranquille possession de leurs propriétés; on échauffa, on volcanisa la tête des jeunes gens qui, disait-on, étaient appelés à régénérer le pays, à en faire disparattre toutes les inégalités , et à ramener dans son sein de meilleures conditions d’ordre et de tranquillité publique. La presse de l’époque ( on peut la consulter) répandait sur toute la surface de la France les craintes du présent, les espérances de l’avenir. Ainsi l’on provoquait des luttes pour fonder la paix ; on évoquait les tempêtes pour créer le calme.

Tant que l’union régna parmi les royalistes, il leur fut encore aisé de déjouer les efforts des mécontens,

(1) l.a Chambre de 1815.

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d’autant plus que la trop grande impatience de quelques uns de ceux-ci révélait, par des tentatives infructueuses d’insurrection, la nature de leurs projets et le mode de leur organisation; mais dès que les fatales conséquences de l’esprit de domination, d’un amourpropre choqué, d’une ambition déçue, jetèrent la division dans les rangs de ce bataillon monarchique, défenseur du trône, la lutte devint inégale, l’avantage passa du côte de l’attaque.

Ce fut surtout, ainsi que nous l’avons fait remarquer, plus haut, peu après la retraite des affaires de M. de Chàteaubriand que s’opéra celte division. Suivons-en les progrès dès son point de départ. L’ex-ministre, mortellement blessé (1) du ton de la lettre qui lui annonçait son renvoi du ministère (en ceci il avait raison), mais ne voulant pas, dit-il, « laisser périr la tno- » narchie, afin d’acquérir le renom d’une modération » hypocrite aux aguets , crut remplir un devoir en » combattant à la tête de l’opposition, trop attentif au » péril qu’il voyait, pas assez frappé du danger con- » traire (2). » Ici il s’abuse : son absence des affaires ne mettait pas la monarchie en péril; mais sa présence à la tête de l’opposition créa réellement le danger qu’il semble avoir prévu.

En effet, l’influence de son talent finit par entraîner beaucoup de royalistes après lui. Son attachement passé à la royauté garantissait sa fidélité à venir ; d’ailleurs,

(t) Histoire du Congrès de Vérone, II' vol. , cliap, xxn.

(2) Histoire du Congrès de Vérotic , cliap. xxv.

l’illustre auteur de la Monarchie selon la Charte n’avait-il pas déposé dans son ouvrage l’expression de ses sentimens et de ceux de son parti ? « II voulait la Charte, » mais avec la religion, avec les honnêtes gens, et non » avec les hommes politiques de la révolution; car ces » hommes, disait-il, ne se soucient nullement de la » Charte et de la liberté dont ils invoquent sans cesse » les noms. Ce qu’ils veulent, c’est le pouvoir. La haine » de la religion est leur caractère distinctif. » Pouvaitt il maintenant vouloir autre chose que ce qu’il avait voulu, enseigner autre chose que ce qu’il avait enseigné? Certes, toutes ces observations devaient réagir puissamment sur des caractères ardens, inquiets, désireux de mouvement et de changement, tels qu’il s’en trouve beaucoup en France dans tous les partis. Tout ce qui brille plaît et attire chez nous; on s’identifie facilement avec la lumière qu’on reçoit, et l’on se flatte bientôt de participer à l’éclat qu’elle répand. Ainsi, le secret amour-propre naturel à l’homme et le dévoùment inhérent au royalisme, trouvaient leur compte dans cette situation nouvelle.

Cependant la tâche de M. de Châteaubriand offrait de grandes difficultés. A laquelle des opinions politiques qui fractionnaient la France apporterait-il l’appui de son talent? Toutes étaient représentées à la Chambre élective; aussi sera-ce par les dénominations qu’elles y avaient prises que nous les désignerons (1). L’opinion de la droite, celle du centre droit avaient appuyé

(1) Voy. ci-dessus, pag. 196.

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M. de Chàteaubriand pendant, la durée de son ministère ; elle formait à cette époque la majorité dans la Chambre, et le départ de ce ministre n’avait pas changé cette majorité. Celui-ci, d’ailleurs, voulait combattre à la tête de l’opposition et renverser le ministère à tout prix ; Caton n’exprimait pas plus de haine contre Carthage que les paroles de M. de Chàteaubriand ne renfermaient de dépit contre M. de Villèle. Force lui fut donc de s’éloigner de cette vieille opinion amie et de chercher des soldats dans d’autres rangs. L’extrême droite ne pouvait lui convenir; fraction trop exiguë, elle avait déjà son chef qui eût repoussé tout partage dans le commandement; puis il fallait à M. de Châteaubriand une arène populaire dans laquelle il pût faire entendre sa voix. Or, l’extrême droite avait peu de retentissement hors de l'enceinte parlementaire; les opinions de la gauche lui répugnaient; ce fut donc celles du centre gauche dont il se fit le défenseur et l’interprète. Les opinions de cette partie de la Chambre, nous l’avons déjà dit, tendaient principalement à préférer le bienfait au bienfaiteur ; à placer, en un mot, la Charte sur le trône, en lui subordonnant la monarchie dont on reconnaissait néanmoins l’utilité. Ce n’était sans doute pas encore une royauté entourée d’institutions républicaines , mais l’œil de l’observateur pouvait déjà l’entrevoir aisément.

Les avantages d’un pareil terrain, occupé par un homme de la réputation de M. de Chàteaubriand, ne devaient pas long-temps rester inaperçus aux hommes de la gauche ; ils s’y rallièrent promptement et abani. H

donnèrent à l’ex-ininistre, ainsi qu’à ceux de ses amis qui vinrent peu à peu l’y rejoindre, la conduite d’une opposition dont ils espéraient plus tard retirer le profit. Si l’on se rappelle les temps dont je parle en ce moment, on s’assurera facilement que la Charte fut, en effet, le thème, le motif, le mobile de l’opposition de l’époque. La Charte était dans toutes les bouches, dans tous les écrits ; chacun prêtait la main pour soutenir et défendre cette nouvelle arche d’alliance qu’aucun danger ne menaçait ; les émeutes qui éclatèrent vers la fin du ministère de M. de Y i Hèle, se firent au nom de la Charte ; c’est en invoquant la Charte qu’on demandait la chute des conseillers de la couronne. Les royalistes de l’opposition y voyaient un lévier pour renverser le ministère à la plus grande gloire de la monarchie, mais les hommes de la gauche l’employaient comme bélier dans le but d’abattre l’un et l’autre.

Ces courtes explications servent à révéler les causes du déplacement de la majorité dans la Chambre septennale de la droite, appuyant le ministère; elle se. tourna insensiblement vers le centre gauche, opposé au même ministère. C’est sous l’impression de ce changement progressif que cette Chambre fut dissoute ; l’opinion du centre gauche triompha dans les élections à l’aide des hommcsde la gauche, dont le nombre augmenta également dans la Chambre élective. Le centre gauche, alors appuyé par ses nouveaux auxiliaires, expulsa le ministère, comme nous l’avons dit dans le chapitre précédent.

Cependant l’opinion métis que représentait la majorité actuelle n’était rien moins qu’homogène On eomp-

— Al-

lait dans les rangs de cette opposition des royalistes aigris, royalistes timides, et mémo, bien que formant bande à part, des hommes de la révolution prêtant l’appui de leur vote-, mais le frottement continuel de ces diverses nuances d’opinions en avait peu à peu adouci les inégalités L’union apparente qui régnait entre elles avait rapproché quelques uns de leurs chefs. Les hommes de la gauche ne parurent plus à plusieurs d’entre eux que de simples mécontens qu’on pourrait aisément satisfaire ; ceci explique encore les nouvelles liaisons dont nous aurons à parler plus tard.

Le ministère Villèle tombé, les joies furent grandes dans l’opposition ; la Chambre des députés manifesta sa vive satisfaction en qualifiant, dans son adresse au roi, le ministère déchu du nom de déplorable, la Charte avait été l’occasion du combat, il était juste aussi qu’elle eût l’honneur de la victoire ; la tribune retentit bientôt de nombreuses professions de foi en faveur de la Charte ; elle avait frappé à mort la révolution, elle avait tué le monstre, hors d’elle point de salut; l’accord qui avait formé la nouvelle majorité était son ouvrage (i); le baiser {amourette (2) volait

(1) Voy. les discours de l’époque dans le Moniteur.

(2) Lamourette (Adrien), évêque constitutionnel de Lyon, membre de l’assemblée Législative , puis de la Convention , parla, le 9 juillet 1792, dans le but de fondre en un seul, tous les partis qui divisaient l’assemblée ; son discours eut pour le moment l’effet désiré. Tous les membres se levèrent de leur siège et s’embrassèrent. Le lendemain, les partis reprirent leur baine et leurs animosités. Les jacobins appelèrent cette séance le Baiser tf Amourette. l’eu après ils en condamnèrent à mort le héros.

de bouche en bouche ; on eût dit des frères jadis ennemis qui, posant les armes, se jetaient dans les bras les uns des autres; la gauche applaudissait à ces éloquentes manifestations; elle comprit que le ministère qui sortirait de cette majorité ne pouvait être qu’un ministère de concessions; mais elle comprit aussi que son temps à elle n’était pas encore arrivé ; elle dut attendre. La Charte ne dominait pas suffisamment la monarchie.

Les nouveaux ministres furent effectivement tirés du sein de l’opinion triomphante du moment; nousavons déjà fait observer qu’elle n’était rien moins qu’homogène dans toutes ses parties; les nuances qui la divisaient se retrouvèrent donc dans le ministère. Le ministre des affaires étrangères, un de mes plus anciens amis, y apporta le caractère de franchise et de loyauté qui honora dans tous les temps sa noble carrière; officier brave et distingué à l’armée de Condé, dévoué à son roi dont il avait toujours suivi la fortune, le comte de la Ferronays, occupant depuis plusieurs années des postes importans à l’extérieur, n’avait pu guère suivre nos débats parlementaires. Ses sentimens politiques se rapprochaient un peu de ceux du duc de Richelieu, mais il n’y mêlait ni fiel ni opiniâtreté; son àme candide s’ouvraità toutes les vérités, son esprit élevé ne se révoltait pas contre les preuves d’une conviction contraire à la sienne; son seul défaut (faiblesse rare à rencontrer aujourd’hui) fut peut-être une trop grande modestie, une trop grande méfiance de ses propres moyens; fatigué, inquiet même de la marche des choses, qui était loin de répondre à son attente, il finit par quitter le fardeau

qu'on lui avait imposé malgré lui (1). Plus lard, sa vieille fidélité ne faillit pas aux jours de l’épreuve, mais il vécut trop peu pour ses amis-, sa vie fut celle de l’homme de bien; sa mort celle d’un saint.

Après avoir donné un souvenir à l’amitié, j’en dois offrir un aussi à la reconnaissance; M. de Martignac, ministre de l’intérieur à l’époque dont nous parlons , m’apporta le secours de son talent en des momens de passions populaires (2). Homme de cœur, il affronta ce que ces cruels instans pouvaient présenter de périls ; la tombe s’ouvrit peu de temps après pour lui, et le déroba au tribut de mes remerclmens et de ma gratitude; mais le souvenir de son généreux dévoûrnent m’accompagnera jusqu’à mon dernier jour.

Ce n’est pas toutefois sous l’impression du double sentiment que je viens d’exprimer, celui de l’amitié et de la reconnaissance, que je reprendrai le fil de ma narration ; la vérité n’a rien à faire avec les épanchemens du cœur; ma conscience seule dicte ces pages : je l’écoute et j’écris.

Les grâces de l’esprit, la douceur et l’aménité de caractère se réunissaient dans la personne de M. de Martignac ; consciencieusement attaché à la monarchie, il

(1) Trois semaines avant de quitter le ministère , il me dit : «Je » ne sais où nous allons ; nous devions arborer notre drapeau au » centre gauche , maintenant nous le traînons dans tous les coins » de la Chambre. »

(2) Au célèbre procès des ministres de Charles X, en décembre 1830, M. de Martignac et M. Mandarotix, Vertamv, furent mes défenseurs.

en voulait le maintien, mais autant que possible, sans luttes, sans combats; il espérait rendre à son souverain la couronne légère en éloignant d’elle le choc des résistances. Nul en effet n’était plus propre que lui à concilier des partis; son éloquence pure, facile, persuasive, captivait les esprits et désarmait les passions; elle n’avait pas la puissance qui dompte, mais elle avait le charme qui séduit.

Ce qu’avait prévu la gauche se réalisa ; le ministère centre-gauche devait être et fut en effet un ministère de concessions. La Charte s’était alarmée, il fallut la rassurer; ce ne pouvait être qu’aux dépens des prérogatives de la couronne; ce qu’on donnait de force à l’une on l’enlevait à l’autre; c’était bien ainsi que l’avaient compris les secrets ennemis du trône : aussi les voyait-on dans les débats parlementaires, approuver ce qu’on faisait dans leur sens, puis demander et demander encore. Ils poussaient, ils excitaient, et ils obtenaient. Pour complaire à leurs désirs, quatorze mille Français débarquent en Grèce, bien que le traité du t> juillet 1827, entre la France, l’Angleterre et la Russie, eût défendu aux parties contractantes l’emploi démesures coercitives et que des instructions positives sur ce point eussent été transmises aux amiraux des trois puissances alliées. La gauche accueillit cette preuve de déférence envers son opinion, mais elle n’en continua pas moins ses attaques, car, pour s’emparer du pouvoir auquel elle aspirait, il lui fallait dépouiller la couronne de tous ses moyens de force et d’action.

Les ministres d’alors crurent sans doute donner,

ils no firent que concéder. C’étaient des concessions qu’on exigeait d’eux, et c’est comme concessions que l’opinion révolutionnaire enregistrait leurs actes. Qu’on lise l’énumération de ces actes reproduite par un auteur bien connu par ses sentimens anti-monarchiques, et dont l’ouvrage ne prouve que trop qu’il y a eu pendant toute la restauration , conspiration permanente sous toutes les formes, contre le trône des Bourbons , et l’on verra le jugement qu’il on porte.

« Pour gagner l’opinion dominante, M. de Martignac » ( il aurait dû nommer aussi ses collègues ) s’épuise » en concessions. Il exclut du ministère, dans la per- » sonne de M. Frayssinous, le parti congréganiste; il » remplace l’évéque d’Hermopolis par l’abbé Feutrier, » prêtre mondain qu’on croit libéral; il éteint, dans les » élections, l’influence des agens du roi ; il affranchit » la presse du joug de l’autorisation royale, et , subs- » tituant le monopole financier au monopole politique, » il métaux mains des riches l’arme du journalisme ; » il abolit la censure ; il frappe au cœur la puissance » des jésuites; il fait passer de la royauté à la Chambre » dont il reconnaît ainsi la suprématie, le droit d’in- » terpréter les lois.... Mais lorsqu’après avoir fait si » large la part du pouvoir parlementaire , il veut que » tout ne soit pas enlevé au pouvoir royal , les choses » changent de face (1). »

L’auteur a raison ; dès que le ministère vit la nécessité de s’arrêter sur les bords de l’abîme, la gauche

(1) Histoire de Dix Ans, par M. Louis Blanc, lom. 1" p. 137

alors se dressa de toute sa hauteur; la lutte devint implacable, et M. de Martignac, dans sa juste indignation, put s’écrier à la tribune : « Messieurs, nous marchons à l'anarchie. » L’anarchie, en effet, régnait déjà dans l’enceinte parlementaire ; les opinions fractionnées qu’elle renfermait, eu se subdivisant encore, n’offrirent bientôt plus que des minorités isolées, parmi lesquelles celle que présentait la réunion de la plus grande partie du centre gauche avec le côté gauche, avait l’avantage du nombre. La même anarchie se manifestait ailleurs dans les esprits; chacune des minorités dont l’ensemble formait la Chambre élective , trouvait au dehors ses soutiens et ses adhérens; la vieille majorité royaliste n’existait plus, elle s’était blessée de ses propres mains, ses guerres intestines avaient causé sa perte-, unie, elle eût pu vaincre; désunie, elle devait périr; mais en tombant elle priva le trône de son dernier appui. Un de ses anciens et loyaux représentans à la Chambre des Pairs , exprimait ainsi ses craintes vers la fin de la dernière séance de la session de 1829.« J’ai dit que l’on marchait à l’anarchie, » et je n’ai fait que répéter l’aveu échappé au minis-

» 1ère ; tant de droits enlevés à la couronne, tant

» de prérogatives abandonnées par elle, tant de con- » cessions de sa part, tant d’agrandissemens donnés à » ladémocratie qui murmure néanmoins et qui se plaint » comme si môme elle avait été dépouillée ; enfin, un » progrès si immense et si funeste à la monarchie cons- » titutionnclle ; tout cela a été consommé en moins de » deux années. N'en est-ce pas assez pour motiver les

» tristes craintes que tout homme sensé et ami de son » pays doit partager (1) ? »

La session de 1829 était terminée, mais le ministère centre gauche ne pouvait plus marcher : il était frappé d’impuissance. Ce n’est pas mon jugement seul que je rapporte ici; voici, entr’au très, celui d’un écrivain libéral que je choisis exprès à cause de l’extrême malveillance avec laquelle il a rendu compte des actes du ministère dont j’ai fait partie.

« En total, le ministère, sans parti dans les Cham- » bres , sans crédit à la cour, sans appui dans l’opinion » publique, ne pouvait plus retenir les préfets, les pré- » lats , les chefs d’administration civile ou militaire , » dans le respect d’une autorité qu’on voyait sur son » déclin. De là vient que ses ordres étaient mal ou mol- » lement exécutés. 11 n’aurait pu réussir à se faire une » majorité dans la Chambre élective; il ne pouvait non » plus risquer de la dissoudre ; il ne représentait aucun » grand parti , aucun grand intérêt ; il n’avait eu au- » cune influence dans les dernières élections ; et vai- » nement aurait-il voulu revenir sur le passé, se dé- » vouerau parti royaliste, on sesouvenaitde sonorigine » et de ses concessions (2). »

Telle était la situation du pays lorsque le roi prit la résolution de changer son ministère. Peu de mois auparavant il avait eu l’intention do me confier le porte-

(1) Discours du marquis de Villefranchc. Voy. l'Annuaire historique de Lesur, pour l'année 1829.

(2) Annuaire historique de Lesur, année 1829.

feuille des affaires étrangères. Dans les premiers jours de janvier de cette même année, le comte de Portalis m'envoya en effet l’ordre de revenir sur-le-champ de Londres , où j’occupais le poste d’ambassadeur ; la lettre, sans me donner connaissance du but réel de mon départ précipité, mettait en avant, comme prétexte, la prochaine arrivée à Paris du duc de Mortemart, ambassadeur du roi à Saint-Pétersbourg ; le court séjour qu’il devait faire dans la capitale, et les avantages qui résulteraient d’une entrevue avec lui dans un moment où la tranquillité de l’Europe semblaitcompromise. La situation était certainement critique-, la guerre, qui venait d’éclater entre la Turquie et la Russie, inquiétait les puissances européennes ; l’Autriche la voyait avec, crainte, l’Angleterre avec dépit; l’empire ottoman était menacé d’une dissolution prochaine , et cet événement devait amener de graves complications politiques.

Quoi qu’il en fût je partis, sans me douter de rien , deux heures après avoir reçu la dépêche du comte Portalis, et ce ne futque par les clameurs des journaux libéraux que je compris, dès mon arrivée à Paris, quel avait été le véritable motif de l’ordre que j’avais reçu. M. deMartignac m’a dit depuis, que lui et le comte Roy, ministre des finances à cette époque, eussent alors désiré que j’entrasse au ministère avec eux; je n’aurais pu me rendre à leur désir, à cause de quelques uns de leurs collègues.

A mon tour, lorsqu'au mois d’août suivant je fus chargé par le roi de former un nouveau ministère , do concert avec MM. de Chabrol eide Labourdonnaye déjà

indiqués comme devant l'aire partie de ce ministère , j’insistai vivement pour conserver MM. de Martignac et Roy dans la nouvelle composition ; le comte de la Bourdonnaye consentit à y laisser le comte Roy, mais il déclara qu’il n’entrerait aux affaires que si M. de Martignac en sortait. Le comte Roy refusa de rester seul dans le nouveau ministère; c’était chose facile à prévoir.

Le 8 août (1), le nouveau ministère fut constitué , mais dans quel état trouva-t-il la monarchie ! Plus de moyens d’action pour elle dans les Chambres ; plus de défense contre une presse ardente , envenimée , toujours accusatrice , toujours calomniatrice ; plus d’autorité sur la plupart des fonctionnaires publics , habitués depuis peu à ne prendre de direction que d’euxmêmes , et devenus craintifs d’un avenir gros d’orages.

On a voulu plus tard me rendre responsable des résultats d’une pareille situation; mais ce n’était pas moi qui l’avait faite ; ce n’était pas moi dont l’ambition déçue , irritée , avait contribué à enlever au trône ses défenseurs naturels, et les avait entraînés insensiblement sur un terrain ennemi ; ce n’était pas moi qui avais dépouillé la couronne d’une partie de sa force et de sa puissance. À l’époque où je fus appelé aux affaires, je trouvai le vaisseau de l’État désemparé, le vent des tempêtes soufflait dessus avec furie, et l’on s’est étonné qu’il se soit brisé contre les écueils; mais, encore une fois, était-ce donc moi qui l’avais privé de ses agrès ?

— MO

A chacun scs fautes ; qu'un m'impute les miennes, soit , mais qu’on rende également à mes prédécesseurs et à leurs adhérens la part qui leur revient. Certes , quand éclata la révolution de juillet, les accusations de tous genres ne me faillirent pas ; discours aux Chambres, pamphlets, injures, bruits mensongers, tout servit d’aliment à la rancune des partis et trouva bientôt un écho dans les feuilles publiques. Je devins l’objet des attaques les plus vives et les plus passionnées ; chacun méjugeait h sa guise, et, pour confirmer son jugement, on m’attribuait des paroles que je n’avais pas proférées, on me prêtait des intentions qui n’avaient jamais été les miennes; le moment, il faut le dire, était heureusement choisi ; l’échafaud , puis les tours de Ham m’imposaient silence ; toutefois, l’attitude calme et réservée des anciens et fidèles défenseurs de la monarchie me dédommagea , je dois le dire, de l’abandon de ceux dans les rangs desquels j’avais autrefois combattu; les premiers av aient prévu le danger, ils voyaient depuis long-temps la révolution bouillonnante de tous côtés ; ils avaient pressenti le mal , ils l’avaient hautement annoncé.

Le mal, en effet, faisait d’effray ans progrès. La chute du dernier ministère fut le signal d’une décomposition plus grande encore dans l’opposition royaliste du centre gauche ; quelques uns de leurs chefs semblèrent s’associer avec les hommes de la gauche , implacables adversaires de la monarchie ; on en vit un qui trouva dans la caisse d’un banquier, dont l’or devait bientôt soudoyer la révolution de juillet, une somme que la

restauration ne lui eût certes pas refusée, s'il se fût adressé à elle comme précédemment (1); on en vit même (s’il faut en croire quelques partisans indiscrets de l'insurrection triomphante), qui, par l’intermédiaire de M. Guizot, confièrent à la fameuse société Aide-toi, le ciel l’aidera, des écrits que cette société se chargea de faire publier (2).

Sans doute les royalistes qui crurent à cette époque devoir se rapprocher des opinions de la gauche ne conspiraient pas contre le trône -, le passé de leur vie, l’avenir qui les attendait , en fournissent aujourd’hui la preuve ; mais, aveuglés qu’ils étaient alors , ils démolissaient le pouvoir royal au profit de la révolution.

(1) On lit dans le National du mois de mars 1833 ce qui suit : « Monsieur, lorsqu’à la formation du ministère Polignac je donnai » ma démission de l’ambassade de Rome , je fus embarrassé pour » une somme de dix mille francs : je ne la trouvai que dans la » caisse de VI. Laffitte ; c’est bien le moins que je paie une faible » partie de l’intérôt d’une somme que j’ai rendue et qui me fut

• prêtée sans intérêt. Je m'empresse , Monsieur, de vous envoyer » cent francs pour la souscription en faveur de M. Laffitte.

» Signé : Chateaubriand. »

(2) Dans la séancedela Chambre des Députésdu 19mars 1834, M. Garnier Pagès , après avoir rappelé que M. Guizot avait présidé eu 1829 et 1830 la société Aide-toi, le ciel t’aidera, ajoute : « Cependant M. Guizot conservait des relations intimes avec des » légitimistes; c’est parle moyen des doctrinaires que l’on parvint » à obtenir de MM. Châteaubriand et Hyde de Neuville des écrits

• qui furent publiés au nom de la société. » (Ici M. Berner interrompt l’orateur. ) M. Garnier Pagès continue : « J’ai la preuve » de ce que j'avance. »

Echo- Français, 20 mars 1834.

On eût pu dire d'eux, avec l’auteur de la Monarchie selon ta Charte : « Ces personnes ne trahissent pas la » monarchie légitime, mais elles servent d’instrumens » à la faction qui la trahit ; en les voyant soutenir des » opinions révolutionnaires, la foule, qui ne raisonne » pas, croit que la raison est du côté de ses opinions. Us » entraînent ainsi par l’autorité de leur exemple, et af- » faiblissent le bataillon des fidèles. Quand l’événe- » ment viendra les réveiller ; quand, surpris par la ca- » tastrophe, ils s’apercevront qu’ils ont servi de mar- » che-pied à l’usurpation, alors ils se feront tuer aux » pieds du monarque, mais la monarchie sera perdue. »

Il en advint ainsi. La catastrophe surprit l'auteur de ces lignes cheminant avec M. Laffitte , quoique ayant des vues et des intentions différentes ; alors l’heure de la séparation sonna , ils se quittèrent tous deux : l’un pour aller méditer sur des mines, l’autre pour monter au Capitole.

Je suis loin ici de vouloir me livrer à de vaines récriminations; qu’importe desavoir, après le combat, quels noms ont provoqué la défaite , les blessures reçues en guérissent-elles plus vite? Encore quelques années, et un peu de poussière couvrira vainqueurs et vaincus, oppresseurs et opprimés. Je n’ignore pas d’ailleurs que dans les grands ébranlemens politiques tout est butin pour la victoire, tout sert de motif d’accusation aux regrets. On s’enquiert peu des causes, on ne voit que l’effet, parce que c’est l’effet qui touche, et que ce qui touche seul est sensible ; mais l’histoire recherche ces causes, c’est son devoir, et c’est elle que

j'étudie; elle doit montrer, en cette circonstance, les périls que court une société qui, sans contrepoids, sans corps politiques stables, immuables, fortement organisés dans son sein , place son avenir sous l’influence d’opinions éphémères , bouillonnantes , versatiles , qui l’agitent, l’égarent et finissent par briser son existence. Elle doit signaler encore les dangers auxquels est exposé un trône, ne reposant que sur une fiction écrite à l’usage de tous les partis, de tous les mécontens , de toutes les passions, et qui n’a d’autre point d’appui qu’une majorité parlementaire que le caprice d’un jour peut anéantir.

L’histoire n’est qu'une série d’enseignemens utiles; elle doit donc dans le cas actuel indiquer ceux qui précédèrent et expliquent la chute de la monarchie française.

Pour être aussi concis que possible dans le récit de ce dernier épisode de la restauration, je réunirai toutes les questions homogènes qui s'y rattachent. Ainsi groupées, je les traiterai ensemble, puis je passerai à d’autres; je parlerai donc d’abord des motifs qui amenèrent les diverses modifications qu’a subies le ministère du 8 août. Ces détails, je l’avoue, ne s’accordent guère avec le genre d’écrit dont je m’occupe; mais comment puis-je autrement qu'en exposant les faits, démontrer l’absurdité des bruits offensans qu’on a répandus contre moi? Je n’ai certes pas la prétention de réfuter, dans ces pages, les mille et un mensonges qu’on s’est plu à écrire ou à débiter sur mon compte. Je me con tenterai dédire ce que j’ai fait, ce que j'ai su, ce que

j’ai vu. La vérité est le meilleur bouclier contre les traits de la malveillance.

Je traiterai ensuite les questions relatives à la politique extérieure. La conquête d’Alger y trouvera naturellement sa place.

Enfin je finirai par l’examen de la crise intérieure du sein de laquelle surgit la révolution de juillet.

Lors de la formation du ministère du 8 août, je représentai avec force au comte de la Bourdonnaye la nécessité de rétablir la présidence du conseil supprimée par le dernier ministère, ce qui avait nui à l’unité de sa marche et de son action. J’essayai de lui prouver l’avantage d’avoir, non un chef, mais un point central d’où partit une impulsion homogène pour toutes les branches de l’administration ; je l’invitai, je le pressai de remplir le poste dont je lui proposais le rétablissement ; il refusa nettement , déclarant de plus qu’il ne ferait point partie du nouveau ministère si l’on devait lui donner un président. Les choses en restèrent là ; mais, plus tard, l’incompatibilité d’humeur et de caractère entre le comte de la Bourdonnaye et le garde des sceaux (1) amena inopinément la solution de cette question. Celui-ci m'en parla d’abord sérieusement. Je lui fis part de ce qui s’était passé précédemment entre le ministre de l’intérieur et moi, et j’obtins qu’il ajournât le projet qu’il avait formé de soumettre cette question au roi. Peu après, mes autres collègues vinrent aussi m’entretenir du même objet. Le ministre de

(1) M. de Courvoisier.

la marine (1) me remit à ce sujet un mémoire très bien rédigé ; je fis à tous la môme réponse qu’au garde des sceaux. Les formes un peu brusques du comte de la Bourdonnaye fatiguaient, il est vrai, ses collègues. D’ailleurs nous nous étions attendus à trouver en lui l’énergie que réclamait la gravité des circonstances; mais son irrésolution continuelle qui le faisait flotter entre une confiance trop grande et une réserve excessive, nous apprit qu’un hardi chef d’avant-garde pouvait quelquefois n’ètre pas propre à la défense d’une ville assiégée. Sur ces entrefaites, le garde des sceaux, sans m’en avoir prévenu , soumit à tous les ministres, assemblés pour traiter d’affaires entre eux, la proposition de prier le roi de rétablir la présidence du conseil. Sa proposition fut appuyée, et le comte de la Bourdonnaye se levant aussitôt, sans vouloir écouter nos observations, alla sur-le-champ porter sa démission au roi. Il accepta la pairie. Le roi me nomma président du conseil; le comte de Montbel prit le portefeuille du ministère de l’intérieur, et le comte Guernon de Ranville celui des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique (2).

On s’est étonné d’avoir vu , dans le Moniteur du 8 août, le nom du comte de Rigny, absent alors de Paris, figurer parmi ceux des nouveaux ministres ; en voici l’explication. M. de Rigny avait quitté la capitale peu de semaines avant la formation du nouveau ministère ;

(1) Le baron d’Haussez.

(2) 18 décembre 1829.

il prévoyait sans doute à cette époque la possibilité d'un changement ministériel; car, avant son départ, il laissa une lettre (1), adressée à un de ses amis, dans laquelle il disait que, dans le cas où le roi m’appellerait dans ses conseils , il désirait que je fusse instruit qu’il éprouverait une vraie satisfaction d’y entrer avec moi. Je ne connaissais point M. de Rigny, mais j’ai dû croire à l’expression écrite de son désir; cependant j’ai eu tort, puisque, nommé, il refusa (2).

Voici à quelle occasion eut lieu la seconde et dernière modification du même ministère. La question de la dissolution de la Chambre des Députés , après la fameuse adresse des 221, occupait sérieusement les ministres; nous la traiterons plus loin. Quelques uns d’entre eux regardaient celte dissolution comme indispensable; d’autres, la redoutaient; ceux-ci pensaient de plus qu’il serait utile d’appeler dans les conseils du roi un ou deux membres de l’opposition du centre gauche. La majorité des ministres fut pour le sentiment contraire; alors MM. de Chabrol et de Courvoisier, qui avaient soutenu l’opinion opposée, se retirèrent, mais sans aigreur et sans arrière pensée. Tousdeux m’écrivirentaprèsavoirdonnéleurdémission,pourmedire qu’ils conserveraient toujours un souvenir agréable du temps qu’ils avaient passé aux affaires avec moi. M. de Chantelauze, magistrat intègre, homme de cœur et de ta-

(1) Cette lettre me fut apportée par M. de Genoude.

(2) On croit (pic c'est son oncle , le baron Louis, qui l'empêcha d’accepter le poste qui lui fut offert.

lent, fut désigné pour remplacer M. de Courvoisier; il insista pour que le comte de Peyronnet entrât au ministère en même temps ; tous deux furent portés dans la même ordonnance (1). Un huitième ministère fut créé; il eut dans ses attributions les travaux publics et la direction générale des ponts et chaussées. Le baron Capelle, administrateur distingué, en eut le portefeuille.

Passons maintenant aux questions relatives à la politique extérieure. Je les parcourrai rapidement; la nature de ce travail l’exige. Peut-être un jour en offrirai-je au public un récit plus détaille.

J’avais long-temps médité, pendant mon ambassade en Angleterre, sur l’importance de la conquête d’Alger pour la France, et sur les heureux résultats que toute la société européenne retirerait de la destruction de la piraterie, de l’abolition de l’esclavage des chrétiens sur les côtes d’Afrique, et de l’affranchissement des tributs honteux qu’exigeaient les régences d’Alger, de Tunis et de Tripoli. J’avais, quoique avec ménagement, retracé ces divers avantages à mes collègues à Londres ; mais je n’eus pas de peine à m’apercevoir que des susceptibilités rivales empêcheraient toujours leurs cours de s’entendre avec nous sur les moyens à prendre pour atteindre le but désiré ; d’où je conclus que la France ne devait compter que sur elle seule pour tenter une pareille entreprise. J’écrivis une fois à ce sujet au ministre des affaires étrangères (2). A cette époque, l'exil) Celle du 19 mai 1830.

(2) Mois de mai 1828.

péclition de Morée absorbait l'attention du ministère; il me fallut attendre. Arrivé aux affaires, je résolus aussitôt de réaliser, mes projets. Ma première combinaison fut de me servir du vice-roi d’Egypte pour les mettre à exécution ; en voici les motifs. Une dissolution prochaine menaçait alors l’empire ottomanf; la destruction des janissaires lui avait enlevé une grande partie de sa vraie force militaire; une guerre malheureuse contre la Russie venait de rendre sa position encore plus critique ; les pachas, gouverneurs des provinces , n'obéissaient qu’à contre-cœur à l’autorité supérieure, et Méhémet-Ali, le plus puissant, le plus indépendant de tous, homme ambitieux, habile, n’attendait (ju’une occasion pour donner le signal d’une insurrection générale ; la chute de cet empire paraissait donc imminente, nous pouvions la retarder, nous ne pouvions l’empêcher d’avoir lieu. La paix régnait en Europe, et peut-être, sans la troubler, les puissances fussent-elles venues à bout de concilier les graves questions que la dissolution de l’empire ottoman eût fait naître. Mais il fallait se tenir prêt pour l’événement. On ne donne qu’à ceux qui peuvent prendre; or, je comptais peu sur l’appui des Chambres législatives, même pour des objets utiles au pays : funeste résultat d’un état de choses qui place tout l’avenir d’un peuple entre les mainsd’une majorité passionnée: j’en ai fait la triste et pénible expérience. 11 me fallait donc créer, en dehors des Chambres, une influence qui, dans l’occasion, put tourner à l’avantage de la France. C’est dans ce but que je jetai les yeux sur Méhémet-Ali ;

ses services actuels devaient être pour moi le gage de services futurs. D’après ce plan, à la voix du monarque français, une armée égyptienne partait des rives du Nil, suivait la route qui lui était tracée et vengeait l’Europe des outrages commis par les barbaresques. Méhémet augmentait sa puissance, la France se réservait des points militaires sur les côtes d’Afrique, et le vice-roi d’Egypte, reconnu par le fait lieutenant du roi de France, eut, au moment opportun, porté, malgré l’Angleterre, l’influence française jusqu’au sein de l’Asie. Des négociations s’ouvrirent secrètement à Alexandrie ; elles eurent un plein succès. Méhémet-Ali eut bientôt terminé ses préparatifs, mais le gouvernement britannique eut vent de cette expédition ; il donna l’éveil à la cour ottomane, et celle-ci, mettant en avant son droit de souveraineté sur les populations barbaresques, donna l’ordre au vice-roi d’Egypte d’abandonner ses projets d’agression. Méhémet, n’osant encore rompre avec le sultan, fut obligé de se soumettre. Il me fallut alors changer de plan. Celui que nous adoptâmes eutquelque chose de plus brillant, sans doute; l’autre pouvait être plus utile pour l’avenir (1).

Ces rêves de grandeur et d’influence dans une autre hémisphère sont déjà loin de nous; j’ai pu les raconter. La révolution de juillet a, de fait, retardé la chute de l’empire ottoman ; les puissances européennes ont pen sé avec raison, que, placées en face d’un volcan tou-

(t) Les récits relatifs à cette première combinaison , imprimés dans les ouvrages publiés depuis 1830 , sont tous erronés.

jours en état d’effervescence, il fallait ajourner la solution de toute question susceptible d’altérer l’union qui règne entre elles.

Il nous fallut donc dès lors agir avec nos propres moyens. Le comte de Bourmont avait fait d’actives recherches dans son ministère (1); leurs résultats lui apportèrent la conviction qu’une expédition tentée contre Alger offrait des chances à peu près certaines de succès. Le maréchal duc de Raguse vint m’en parler de sa part ; il n’eut pas de peine à me persuader , on croit aisément ce qu’on désire. Les ministres arrêtèrent donc, avec l’autorisation du roi, que l’expédition aurait lieu, et elle eut lieu.

J’aurai peu de détails à offrir ici concernant cette glorieuse expédition; j’étudie les causes des événemens contemporains, et je laisse de côté les faits qui ne servent pas à établir les rapports entre ces événemens et leurs causes ; toutefois il est juste , dans l’occasion actuelle, de rendre à chacun la part de mérite qui lui revient.

L’entreprise du ministère était hérissée de difficultés; à l’intérieur, la presse révolutionnaire, qui d’abord reprochait aux conseillers de la couronne de laisser sans vengeance l’injure faite par le dey d’Alger au pavillon français, changea de langage dès qu’elle apprit qu’une expédition se préparait dans nos ports; alors elle s’efforça de démontrer l’impossibilité du succès; elle chercha en vain à jeter le découragement dans

(1) Le ministère de la guerre.

l'esprit des soldats; elle suscita des difficultés de tous genres. Dans les Chambres, l’opposition irritée accusa le ministère d’imprudence et de témérité; on osa plus, j’ai honte de l’avouer, on lit passer à ceux que nous allions combattre, de secrets avis qui ne tendaient à rien moins qu’à compromettre le salut de notre armée. A l’extérieur, l’Angleterre menaçait et armait; l’Espagne boudait; l’Autriche et la Prusse étaient indifférentes; le représentant de la Russie (l),à l’insu de son souverain, se montrait hostile, en haine du ministère, contre lequel il intriguait ouvertement. Enfin, lorsque notre flotte mit à la voile pour les côtes d’Afrique (2), le sol tremblait en France, l’orage grondait à l’extérieur.

Le souvenir des temps passés ne pouvait guère nous inspirer de confiance; Charles-Quint, Louis XIV, l’Espagne, la Grande-Bretagne même avaient échoué dans une entreprise semblable à celle que nous allions tenter; mais, malgré les obstacles dont nous étions entourés, Dieu bénit nos armes, il nous donna la victoire. Lecomte de Bourmont, avec l’aide du vice-amiral qui commandait la flotte (3), débarqua ses troupes (4) dans la presqu’île de Siddi-Ferruck , défit les Arabes à Staoueli, s’empara du château de l’Empereur, et bientôt le drapeau blanc flotta sur les murs d’Alger (5). Officiers et

(1) Le comte Pozzo di Borjço.

(2) Le 25 mai 1830.

(3) Le vice-amiral Duperré.

(i) Le lii juin 1830.

(5) Le 5 juillet 1830.

soldats rivalisèrent de zèle et de courage; heureux vainqueur, mais père infortuné, le général en chef perdit un fils en donnant une conquête à la France (1).

Il faut aussi accorder de justes éloges à l’activité du ministre (2) qui présida aux préparatifs de cette glorieuse expédition. « Celle d’Egypte même, dit un écri- » vain libéral , n’avait pas été préparée avec tant de » célérité, de puissance et de luxe militaire; jamais la » marine française n’avait paru si riche (3) de talens et » de moyens.» En moins de trois mois de temps, cent bàtimens de guerre, cinq cents navires de transport attendaient le signal du départ dans la rade de Toulon. Les opinions politiques les plus haineuses doivent garder le silence devant de pareils résultats.

Reste à dire un mot sur le compte du ministère des affaires étrangères, dont le devoir était de protéger l’expédition contre toute malveillance extérieure, et d’en assurer ainsi le succès. Ce devoir fut accompli; mais l’honneur en revient au roi : il mena tout, prescrivit tout, dirigea tout; je ne fus que son premier secrétaire. La marche qu’il adopta fut loyale, généreuse et digne de son noble caractère ; à toute puissance qui lui manifestait une inquiétude • soupçonneuse , il proposa franchement de s’associer aux périls et à la gloire de l’expédition; ce fut ainsi qu’il fit renoncer

(1) Le comte Amédée de Bourmont, blessé mortellement le 2U juin, succomba le 7 juillet 1830.

(2) Le baron d’Haussez , ministre de la marine.

(3) Annuaire de Lesur (année 1830).

l’Espagne à ses projets hostiles ; elle refusa toute participation à l’entreprise, mais de mécontente elle devint amie. Aux représentations, aux menaces de l’Angleterre, il opposa d’abord le silence ; puis, considérant la question d’Alger comme une question européenne qui ne devait point faire l’objet d’une négociation particulière, il répondit aux griefs du cabinet anglais, en me donnant l’ordre d’envoyer à tous ses alliés une même circulaire officielle, explicative de ses sentimens et de ses intentions. La dernière de ces circulaires (1), transmise au moment où notre flotte allait mettre à la voile, établissait nettement la position du roi envers ses alliés, en déclarant que Sa Majesté était exempte de tout engagement antérieur. Le monarque , par sa fermeté, maintint la paix générale et sut faire respecter l’honneur de ses armes (2).

Quant aux frais de l’expédition, on n’eut rien à demander à la France : la victoire paya la conquête.

Plusieurs personnes m’ont écrit dans le but de savoir ce que la Restauration comptait faire de cette conquête; je me suis toujours refusé à traiter séparément les questions qui se rattachent à l’ensemble de l’époque dont j’étudie maintenant l’histoire; mais dans le genre d’écrit que je présente à mes lecteurs, ma réponse peut y trouver place. La voici :

Aussitôt après la prise d’Alger, les consuls euro-

(1) Celle du 12 mai 1830.

(2) Voy. l’excellente et véridique Histoire des négociations relatives à la question d’Alger, publiée dans le mois de mai 1861. par M. le duc de Valmy.

péens furent rétablis dans leurs attributions; j’en donnai avis aux cours alliées. Plus tard, le maréchal de Bourmont soumit le bey d’Oran et le bey de Bone, qui tous deux prêtèrent foi et hommage au roi de France; c’était, ce me semble, faire acte de souveraineté. De plus, j’envoyai l’ordre à notre ambassadeur à Constantinople (l)de traiter toutde suite la question subsidiaire de la suzeraineté que nos succès n’avaient pu enlever au sultan. En effet, d’anciens pactes avec la Porte ottomane nous donnaient bien un droit de guerre contre les puissances barbaresques , mais nous ne pouvions leur prendre que ce qu’ils avaient à nous livrer; le roi ne voulait pas que sa victoire portât préjudice aux droits d’un tiers inoffensif. Un sentiment injuste d’orgueil eût sans doute profité de la force pour se satisfaire ; ce n’était pas ainsi que le roi de France entendait l’honneur. Il fallait donc négocier pour éteindre le droit de suzeraineté que le sultan exerçait légitimement sur le territoire d’Alger. Or, la nature de ces négociations prouve encore que l’intention du monarque était de garder sa conquête; mais eussions-nous pu la conserver? En vérité, je l’ignore. Ce n’était pas les ennemis extérieurs qui nous intimidaient; nous ne craignions que les ennemis du dedans. Ils voulaient, avant tout, renverser le trône, et la perte de notre glorieuse conquête eût été pour eux un sacrifice minime, s’il eût pu contribuer à l’accomplissement de leur désir. Sans troupes, sans argent, qu’eussions-nous donc pu faire?

(t) Le comte Guilleininnt.

Plusieurs projets, le cas échéant, furent proposés pour sortir de ce nouvel embarras ; nous délibérions sur leur mérite respectif lorsque la révolution de juillet mit un terme à nos travaux.

Ici se termine tout ce que je puis placer dans ce travail, concernant l’expédition d’Alger. Ce n’est pas non plus le lieu de traiter la question grecque, mal entamée, mal continuée et mal achevée; j’omettrai de parler également de la grave question de l’union des douanes allemandes, dont j’espérais atténuer les effets désastreux pour la France, en provoquant l’établissement d’une zone intermédiaire depuis la Saxe jusqu’au Hanovre inclusivement. Cette nouvelle union devait rendre nulle de fait celle du Nord et du Midi ; elle commençait à se former sous les plus heureux auspices-, la révolution de juillet l’a frappée de mort. L’Allemagne n’offrira plus bientôt qu’un seul corps politique n’ayantaussi qu’un seulintérêt commercial; là sont sa force et son avenir ; nous en dirons quelques mots plus tard. Je passerai aussi sous silence ce qui a trait aux réclamations pécuniaires des États-Unis d’Amérique; le gouvernement de juillet s’est reconnu débiteur d’une somme de 24,000,000; des tableaux, que j’avais fait dresser dans les bureaux des affaires étrangères, et qui doivent s’y trouver encore , ne m’ont donné pour résultat que l’existence d’une dette d’environ trois millions et demi à quatre millions; mais, je le répète, tous ces détails ne peuvent figurer dans un écrit qui a pour but de présenter la physionomie actuelle de la société européenne et d’expliquer les eau-

ses de perturbation qu’elle renferme aujourd’hui dans sou sein. Cependant je dois insérer ici quelques lignes relativement à la question - espagnole dont j’aurai à m’occuper en son temps.

Le 29 mars 1830, Ferdinand VII rendit un décret par lequel les filles devenaient dorénavant habiles à succéder à la couronne d’Espagne, dans la ligne directe, à défaut d’enfans mâles. Pouvait-il changer ainsi l’ancienne loi semi-salique établie par Philippe Y et mettre au néant les droits existans de ses deux frères? C’est une question que nous examinerons ailleurs. L’ambassadeur du roi de France protesta aussitôt contre le décret ; le ministre des affaires étrangères approuva sa conduite, mais il lui manda d’attendre de nouveaux ordres avant de renouveler sa protestation. Voici, en effet, ce qui se passait aux Tuileries : Charles X avait compris l’influence fatale que pouvait avoir la promulgation de ce décret sur les futures destinées de l’Espagne ; il redoutait aussi les complications politiques qui devaient en résulter. Pour éviter de faire de ce changement de succession au trône d’Espagne une question européenne, il ne voulut l’envisager que sous le point de vue d’une simple question de famille, que les membres de la famille dont il était le chef étaient seuls appelés à résoudre. Il espérait ainsi ramener Ferdinand VII à des idées plus sages, en lui montrant l’opinion unanime de tous les membres de la maison de Bourbon contre l’abolition de la loi semi-salique qui réglait l’ordre de succession à la couronne d’Espagne; il se fût au besoin fait autoriser par l'assemblée de fa-

mille à agir en conséquence. C’élait une manière grande et digne du roi de France de considérer la question; il l’évoquait à lui seul, il en écartait toute influence étrangère; mais le secret était nécessaire jusqu’au moment fixé pour la convocation des membres intéressés de la famille. Le roi s’abstint donc de toute mesure qui pùt attirer l’attention du monarque espagnol sur ses futurs projets ; un plan fut concerté avec le roi des Deux-Siciles, lors de son passage à Paris pour se rendre dans ses Etats. Aussitôt après son retour à Naples, ce plan devait recevoir son exécution ; les membres de la maison de Bourbon eussent été appelés en conseil de famille ; la révolution de juillet intervint, et livra la malheureuse Espagne à toutes les horreurs d’une guerre civile dont on ne peut encore prévoir ni le terme -ni les conséquences. C’est maintenant sous l’aspect d’une nation plongée dans l'anarchie , que nous aurons à la considérer lorsque nous tracerons notre résumé sur l’état actuel de la société européenne (1).

Les soins que Charles X donnait à la conduite des questions poli tiques à l’extérieur, ne l’empêchaient pas de s’occuper avec la même activité consciencieuse de celles qui concernaient le bien-être de laFranceà l’intérieur. M. de Chàteaubriand n’a jamais rien dit de plus vrai sur ce prince que ces mots : II écoute, il observe , il se livre avec une assiduité religieuse à ses devoirs de roi( 2). Les ministres s’empressaient d’aller au devant

(1) Voy. la note 9.

(?) Première lettre à un pair de France.

des désirs du souverain. On connaît le rapport du ministre des finances (1) ; il signale au plus haut degré la prospérité publique de cette époque ; c’est en quelque sorte le compte-rendu de la Restauration; mais le brillant tableau qu’il offre s’effaça bientôt devant l’insurrection parisienne. Le même ministre avait préalablement fait un emprunt à 4 % au dessus du pair, succès qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait jamais obtenu. Enfin le budget qu’il devait présenter aux Chambres n’atteignait pas un milliard : on n’en est pas aujourd’hui quitte à si bon marché. Une ordonnance du roi, provoquée par le ministre de l’instruction publique, donnait à toutes les communes du royaume des écoles et des moyens d’instruction proportionnés aux besoins des populations (2). Nos lois ne permettaient pas d’en faire davantage.

Parlerai-je aussi du ministre des affaires étrangères devenu président du conseil? Il le faut bien, puisqu’il a été l’objet des plus vives attaques; je serai bref, et je prouverai ce que je dirai de lui ; car lorsqu'il s’agit de retracer à ses lecteurs l’énumération de projets utiles dont une force majeure a arrêté l’exécution, ils sont en droit d’exiger la preuve que ces projets ont été réellement conçus et préparés.

Je m’étais depuis long-temps montré hostile au système de centralisation que nous avaient légué la république et l’empire ; j’avais fréquemment entretenu

(1) Publié le 18 mai 1830.

(2) Publiée le 1 U lévrier 1830.

plusieurs des ministres qui m’avaient précédé de la nécessité de mettre un terme à un état de choses qui me semblait incompatible avec les institutions qui nous régissaient; mais je voulais procédér avec ordre et commencer par l’organisation de la commune , base naturelle de toute organisation sociale. Arrivé au ministère, je demandai h quelques agcns diplomatiques à l’extérieur, de me transmettre un travail détaillé sur les institutions municipales du pays dans lequel ils résidaient (1) ; avec le secours de ces lumières, prises à différentes sources, j’avais conçu un plan large d’émancipalion des communes.

Une autre mesure me semblait également recommandable. Nul doute qu’une des libertés les plus précieuses pour le père de famille, ne soitcelle qui lui permette de surveiller et de dirigerlui-même l’éducation de ses enfansdanslesensquirépond le mieux à sa tendre affection pour eux . De pareils soins sont pour lui l’accomplissement d’un premier devoir, que ceux qui en sont l’objet apprennent plus tard à reconnaître comme un premier bienfait. Faire cesser le monopole tyrannique des lois universitaires, et donner aussi une plus grande latitude à l’enseignement public, me paraissait à la fois juste, moral et conforme aux besoins de la société. Un projet de loi avait été préparé pour atteindre ce but.

Enfin le ministère, tout en diminuant les charges publiques, avait su créer à l’État de nouvelles res-

(1) Les rapports qui me furent adressés ont été déposés dans les cartons des affaires étrangères.

sources, dont l’emploi eût augmenté la prospérité générale en procurant un écoulement plus facile aux capitaux particuliers.

11 s’agit maintenant de prouver que ces divers plans ont été réellement conçus et préparés par les ministres d’alors. La révolution de juillet s’est chargée d’enregistrer les preuves que j’aurai à mettre sous les yeux de mes lecteurs; je les puiserai dans ses archives.

Après les journées de juillet 1830, on saisit à l’hôtel des affaires étrangères, entre autres papiers qui m’appartenaient, une note tout entière écrite de ma main, portant le titre suivant : Tableau de la situation politique de la France, présenté au roi, conformément à son désir. Cette note renfermait une analyse des différens points qui devaient être traités et développés dans un rapport spécial. On trouva en effet ce rapport dans le cabinet de Charles X, aux Tuileries; il était en date du 14 avril 1830. L’une et l’autre pièce furent déposées plus tard au greffe de la Cour des Pairs après le procès des ministres; elles s’y trouvent encore; leur autorité ne saurait donc être douteuse ; elles font connaître toute la pensée du ministère sur la situation critique de l’époque; elles exposent ses vues, ses projets et ses espérances. Sans les événemens de juillet, ces deux pièces fussent restées ignorées, car elles n’étaient point destinées à la publicité, et elles n’en révèlent donc que mieux les secrètes pensées qui préoccupaient alors la couronne et ses conseillers. Je vais en extraire les passages qui renferment les preuves dont j’ai besoin.

Après avoir traité successivement les questions qui se rapportent au crédit public, au bien-être de l'agriculture, a la prospérité du commerce . au développement de l’industrie; après avoir tracé le tableau satisfaisant de nos relations à l'extérieur, on lit dans le rapport ce qui suit :

« Toutefois , le roi ne croyait pas que sa haute mis- » sion dût se borner à veiller à la conservation de l’état » des choses, tel qu’il existe aujourd’hui. Quelques » améliorations étaient conseillées par l’intérêt public, » et les circonstances semblaient favorables à leurexé- » cution; c’est ainsi que la centralisation des affaires » d administration nuit fréquemment à la gestion des « intérêts communaux et départementaux; le roi avait » pensé que les décisions de plusieurs de ces affaires » pouvaient avoir lieu avec plus d’avantage surleslieux » mêmes; quedans plusieurs cas, les administrés ou les » fonctionnaires subalternes pourraient agir eux- » mêmes sous l’inspection du gouvernement, d’une ma- » nière plus prompte et plus sage que l’autorité cen- » traie ne le fait aujourd’hui; une loi était préparée » pour atteindre ce but.

» Beaucoup de capitaux sont maintenant inactifs ou » mal employés. Le gouvernement du roi aurait voulu » leur ouvrir un débouché par la mise en construction » de nouvelles routes, de nouveaux canaux, dont la créa- » tion aurait augmenté dans l’avenir l’activité de notre » industrie et les ressources de nos provinces; de» » projets de loi avaient été conçus pour cet objet. »

Pour l’intelligence du paragraphe précédent, il est

ifi

bon de dire qu’une loi de finances devait être soumise aux Chambres, laquelle, tout en diminuant les charges des contribuables, tout en conservant à l’amortissement sa force et son intégralité, aurait néanmoins pu mettre à la dispositiondu gouvernement, sans créations de nouveaux emprunts ni émissions de nouvelles obligations du trésor, la somme de deux cents millions , dont un cinquième eût annuellement été affecté aux réparations des routes, places de guerre, arsenaux de la marine et à l’achcvement des canaux; or, l’emploi des capitaux appartenant à l’État, amène nécessairement l’emploi des capitaux qui appartiennent aux particuliers (1). C’est un principe en finances, que les capitaux appellent les capitaux; le mouvement de capi taux qu’on projetait devait donc être aussi utile aux intérêts particuliers qu’à ceux de l’État; les chemins de fer ont aujourd’hui remplacé les canaux, mais je doute fort que leur construction s’achève sans l’imposition de nouvelles charges sur les contribuables ; quant à la force actuelle de la caisse d’amortissement, personne n’ignore qu’elle est moins considérable qu’autrefois, ses anciennes ressources ont, en grande partie, été dévorées.

Je reprendsles citations extraites du Rapport au roi.

« Des pères de famille regrettent profondément de » ne pas voir nos lois sur l’instruction publique , d’ac-

(1) Le projet de loi dont il est ici question a été imprimé et soumis 5 l’inspection d’habiles financiers; il doit en rester des exemplaires au ministère des finances.

» cord avec les principes de liberté politique et civile » qui prévalent dans nos institutions; ils demandent » plus de latitude dans le choix des moyens qu’ils pour- » raient employer pour l’éducation de leurs enfans. Le » gouvernement avait travaillé à leur donner une juste » satisfaction. »

On voit, par les courtes citations que je viens d’extraire de ce rapport, quelles étaient les intentions de la couronne à l’époque de l’ouverture des chambres , en mars 1830. Diminution dans les charges publiques, et cependant création de nouveaux capitaux, sans augmenter la dette de l’État, pour l’entretien de nos canaux, de nos places fortes et de nos arsenaux maritimes; décentralisation dans les affaires de l’administration; une plus grande liberté accordée à l’enseignement public ; telles étaient les mesures législatives réclamées hautement; telles étaient aussi celles que la couronne comptait proposer. Un peu plus tard, en dotant la France (comme elle le fit) d’une conquête qui ouvrait dans la Méditerranée un nouveau débouché à notre commerce , elle eût ajouté à la prospérité intérieure de notre patrie l’influence que peut donner à l’extérieur l’éclat d’une victoire utile à tous les peuples civilisés ; mais le fameux refus de concours prononcé par la Chambre des Députés , et sur le compte duquel nous aurons bientôt à nous expliquer, mit alors obstacle à ses desseins.

Qu’on ne croie pas que ces détails soient étrangers au but que je me propose; plus les intentions du ministère du 8 août étaient droites , plus injustes ont été les attaques dirigées contre lui : il fallait donc donner connais-

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sauce de la nature de ces intentions ; il fallait démontrer que, sans sortir de la légalité, et bien qu’environné d’innombrables difficultés qu’on faisait surgir sur ses pas, il cherchait consciencieusement à travailler au bienêtre comme à la gloire du pays. A l’exception du comte de Chabrol , dont les opinions douces et modérées étaient connues , aucun des conseillers de la couronne, avant l’ouverture de la session de 1830 , n’avait encore figuré à la tête des affaires ; hommes nouveaux, on devait attendre leurs actes pour les juger. Qu’on les soupçonnât, passe -, mais qu’on les accusât ! la loyauté le défendait : que pouvait-on, en effet, leur reprocher? Le président du conseil , dont on rappelait, en le dénaturant , l’incident relatif au serment qu’il avait prêté en 1815, à la séance royale (1), était surtout signalé comme l’ennemi de la Charte : ennemi, non ; désapprobateur, oui ; mais enfin cette Charte existait, on ne pouvait la détruire ; il fallait s’en servir, l’événement a prouvé que mes détracteurs y tenaient moins que moi; car, comme nous le verrons, ils l’ont d’abord violée, puis ensuite changée. Au reste, ils ont joué leur jeu ; ils n’attaquaient le ministère que pour pouvoir battre en brêchele trône, et avec le secours de leurs aveugles auxiliaires ils ont réussi. Mais je tiens au moins à faire ressortir la fausseté de leurs allégations ; le fait suivant peut encore me venir en aide.

Depuis quinze ans, la Charte de 1814 avait été le terrain sur lequel les partis avaient lutté les uns contre les autres ; ministres , royalistes , libéraux , tous en étaient

(t) Voy. ci-dessus, pag. 1 63 et suivantes.

venus aux mains en invoquant cet acte fondamental ; mais , dans ces luttes incessantes, on s’était de part et d’autre un peu écarté du terrain primitif du combat. Je conçus le projet , d’après un plan qui me fut présenté , de rentrer franchement et complètement dans les anciennes limites fixées par la Charte elle-même : plusieurs des articles de cette loi politique avaient été enfreints ou étaient tombés en désuétude ; il s’agissait donc de rendre aux premiers leur force, et de remettre en vigueur les autres : d’après ce plan , la conscription eût été définitivement abolie , conformément à l’article 12. Le vote direct, dans les élections, eût été rétabli d’après l’article 35. La Chambre des Députés, au lieu d’être septennale , se fut renouvelée par cinquième tel que l’indiquait l’article 37. Enfin l’adoption des amendemens eût été soumise aux règles posées dans l’article 16. Le retour à l’exécution de ce dernier article était, il faut le dire, de la plus grande importance pour la couronne; il lui rendait un droit qu’elle s’était laissé enlever, celui de ne permettre l’adoption d’aucun amendement dans une loi avant qu’elle ne l’eût consenti ; l’usage contraire s’était introduit dans la Chambre des Députés. Les loisy étaient fréquemment amendées sous l’impression de brillantes improvisations; elles perdaient ainsi leur caractère et leur couleur, et souvent même se détournaient du but. que voulait atteindre le législateur (1).

J’entretins le roi du projet que j’avais médité ; il

(1) L’art. 46 rie la Charte de 1814 disait ; « Aucun amende-

l’approuva chaudement, et me donna l’ordre de l’exposer au conseil des ministres, ce que je fis. Nous étions vers la fin de janvier 1830,1a session devait s’ouvrir dans quelques semaines; ce court espace de temps nuisit peut-être à l’adoption de ce plan ; toutefois je dois convenir que le garde des sceaux (1) y fit de sérieuses objections. En annonçant dans le discours d’ouverture l’intention de la couronne de rentrer strictement dans les dispositions écrites de la Charte, j’avais conçu l’espoir de concilier les esprits , et d’apporter plus de calme dans les délibérations de la Chambre élective ; mais le garde des sceaux soutint, peut-être avec raison, que les discussions soulevées à l’occasion des changemens proposés , surtout de celui qui se rapportait à l’exécution de l’article 46 , ne pouvaient au contraire qu’être très orageuses ; d’un autre côté la substitution du mode de recrutement différent de celui que présentait la conscription, exigeait de mûres réflexions. Tantestque le projet fut évincé ou pour le moins ajourné.

Je voulus , néanmoins, savoir jusqu’à quel point les craintes manifestées par M. le garde des sceaux étaient fondées. Je sondai les dispositions des membres du côté droit et du centre droit de la Chambre des Députés. Tous , à l’exception de quatre ou cinq , me parurent favorables au projet. Restaient à connaître les intentions du centre gauche et surtout celles du côté gauche qui,

» ment ne peut être fait à une loi , s’il n’a été proposé ou consenti » parle roi et s’il n’a été renvoyé dans les bureaux. ■)

(1) M. de Courvoisicr.

tout en s’effaçant , dirigeait l’opposition contre la couronne et seul avait le secret de notre avenir. J’avais en vain fait dire aux membres appartenant à ce dernier côté, que considérant l’hôtel des affaires étrangères comme un terrain neutre, je serais charmé de les y recevoir et de m’entretenir avec eux de questions d’intérêt public ; nul n’y vint, à l’exception de M. Ternaux, avant l’ouverture de la session ; après cette époque, je vis successivement M. Laffitte, dont les manières douces et prévenantes se conciliaient peu, dans ma pensée, avec ses projets hostiles contre la légitimité ; il évita de me parler de questions politiques , et ne fit rouler ses conversations que sur des objets de linances. C’était me forcer de reconnaître sa supériorité. Je vis encore MM. Baudc , Mauguin et Cordicr, puis finalement M. Humann, appartenant plutôt à l’opinion du centre gauche qu’à celle de la gauche proprement dite ; il venait me remercier de l’avancement , justifié par le mérite, que j’avais donné au baron de Bussières, ce qui avait facilité le mariage de sa fille avec ce jeune diplomate ; les entretiens politiques que j’avais eus avec les personnes indiquées avant M. Humann, n’ayant amené aucun résultat , il devient inutile de les rapporter dans l’esquisse que je trace en ce moment.

M. Ternaux (1) étant donc le seul d’entre les mem-

(1) M. Ternaux suivait , près du ministère , l'affaire relative au navire espagnol la Yeloz Marianna, pris par les Français dans la guerre d'Espagne. Soit prétexte , soit motif réel , la réclamation dont il s’était chargé expliquait naturellement ses visites assez fréquentes à l'hôtel des affaires étrangères.

1res du côté gauche que je visse avant l’ouverture de la session , je lui fis part du projet que j’avais conçu ; il parut abonder dans mon sens , il prit note par écrit des divers articles de la Charte dans lesquels je faisais la proposition de rentrer franchement ; il me promit de consulter ses collègues et de me rapporter le résultat de leur opinion assez à temps pour que ce résultat , s’il était favorable, pùt influer sur la rédaction du discours du trône ; mais M.Ternaux ne revint qu’un mois après, c’est à dire l’avant-veille du jour fixé pour la séance royale (1).I1 m’apportait, disait-il, l’approbation de ses collègues à mes propositions ; je ne vis dans cette réponse tardive qu’une ruse de guerre qui m’étonna peu. Elle me confirma dans la penséo que le côté gauche de la Chambre élective n’avait nul souci pour le maintien ou la stricte exécution de la Charte, et qu’il en appelait à l’exacte observance des dispositions de cet acte politique que pour mieux cacher ses projets hostiles contre la monarchie . En effet, la rédaction du discou rs du roi était arrêtée ; le temps manquait pour ramener mes collègues à ma manière de voir. Après tout, c’étaient eux qui avaient bien vu. La gauche, repoussant toute idée de conciliation, et n’osant pas s’opposer à l’adoption d’une mesure dont le rejet eût trahi son intime pensée, eut soin d’en rendre l’exécution impossible ; mais au moins les membres de cette opinion n’ignoraient pas quelle était la nature de mes intentions , et comment, alors, retrouver dans leur adresse du refus

(1) L’ouverture de la session eut lieu le 2 mars 1830.

de concours , ce sentiment de loyauté dont ils se prévalaient hautement ?

Posons nettement la question : il n’y avait guère de conciliation possible. Le principe démocratique, qui déjà s’avançait triomphant, nedutvoir dans la personne que le roi avait mise à la tète de son conseil qu’un obstacle à ses desseins. H connaissait son dévoùment longuement éprouvé au principe de la légitimité, et l’inflexibilité de son caractère devant la menace ou la séduction. Il comprit qu’il fallait combattre ou céder le terrain dont il avait fait la conquête sous le précédent ministère. Que lui iinportaientdonc les bonnes intentions des conseillers de la couronne, leurs actes utiles ou glorieux pour le pays? «Quand bien même, s’écria , lors de la mémorable discussion de l’adresse , un orateur de l’opposition, « quand bien même les minis- » très nous apporteraient des lois bonnes et utiles pour » le pays, ces lois devraient être repoussées : Timeo Da- » naos et dona ferentes (1 ) . » Ces paroles impliquaient d’avance le refus du budget. Plus tard, les victoires de notre armée sur les plages d’Afrique n’excitèrent, chez les partisans des doctrines anti-monarchiques, ni enthousiame, ni satisfaction (2). Le bien-être et la gloire de la France leur étaient alors indifférens; ils ne vou-

(1) Paroles de M. Oupiu aîné à la Chambre des Députés dans la séances du 16 mars 1830. J'étais présent, et je les ai distinctement entendues , ainsi que mes collègues.

(2) Voy. l’aveu que fait à ce sujet M. Louis Blanc daus son Histoire de Dix- Ans, I" vol. , pag. 168.

laient que le succès de leur principe, et ce succès ne pouvait s’obtenir que par la chute du trône.

On peut affirmer, sans craindre de blesser la vérité, que les quinze années de la restauration offrent le spectacle d’une lutte continuelle entre deux principes politiques, le principe monarchique et le principe démocratique. Celui-ci, faible à son commencement, mais persévérant dans ses projets, s’élance bientôt dans l’arène avec la confiance du succès ; nous signalons alors sa marche, ses progrès, son influence sur ceux qu’il traîne à sa suite, le mouvement qu’il imprime aux événemens. Nous le voyons s’avancer à pas de géant vers le but qu’il veut atteindre, moissonner dans sa course tous les ministères qu’on oppose à ses efforts, rétrécir de jour en jour le cercle de Popilius qu’il trace autour du trône, et forcer enfin le monarque à lui livrer un combat inégal.

II est facile de fixer le point de départ de ce principe , d’en suivre la marche , d’en indiquer les effets , d’en proclamer le résultat. Quatre lignes suffisent.

Point de départ. — Principe posé par la Chambre des représentans , le 5 juillet 1815 : souveraineté du l>euple, royauté élective, couleurs tricolores. Nous en avons déjà parlé.

Marche ou moyens d'exécution. — Opposition systématique reproduite sous toutes les formes , tels que complots, sociétés secrètes, et adoptée principalement par la presse et la tribune parlementaire.

Effets. — Embarras de la couronne prouvé par le choix de soixante-deux ministres différons, dans l’es-

pace de quinze années; affaiblissement successif du principe monarchique démontré par ce seul fait, que tous les ministres, sans exception, ont, en quittant les affaires, laissé le pouvoir royal plus chancelant qu'ils ne l’avaient trouvé à leur accession.

Résultats. — Charte de 1830; Souveraineté du peuple, royauté élective, couleurs tricolores.

Ce rapprochement suflit pour indiquer le but du principe, sa lutte et sa victoire.

L’existence de cette lutte secrète , si bien révélée par un éloquent écrivain au début de la Restauration (1), se voila sans doute à ses yeux, lorsque plus tard, par des considérations déjà développées, il se jeta dans une active opposition et qu’il y attira un trop grand nombre de vrais amis de la légitimité. Les ennemis du trône profitèrent habilement de l’illusion qui dominait ces nouveaux opposans. Sans perdre de vue leurs projets hostiles contre le trône, ils feignirent de s’enrôler sous leurs bannières, et c’est, on peut dire, sous les insignes de la légitimité que bientôt ils sonnèrent le pas de charge contre la monarchie.

Reprenons maintenant le fil de notre narration et parcourons rapidement les dernières scènes du drame de la Restauration.

(1) Le vicomte de Chateaubriand. ( Voy. la Monarchie selon la Charte.)

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