‹ Etudes historiquesChapitre 10 sur 40 · LES ARTISTES · texte numérisé non relu

LES ARTISTES

Le premier qui fit un ouvrage pour offrir comme modèles aux artistes les planches de Vésale est un peintre de La Haye, Jacob Vander Gracht. Son livre, en langue néerlandaise, a pour titre ; Anatomie der wtterlicke deelen van het Menschelick Lichaem a Dinende om te verstaen ende volkomentlick wt te beelden ail beroerlicheit des selden Lichaems. Aengewesen door Jacob Vander Gracht, Schilder. Bequaemvoor Schilders, Beelthouwers, Plaetsuyders, als oock Chirurgiens. Wtgegeven door den Auteur in sGraven Hagœ, 1634 (Anatomie des parties extérieures du corps humain, servant à faire comprendre la perfection des formes et des rhouveraênts dudit corps, composée par Jacob Van der Gracht, peintre ; à l’usage des peintres, des statuaires, des graveurs et même des chirurgiens). In-folio. Ce titre est dans un beau frontispice où la figure allégorique principale, ayant une palette à la main gauche, porte suspendu au cou un masque sur lequel est écrit : Imitatio.

Lé texte se compose d’extraits des livres de Dulaurens, de Cabrol et de Vésale, traduits en langue néerlandaise, ainsi que les explications des planches. Elles sont au nombre de 18 : les deux squelettes, de face et de dos aux mains jointes, et les quatorze planches de muscles de Vésale, fort bien reproduites, quoique gravées dans une manière différente. Elles ont leur dimension originale, 34 centimètres. Les deux autres planches, pour l’anatomie de la main et du pied, sont de J. Gasserius.

La plus belle reproduction des planches de Vésale pour les artistes est sans contredit celle de François Tortebat ; Abrégé d'anatomie accommodée aux arts de peinture et de sculpture, mis en lumière par Fr Tortebat, peintre du roy dans son Académie royale de peinture et de sculpture. A Paris, 1667. Grand in-fol. J’en possède un très-bel exemplaire. Il ne porte pas le nom de Roger de Piles, qui passe pour l’avoir inspiré. A la fin, après le privilège, on voit qu’il a été Cl achevé d’imprimer pour la première fois le douzième janvier 1668 ».

Sans discussion, les planches de Vésale sont attribuées à

Titierv, et cette fausse attribution est demeurée jusque dans ces derniers temps. «Pour ce qui est des figures, est-il dit à la fin de la préface, elles sont d’après celles que le Titien avait desseignées pour le livre de Vésale; vous les trouverez assurément fort justes; et je m’en suis servi parce que j’ai cru qu’il était impossible de mieux faire pour le sujet. » L’ouvrage contient, avec leurs explications, douze figures gravées sur cuivre et de tous points fort belles, mais toute s inversées, ce qui est d’ailleurs sans inconvénient. D’abord les trois squelettes du Grand ouvrage d’anatomie : A, de face; B, de dos, aux mains jointes ; G, de profil. Ils ont été agrandis; mesurant 34 centimètres dans l’original, ils ont ici 41 et 42 centimètres. Puis sept figures des muscles ; les IIP, IIIP, VP et VIP, calquées sur celles de l’Epitome, ont 43 centimètres; les P®, IP, V®, empruntées au Grand livre d’anatomie, ont été agrandies pour atteindre à peu près les mêmes dimensions. Enfin les deux belles figures nues de l’homme et de la femme sont l’exacte reproduction de celles de l’Epitome. Le sol sur lequel repose chaque figure représente des paysages variés qui ‘proviennent du Grand ouvrage d’anatomie. Les squelettes et les figures I, II, V, ont conservé celui qu’ils avaient. Pour les figures de l’Epitome, on retrouve dansles IIP et IIIP les paysages des planches 13® et 12® des muscles; dans les VP et VIP ceux des planches 5® et 4®, et dans les deux figures nues ceux des planches 10® et 11®. L’auteur dit, à propos de la première figure des muscles, que « Titien l’avait desseignée exprès pour les peintres, comme Vésale le témoigne ». Ce qui n’est pas exact. Après l’explication de la septième : «Je m’arrête ici tout court, mon cher lecteur... Si votre curiosité vous porte à vous instruire plus à fond de l’anatomie, je vous conseille de voir Vésale : les figures que je Titien lui a desseignées sont d’un prix et d’une beauté inestimables. » Enfin cette dernière note : « Pour détromper ceux qui croyent qu’on ne peut pas savoir Fanatomie sans faire dur, j’ai bien voulu vous faire voir à la fin de ce livre les deux figures que le Titien a mises à la fin de l’Epitome de Vésale : vous en jugerez. »

Le recueil de Fr. Tortebat a eu autant de vogue que l’imitation de Th. Gemini. Il a été reproduit nombre de fois, mais avec dix planches seulement : les sept figures des muscles et les trois squelettes qui portent les numéros 8, 9, 10. Les figures nues de l’Epitome n’existent que dans la première édition de 1667.

C’est dans üh format un peu plus petit qu’ont été faites tes

planches de la traduction allemande publiée en 1706 à Berlin : Kurge Verfassung der Anatomie wie selbige zu der Malhery und Bildhauern, erfordert wird, zum Besten der kdnigl. preussischenAkademie,erstHchauslichtgegebenvonFrançois Tortebat, nun aber in diese bequeme, from gebracht. Berlin by Rüdiger, 1706. Petit in-folio (Court extrait d’anatomie indispensable aux peintres et aux sculpteurs, publié pour la première fois par François Tortebat, maintenant donné dans le format commode). L. Choulant (ouvr. cit., p. 57) l’attribue à Samuel Théodor Geriche, et fait peu de cas des gravures dessinées par Lorenz Beger d’après Tortebat. Elles mesuraient environ 34 centimètres, comme les planches du Grand ouvrage de Vésale. Les quatre planches tirées de l’Epitome seules auraient été réduites dans leurs dimensions.

La même année 1706, parut à Augsbourg une autre imitation de Tortebat, bien que le titre ne le nomme pas : Andrece Vesalii Bruxellensis Zergliederung dess menschlichen Corpers. auf Mahlerey und Bildhauerkunstgericht. DieFiguren vonTüiangezeichnet. Auspurg. Gedrucktund verlegt dur ch Andréas Maschenbaur, 1706 (Anatomie du corps humain faite au point de vue de la peinture et de la sculpture. Les figures dessinées par Titien, Augsbourg, imprimées et publiées par André Maschenbauer). In-folio, 16 feuillets. L’attribution des planches de Vésale à Titien indique bien François Tortebat. L. Choulant (ouvr. cit., p. 50) décrit ainsi ce livre, que nous ne connaissons pas : «Sur le frontispice cinq crânes du Grand ouvrage, et cinq autres à la fin ; trois squelettes et quatre figures de muscles ensemble ; quatre autres figures de muscles etles deux figures nues de l’Epitome. »

Une autre édition parut en 1723, avec cette variante dans le texte : « Zergliederung des Menschlichen Côrpers, inso fern sie Mahlern und Bildhauern dienlich ist. Auspurg, Verlep von Maschenbauer.» 14 feuillets. Mêmes planches ; les crânes du frontispice sont à la fin, et des cinq autres trois seulement ont été conservés et mis avec les figures.

Jacques Douglas avait eu aussi l’idée de publier séparément quelques planches de Vésale. Dans la première édition de sa Bibliographie anatomique, 1715, il dit qu’il a publié récemment (nuper), avec des explications qu’il a mises sur les planches elles-mêmes, huit figures : trois des muscles 2, 9 du Grand ouvrage), les trois squelettes, et les deux figures nues représentant les parties extérieures (de l’Epitome). Je suppose que les planches publiées par J. Douglas ont été copiées sur Gemini plutôt que sur Tortebat.

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Notomia de Titiano, dedicala ail illustriss. signor Franç Ghisilieri, semtore di Bologna, per Domenico Bonaverci. In-folio, sans lieu ni date, et sans texte, a dû paraître vers là même époque. Bonavera, élève de Canuti, était né à Bologne en 1640. Ce sont 18 planches de Vésale attribuées alors à Titien, comme l’avait fait Tortebat. Le même ouvrage a paru en latin avec ce titre ; Liber anatomicus. Titianus invenit et delineaviU Domenicus de Bonavera sculpsit. S. 1. n. d. (Haller, BibL anat., t. II, p. 740). Je ne connais ni l’un ni l’autre.

En 1733, Pierre-Jean Mariette fils réimprime V Abrégé d'anatomie accommodé aux arts de peinture et de sculpture, mis en lumière par F. Tortebat. Il ajoute seulement dans le titre ; par M. de Piles. Même texte absolument; mêmes figures avec les signatures de F. Tortebat. On dirait que les planches de 1667 ont servi à cette édition. Les deux figures nues de l’Epitome n’y sont pas, autrement la reproduction est complète.

Les planches sont aussi absolument pareilles dans la réimpression de Charles-Antoine Jombert, 1765; mais le texte est un peu changé. Certaines notes ont été supprimées. C’est le même titre que dans l’édition précédente avec le nom de De Piles. Le livre est divisé en deux parties : Myologie et Ostéologie. L’Abrégé tiré àn Traité des os de M. Duverney n’est qu’une amplification du texte donné par Tortebat ou De Piles en 1668. Les squelettes sont transportés à la fin, pl. VIII, IX, X; mais dans l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale il n’y a que le squelette de face A, les autres ont été perdus.

Dix-neuf ans plus tard (1784), le même Charles-Antoine Jombert, dans sa Méthode pour apprendre le dessin... Paris, chezL. Cellot, libr. impr., gendre et successeur de l’auteur, donne «six planches d’anatomie qui représentent un squelette et un écorché vus de différents côtés. Ces gravures sont faites, dit-il, d’après les planches originales dessinées par le Titien pour le livre d’anatomie de Vésale. » Ce sont les trois squelettes et les trois figures de muscles de face (1" de Vésale), de dos (9®) et de profil (2®). Elles ont 23 centimètres de hauteur, fort bien gravées par Poletnich. Au lieu de F. Tortebat, on a mis ; le Titien delineavit. Le fils de Charles-Antoine Jombert avait épousé, en 1772, la fille d’Ambroise Didot. Son beau-frère, Firmin Didot, lui succéda.

Quelques années auparavant, en 1760, avait paru chez J.-B. Crépy, rue Saint-Jacques, une édition en plus petit format de l’ouvrage de Tortebat. Le titre est dans un frontis-

pice sans nom d’auteur, qui mesure, comme les planches, 26 centimètres de hauteur. La dédicace de Tortebat manque. L’avertissement aux « amateurs de l’art de peinture et de sculpture » est le mênae que celui des autres éditions «: au lecteur». Puis les trois squelettes et les sept figures de muscles avec leurs explications : rien n’est changé.

Le même ouvrage, absolument pareil de tous points, mais avec une meilleure impression, a été publié chez Jean, rue Saint-Jean -de-Beauvais, 10, sans date, au commencement de ce siècle, peu après la tentative suivante du même éditeur : Traité d'anatomie accommodée aux arts de peinture et de sculpture, par Tortebat. Nouvelle édition. A Paris, chez Jean, éditeur, etc. Grand in-folio. L’ancienne préface est suivie d’un avis de l’éditeur où il est dit que cet ouvrage fut imprimé pour la première fois en 1667, du vivant de l’auteur Roger de Pille (sfc)..., et que « ce fut F. Tortebat, gendre et élève de Simon Vonet, qui se chargea du soin de cette édition; il en grava même à l’eau-forte les figures, d’après l’indication et le choix faits par de Pille, des figures du Traité' d'anatomie de Vésale dessinées par le Tilien. » L’éditeur Jean a fait exécuter les planches dans le genre du crayon, cette manière étant plus favorable pour les Jeunes élèves... P. Thomas Leclère, peintre et dessinateur, s’est chargé de conduire et dè diriger cette nouvelle édition. La gravure est de Petit. Le texte est celui de l’édition de Jombert, divisé en myologie et ostéologie. Sur le dernier squelette, on lit : P. -T. Leclère, an VII (1798). Les figures sont de grande dimension, 43 centimètres. La pièce cataloguée à la Bibliothèque Nationale Ta‘®5, avec la date probable (1826), est le texte de cette édition de l’an VU.

Après Jombert, d’autres libraires qui avaient acheté son fonds publièrent une autre édition du même ouvrage sous leur nom : Barrois l’aisné, libr.,r. de Savoie,23, etMagimel, libr., quai des Augustins, près le Pont-Neuf, 8. Paris, sans date. On imprime encore aujourd’hui de temps en temps, pour les besoins des artistes et des curieux, ces planches de F. Tortebat en feuilles séparées, chez M. Lelogeais, marchand d’estampes, rue de Seine, n® 18, où se trouvent très-bien conservés les cuivres (1) du célèbre graveur du xvii® siècle. Les épreuves sont toujours fort belles.

Le petit format de 1760, publié par J.-B. Crépy, reproduit ensuite par l’éditeur Jean et par ses successeurs P. Mali) Achetés à la vente de madame veuve Jean, vers 18-46.

rie et A. Bernard, continue à paraître chez Bernard, 1, rue des Grands-Augustins, ainsi que les grandes planches dans le genre du crayon de Leclère.

Ainsi depuis Tortebat, 1668, jusque dans ces derniers temps, on s’était fort peu occupé de Jean de Calcar, auquel Vasari attribuait les planches de Vésale, et, sans discussion, on continuait à les abriter sous le grand nom de Titien, pour leur donner sans doute plus de poids aux yeux des artistes, et des professeurs de dessin.

Mais revenons un peu en arrière. Onze ans après le recueil de Tortebat, en 1679, Giuseppe Montani publia à Venise : Anatomia ridotta (réduite) aW uso di pittori e scultori, dal signor Giacopo Moro, consecrata ail’ illustrissimo ed eccellentissimo signore il signor Gio.- Andrea Raeiborsko, conte di Morstin e gran tesoriero del regno de Polognia. In Venegia, presse G.-T. Valmsense, 1679. In-folio. Dix-neuf planches au trait d’après Vésale : trois contenant les os séparés ; une autre avec les trois squelettes (I de face, II de dos, III de profil, elle est repliée) ; les quatorze planches de muscles et une dernière des muscles séparés des membres supérieurs et inférieurs. Les explications des lettres alphabétiques qui se trouvent sur les figures sont de Giuseppe Montani. Est-ce la reproduction d’un ancien ouvrage? (Cabinet des estampes, J f. 6.)

En résumé, on vient de voir que ces étonnantes planches de Vésale, après avoir servi à illustrer pendant plus d’un siècle les livres d’anatomie, ont été utilisées ensuite, à cause de la perfection de leur dessin, comme modèles pour les artistes jusqu’à notre époque.

Tarin, chargé de l’article Anatomie dans la grande Encyclopédie àeDiderot et d’Alembert, choisit trente-trois planches dans les meilleurs auteurs. Il fait reproduire (Recueil des planches sur les sciences et les arts, 1762, t. I“) les trois squelettes de l’Anatomie de Vésale, donnant ainsi sa part d’admiration à cette œuvre incomparable !

PARIS. — IMPRIMERIE DI E. MARTINET, RUE MlUHON, i

extrait de la gazette hebdomadaire de médecine et de chirdrcie

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