AMBROISE PARÉ
LA DATE DE SA NAISSANCE — SA FAMILLE — SA DEMEURE SA RELIGION — SES ŒUVRES
M. LE E. TURNER
Membre honoraire de la Société anatomique, etc.
[Ce travail était déposé à la Gazette hebdomadaire, quand elle fit paraître une série d’articles de M. Emile Bégin sur Ambroise Paré. Au sujet de ces articles, je me contenterai de faire remarquer que le voyage d’Ambroise Paré dont il y est question a eu lieu, non kDourdan-sur-Orge (Seine-et-Oise), mais Mon a. Dourlan, Durlentium, Dourlens, aujourd’hui Doullens (voy. Gaz. hebd. , n“ 1 de janvier 1879, p. 6.).]
I- Quand il s’agit d’Ambroise Paré, on est heureux de trouver le monument littéraire élevé par J.-F. Malgaigne à la gloire du grand chirurgien du seizième siècle {Œuvres complètes, 3 vol., 1840). L’étude si connue et si remarquable sur sa vie et ses oeuvres, qui forme la troisième partie de 1 introduction (pages ccxxiii à cccli), tout en étant digne d’éloges mérités, n’est pas cependant sans quelques erreurs quelques omissions sur les points que je viens d’indiquer.
C’est pour corriger les unes et réparer les autres que ce petit travail a été entrepris.
L’erreur principale a été de fixer l’époque de la naissance d’A. Paré à l’année 1517. Et malheureusement, sous l’autorité de l’éminent professeur, elle a été acceptée et propagée par tous les historiens qui ont écrit depuis 1840. Jusque-là on avait cru, et j’espère qu’on croira encore, d’après Pierre de l’Estoile, que « maistre Ambroise Paré, chirurgien du roy, mort le jeudi 20 décembre 1590, la veille de la saint Thomas, à Paris, en sa maison, à l’âge de quatre-vingt ans, » était né en 1510. Pourquoi Malgaigne a-t-il refusé de se ranger à l’opinion commune? Uniquement parce que les dates des divers portraits d’A. Paré, qui se trouvent en tête de la plupart de ses ouvrages, ne concordent pas. Il les met soigneusement en regard les unes des autres, se complaît en quelque sorte à augmenter leur confusion, et arrive à ce résultat incroyable, p. ccxxv : « C’est que Paré n’était pas sûr de son » âge, qu’il accusait successivement pour date de sa naissance ))les années 1510, 1514, 1516, 1518. La date de 1516 est. » celle qu’il adoptait dans son âge mûr ; les trois autres, adop- » tées tour à tour par lui dans sa vieillesse, semblent accuser » un affaiblissement de mémoire qui ne permet pas de leur » accorder grande confiance.» Nous verrons bientôt que ce sont justement les dates des derniers ouvrages qui seules sont exactes, a Tel étaitle point où j’étais arrivé, ajoute Malgaigne, lorsque me sont parvenus les renseignements de M. E. Bégin, qui tranchent la difficulté; A. Paré était véritablement né en 1517. » Et alors on s’attend à voir Malgaigne établir la valeur de ces renseignements. Vain espoir! il se borne â dire, ouvrage cité. Introduction, p. ccxxiv : « Louis, le secrétaire de l’Académie de chirurgie, avait fait faire à Laval des recherches spéciales sur la famille et l’époque de la naissance d’A. Paré; mais rien n’avait été publié sur ces documents, et l’on eu ignorait jusqu’à l’existence, lorsqu’ils tombèrent entre les mains de M. E. Bégin, docteur en médecine à Metz. )) ’V oilà tout. On ne sait seulement pas qui a fait cette . en-
quête (1), dont les résultats n’avaient pas même été jugés dignes de l’impression. Gomprend-on que Malgaigne se soit ainsi laissé prendre à si peu de chose? Je suis persuadé que, sans ce hasard qu’il a cru favorable, il aurait suivi, pour ariiver à la vérité, une autre voie, celte que je vais parcourir avec le lecteur, en cherchant moi-même au lieu de me fier à un autre.
Le portrait d’Ambroise Paré le plus connu, le plus répandu, estcelui de A. Vallée : ANNO ÆTATIS 75 — 1585, qui a été fait pour la quatrième édition des Œuvres complètes, que j’appellerai l’édition par excellence. Mais il avait été précédé par un autre, à peu près pareil, signé S. F., en parfaite concordance de dates : ANNO ÆTATIS 72 — 1582, qui est en tête du discours sur la mumie.
C’est le portrait de Vallée qui a prévalu. On le retrouve dans les cinquième et septième éditions des Œuvres complètes, Paris, 1598 et 1614, et gravé plus grossièrement dans les autres, imprimées à Lyon : neuvième, 1633; dixième, 1641 ; onzième, 1652; douzième, 1664, toujours avec l’inscription ANNO ÆTATIS 75 — 1585.
Le portrait de 1582 : ANNO ÆTATIS 72, signé S.,, a été reproduit exactement par Giullis Horbeek pour la sixième édition, 1607, et pour la huitième, 1628, avec cette légère variante : ANNO ÆTATIS 75 — 1584. Pourquoi ce changement? Est-ce une rectification? On sait que dans la première moitié du seizième siècle l’année commençait à Pâques. Peutêtre A. Paré est-il né à la fin de 1509, comme le veulent quelques historiens. Inutile de faire des suppositions. Il vaut mieux établir que les deux portraits de 1582 et de 1585 fixent l’un et l’autre l’époque de la naissance d’Ambroise Paré à Tannée 1510. Ils se ressemblent tellement qu’on a cru qu’ils avaient été copiés l’un sur l’autre. Seulement Malgaigne se
d) D’après le docteur Hubert (Notice sur le monument élevé à la mémoire d' Ambroise Paré. l.aval, 1840), ce serait le professeur Lassus qui,,eii 1804, présidant le jury médical à Laval, vait reçu la mission d’y rechercher les descendants de Paré que l’empereur voulaù honorer de ses bienfaits.
trompe quand il dit que Giullis Horbeck a copié Vallée. G. Horbeck a reproduit en 1607 le portrait signé S. de 1582. Le portrait signé A. Vallée est de 1585. Pour les distinguer l’un de l’autre, il faut les avoir sous les yeu.x. Le dessin n’est pas tout à fait le même, et d’ailleurs il y a une différence matérielle. Le portrait signé S. et copié par G. Horbeck n’a que six boutons au pourpoint, tandis que celui de Vallée en a sept.
Au-dessous du portrait d’ A. Paré de 1582, ANNO ÆTATIS 72, et signé S, qui se trouve en tête du discours sur la mumie, on lit :
Quæ tibi sit faciès, satis hæc pictura docebit;
Doctrinæ facieiit, sed tua scripta fidem.
A. Gaudinus.
Tous les autres portraits ont ce distique bien connu :
Humanam Ambrosii verè hæc pictura Paræi Effigiem, sed opus continet ambrosiam.
Jo. HeroardüS.
Seulement, pour la copie de Giullis Horbeck, ambrosiam des portraits de Vallée est écrit ; Af/êpoCTiau, comme pour le portrait des deux premières éditions des Œuvres d’Ambroise Paré, Paris, 1575 et 1579.
Cette image est tout à fait différente de celles que nous venons d’examiner. La main est placée sur le devant de la poitrine. Le dessin, très-fin et très-remarquable, est d’un auteur resté inconnu. Le portrait de 1575 est sans inscription. A côté de celui de 1579, on a mis ; Ætatis suæ 6ô, et Malgaigne relève la divergence, bien qu’il entrevoie la réalité; c’est-à-dire que la date se rapporte au portrait et non à ’édir tion. Lors de la première édition des Œuvres complètes, en 1575, A. Paré est représenté dans sa soixante-cinquième année, ce qui le fait naître encore en 1510. Dans la deuxième édition, 1579, on a reproduit le portrait de 1575 avec l’indication; Ætatis suæ 65, qui était exactement l’âge du modèle en 1575.
L’erreur Ætâtis suæ 65 — 1579 est donc par trop facile à expliquer pour qu’on s’y arrête davantage ; mais elle en a fait commettre une autre plus sérieuse en apparence.
L’édition en latin des Œuvres complètes d’A. Paré, par Jacques Guillemeau, a été faite sur l’édition de 1579 (voy, les préfaces, etc.), et comme elle a paru trois ans après 1582,1e graveur, non prévenu, a tout simplement changé Ætatis siiæQ^ en Ætatis suæ 68, pour tenir compte du temps écoulé. De là encore cet assemblage fautif Ætatis suæ 68 — 1582 qui a si bien dérouté Malgaigne. Il n’était pourtant pas difficile de deviner que Ætatis suæ 65 se rapportait à l’année 1575, et que l’inscription placée à côté du portrait de l’édition de Guillemeau aurait dû être justement Ætatis suæ 72, comme pour le portrait signé S. du discours sur la mumie : ANNO ÆTATIS 72 — 1582. Il n’y a donc là encore qu’une contradiction apparente, et rien n’empêche d’admettre la date 1510 pour l’époque de la naissance d’Ambroise Paré, conformément au renseignement fourni par Pierre de l’Estoile; « mort en 1590 à quatre-vingt ans i».
Restent les dates variables, et non concordantes de la première petite estampe ovale, qui porte en exergue : Labor iMPROBüs OMNiA viNciT'. Elle se trouve en tête de la Méthode curative des plaies et fractures de la teste humaine et de y Anatomie universelle du corps humain, ouvrages publiés à trois mois de distance, la même année 1561, à Paris, chez Jean Leroyer, imprimeur du roy es mathématiques, demeurant en la rue Sain,t-Jacques, à l’enseigne du vrai Potier, près les Mathurins. Au bas est cette inscription ; A. P. — AN. ÆT. 45.
Malgaigne s’est trompé en mettant V Anatomie universelle ' avant l’autre ouvrage, et en disant que l’un des portraits est gravé sur cuivre et l’autre sur bois : ils sont absolument pareils; mais je n’insiste pas. Ce qu’il importe de faire remarquer, c’est que l’année 1561 n’a pas été placée à côté de AN. ÆT. 45. Dès lors, pourquoi ne pas admettre que l’estampe ovale des ouvrages de 1561 a été exécutée d’après un
portrait d’A. Paré fait en 1555, lorsqu’il était dans sa quarante-cinquième année?
11 était déjà célèbre. En 1552 avait paru la deuxième édition de la Manière de traicter les plaies faites tant par hacquebiites que par flèches, que « par adveu et exhonement de monsieur de Rohan, amateur des armes, etc., il avait dédié âu Roy Henri II ». La première édition, dédiée à René de Rohan, prince de Léon, etc., est de 1545. La briève collection de l’administration anatomique, avec la manière deconjoindre les os et d'extraire les enfants tant morts que vivants du ventre de leur mère, etc., est de 1550. Jusque-là A. Paré est maître barbier-chirurgien. Dans les ouvrages publiés en 1561, il a le titre de chirurgien ordinaire du roy et juré à Paris. En 1564, lors de la publication des dix livres de la Chirurgie, il est devenu premier chirurgien du roy. Ce dernier ouvrage est orné d’ùn nouveau portrait gravé sur cuivre, qui ressemble beaucoup au portrait gravé sur bois dont nous venons de parler. Seulement il n’a plus de cadre ovale, et la devise UBOR IMPROBUS OMNIA VINCIT est reportée en bas avec la légende A. P. — AN; ÆT. 48, et puis un R et un B emmêlés, le monogramme dé René Boivin.Malgaigne,p.GCCXiv, l’a remplacé à tort par un R, sans ajouter la moindre réflexion. Le célèbre graveur, chargé par le même imprimeur Jean Leroyer de reproduire le portrait d’A. Paré dans un ouvrage publié trois ans après, a tout simplement mis un 8 à la place du 5. De là vient la concordance de ces deux dates : AN. ÆT. 45(1561) et AN. ÆT. 48(1564), relevée par Malgaigné. Mais cela ne prouve rien, pas plus ,que la divergence singulière que donne le portrait ovale A. P. — AN. ÆT. 45, reproduit en 1572 et 1573aveC lalégende A. P. — -AN.ÆT. 55, en tête des cinq livres de chirurgie: 1“ des bandages; 2° des fractures; 3" des luxations; 4“ des morsures et piqueures venimeusès ; 5® des gouttes ; et des deux livres de chirurgie : I. de la génération de l'homme, etc.; IL des monstres, etc. Ici l’imprimeur André Wechel n’a pas cru devoir modifier l’âge du portrait pour deux années cependant différentes.
Peut-être même aurait-il mieux fait de conserver l’inscription primitive 45, puisque c’est le même portrait d’A. Paré, dans sa quarante-cinquième année, qu’on retrouve avec l’inscription 55, dans les ouvrages parus en 1572 et 1573.
Il n’y a donc pas de contradiction absolue entre les dates des portraits d’Ambroise Paré, comme l’avait cru Malgaigne.
Lepremier, A. P. — AN. ÆT. 45, quiest en tête des ouvrages publiés en 1561, et reproduit dans ceux de 1572 et 1573, avec la nouvelle inscription A. P. — AN. ÆT. 55; le second, avec la légende Ætatis suæ 65, pour les premières éditions des Œuvres complètes en 1575 et 1579, ne peuvent infirmer la valeur des deux autres, qui seuls ont les années en regard de l’âge : ANNO ÆTATIS 72 — 1582 et ANNO ÆTATIS 75 — 1585. Ils fixent exactement l’époque de la naissance à 1510, peut-être 1509, suivant l’inscription rectifiée de Giullis Horbeck : ANNO ÆTATIS 75 — 1584.
Malgaigne en adoptant la date 1517 des documents fournis par M. E. Bégin aurait dû admirer la précocité de son héros ; car, à ce compte-là, A. Paré aurait fait des onservations sur les monstres à sept ans, en 1525, à Angers (ch. xx, xxi, xxii). Venu à Paris à quinze ou seize ans, en 1532 ou 1533, comme apprenti barbier, à dix-neuf ans il aurait déjà fait ses études et passé ses trois années à l’Hôtel-üieu, et c’est à vingt ans, qu’en 1537, il aurait été chirurgien de M. de Montejean, à cette expédition du pas de Suze, où il fit ses premières observations sur les plaies par armes à feu. Malgaigne a même accepté sans la vérifier la date 1536, donnée par A. Paré. Cependant, au voyage de Thurin, 1536 (grande apologie), « quand le grand roi François envoya une grande armée pour ravitailler Thurin et reprendre les villes et châteaux qu’avait pris le marquis Dugaast », on était en août 1537, et le pas de Suze ne fut franchi par le connétable de Montmorency qu’en octobre (1). Si l’illustre historien avait songé à rectifier
(1) Thierry de Héry, qui observa des faits « d’inlempérature froide » en même temps <1“’A. Paré, fixe l’année 1537. « Ce que amplement je practiquay en passant les monts
— ge¬
la date 1536, il n’aurait pas eu l’idée, p. cclxv, dans un parallèle entre André Vésale et Ambroise Paré, de les croire ÿ. peut-être en face l’un de l’autre » dans des armées ennemies. En 1536, Paré n’était pas en Italie, et en 1537, lorsqu’il y vint, au pas de Suze, Vésale était professeur à Padoue.
Mais, pendant que j’y suis, qu’on me permette de relever encore quelques erreurs. Au bas de la même page on lit ;
« De nombreuses éditions latines avaient répandu partout les ouvrages et les planches de Vésale, triste avantage pour qui ne savait pas le latin? Enfin, en 1559, il en parut une édition française. Dès lors Paré se mit ardemment à l’œuvre. » Malgaigne parie évidemment des œuvres de Vésale d’après le dire des autres, et il se trompe gravement. Le grand ouvrage d’anatomie de Vésale a seulement deux éditions, 1543 et 1555, sans aucune traduction française. Il parut, il est vrai, des reproductions des planches de Vésale avec le texte de YEpitome, en divers endroits (Ce que sont devenues les PLANCHES DE VÉSALE, Gaz. hebd., n" 5, 1878); un de ces livres, YEpitome, par conséquent, fut traduit en français par Jacques Gré vin en 1569 et non pas en 1559. A. Paré ne pouvait donc pas le lire dix ans auparavant. Mais je reviens à mon sujet.
Les documents de M. E. Bégin n’ont pas mieux servi Malgaigne pour les détails qui regardent la famille d’A. Paré.
« Le père de Paré était coffretier. Outre son fils Ambroise, il en avait un autre qui fut coffretier comme son père et qui s’établit à Paris, rue de ta Huchette; et une fille qui épousa maître Claude Viart, chirurgien à Paris » (p. ccxxvi).
Ambroise Paré « se maria, en 1541, avec la fille du valet chauffecire de la chancellerie de France » (p. ccxxxvi).
« 11 avait perdu sa première femme ; cette même année 1573, il se remaria avec la fille d’un certain Rousselet, chevalier
environ le Noël 1537, avec gens de guerre du Roy François premier de ce nom. Plusieurs de notre trouppe endurèrent telle froidure qu’aucuns non-seulement le nez ou les oreilles, mais aussi . (Page 185 do la Méthode curative de la maladie véné¬
rienne... composée par Thierry de Héry, lieutenanl-nénéral du premier barbierchirurgien du Roy, 1552.)
ordinaire de l’écurie du roy, dont il eut deux filles »
(p, CCLXXXIl).
« Il ne paraît pas que Paré ait eu des enfants de son premier mariage; du second il eut deux filles, déjànées en 1575, puisque dans l’édition de cette année il raconte qu’il leur incisa les gencives. L’une d’elles épousa un certain Simon, etc. » (p. cccii).
D’abord il n’est pas question de ses filles au livre de la génération. Ch. 95, il dit ; « Ce que j’ai fait à mes enfants. » Ce passage n’existe même pas encore dans l’édition dés Œuvres Ae, 1575. Enfin tout cela aurait dû paraître à Malgaigne un peu précipité et au moins invraisemblable. La vérité est que celte partie de son histoire est à refaire; elle fourmille d’erreurs.
Il n’est pas juste de dire (p. ccxcv) que la date de la mort d’A. Paré resta longtemps inconnue. Elle n’a été ignorée, évidemment, que par ceux qui n’ont pas voulu consulter Pierre de l’Estoile ou les registres de la paroisse Saint-Andrédes-Arcs. Eloy (Dict. de méd. anc. et mod., 1778) la fixe exactement au 20 décembre 1590 et l’inhumation au 22. Malgaigne cite ce passage de Portai : « Son corps fut déposé à Saint-André-des-Arts {sic), au bas de la nef, près du clocher, comme le portent les registres de la paroisse. » Gomment, ainsi averti, cet es.prit fin et chercheur n’a-t-il pas couru à cette source précieuse. Il aurait eu l’immense joie d’y voir les vingt-six pièces relevées par Auguste Jal dans le Bictiomaire critique de biographie et d’histoire, 1864 (art. A. Paré), et une autre encore qui a été omise. A. Paré a eu plusieurs enfants de ses deux femmes. La première s’appelait Jeanne Maselin ou Mazelin. Les registres donnent la naissance de sa sœur Madeleine en octobre 1525. Leur père, Jean Maselin, était au service du chancelier Duprat (famulus domini cancelarii Franciœ). Jeanne, portant le nom du père, devait être l’aînée.
Le premier acte, se rapportant à la famille Paré, est du 4 juillet 1545 : c( Fust baptisé François, fils d’Ambroise Paré,
barbier, et de Jeanne Maselin, sa femme. » A. Paré se serait marié par conséquent de 1541 à 1544. Les incidents de sa vie me font pencher vers cette dernière année. Lors du. baptême de son second fils, Isaac, né quatorze ans après, et qui mourut au bout d’un an, août 1560, A. Paré est chirurgiea ordinaire du roy. Le 30 septembre de la même année 1560 est baptisée sa fille Katherine, qui épousa, en 1581, François Piousselet, dont elle eut trois enfants, tous présentés au baptême à la même paroisse : Florentin, 1587; Charles, 1590; Catherine, 1599.
« Le mercredy quatrième jour du mois dè novembre, au dict an 1573, décéda en son logis, rue de l’Arondelle, Jehanne Maselin, femme de M® Ambroise Paré, chyrurgien du roy, et le même jour fust son corps inhumé en la dicte église de Sainct-André. » L’acte suivant, qui enregistre, le 16 juillet 1575, le baptême d’ « Anne, fille d’Ambroyse Paré, premier cyrurgien du roy, et de Jacqueline Roussel (Rousselet), sa femme », prouve que A. Paré s’était remarié en 1574, moins d’un an après la mort de sa première femme. Il avait alors soixante- quatre ans, ce qui ne l’empêcha pas d’avoir encore cinq enfants. J’énumère les actes successifs : le 30 mai 1576, baptême d’ « Ambroyse », qui fut enterré huit mois après, le 13 janvier 1577, « en l’église de Sainct-André ». Le 6 février 1578, baptême de « Marie, fille .d’A. Paré, premier cyrurgien du roy, et de Jacqueline Rousselet »; une des marraines est « Marie Boullaye, vefve de feu Jacques Rousselet ». Le 8 octobre 1579, baptême de « Jacquelaine », morte à trois ans. environ, le 13 septembre 1582. Le 12 février 1581, baptême d’une deuxième « Katherine »; ses marraines : « Barbe Rousselet, femme de Didier Martin, archer de la garde du corps du roy, et Katherine Paré, une des tilles du dict maître Ambroise Paré. » Aug. Jal a omis l’acte de baptême, daté du mercredi 8 novembre 1583, d’un second Ambroise, qui ne vécut pas beaucoup plus longtemps que le premier. Il fut enterré le 19 août 1584 « dans l’église, près le cloché ». Lors de la naissance de ce dernier enfant, A. Paré avait soixante-treize ans.
Le 15 avril 1581, mariage de Catherine Paré, née le 30 septembre 1560, avec « François Rousselet, thrésaurier de monseigneur le duc (d’Anjou), frère du roy », et très-probablement le frère de Jacqueline, la deuxième femme d’A. Paré. Nous verrons bientôt qu’ils demeuraient tous ensemble dans le grand logis de la rue de l’Hirondelle.
« Le vendredi vingt-quatrième jour de juillet 1587 fut baptisé Florentin, fils de François Rousselet, contrôleur général de la maison de la reine de Navarre, et de Catherine Paré. » La marraine est « Jeanne Paré, veuve de feu Claude Viart, en son vivant chirurgien juré à Paris ». Le dimanche 29 novembre de la même année 1587 ont lieu ses fiançailles avec «François Forest, natif d’Orléans, clerc de M. le Lieutenant civil au Chatetet de Paris ». Le mariage est célébré le 11 janvier 1588, et le 20 avril 1589 on baptisa « François », enfant issu de cette union. Si Jeanne Paré, veuve de Claude Viart, est la sœur d’A. Paré, comme on s’accorde à le dire, il faut avouer qu’elle était bien plus jeune que son frère. A supposer qu’elle eût quarante-cinq ans lors de son second mariage, elle Serait née en 1543, par conséquent trente-trois ans après son frère. C’est beaucoup. Ne serait-elle pas plutôt sa nièce, la fille d’Antoine Paré, mentionné dans l’acte suivant? Le 4 janvier 1590, baptême de Charles, deuxième fils- de François Rousselet et de Catherine Paré. Parrains : Ch. Maselin (frère sans doute de la première femme d’A. Paré) et Jacques Guillemeau, chirurgien juré à Paris; une des marraines, « Anne Paré, fille de Antoine Paré, aussi chirurgien juré à Paris». R ne faut pas confondre cette Anne Paré avec la fille d’Ambroise, premier chirurgien du roy, née en 1575, qui épousa en juillet 1596 « M" Henry Symon, conseiller du roy et trésorier principal de l’extraordinaire des guerres en Bourbonnais et Nivernais, demeurant én la paroisse de Saint- Etienne-du-Mont », et qui, vers 1599, près de périr d’une hémorrhagie pendant le travail de l’enfantement, fut sauvée par J. heur eux accouchement, liv. II, ch.xiii).
A- Jal {ouv. cit.) nous dit qu’il n’a rien trouvé relativement
à cet autre frère d’Ambroise Paré, nommé dans ses ouvrages (livre Des monstres, ch. xxi, xxii), Jehan Paré, chirurgien à Vitré, en Bretagne, ni sur l’autre frère, le coffretier de la rue de la Huchette, bien qu’il ait parcouru avec soin les registres de la paroisse de Saint-Séverin. Mais pourquoi ne nous parle-t-il pas de cet Antoine Paré, chirurgien juré à Paris, qui devait être aussi un frère du chirurgien du roy, si toutefois Antoine n’a pas été mis pour Ambroise sur les registres de l’état civil de la paroisse Saint-André-des-Arcs?
Voici Pacte de décès d’Ambroise Paré : « En ce même jour de sabmedi vingt-deuxième de décembre 1590 a esté enterré dans l’église Sainct-André-des-Arcs, à Paris, en bas de la nef, proche le cloché, M® Ambroise Paré, premier chirurgien du roy. » Et celui de sa femme : « Le lundi vingt-sixième jour du ■ mois de Juing, an mil six cent, décéda, rue de PYrondelle, Jacqueline Rousselet, vefve de deffunct M® Ambroise Paré, le corps de laquelle fut inhumé le jour suivant en l’église Sainct- André-des-Arcs. »
La deuxième Catherine (née en 1581) épousa à la même église, « le 29 septembre 1603, Claude Hédelin, conseiller en la chambre du trésor, demeurant sur le territoire de la paroisse Saint-Germain-le-Vieil, dans la cité » (lieutenant-général à Nemours en 1610). Leur fils, François, qui devint le fameux abbé d’Aubignac, était né le 4 août 1604. Ils eurent encore onze enfants (More ri).
Enfin un dernier acte trouvé dans les registres de Saint- André-des-Arcs : « Le 21 septembre 1616, décéda, environ une heure après midi, demoiselle Catherine Paré, femme de M® Rousselet, en sa maison, scise rue de PArondelle. »
D’après les documents fournis par le docteur E. Bégin (de Metz), A. Paré « possédait trois maisons à Paris, une hôtellerie dans le faubourg Saint-Germain et une campagne à Meudon ». D’après un passage du vingt-sixième chapitre du livre Des opérations, « un sien voisin et amy, nommé Anthoine de la Rue, maistre tailleur d’habits, demeurant au bout du pont Saint-Michel, » Malgaigne présume que la demeure d’A. Par®
était dans la rue même Saint-André-des-Arts (p. ccxcvii). Il est encore là à côté de la vérité, et la fameuse enquête ne donne rien non plus de précis sur ce point.
Aujourd’hui, dans la portion de la rue de l’Hirondelle qui n’a pas été détruite, au bas de l’escalier et des arcades qui la séparent de la place Saint-Michel, une grande maison frappe encore le regard de l’observateur. Elle a subi dé profondés modifications ; mais sa porte a conservé la forme des ouvertures de la Renaissance. Le morceau de sculpture qu’on voit au-dessus de son cintre surbaissé, et celui qui est au fond de la cour, encastré dans le mur, ont le cachet de l’ancienneté. La tradition n’a pas gardé le nom du premier chirurgien du roy, et le propriétaire actuel delà maison croit savoir qu’elle aurait appartenu à Diane de Poitiers. Je m’imagine que c’est précisément la demeure d’Ambroise Paré, le logis qui abritait sa nombreuse famille et ses collections. Il n’avait eu que quelques pas à faire pour aller, pendant les rigueurs du siège dé Paris, avec le menu peuple mourant de faim, à l’encontre de l’arChevêque de Lyon, qui débouchait avec son escorte aù bout du pont Saint-Michel, lorsqu’il força le fougueux prélat d’entendre les magnifiques paroles que nous a conservées Pierre de l’Estoile (Archives curieuses, P® série, t. X). On était alors à la fin du mois d’août, huit ou dix jours avant la levée du siège, qui eut lieu le 29. Le sage et courageux vieillard mourut quatre mois après, le 20 décembre 1590.
Je reconnais que A. Jal nous a fourni les renseignements les plus précieux sur la famille d’Ambroise Paré. Mais il était bien inutile de nous démontrer une fois de plus que,' « contrairement à l’opinion générale, il n’était pas huguenot». Quoi qu’il en dise, cette démonstration avait été faite trèscomplètement par Malgaigne (loc. cit., p. ccLxxviiiàccLXXxii), et il faut avoir envie de dénaturer les textes par des citations incomplètes, pour faire croire que le savant professeur « n’osa pas déclarer que le premier chirurgien du roy était catholique». Malgaigne dit en commençant : « Surtout quand cet » examen m’aura conduit à la conclusion fort inattendue
» qu’ Ambroise Paré n’était point huguenot. » Puis il réfuie successivement les citations bien connues de la Yie de Coltgny, des Mémoires de Sully et du Discours de Brantôme. H trouve enfin d’autres preuves de son assertion dans la vie et les ouvrages de Paré; son allocution au bout du pont Saint- Michel et "sa sépulture dans l’église de sa paroisse, dont k curé était ce fougueux ligueur « Ghristofle Aubry, grand dénicheur de protestants ».
Mais à un certain moment n’aurait-il pas été du parti huguenot? C’est une question qu’on doit se poser en présence de ce passage qui se trouve uniquement dans la première .édition de ses Œuvres, au traité des rapports, au bas' de la page 939 (Malgaigne, III, p. 662, note) : « Après la prise » de Rouen, me trouvay à disner en quelque compaignie, où » en avait quelques uns qui me hayoyent à mort pour la reli- » gion; on me présenta des choux où il y auoit du sublimé
» ou arsenic . Et voilà comme je me garanti de la main de
» l’empoisonneur : et depuis ne voulu manger des choux, ny » autre viande en la dicte compaignie. » Malgaigne, sans -chercher de détours (ouv. cit., III, préface, p. xiv), dit :
« Le mot unique qu’il a laissé tomber de sa plume sur la religion, en prenant ce mot dans l’acception du seizième siècle, semble indiquer que les empoisonneurs étaient catholique?, et que Paré, alors du moins, était passé au calvinisme,. » Pour moi, cette conclusion est discutable, et je ferai remarquer qu’à cette époque il n’était pas nécessaire d’être de la religion pour être traité en ennemi : il suffisait qu’on fût du parti de la tolérance. Dans ces temps si troublés, en 1562, au début de la guerre civile, après le massacre de Vassy, après les atrocités de la prise et du sac de Rouen, en peut croire que l’honnête et vertueux Paré était pour ceux de la religion contre les ultramontains. Paré était à la cour, et il appuyait les sages conseils du chancelier de L’Hôpital. H n’en fallait pas davantage pour exciter la haine d’un parti violent. Quand A. Paré raconte la tentative d’empoisonnement dont il aurait été victime après la prise de Rouen, il veut qu’on
sache bien que c’est pour la religion et nonpour une autre, cause. Voilà la seule explication raisonnable de cette phrase, qui en somme ne peut pas prouver que Paré ait jamais été huguenot.
Quant à l’époque de la naissance adoptée par Malgaigne, A. Jal l’accepte, mais avec un point d’interrogation (? 1517), en faisant cette réflexion très-judicieuse : « Sans doute, on a gardé à Laval un acte officiel précisant le jour de cette naissance; car si nous avions encore affaire à une tradition, nous devrions nous tenir dans une prudente réserve. ■» Hélas ! il n’y a qu’une tradition «: que perpétuent dans le pays de vieux manuscrits, sans authenticité bien constatée, il est vrai, dit M. le docteur Hubert. Suivant celte tradition, Ambroise Paré serait né vers l’année 1509, au petit village de Bourg-Hersent (contigu au bourg d’Avenières), près Laval, dans une dépendance de la maison seigneuriale du comte de Laval, et dans la domesticité de ce seigneur, dont son père aurait été le valet de chambre barbier. )> (Malgaigne, ouv. cit., 1841, préface du IIP vol., p. ix et x. — Notice sur le monument élevé à la mémoire d" A. Paré. Laval, 1840, p. 27.)
Ce renseignement n’a pas déterminé Malgaigne à changer d’opinion. Il avait dit qu’ Ambroise Paré était né en 1517, d’après les documents de M. le docteur E. Bégin, et il n’avait pas envie de refaire cette partie de son introduction déjà imprimée. Aujourd’Iiui on peut affirmer hardiment que ces documents sont sans aucune valeur. Et ce « petit cahier, écrit de la main de Paré lui-même, rempli d’une infinité de notes sur différents sujets et chargé de nombreuses ratures » (p. ccxxix, introduction), peut tout aussi bien être du premier écolier venu.
On devra donc continuer à croire que maître Ambroise Paré (de Laval, au Maine), homme docte et des premiers en son art, est né en 1510 (peut-être 1509), et qu’il est mort en 1590 à quatre-vingts ans, comme l’a écrit son contemporain et voisin, Pierre de l’Estoile.
J’ajoute en post-scriptum que les planches des œuvres anatomiques d’A. Paré ont été empruntées à Yésale (Gaz.
hebd. de méd., 1878, n» 8). Je n’eti aurais pas parlé si M. Cliéreau n’avait oublié d’inscrire Ambroise Paré parmi les auteurs qui se sont servis des célèbres planches du grand ouvrage d’anatomie (page 226 du tome IV du Dict. encycl des SC. méd.). Cette mention aurait remplacé avantageuse-, ment celle des « figures qu’on trouve dans le De conceptu de generatione hominis de Jacques Rueff, 1554 », qui n’appartiennent pas du tout à André Vésale. M. Chéreau confond ici, comme tant d’autres, Rueff avec Ryff, ce compilateur qui avait copié les six premières planches de Vésale parues, à Venise en 1538 (Gaz. hebd., 1876, n» 52; 1877, n» 17).
Ce travail était achevé déjà depuis longtemps quand j’ai eu connaissance d’un fragment d’article de M. A. Chéreau :
(c Dame Censure à la Faculté de médecine. — Ambroise Paré » (Union médicale, octobre 1875, n” 122). Je m’arrête à cette première conclusion, page 560 : « Hélas ! oui, le grand et noble chirurgien fut vaincu dans cette guerre acharnée qui lui était livrée! Il dut, par l’intermédiaire de Guillaume Lusson, médecin attaché à la cour, accepter la censure de la Faculté. L’on ne sait quels coups de ciseaux Liébault, Marescot, Duval, La Mer, Hautin, Courtin, Martin, Lusson, Rebours, Héron, tous commissaires nommés par les médecins pour examiner ce livre, donnèrent dans les pages de ce dernier. Mais il est certain que l’ouvrage imprimé, doit être notablement différent de l’ouvrage manuscrit, et que sur les oeuvres d’Ambroise Paré la main de la Faculté s’est appesantie. » Que le lecteur se rassure! M. Chéreau n’a pas lu avec assez d’attention les Commentaires de l’ancienne Faculté. H ap^ plique à la première édition des œuvres d’Ambroise Paré ce qui fut fait pour la seconde, et fort inutilement, comme on va voir. Si bien que l’uné et l’autre ont paru dans leur intégrité : la première, publiée en 1575, avec le privilège du roy;
la seconde, en 1579, soumise avec de très-légères modiflcalions par A. Paré lui-même à la censure de la Faculté.
Ouvrons donc le huitième volume des précieux Commentaires. Au verso du feuillet 20 et au feuillet 21, nous voyons que la Faculté essaya d’émpêcher la vente de l’édition de 1575, et qu’elle ne put y réussir. Le privilège est daté d’Avignon, le dernier jour de novembre 1574, et quand, le 5 mai suivant, la Faculté se réunit pour s’opposer à la publication du livre, il était déjà imprimé, depuis treize jours, chez Gabriel Buon. Achevé d’imprimer le 22 avril 1575. Je traduis exactement le texte des Commentaires. Ce n’est pas un procèsverbal, mais de l’histoire, écrite de la main du doyen, qui était alors Etienne Gourmelen :
« Le 5 mai (1575), la Faculté a présenté au parlement une supplique où nous demandions que les œuvres d’Ambroise Paré, homme très-impudent (impudentissimi), très-inexpérimenté et surtout téméraire {maxime teme-
rariï), ou en d’autres termes les livres inscrits sous son nom, ne fussent pas publiés avant d’avoir été examinés par la Faculté. Le parlement a répondu à la supplique en renvoyant le différend au conseil royal {controversiam ad viros regios rèmisit). Paré, appelé trois fois devant le conseil, fit enfin [tertio tandem) comparaître quelqu’un avec son procureur, et le conseil du roi renvoya de nouveau la cause au parlement (viri regii causam rursus ad Senatum remiserunt). »
Quelques semaines après, la Faculté croit devoir expliquer plus clairement ses droits et chercher à mettre les chirurgiens de son côté. Elle avait peur de- ne pas gagner son procès.- Sa cause n’était pas bonne.
« Le samedi 28 mai, la Faculté fut convoquée pour délibérer sur deux articles : le premier était le procès commencé contre Ambroise Paré, qui avait publié (in lucem emiserat) sous son nom un gros volome, (magnum quoddam volumen) contenant plusieurs livres sur la médecine et sur la chirurgie, contrairement à l’arrêt du parlemènt par lequel il avait été décidé, le 2 mai 1535, que quiconque écrirait des livres de
médecine ne pourrait les mettre en vente sans que la Faculté ait été consultée. Et comme cet Ambroise Paré, barbier admis dans la Société des chirurgieii^ par l’autorité du roy' était absolument ignorant (plane ignarus), et qu’il ne connaissait ni le latin ni le grec, ni même les premiers éléments de la grammaire, la Faculté a cru devoir adresser au parlement une requête (supplicem libellum) par laquelle elle le priait d’ordonner que ces livres ne fussent pas vendus avant d’avoir été soigneusement examinés, comme le prescrivait l’arrêt. Le parlement aurait voulu {communicari voluisset) que ‘toute l’affaire fût communiquée aux membres du conseil royal. Mais ces derniers, après avoir entendu les parties, ren-^ voyèrent de nouveau le débat devant le parlement. La Faculté, émue de cet événement, a pensé que le collège des chirurgiens devait aussi faire une demande au parlement, et montrer quel inconvénient, au point de vue de la chirurgie, pourrait en résulter pour le public, et qu’alors il fallait en avertir les chirurgiens. Le second article était relatif à des demandes pour subir des examens (supplicationibus). »
La Faculté avait inutilement remué ciel et terre. « Le jeudi 14 juillet, disent \o5 Commentaires, nous sommes en procès devant le parlement contre Ambroise Paré. La Faculté de médecine demandait au parlement que les livres publiés sous le nom d’Ambroise Paré fussent examinés par des docteurs en médecine nommés par elle, suivant l’arrêt du 2 mai 1535, avant de les mettre en vente. Les chirurgiens réclamaient aussi pour ce qui était relatif à la chirurgie. Le prévôt de la ville et les échevins, au nom de l’intérêt public (reipub. nomine), étaient d’avis de jeter au feu [comburandos) les livres d’Ambroise Paré, parce qu’ils contenaient beaucoup de choses contraires à l’intérêt public et aux bonnes mœurs [contra rempubhcam et contra bonos mores). André Malezieu, chirurgien, réclamait comme siennes la plupart des théories qui se trouvaient dans les livres de Paré, lequel n’était qu’un plagiaire [veluti a plagario repetebat). Enfin, l’affaire étant entendue, l’arrêt du 2 mai 1535
fut confirmé et le débat retenu au conseil, en français apoincté au conseil. »
. Ce qui fait que la Faculté conserva ses droits, et que l’ouvrage d’Ambroise Paré fut publié tel qu’il avait été imprimé le 22 avi’il 1575.
Il n’est pas besoin de redire, après J.-F. Malgâigne, comment la Faculté fut entraînée par son doyen Etienne Gourmelen à cette poursuite inutile. [Voy. ch. xii, xiv et xvi de la troisième partie de l’Introduction, p. gclxxv, cclxxxiii, ccxci; ou bien Réplique à une apologie publiée sous le nom de M. Ambroise Paré..., par B. Compérat, de Carcassonne (qui n’est autre que Gourmelen), p. 7, 11, 12, 32, 38, 39, 47 (Bibl. nat., Td 72, 12). J’y renvoie M. Cliéreau, qui semble être peu au courant de la question.]
Première édition. — De quoi se compose donc ce magnifique in-folio de 945 pages, sans compter la table, l’avis au lecteur et la dédicace à Henri III? Le titre : Œuvres de M. Ambroise Paré, conseiller et premier chirurgien du roy..., le tout divisé m 26 livres... A Paris, chez Gabriel Buon, 1575, manque dans l’exemplaire de la Faculté. Après une Introduction ou voye pour parvenir à l’étude de la chirurgie (42 pages), les quatre premiers livres comprennent l’anatomie avec ses figures. C’est une réédition exacte avec les mêmes bois qui ont servi, non pas à laBRiÈVE collection DE l’administration ANATOMIQUE (1550), mais à la partie anatomique de la Méthode curative des plaies et fractures DE LA teste humaine (1561), et à I'Anatomie universelle DU CORPS HUMAIN, même année (voy. Gaz. hebd. de méd., 1878, n“ 8). Le cinquième livre (Des fièvres, p. 205) est nouveau. Les quatre livres suivants (p. 228 à 357), contrairement à ce que croyait Malgaigne, ne se trouvaient pas dans les CINQ LIVRES DE CHIRURGIE publiés én 1572; ce sont les tumeurs contre nature et les plaies récentes et sanglantes, en général et en particulier. La plus grande partie de ces livres, sauf les plaies et tumeurs de la tête, est nouvelle. Les autres livres (X à XXIV, p. 357 à 851), plus de la moitié du volume
jlar conséquent, avaient paru déjà dans : 1“ La manière de traicter les playes faites tant par hacquebutes que par flèches, etc . , par Ambroyse Paré, maistre barbier chi¬
rurgien à Paris, 1552. Nouvelle édition de La méthode de traicter les playes faites par hacquebutes et autres bâtons à feu et celles qui sont faites par flèches, dards et semblables ; aussi des combustions généralement faites par poudre à canon, composé par Ambroyse Paré, maistre barbier chirurgien à Paris, chez Vivant Gaulterot, 1545. 2® Dix livres DE CHIRURGIE, avec U magasin des instruments nécessaires à icelle, par A. Paré, premier chirurgien du roy et juré à Paris, jbùi. 3® Le Traicté de la peste, de la petite vérolle et rougeolle, avec une briève description de la lèpre, 1568. 4® Cinq livres de chirurgie : 1® Des bandages; 2® Des fractures; 3® Des luxations, avec une apologie touchant les harquebusades; 4“ Des m.or sures et piqueur es venimeuses; ^’^Des gouttes. A Paris, chez André Wechel, 1572, in-8 de470 pages, avec figures, dédié au très-puissant et très-chrestieii roy de France, Charles neufième de ce nom. C’est le seul livre d’Ambroise Paré qui ait échappé aux recherches vigilantes de Malgaigne. Depuis, la Bibliothèque nationale en a acquis un exemplaire fort bien conservé. 5“ Deux livres de chirurgie : I. De la génération de l’homme. . . — II. Des monstres, tant terrestres que marins, avec leurs portraits, plus un petit traité des plaies faites aux parties nerveuses. A Paris, chez Wechel, 1573. Le vingt-cinquième livre (p. 851, De la faculté et vertu des médicaments simples , ensemble de la composition et usage d’iceux) et le vingt-sixième (p. 907, Des distillations) sont nouveaux, ainsi que les Aphorismes et canons de la chirurgie, qui suivent, avec le Traité des rapports et du moyen d’embaumer les corps morts, lequel ne comptait pas encore pour un livre.
On voit, d’après cette énumération, que la Faculté avait de , quoi exercer son droit de censure sur le livré des fièvres d’abord et sur les autres livres nouveaux qui touchaient à la médecine. Elle ne manqua pas de viser aussi les traités de
la génération et des monstres, qu’ « il afait écrit un peu irrévérerament ». C’est même pour cela, et non pas pour les « nombreuses gravures montrant des sujets d’anatomie et de chirurgie pratique, et par conséquent des nudités », comme le dit à tort M. Ghéreau, que le prévôt et les échevins de Paris le déclarèrent contraire aux bonnes mœurs. On peut lire maintenant à la Bibliothèque nationale une petite pièce (Td 72, 5) qui ne s’y trouvait point du temps de Malgaigne, puisqu’il n’en parle pas ;
Response de M. Ambroise Paré, premier chirurgien du roy, aux calomnies d'aucuns médecins et chirurgiens, touchant ses œuvres.
Elle est adressée à Messeigneurs de la cour.
« Messieurs, il y a plus de trente ans que j’ay faict imprimer plusieurs traictez de la chirurgie, auxquels non-seülement personne ne s’était opposé, mais, au contraire, ont esté receus de chacun avec faveur et applaudissement, qui m’a faict penser que si Je les recueillais en un corps, je ferais chose très-agréable au public. Ce que par moi exécuté, et avec frais incroyables, comme je pensais leur faire voir le jour, voicy, messieurs, les médecins et chirurgiens se sont opposés pour les obscurcir et esteindre, npn pour autre raison, que pour ce qu’il sont mis en nostre langue vulgaire, et ce en termes fort intelligibles; car ceux là craignaient qu’un chacun de ceux es mains desquels tels livres parviendraient, s’estimant assez garnis de conseil pour se gouverner en ses maladies, ne daignas! les appeler. Et ceux-ci se doutant que les barbiers recevraient pleine instruction par là lecture de mes dites œuvres de toutes les opérations de la chirurgie, ne vinssent à manier le baston aussi bien qu’eux, et par ce moyen les empiéter. Au reste, les uns et les autres en général piqués de hayne volontaire, envie et jalousie devoir Ambroise Paré en quelque réputation d’homme bien entendu en son estât; et pour donner couleur à leur faict, ont démembré d’emblée quelques demisentences de mes œuvres, prises des anciens autheurs, mis en françois par eux-mêmes. Pensant par tel moyen abuser de