‹ Etudes historiquesChapitre 19 sur 40 · I. Aobery · texte numérisé non relu

I. Aobery

'SR. — Andreæ Laurentii... consiliormn medicinalium libellus, nuncprimum a Guidone Patino d. m. p. eollectus et in lucem éditas. 14 consultations. 82 pages.

Voilà cette fameuse édition des œuvres complètes d’André Du Laurens, par Guy Patin, qui a été pour M. Chéreau l’occasion d’erreurs regrettables. Le privilège, daté d’Etampes, le 28 septembre 1627, est donné à Taupinart. Par un autre acte du 4 novembre de la même année, il a. traité par quart avec les autres libraires, J. Petit-Pas, J. Fouet, M. Durand.

QUELQUES REMARQUES SUR LA BIOGRAPHIE d’ANDRÉ DU LAURENS .

André Du Laurens, né le 9 décembre 1558, à Tarascon (1), dans le diocèse d’Arles, passa sa jeunesse dans cette dernière ville, où son père était médecin. C’est sans doute à cause de cette double circonstance que jusqu’à présent toutes les biographies le disent d’Arles (Arelatensis). En 1575, sa mère (2) restait veuve avec onze enfants. Elle était sœur d’Honoré Castellan, conseiller médecin ordinaire de Henri II, François II et Charles IX, et premier médecin de la reine Catherine de Médicis. Il mourut en 1569, au camp de Saint-Jean-

(1) Selon M. Chéreau, d’après des documents inédits. {Union médicale, 1861, 1- XII, p. 51.)

(2) Louise Castellan et non pas de Castellan, comme l’a écrit M. Chéreau {loe. cit.).

trÀngely, évidemment trop tôt pour elle et ses nombreux enfants, qui néanmoins arrivèrent presque tous à de hautes positions ; Honoi’é, l’aîné, fut archevêque d’Embrun ; Gaspard archevêque d’Arles; André, premier médecin d’Henri lY- Richard, seigneur de Chivry, conseiller et médecin de Louis XIII; Jean, capucin, sous le nom de Père Jérôme- Julien, théologal de l’église de Saint-Trophime, à Arles; Antoine, le plus jeune, mort en 1647 à quatre-vingt-trois ans, conseiller au parlement. Des filles, on ne connaît que Jeanne, mariée à un sieur Gleyse, celle qui a laissé des mémoires manuscrits conservés à la bibliothèque d’Arles, et quel. Ghéreau a pu consulter. Ils sont datés du 1" juillet 1631 {loc. cit.). Une autre fille a épousé un sieur Achard. Leur fils Charles a fait des vers élogieux sur le livre de son oncle, YHistoria anatomica, qui les a ainsi fait passer à la postérité. '

Je ne crois pas nécessaire de revenir sur les opinions différentes de Guy Patin et d’Astruc relativement à la jeunesse d’André Du Laurens. Le résumé qui suit va les mettre d’àccord. Il paraît certain que le futur archiatre de Henri IV alla étudier la médecine à Avignon, où il reçut le bonnet de docteur (en 1578, selon M. Ghéreau). C’est après qu’il vint â Paris assister, non pas pendant sept ans, comme on l’a dit, aux leçons du célèbre Louis Duret, pr0ceptor alim meus observandissimus {Historia anatomica, p. 255. Francfort, in-foL).

André Du Laurens était il médecin à Avignon, à Arles ou à Carcassonne, lorsque par la mort de Laurent Joubert, arrivée le 29 octobre 1582, une chaire devint vacante à la Faculté de Montpellier ? On ne sait, mais ce dont on peut être sûr, c’est que pour e briguer cette charge » il a été obligé de venir prendre à Montpellier de nouveaux grades. M. Ghéreau en disant « comme un simple novice » se trompe évidemment. Selon les statuts, quand on était déjà docteur, il n’y avait plus d’études préliminaires à faire. C’était une sorte de coaptation qu’on obtenait en subissant les examens et les thèses réglementaires. Si bien que, moins d’une année après

(1583), le chancelier- et les professeurs le nommaient à là place de Laurent Joubert.

Ici je laisse parler M. Chéreau, qui me paraît être dans la vérité. «: Mais lorsque Du Laurens voulut faire enregistrer » cette nomination, il rencontra de nombreuses difficultés » que lui suscitèrent plusieurs médecins de Montpellier; ces » derniers ayant à leur tête Jean Blazin, dit Esquironis,

» mirent immédiatement opposition à rentérineraent, au » parlement de Toulouse, de la nomination de leur confrère.

» Cet épisode de la vie de Du Laurens, nié par Astruc,

» mais reconnu vrai, sans qu’il en donne la raison,,par Guy » Patin, se prouve par un arrêt du parlement de Toulouse » qui se trouve entre les mains de M. Picard, secrétaire de » la Société archéologique de Montpellier, et que M. le doc- » teur Jeanjean a bien voulu me communiquer. Il annule la » nomination d’André, et ordonne un concours, afin qu’on » choisisse le plus digne, suffisant et capable. Du Laurens » ne céda pas à ses ennemis. 11 se rendit lui-même au parle- )) ment de Toulouse, y défendit sa cause, la gagna... >

Puis il revint à Montpellier exercer sa charge de professeur, et c’est alors que son frère Richard y fut envoyé pour étudier la médecine (documents inédits). Nous avons déjà dit qu’ André Du Laurens avait fait des leçons en 1587 et 1588 sur la goutte, sur la douleur et la dureté des jointures, sur la lèpre et la maladie vénérienne ou vérole; en 1589 et 1590, sur l’Ars pana de Galien et plus particulièrement sur la partie de la médecine qu’on appelle la séméiotique (signes et causes des maladies). D’après la préface du Traité des crises, il aurait aussi fait des leçons snr cette matière, et c’est peutêtre par là qu’il a commencé. Quoi qu’il en. soit, son enseignement à la Faculté de Montpellier ne fut pas de longue durée. La duchesse d’Usez, comtesse de Tonnerre, qui avait gardé bon souvenir des débats de Toulouse et qui avait été heureusement guérie d’une grave maladie par le jeune professeur, lui proposa de l’attacher à sa personne et de le conduire à la cour. Il « alla pourvoir à sa charge qu’il remit à

Bachier, lequel, se sentant assez honoré de cette faveur, la » voulut servir gratis (1) », et suivit sa protectrice qu’il ne devait plus abandonner. Elle le présenta au roi qui s’intéressa au neveu de Castellan. « Peu après le roy fust malade. » Il « y eut une consultation où l’opinion de Du Laurens pré- » valut, et le roy s’en trouva bien. Alors elle lui dit fami- » lièrementrJe vous donne mon médecin. J’entends après » que je serai morte et non devant » . En quel temps placer ces faits ? Certainement avant 1593, puisque, dans les premières publications qui datent de cette époque, André Du Laurens prend le titre de médecin du roi et professeur royal à la Faculté de Montpellier. Il était alors à Tours auprès de la comtesse de Tonnerre, qui s’é'.ait retirée à Tabbaye de Marmoutiers. C’est seulement après sa mort arrivée en 1596, et non en 1594, comme le dit M. Chéreau {loc. cit., p. 97), qu’André Du Laurens fut nommé médecin ordinaire du roi. On retrouve cette qualification de conseiller-ràédecin ordinaire du roi sur la deuxième édition des Discours sur la conservation de la vue, etc., 1597 ; dans le titre de VHistoria anatomica (1600); et sur son portrait fait en 1597, alors qu’il était dans sa trente-neuvième année. Mais l’office de médecin ordinaire du roi a-t-il été créé tout exprès pour Du Laurens, comme le croit M. Chéreau ? La déclaration de Louis XIV (mars 1667), qu’il invoque, dit bien que la charge de conseiller et médecin ordinaire a été créé par Henri IV, mais sans parler de Du Laurens. Il y avait d’ailleurs auparavant des médecins ordinaires du roi, comme nous venons de le voir pour Honoré Castellan.

Quoi qu’il en soit, le médecin ordinaire actuel était en grande faveur auprès du roi qui à l’occasion de son mariage, en 1600, l’aurait donné pour premier médecin à la nouvelle

(1) « Et le roy l’ayant augmentée de cent escus (disent les mémoires inédits) outre les cent escus qu’il en tirait ordinairement, elle lui valait tous les ans deux cents escus que feue ma mère tira continuellement tant qu’elle vescut pour se subvenir en sa vieillesse. »

reine. Trois ans après (1603), « la charge de chancelier de » l’Université de Montpellier étant venue à vacquer par la » mort de Jean Hacher », il fut nommé à cette place sans jamais pouvoir l’occuper ; il choisit pour le remplacer Jean Saporta, avec le titre de vice-chancelier. Saporta étant mort dès 1604, Varandé fut nommé aux mêmes titre et fonctions. Enfin, à la mort de Jean de la Rivière, janvier 1606, André Du Laurens avait le suprême honneur d’être le premier médecin du roi, Archiater, archiatrorum cornes. C’est avec cette qualité qu’il publia son dernier ouvrage De mirabili strumas samndi vi solis Galliæ regibus christianissimis dwinitos-concessa (1609). Il mourut peu après le 16 août de la même année à l’âge de cinquante et un ans, neuf mois environ avant l’assassinat de Henri IV.

André Du Laurens, seigneur de Ferrières, avait épousé, par contrat du 4 novembre 1601, Anne Sanguin, fille de Jacques, seigneur de Livry, et de Marie Du Mesnil. C’est à son fils unique André, mort sans postérité, que Guy Patin dédia son édition des œuvres complètes, velut hereditario quodam jure tibi debitum, paternum opus consecro, vel potius reddo {Epistola nuncupatoria, qui se trouve au milieu du deuxième volume).

André Du Laurens était un habile homme, qui sut se faire aimer et apprécier de tous. Si l’on en croit l’Estoile, il fut si dévoué à son roi et à ses devoir^ qu’il mourut à la peine. Plein d’attention et de sollicitude pour l’Université de Montpellier, dont il était demeuré le chancelier, il put lui être favorable sans blesser les susceptibilités de la vieille Faculté de médecine de Paris, si jalouse de ses prérogatives. Les commentaires en témoignent par leur silence. Je ne saurais donc admettre cette appréciation de M. Chéreau, que rien ne justifie et qui s’applique évidemment à un autre : « On ne » peut que regretter le sentiment d’orgueil qui poussa André » Du Laurens à saper l’autorité et les prérogatives de la » Faculté de medecme de Paris,œt à préparer la voie des » conflits haineux qui surgirent plus tard entre nos Ecoles et

» les médecins de la cour » {loc. cit., p. 97). Voici deux preuves manifestes du contraire ; l’édition des Œuvres complètes par Guy Patin, un docteur régent qui ne lui a pas ménagé les éloges, et, de son vivant même, la dédicace du célèbre bachelier René Chartier, de Vendôme, lorsqu’il soutint sa deuxième quodlibétaire, le jeudi 31 janvier 1608 (n®389 du Recueil des Thèses in-fol de l’ancienne Faculté, t. II).

Bibliographie. — i.jjoiop'iapro Galeno etimpugnatio novæac falsæ demonstrationis de communione vasorum cordis infœtu... Tours, 1593. ln-8 de 48 pages.

Admonitio ad Simonem Petreum, medicumParisiensem clarissimum. Tours, 1593. In-8 de 40 et quelques pages.

Opéra anatomica inquinque libr os divisa. Lyon, 1593. lQ-8de 840 pages.

De erisibus libri très. Tours, 1593. In-8 de 165 feuillets.— Lyon, 1605, 1613. In-8 de 137 pages. — Francfort, 1606. In-8 de 1 60 pages.

Discours delà conservation de la me; des maladies mélancho tiques; des catarrhes; et de la vieillesse. P® édition, 1594, introuvable. — Paris, 1597, 1606. In-12 de 274 feuillets. — (S. 1.) 1598. In-12 de 516 pages. — Rouen, 1600, 1608. ln-12 de 276 pages. —, 1615, 1620, 1630. In-12de 204 feuillets. — En anglais, London, 1599, in-4, et en allemand, Francfort, 1627, in-8 (Haller). — En latin. De visas nobilitate et conservandi modo, par Jean Théod. Schônlin. Munich, 1618. In-fê de 166 pages. — De melancholia et catarrho, par le même. Augsbourg, 1620. In-12 de 247 pages. — De senio, par Ph. Maurice Schônlin. Augsbourg, 1626. In-12 (Haller). — De catarrho, par Jean Vigier, de Cambrai. Genève, 1640. In-8 de 220 pages. — En ït&\iQof^îcô^ï~3ella vista, delle rnalattie melanconiche, delli catarri, e délia vecchiaca, tradotli da fratre Gio. Germano francese. Naples, 1626. In-4de 276 pages.

Historia anatomica humani corporis et singularum ejuspartium, multis controversiis et observationibus novis illustrata. Paris, 1600. Gr. in-fol. — Francfort, 1600, 1627. Petit in-fol. de 442 pages. — Hanau, 1601. In-8 (Haller). — Francfort, 1602,1615. In-8 de 996 pages. — Lyon, 1605, 1623. In-8 de 893 pages. —

Venise, 1606. In-8 de 918 pages. — En français, traduclion de Fr. Sizé. Paris, 1610. ln-8 de 1416 pages. — Lyon, 1621. In-8 de 1453 pages.

De mirabili strumas sanandi vi soin Galliœ regibus christianissimis divinitus concessa liber unus. Et de strumarumnaturuy differentiis, causis, curatione, quœ fit arte et iudustria medica liber alter. Paris, 1609. In-8 de 293 pages.

Toutes les œuvres de André Du Laurens...y recueillies et traduites en français par Théophile Gelée. Paris et Rouen, 1613,. 1621. In-fol. — Revues, corrigées et augmentées par G. Sauvageon. Paris, 1639, 1646. In-fol.

L’anatomie universelle de toutes les parties du corps humain représentée en figures... Paris, 1731, 1741, 1748. In-fol. de 55 pages.

Opéra therapeutica omnia Francfort, 1627. In fol.,

Opei'a omnia, partim jam antea excusa, pa7dim nondum édita, nunc simili collecta et ab infinitis. mendis. repurgatOy par Guy Patin. Paris, 1628. Gr. in-4. 2 vol.

PAÜIS. - .apP.iasRIE E. HARTINET, RUE

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