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SES ÉTUDES MÉDICALES, SES PORTRAITS, ETC

Par le D' E. TURNER

ANCIEN INTERNE DES HÔPITAUX DE PARIS MEMBRE HONORAIRE DE LA SOCIÉTÉ ANATOMIQUE.

La Renaissance à MontpelUer. Etude historique d’après les documents originaux, avec pièces justificatives; par A. Germa.in, professeur d’histoire et Doyen de la Faculté des lettres. Montpellier, Jean Martel ainé, 1871, in-4». Mém, de la Soe. Archéologique. T. VI, n» 33.

F. Rabelris à la Faculté de médecine de Montpellier. Autographes, documents et fac-similé ; par le M. D'' R. Gordon, bibliothécaire-adjoint. Montpellier, Camille Goulet, et Paris, Alphonse Lemerre, 1876, in-4“ de 58 pages.’

Les portraits de Rabelais, avec reproduction par l’héliogravure des portraits, de la Faculté de médecine de .Montpellier, de Michel Lasne et de Sarrabat ; par Geor&bs d’Âlbenas. Montpellier, G. Goulet, 1880, in-4“ de 75 pages.

O’est de Montpellier, tout naturellement, que pouvait et devait venir la lumière sur certains points, restés un peu obscurs, de la biographie médicale de notre grand Rabelais. M. A. Germain, historien consciencieux et chercheur infatigable, a su trouver dans les Ai’ohives de la célèbre Faculté de médecine les documents précieux que M. le F' Gordon a pris soin, quelques années après, de rendre visibles à tous. Ces pièces, merveilleusement reproduites par la photogravure, vont me permettre d’insister sur les conclusions à tirer de leur examen, lequel avait été fait

bien légèrement par le trop célèbre Astruc (1). Le travail récent de M. Georges d’Albenas sur les portraits de Rabelais, fait à l’occasion des statues qu’on se préparait à ériger à l’immortel auteur de Garga,ntasL et de Pantagruel, est venu ajouter un heureux complément à ces études nouvelles.

Jusqu’à présent, sauf les notices de H. Kühnholtz [Ephém. méd. de Montpellier, T. VL 1827), du bibliophile P. L. Jacob [Œuvres de Rabelais, Paris, Charpentier, 1852 et suivantes), de M. Rathery [Œuvres de Rabelais Paris, Firmin-Didot, 1870) et de Louis Molànd (Édition Pierre Janet. Paris, 1874. T. Vil), tous les auteurs, depuis le père Niceron et l’abbé Pérau [(Œuvres choisies de Rabelais, Genève, 1752) jusqu’à M. A. Ohéreau [Dict.l Encycl. des Sc. Méd. 3® série, T. L), avaient plus ou moins amplifié les observations historiques des frères de Sainte-Marthe (Vie et particularités qui se trouvent en tête des Epistres d’Italie de maître Fr. Rabelais. Paris, 1651) puisées elles mêmes dans le Floretum philo sophicunif d’Antoine Leroy. Paris, J. Dedin, 1649, in 4®.

Est-il besoin de dire que je m’attacherai seulement à Rabelais médecin, surtout au temps de ses études à Montpellier. J’ai mis cependant, à la suite de l’examen des portraits, un résumé bibliographique de toutes les oeuvres, destiné à éviter de bien longues recherches.

Après le portrait de Rabelais, sa robe et les sceaux de la Faculté de médecine de Montpelli3r,dont je parlerai plus loin, la première pièce donnée par M. Gordon est l’inscription de Rabelais, comme élève eh médecine, sur le Registre des matricules (février 1502 — mai 1561) fol. 109, r®.

Ego Franciscus Rabelæsus Chinonensis, diocesis Turonensis, hue adpuli studiorum medicinæ gratia. Delegique mihi egreçjium dominum Joannem Scurronem doctorem regemtemque in hac aima Universitate. Polliceor

(1) Astruc. — Mémoiresipour servir à l'histoirede la Faculté de médecine de Montpellier, publiés par Lorry, Paris, 1767.

autem me omnia observaturum quœ in prœdicta medicinoe Facultate statuuntur et ohservaturi soient ab iis qui nomen bona fide dedere, juramento ut moris est, prœ~ stito ; Adscripsique nomen meum manu propria die décima sep lima moisis septembris anno domini millesimo quingentesimo trigesimo. F. Rabelæsus.

Ici, point de critique à faire (1). Il est seulement à regretter qu’on n’ait pas reproduit également le passage du Liber procuraloris studiosorum, où Guillaume Rondelet, alors procureur par intérim (2), mentionne le paiemnit fait par Rabelais, de l’écu d’or, exigé en pareil cas : Franciscus Rabelæsus diocesis Turonensis Solvit due 17 septembris 1530, unum aureum, c’est-à-dire trois livres, une pro jure solito per procuratores doctorum, deux pro jure scholarum.

La seconde pièce a été prise sur le Registre des actes de la Faculté (oct. 1523 — avril 1559) fol. 7 r“. Ego Franciscus Rabelæsus diocesis Turonensis promotus fui ad gradum baccalaureatus, die prima' mensis novembris anno domini millesimo quingentesimo trigesimo, subreverendo artium et medicinæ professore magistro Joanne Scurrone. P. Rabelæsus. (Dans cette signature, l’P de Franciscus fait partie de TR de Rabelæsus, tandis que dans l’inscription qui précède, les deux lettres étaient séparées).

Est-ce bien le 1®’’ novembre, le jour de la fêle de tous les saints, que Rabelais a été promu au grade de bachelier ? M. Germain ns le croit pas. « Le Livre des Procureurs, « dit-il (ouv. cit. p. 25, note 3), donne pour date, au bac- « calauréat de Rabelais, le 1“ décembre, au lieu du R*' no- « vembre, et cette flxation me paraît préférable ; le 1®'' no- « vembre représentant un jour de fête, où notre Faculté de « médecine suspendait tout exercice. Le 1®’’ décembre « tombant en 1530 le jeudi, jour nop. férié, est la vraie date, « je crois. Rabelais aura écrit par’ mégarde novembre,

il) M. Germain se trompe d’un jour quand il écrit {ouv. cit. p. 25.) l'immatriculé comme élève en médecine le 16 epiembre 153Ub, Astruc avait fait la même faute (puu. cit., p. 317).

(^i II a été élu détinitivement le 18 octobre 1530, et il est resté en fonctions jusqu'au 2 mai 153t.

« comme il l’eût écrit la veille, sans penser que le mois de « novembre venait de finir, et qu’on entrait pe jour-là en « décembre. Rien de plus commun que ce genre de con- « fusion. »

Je veux bien. Mais (et c’est là que se manifeste l’utilité d’avoir grâce à la photogravure, le livre sous les. yeux), Guillaume Rondelet, alors procureur, a écrit de sa main : Franciscus Rabelæsus bacalaureus, vigesima, sexta. et

soîvit . AI, c’est-à-dire un écu d’or (i). Une autre mmn

(de la même époque) a rayé vigesima sexta etsolvit et mis en surcharge die prima decembris 1530 persolvit. Ce 26® n’appartiendrait-il pas au mois d’octobre ? L’examen de toute la page du registre pourrait peut-être le faire savoir. Pourquoi ne pas admettre que les épreuves pour le baccalauréat ont été subies à ce moment-là et què là cérémonie de la réception a eu lieu le 1®'' novembre, ainsi que Rabelais l’a écrit sur le registre des actes de la Faculté ?

Quoi qu’il en soit, on ne s’étonnera pas que Rabelais ait été si vite reçu bachelier. Il avait alors près de quarante ans (2). Savant en toutes choses, en botanique, en méde-

(1) Etait-ce bien po ir le baccalauréat?

(2) Né vers 1490 et non pas en 1483, Rabelais fut envoyé vers l’âge de 9 à 10 ans, chez les moines de l’abbaye de Seuillé près de la Devinière, puis au couvent de la Basmette à un quart' de lieue d’Angers, où il eut pour camarades, les frères du Bellay et Geoffroy d’Estiss^ç. Déjà novice, .à ce moment, de l’ordre de Saint-Fj-ançois, il revêt, vers loiO, l’habit de religieux cordelier du même ordre à Fontenayle-Comte. 11 y est plus tard ordonné prêtre. C’est là qu’il coniplète ses connaissances et qu’il commence ses vastes études par apprendre à fond le grec avec Pierre Amy, plus âgé que lui de quelques années. Voir leur correspondance avec le célèbre Budé, dans la notice de M. Rathery. En proie à la jalousie et bientôt aux persécutions des moines d’un ordre mendiant, leurs ' frères, qui regardaient l’hellenisme comme sentant l’hérésie, ils sortent du couvent en 1524, et Rabelais, grâce à de puissants amis, André 'Tiraqueau, les Brisson, Geoffroy d’Ebtissac et Budé lui- même, obtient du pape Clément VU, un induit qui l’autorise à entrer aux bénédictins de Maillezais. Le supérieur était Geoffroy d’Ebtissac, évêque à 23 ans en 1518. Là, il s’affranchit bientôt d'une discipline qui lui est insup- • portable. Il quitte le froc, et, avec l’habit de prêtre séculier, il court le monde et præshyterisecularis habitu assùmpto per seculum diu vagatus fuit. {Sappicatio pro apostasia). On le voit à l'Herme-

ciné même, il avait été dispensé des trois années d’études préliminaires. L’épreuve du baccalauréat n’avait du reste pas beaucoup d’importance. « Le candidat qui s’en.acquit- ({ tait d’une manière satisfaisante recevait de ses juges une « des baies du laurier doctoral ; de là vient le nom de bac- « calauréat donné à ce premier grade. » (A. Germain, ouv. cit. p. '37). -Or, les juges se réduisaient presque à un seul, le parrain que chaque étudiant s’était choisi lors de son immatriculation.- M. Gordon, dit page 21, sous la présidence de Jean Schyrron. Il est bon de faire remarquer que Rabelais a écrit sous le vénéré professeur maître Jean Schyrron.

Quant aux épreuves que devaient subir les bacheliers pour être présentés à la licence, il ne pouvait y avoir d’infraction au règlement, et c’est un tort de croire que Rabelais n’a pas eu à les subir toutes. Pour l’obtenir, il fallait dabord avoir assisté aux anatomies (dissections), aux leçons des professeurs et aux visites des malades, avoir fait soimême les trois cours obligés (d’ordinaire de Pâques à la Saint-Jean et pendant les vacances). Après ce stage, à une époque indéterminée, mais qui n’était pas moins de 15 à 18 mois, venaient les quatre thèses : Questiones propositæ et examinatæ par chaque professeur, appelées per inteniionem, sous-entendu, adipiscendi licentiam (1), et enfin l’examen rigoureux, qui consistait en deux nouvelles thèses sur deux questions tirées au sort, l’une dans l’ars parva de Galien, l’autre dans les aphorismes d’Hippocrate. Dans toutes ces thèses, on avait à répondre aux argumentations des professeurs, des agrégés, des docteurs, des licenciés, des bacheliers, des étudiants et même des étrangers qui désiraient aussi se mêler à la lutte. L’acte des

naud et surtout au château de Ligugé, demeures de l'évêque de Maillezais, où ce prélat, bien digne de son époque, se plaisait à recevoir une société de lettrés et de savants (Epitrë én vers de Rabelais à Jean Bouchet, procureur à Poitiers). Il va à Paris et ailleurs. Son but unique est de s’instruire et d’acquérir cette science universelle qu’on retrouve dans ses ouvrages. Il s’est tourné déjà vers l’étude de la nature et il se décide à aller se faire recevoir médecin à Montpellier.

(1) MM. Germain et Gordon disent tous les deux jours, c’était chaque semaine singulis septimanis.

points rigoureux durait de midi à quatre heures et avait lieu dans la chapelle Saint-Michel de l'église Notre-Dame des Tables.

Admfs, on allait en grande pompe au palais épiscopal dans la huitaine, recevoir la bénédiction apostolique. Rabelais la reçut très probablement au mois de mar.s 1532(1) et aussitôt après il partit pour Lyon avec le droit (licentiam) et d’enseigner et d'exercer la médecine, et de célébrer les autres actes qui conduisent au doctorat (2), et cela à Montpellier comme partout ailleurs.

G’est pour n’avoir pas tenu compte de cette particularité que M. Rathery a pu écrire (p. 24) : « Rabelais se rendit à « Lyon au commencement de cette année 1532 et il est re- « marquable que l’absence du grade de docteur ne l’ait pas « empêché d’être attaché à un établissement public. On « voit en effet qu’il fut médecin du grand hôpital de Lyon « de novembre 1532 à la fin de février 1534. » L’auteur des documents sur le séjour de Rabelais à Lyon, 1873, va plus loin encore sur cette pente fâcheuse : « On voit, dit-il,

« que M" Rabelais, simple bachelier en médecine, obtint « la direction du service médical en remplacement de « M® Pierre Roland ». Et après le départ de Rabelais, les appointements ayant été diminués par l’Administration, il fait encore cette réflcsion erronée : « Le docteur (qui avait « été nommé) se trouvait moins rétribué que le bachelier « dont il tenait la place ».

Avant de suivre Rabelais à Lyon, je dois examiner ici d’autres pièces moins importantes sur son séjour à Montpellier. Elles sont comprises par M. Gordon sous la dénomination de documents complémentaires. Toutes appartiennent au Liber procuratoris studiosorum (3) . D’abord, un passage qu’il n’était sans doute pas nécessaire de reproduire par la photogravure. Le 15 octobre 1530, dans une réunion

(1) Ce grade, n’étant point donné par I-Université, ne se trouve pas inscrit au registre des actes. Il était remplacé par une lettre ou diplôme.

(2) Ce qu’il fit plus tard en 1537.

(3) Iste liber est concilier um et supputationum universitatis medicinæ Montispessuiani, 29 cent, de H. sur 20 c. L, 1(55 feuillets non cotés (du 26 mars 1526 au 15 décembre 1535.)

générale au sujet du banquet prochain de la Saint-Luc (18 octobre), dont la dépense est ensuite établie en détail, on voit que maître François {Maister Fra.nciscus] intervint avec beaucoup d’autres, au sortir de la messe, auprès de Falcon pour l’inviter, en échange d’un cadeau de perdrix et de pigeons, à lire (1) le neuvième livre (de Rhazès) à Almansor, ce qu’il ne voulait pas taire pour plusieurs mauvaises raisons.

Au banquet de la Saint-Luc de l’année suivante, toujours à la même auberge La Soche, il n’est pas question de Rabelais qui, pourtant, selon toute probabilité y assistait puisqu’il a signé une reddition de comptes quelques jours après, le 23 octobre 1531.

Une des pièces très intéressantes reproduites au moyen de la photogravure, est le compte des dépenses pour une anatomie (dissection), soumis par un vice procureur à l’assemblée générale des étudiants. Deux d’entçp eux l’ont approuvé de leur signature : Præsens in congregatione Oaruel. Rabelæsus quia præsens fui.

Celui qui remplissait alors les fonctions de procureur procuratoris vices gerentem était Guillaume Rondelet, comme nous l’apprend cet autre passage du même registre écrit sur la même page que le paiement de Rabelais pour le baccalauréat, dit M. Germain (ouv. cit. p. 42, note 1) : Ego Guilhelmus Rondelletus Montispessulanensis fui electus in procuratorem in scolis regiis, omnium conssensu. Nam ante festum' procuratoris vices gerebam : qui bacalaureus debebat esse : sed quia hic temporis nulli erant bacalaurei, scolastici vero erant multi\ anatomen volebant, nec potuissent illud agere extra procuratorem, obeam causammihi commiserunt. In festo Sancti Lucæ congregatione facta post perlectionem decani me confirrnarunt ; quibus juxta statutum poUicitus sum dare cautiones.

Cette anatomie a donc eu lieu avant le 18 octobre et rien ne prouve qu’elle ait été dirigée par Rondelet qui était alors simple bachelier. (2) Le recepi a domino Grifi qua-

(1) Utlegeret, lire et commenter.

(2) G. Rondelet (1507-1566), immatriculé le 2 janvier 1529 Bachelier probablement à la fin de .1529 et licencié vers le 2 mai 1531, quand U cessa d'être procureur.

tuor libras ne veut pas dire que les quatre livres reçus du chancelier Griffy aient été pour le procureur anatomiste Elles sont entrées dans sa caisse. Et, d’ailleurs, M. Gordon lui-même dit à un autre endroit, p. 84, que cette première anatomie a été faite par Jean Shyrron.

Les trois autres pièces reproduites sont des redditions de comptes où se voit au bas, parmi de nombreuses signatures, celle de Rabelais, bachelier. La preniière du 15 décembre 1530, Rabelæsus bac®; la seconde du 19 mars 1531, Rabelæsus bacc''®; la troisième du 23 octobre 1531, Francîscus Rab. Baccal^ quiapræsens fui.

Dans la première, se trouve le détail de la dépense pour la fête des rois, où, selon l'habitude, on représentait une sotie ou moralité (1). Nulle part il n’est question de la morale cornédie « de celui qui avait épousé une femme mute » que Rabelais aurait jouée, répète-t-on sans preuve depuis \struc [ouv. cit. p. 318), avec ses camarades pour la fête des rois en 1531. Le récit que contient le trentequatrième chapitre du livre III de Pantagruel est donc une invention de Fauteur, qui fait allusion à ce qui se paS'^ sait à Montpellier au temps de ses études. G’est souvent ainsi que Rabelais arrangeait les choses à sa façon.

Qu’on me permette une autre remarque. M. A. Germain et le D*' Gordon après lui, écrivent Rondellet au lieu de Rondelet. « Je continue, dit le premier {ouv. cil. p. 28, « note 4), de restituer au nom de l’immortel naturaliste « sa véritable orthographe. Personne ne me reprochera, « j’aime à le croire, ce retour à la signature originale, tant « de fois couchée de la main même de Guillaume Rondel- « let sur les anciens registres de notre Université de mé- « decine. » Je le veüx bien encore ; mais, dans les deux premières pièces, reproduites par M. Gordon, que je viens de citer et qui commencent par Ego Guillelmus Rondeletus, il est impossible de voir plus d’un l.

Quant à la troisième pièce, Die XŸIII octobris, Ëgo supradictus procurator que M. Gordon dit être de l’italien

(1) En 1529 ce fut la résurrection de l'abbé. L’abbé avait été remplacé en 1526 par le procureur des étudiants. Voir Germain (ouv. cit., p. 62) . C'est une mine inépuisable !

Frânciscus Cràvesana(l) il n’est pas possible non plusd’admèttre que celui qui a signé Pranciscus Cravesana, ait écrit en même temps la note placée au-dëssus. G’est probablement Nicolas Feyne,procureurdu 19 oct. au 27nov.l531, qui aura fait la reddition de comptes d’après les notes dé son prédécesseur.

Rabelais est accouru à Lyon, qui sera désormais le siège de ses études, ayant àü moins en poche le manuscrit des grandes et inestimables chroniques du grand et énorme géant Gargantua, qui parurent en 1532, on ne sait chez quel imprimeur. La même année, il publiait sur les conseils du célèbre Sébastien Gryphe-; 1“ lo. Manardi Ferrariensis medici epistolarum medicinalium Tomus secundus, nunquam antea in Gallia excusus. Lugduni, apUd Sèb. Gryphium, in-8 de 589 pages. La dédicace, Franciscus Rabelæsus medicus AndreæTiraquello judici æquissimo apud Pictones est datée de Lyon, le 3 juin (14 nonas juniï] 1532. Elle se termine ainsi : Vale. Saluta mihi claris^mum virum, Antistitem Malleaeensem, mecenatum meum benighissimum, siquando eum invisas, et Hilarium Coguetum nostrum, si forte istic sit. Ces lettres de jean Manard lui avaient été envoyées d’Italie, cum nuper ex Italia recepissem.

. 2® Hippocratis ac Galeni libri aliquot, ex recognitione Francisci Rabelæsi, medici omnibus numeris absolutissimi (2) ; quorum elenchum sequens pagella indicabit. Apud Gryphium, Lugd. 1532, in-16 de 427 pages. Rabelais a mis au-dessous du titre ce distique en épigraphe :

Hic medicsé fons est exundantissimus artis.

Hinc, mage ni sapiat pigra iacuna, bibe.

Au verso, après lé contenu du livre, est une épitaphe d’Hippocrate en vèrs grecs.

Lé petit volume contient : Hippocratis Aphorisrnorum sectignès VII. Nicôlâo Leohiceno Vicentino interprété,

IL II lut procureur des étudiants du 2 mai au 19 octobre 1531.

(?) Ce qui veut dire qu’il avait passé par tous les grades pour arriver à la licence. Il a la maîtrise et non le doctorat.

p. 9. Personne n’a fait remarquer que Rabelais avait seulement revu la traduction latine de Nicolas Léonicène Les corrections tirées du texte grec sont en marge.

Hippocratis Coi Præsagiorum libri 111. GuüielmoCopo BasViensi interprète, p. 87.

Hippocratis de natura hominis. Andrea Brentio Patauino interprété, p. 135.

Hippocratis Coi do ratione victus in morhis acutis libri 111. Guüielmo Copo Basiliensi interpréta, p. 103.

Galeni Arsrnedicinalis.Tiyyr^Vxzçix.^. Interprète Nicolao Leoniceno p. 271. Toutes ces traductions sont revues et annotées en marge avec les citations du texte original.

Puis,- on a ajouté, sans paginatio'n, comme un ouvrage séparé, avec un titre à part, le texte grec des sept sections des Aphorismes d’Hippocrate, qui, étant tombé entre les mains de Rabelais, lui avait fait comprendre les inperfections de la traduction latine, irPOKPA’TOYi A<I>0PI2\1û]S Tp-'/ip-axa Z.

Dans la dédicace ; Clarissimo doctiss. que Viro D. Goto fredoab Estissaco Malleacensi Episcopo, datée de Lyon, le 15 juillet {Idibus julii] 1532,Rabelais dit en commençant que l’année précédente, à Montpellier, il avait expliqué devant un nombreux auditoire les aphorismes d’Hippocrate, et ensuite l’art médical de Galien. Quum anno superiore Monspessuli aphorismos Hippocratis et deinceps Galeni artem medicam frequenti auditorio publice enarrarem... Cet ouvrage était tout à fait dans le goût de Sébastien Gryphe, le libraire des classiques de la médecine.

Une seconde édition parut en 1543; avec ce titre ; Aphorismorum Hippocratis sectiones sepiern., ex Franc. R^belæsi recognitione. Quibus ex Ant. Musse commentariis adjecimus et octavam : et quædam alia quæ sequens indicabit pagella, apudSeb. Gryphium, Lugduni 1543, in-lô de 318 pages. Le distique « Hic medicæ fons... » a été supprimé. A la fin de la liste des ouvrages contenus dans le livre, p. 2, on a ajouté Aphorismi Hippocratis lingua ionica ex fide vetustissimi codicis ; et au-dessous d’IlHIOK- PAT0Y2 linTafptov, on a mis ayaOT)

La dédicace à l’évêque de Maillezais, Geoffroy d’Estissac est p. 3. — Hippocratis Aphorismorurn, p. 7. — Les corrections grecques en marge ont été supprimées. Præsagio-

P* 69. — De nature, hominis, p. 102. — De ratione viclus, p.l22.-- Galeni ars medicinalis, p. 193.

Celle édition contient en outre quelques autres livres d’Ilippocraie traduits en latin. De medico, medicive officio liber, p- 301. — Liber de lege, p. 311. — Liber de Specie, Acie, Visuve, et opsios oculoram corrupla, p. 314.

Le texte grec des aphorismes est toujours tiré à part, sans pagination. La fin est différente à parlii- de Tu^aa ^Yooov. Sur la dernière page on lit : ItutojOvi itapà SsSaffT-.avw TÔ) rfUÆîS en AouySouvw êiei àiro -rv); 6eoYOv(aç. — oxfp-'Y 1543. Dans l’édition de 1532, il y avait acpÀê.

3" Ex reliquiis Venerandæ Antiquitatis : Lucii Cuspidii tesiamentum, item contractus venditionis antiquiê Romanorum iemporibus initus. Lugduni, apud Gryphium 1532, in-8 de 16 feuillets non numérotés. « Pièces recon^ nues depuis apocryphes, dont la rédaction habile et la savante latinité trompèrent les érudits du temps (Rathery). » Rabelais, dit P. Lacroix, (notice p. XVIII) fut la dupe de cette double supercherie qu’il ne pardonna jamais àses auteurs : Pomponius Lætus et Jovien Pontan. La dédicace à Aymery Bouchard, conseiller du roi et maître des requêtes, est datée de Lyon, le 4 septembre {pridie nonas septembris) 15 >2.

C’est aussi vers la fin de l’année 1532, c’est-à-dire au commencement de 1533 (1), que parut le premier livre ‘de Pantagruel (2), à Lyon, sans date, chez Claude Nourry dict le Prince.- On lit dans le prologue ; « Vous avez nagueres « veu, leu et sceu les grandes et inestimables chroniques

<• de l’énorme géant Gargantua (3) . » et plus loin « Le

« monde a bien cogneu par expérience infaillible le grand « émolument et utilité qui venoit de ladite chronique Gar- « gantuine : car il en a esté plus vendu par les imprimeurs « en deux mois, qu’il ne sera acheté de Bibles en neuf ans.

« Voulant donc (moy votre humble esclave) accroistre

(1) Car l’année finissait à Pâques.

(2) Aujourd’hui le deuxième livre dans les œuvres de Rabelais.

P) Ce premier ouvrage, publié sous le voile de l’anonyme, était passé inaperçu. Pour le Pantagruel, Alcofribas Nasier était l’anagramme de François Rabelais.

« vos pàssetèmifs davantàge, jë voüs offre de presënü un « autre livte de mesme billotl, sinon qu’il est un peii più^

« équitable et digne'defoy que n’estait l’autre . »

Oii sait aussi par une lettre de Calvin, d’octobre 1533 que la Sorbonne avait déjà poursuivi le Pantagruel, « sè pro damnatis hahuisse obscænos ülos Pàntagruelemlsyl vam amorurri et ejus monetæ. »

La Pantagruéline pronostication pour l’année 1533 a paru aussi à la même époque (1).

Au commencement de 1534, avant le 23 mars, Jean du Bellay, évêque de Paris, chargé d’une ambassade à Rome, emmena avec lui son ancien condisciple de la Basmette, dont il avait su apprécier la finesse et le grand savoir. Là, entrée autres travaux, Rabelais avait songé à faire un livré sur les antiquités romaines, quand il apprit que leMilanais Jean Barthélemy Marliani venait de publier la Topographia Antiquæ Romæ. Il se contenta donc d’en faire imprimer à Lyon (2) une édition en tête de laquelle il a mis la dédicacé à Jean du Bellay, datée du 31 août {pridie calendas septembris) 1534. apudSeb. Gryphium.

Rabelais était. médecin de l’hôpital du port du Rhône depuis le 1®” novembre 1532. Les archives municipales mentionnent un dernier paiement fait « à maître François Rabeilèse, médecin du présent hôpital » le samedi 13 février 15^4, c'est-à-dire 1535, l’année finissant à Pâques. Il s’absentait souvent. Son inexactitude devint intolérable. On attendait Son retour de Grenoble lorsque, le 5 inars 1534, C’est toujours 1535, il fut procédé « à l’élection d’un méde- « cin à la place de M® François Rabellayse absent sans (c prendre de congé une deuxième fois. » On choisit Pierre Ducastel « dont les appointements furent diminués de 30 livres». [Documents sur le séjour de Rabelais à Lyon, 1873);

En 1534 parut une nouvelle édition de Pantagruel en 29 chapitres, avec le dixain de Salel et la pantagruéline pronos-

(1) Il né faudrait pas confondre cette pûblicâtion aved les A-

niàuacûs dont parle Antoine Léroy. . . .

(2) Ubi sedis est studiorum meorum dit-il, dans là dédicacé qui est pleine de détails intéressants.

ticalion pour 1535, augmentée des quatre saisojjs. Ily a-yait gu moins trois éditions du Pantagruel quand fut publié, en 1535, le Gargantua (1) avec ce titre : Gargantua. AP A0H TÏXH. La vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel jadis composé par V ahstracteur de quinte cssense. Livre plein de Pantagruélisme. Lyon, che? François Juste. Au verso du titre. Aux lecteurs.

Amis lecteurs qui ce livre lisez, etc.

et au-dessous. Vivez joyeux.

En 1535 (novenibre), Rabelais alla de nouveau à Rome avec Jean du Bellay, devenu cardinal, comme médecin attaché à sa personne. O’est pendant ee second voyage qu’il a écrit ses lettres-journal à Geoffroy d’Estissac, qu’on doit réduire à trois, datées du 3 décembre 1535 (2), 28 janvier et 15 février 1536.

Les frères de Sainte-Marthe, qui les ont publiées pour la première fois, en 165l,ontcru devoir les sép,arer en 16 fragr méats. Ils ont eu aussi le tort de faire alors Rabelais docteur en médecine.

C’est pendant ce voyage que le grand libertin (3) adressa au Pape Paul III une supplique pour se laver du crime d’apostasie qu’il avait encouru en quittant le cloître et en changeant d’habit et de profession. Il avait suivi le sage conseil, en ce temps de persécutions, de se mettre en règle avec l’Eglise, surtout quand il avait à faire passer des livres comme les siens. Le bref du Pape qui acquiesce à toutes ses demandes est daté du 17 janvier 1536. Pontificatus nostri, anno II, Paul III ayant été éJu le 13 octobre 1534.

En effet, après la seconde lettre à Geoffroy d’Estissnc datée du 28 janvier 1536, Rabelais dit dans la troisième : “ j’ai Dieu mercy expédié tout mon affaire, et ne m’a cousté « que l’expédition des bulles : le Saint père m’a donné de « son propre gré la composition. »

Ainsi, Rabelais avait obtenu ce qu’il désirait ; rentrer dans le monastère de l’ordre de Saint-Benoît qui voudrait

(1) Aujourd’hui le premier livre des Œuvres de Rabelais. (2j On a mis par erreur 1536.

(3) Ce mot n’avait pas la signification qu’il a aujourd’hui»

bien le recevoir (il savait bien où) et exercer librement la médecine, gratis bien entendu, sinespe lucri vel quæ^tus MM. P. Lacroix et Rathery, dans leurs notices, ont ajouté' citra adustionem et incisionem. Ces mots ne ^e trouvent que dans le bref du Pape, comme le grade de docteur (üoetoratus) qui ne pouvait pas être dans la supplique de Rabêlais. Il me semble dès lors nécessaire de mettre en présence les deux textes, qui ont été si malheurement confondus (1).

Dans la supplique : eoque tempore durante facultati medicinæ diligenter operam dédit, et in ea gradus ad hoc requisiios suscepit, publiée professus est et artem fmjusmodi practicando pluries exercuit in suis ordinibus sus-

ceptis prædictis . et insuper artem medicinæ pietatîs

intuitu sinespe lucri vel quæstus hic et ubicunque locoram extiterit, practicare libéré et licite valeat, superioris sui et cujusvis alterius licentia super hoc minime requisita .

Dans le bref, ac intérim litteris in facultate medicinæ diligenter operam dedisti, et in ea ad baccalaureatu, Ucenciativæ, et doctoratus gradus promotus, necnon artem

medicinæ publice professusfuistiet exercuisti . Ac de

licentia tui superioris, et citra adustionem et incisionem, pietatis intuitu, ac sine spe lucri vel quæstus in Romana curia, et ubicunque locorum artem hujusmodi medicinæ exercere libéré et licite valeas auctoritate apostolica et tenore præsentium de speciali dono gratiæ dispensamus .

Ce fut au commencement de 1536 que Rabelais quitta Rome et lé cardinal du Bellay, qui réservait à son protégé une place de chanoine prébandé dans l’abbaye de Saint- Maur-des-fossés, dépendant de son évêché. En attendant, après un séjour plus ou moins long à Paris, il revient à Montpellier pour y prendre le grade de docteur en 1537.

Nous sommes ainsi l’amenés à poursuivre l’examen des

(1) M. Rathery, perdu dans cette confusion, dit p. 39 : « Comment

a-t-il pu . dans un acte aussi solennel que sa supplicatio pro

apoütasia de janvier 1536, s’attribuer le grd.de de docteur que les registres de la Faculté ne lui reconnaissaient qu'au mois de mai de l’année suivante ? etc. u

pièces reproduites par M. le D' Gordon. Il faut rejeter sans hésitation celle qui serait relative à la licence de Rabelais, et qui porte la date du 3 avril 1537. Cette page du Registre des mBtricules (1502-1561 fol. 384 V), qui n’est pas à sa place, est d’ailleurs si mal écrite qu’on a pu y voir ce que l’on a voulu. Il s’agirait du paiement par Rabelais de ses droits de licence. Au milieu d’un compte que j’apprécierai plus loin, on lirait : A licentia.ndis. Puisqu’il n’y en a qu’un, on aurait déjà du dire; A licentiaindo (l), Magistro Francisco Rabelesio , lih. 4. Je nie qu’on puisse lire sûrement Rabelesio, tout en faisant de plus observer que son nom ne s’écrivait pas autrement que Rabelæso. Enfin, il n’y a pas : Die tercia Aprilis, c’est plutôt A terciadecembris. Je n’insiste pas plus sur cette pièce qui est loin d’avoir l'importance qu’on a voulu lui donner. Elle sera examinée avec plus d’ava.utage en son lieu et place avec le reste des pièces complémentaires. "

Le licencié de 1532, revenu à la Faculté de médecine de Montpellier pour y prendre le grade de docteur, a dû subir les épreuves appelées Triduanes (2) avant d’arriver à l'acte triomphal, le doctorat, qu’il obtint le 22 mai 1537. Grâce à la publication de M. le D’’ Gordon, nous pouvons «voir écrit de la main de Rabelais sur le Registre des actes de la Faculté, fol. 33 r“ ; Ego Franciscus Rabelæsus diocesis Turonensis suscepi gradum docloratas sub. D. Antonio Gryphio, in præclara medicinæ facuhate, die vigesima secunda mensis Maii anno domini millesimo quingentesimo septimo. P. Rabelæsus. Ici, pas de réflexion à faire, il n’y a qu’à admirer !

Il n’en est pas tout à fait de même de la pièce importante qui suit. O’est le procès-verbal de la grande assemblée du 27 septembre 1537, qui se trouve dans le Registre des leçôns de l’Université. En présence du chancelier qui avait fait la convocation per fidem, tous les professeurs convien-

(1) On. verra même que c’est en réalité Licentiato. Et s’il s a°rit de Rabelais, ce ne peut être alors qu’une bien ancienne dette acquittée.

(2) M. Germain dit « parce qu’elles duraient trois jours malin et soir, ce qui aurait fait six examens ». Per triduum integrum, ce qui veut dire trois jours de suite, et par conséquent trois examens.

nent du sujet de leurs cours pour l’année scolaire (de la Saint-Luc à Pâques). On procède ensuite à la nomination des procureurs de l’année présente et à la distribution des quatre clefs de la caisse. Les professeurs qui ont dési»né le sujet de leurs cours, par rang d’ancienneté, sont, à commencer par le chancelier Gilbert Griffy et Antoine Grifly, son neveu, qui le suppléera s’il est empêché, le doyen Jean Falcon, Antoine Saporta, Etienne Coraud, Denis Pontanon, Pierre Dulaurens, Léon Hérémita et Jean Schyrron Les procureurs : Léon Hérémita et Ant. Saporta. Les gardiens des clefs : le chancelier, le doyen Jean Falcon, le premier procureur et le plus jeune docteur (I). Ce dernier était François Rabelais. Le scribe avait même déjà fait Vf de Franciscus, quand il a songé à se conformer au réglement en écrivant sans nom, junior doctor. Une autre main (2) a ajouté, après coup, Franciscus Rabelæsus, et au-dessous à la ligne, D. Franciscus Rabelæsus, pro suo ardinario elegit librum Prognosticorum Hippocratis, quem græce interpretatus est (3).

Je passe maintenant aux pièces complémentaires de cette époque. Elles proviennent toutes du Registre des matricules. La première (fol. 160 r“) est lareddition décompté du 7 novembre 1537. Hac die septima mensisnovembrisanni 1537 congregatione reverendismagistriscum tilleto delato per bidellum in domo dornini decani constitit reverandis magistrismagistrumGübertum QryphiumCancellarium pro reverando magistro Joanne Scurronio in deductionem summæ ipsi debitæ occasione expensarum per eum-

(1) Dans le registre des privilèges et statuts, on lit également en

tête du verso du dernier feuillet : C/anium præsentis anni li37. custodes D. Gilbertus Griffus cancetiarius, D. Joannes Falco decanus, D. Léo primus procurator, et D- junior doctor. *

(2) M. le D' Gordon dit que c’est Rabelais lui-même^ et il invoque la comparaison des écritures. J’en fais autant. Les s, les e, un d, etc., l’R de Rabelæsus sont tout à fait différents de ceu.x des pièces écrites par lui. ru. d’Hippocratis et le reste se rapporte bien plutôt à

* l’écriture de la reddition de compte du 7 novembre 1537, reproduite à la page 49.

(3) Cela ne veut pas dire que Rabelais a interprété en grec le livre des pronostics d’Hippocrate, comme Ta écrit maladroitement Astruc; mais d’après le texte grec.

dem facta.rum in prosecutione privilegioram tara apud curiam regiam quant coram dominis generalibus, a die Xllh menais aprilis anni prædicti usque in præsentern diem récépissé ex juribus communitatis magistrorum a XVI matriculatis, uno licenciato, tribus cursantibus in Scholis regiis et duobus cursantibus in scholis collegii, summamvigenti quatuor librarum turonensium, et a juribus matriculatorum pro juribus scholarum summam sex librarum turonensium; eundemque exposuisse pro negotiis dictæ universitatis summam novem librarum et novem denariorum ; eundemque tradidüse prefato magistro Jo. Scurronio eamdem summam restantem^videlicet XX libras XIX solides III denarios Turonenses; eidemque restituisse librum matricule testibus et præsentïbus reverendis magistris. G. Geiffy, S. Ooraudus, Léo HeREMITA, J. SCHYRRON, SURDUS ? A. GrIFFY, RaMBAÜDUS ? F. Rarelæsus.

J’aurais pu me borner à mentionner la signature de Rabelais au bas de cette pièce. Mais j’ai dû la citer tout entière parce qu’elle se rapporte à la susdite pièce de date incertaine qui serait relative à la licence de Rabelais. On vient de lire que le chancelier Gilbert Griffy a reçu depuis le 13 avril jusqu'à ce jour, fl novembre, pour droits de la communauté des maitres. d.e XVI immatriculés, d’un licencié, de trois bacheliers faisant des cours aux écoles royales et de deux autres au collège, la somme de vingtquatre livres tournois. Or -le détail de cette somme se trouve dans la prétendue pièce du 3 avril 1537, qui est, je crois, du 3 décembre. Elle rappelle en effet la séance du 7 novembre et parait être une récapitulation des sommes reçues par maître Gilbert Griffy. Elle est du reste au fol. 384, v° du Registre des matricules.

Bien avant, sont deux autres pièces que le D” Gordon a citées sans les reproduire.Le 30 novembre 153i .Nicolas Rébier choisit Rabelais pour parrain en s’inscrivant au registre des matricules, fol. 160, v“: Ego Nicolaus Ribier dyocesis Bisuntinensis, in artibus magister, veni in hanc almam universitatem. . .. eligendomihi in patrem dominum Franciscum Rabelez, anno domini millesimo quin-

turner.

gentesimo tricesimo septirno die mro ultima rriensis novembris. Rebier.

Nicolas Rebier était adtnis peu après âü baccalàtiréàt le 2 janvier 1537, c’est-à-dire 1538 (1). M. Gordon ilésdngeaùt plus que l’année finissait à Pâques, amiS|)ar ifaâdvertance avant l’immatriculation de N. Rébier, son baccâlâuréat qüi est au registre des actes de la Faculté, fol, 31, r". Ego Nicolaus Rebier, diocesis Bisuntinensis accepi gradum baccalaureatus, die secunda mensis janUariisub domino Francisco Rabelséso, anno dornini rnillesirïïô quingem tesimo tricesimo septimo. Rèbier.

Le nom de Rabelais parait une dernière fdis éür le registre des matricules, fol. 382 v”, ôù il est dit qüé lé procureur Fontanus a reçu de M® Schyron un écü d’br poiir l’anatomie qui a été faite par Rabelais. Lé féüillét est reproduit tout entier par la photogravure. Accepi prêter^ ea a domino Schyronio aureum unum solis prô anatome quam interpretatus est dominus franciscus Rabelais. Fontanus procurator. La note qui précède, datée du 9 janvier 1538, et celle qui suit, datée du 13 janvier 1537, c’est-à-dire 1538, permettent de fixer à peu près l’époque de cette anatomie.

Une dernière pièce de V Album du D'' Gordon est le titré de Pétri Bembi opuscula aliquot...... apUd Gryphium,

Lugduni, 1532, in-16, qui a appartenu à Rabelais. Il y écrit de sa belle écriture, ferme et distincte : Francisci Rabelæsi medici xal twv auToîi ^{Xow. Cette relique est à la bibliothèque de la Faculté de Montpellier. Une autre du même genre est précieusement conservée à notre bibliothèque nationale. O’est le traité de Théophraste, desuffruc^ ticibus herbisque. Argentorati per Benricum Sybold. S.d. in-16. Rabelais a aussi écrit sur le titre : Francisci Rabelæsi, medici GTtouoatoxaTOU xal tSv auxôu ^iXwv.

Rabelais quitta pour jamais Montpellier après avoir terminé, avant Pâques 1538, ses leçons sur le livre des Pronostics d’Hippocrate, Je n’ai pas à suivre pliis loin sâ bio-

(1) Gomme Rabelais, un mois apres son inscription.

graphie, et je renvoie le lecteur à l’excellente notice de M. Rathery. Je veux noter seulement que le Tiers livre de Pantagruel composé par Fane. Rabelais docteur en médecine et Oalloier deS Isles Hières, parut en 1546. Paris, Wechel. Il se nomme pour la première fois (1). Il était à l’apogée de sa gloire. Disgracié après la mort de François réfugié à Metz en 1547, etc., etc. (2), Rabelais est pourvu de la cure de Meudon le 18 janvier 1551. Malgré le privilège du roi du 6 août 1550 (3), la publication du Quart livre 1552 (1553) éprouva encore plus de difficultés que le précédent. Censuré par la Sorbonne, interdit par arrêt du parlement, 1®'' mars 1552. L’épitre dédicatoire au cardinal de Ohâtillon est datée du 28 janvier 1552, c’est-àdire 1553. Dix-neuf jours avant l’autorisation définitive, le "" 9 janvier, Rabelais fut probablement obligé de résigner ses deux cures de Saint-Christophe de Jambet au diocèse du Mans, et de Saint-Martin de Meudon (4) . Il mourut peu après à Paris, rue des Jardins, le 9 avril 1553 et fut enterré dans le cimetière de l’église Saint-Paul, sa paroisse.

Il me reste encore à dire quelques mots du portrait de Rabelais et de la fameuse robe, reproduits par l’héliographie au commencement de la notice de M. le D’' Cordon, avec les sceaux de la Faculté de médecine de Montpellier, qui méritent bien aussi quelques explications.

Le portrait est une copie fidèle de la lithographie qui se trouve en tête de la notice de M. Kühnholtz, 1827, et qui donne une idée médiocre du tableau conservé à la Faculté de Montpellier, comme nous lé verrons bientôt dans la seconde partie de ce travail.

(1) En 1532, le Pantagruel composé nouvellement par maître Alcofribas Nasier, et dans la pantagrueline pronostication, Architriclindu dict Pantagruel. En ISSSf’ le' Gargantua, jadis composé par Vabstractèur de quinte essence. Le Pantagruel de 1537,

feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.^

(2) A Rome, en 1549 où il écrivit la Sciomachie et fÊStins faits à

Rome au palais de Monseigneur révéfendissime ordinal du Bellay pour l’heureuse naissance de Monseigr\.éy.r d’Ortéans, fils de très chrétien roy de France Henri II, le 3 févîfer 1^49 . . ‘

(3) M. Rathery a laissé passer pàf ërre^ 16 fr avrils 1550.

(4) 11 n’est donc resté curé de Meudon qüé deux ans.

La robe traditionnelle, dite de Rabelais (1) « est de dra rouge avec épitoge et à manches très larges ». Elle renouvellée en 1613 par François Ranchin, lequel laissa dit-on, subsister les initiales brodées de Fr, Rabelais, quj étaient en même temps les siennes. Dans le procès-verbal de la séance du 15 décembre 1612, où Ranchin promit de faire renouveller celle qui était usée {antiquior et loene laceratSL atque deformis) , il y a : togam illam vulgo Francisci RabBlæsii dictam. On ne savait donc pas, à ce moment là, si c’était véritablement la robe de Rabelais. Une troisième fut faite en 1720 (2). D’où vint la première? Personne ne le sait. La légende, diversement racontée n’est point du tout satisfaisante. J’admettrais volontiers que Rabelais, parti brusquement, comme c’était son habitude, a laissé sa robe à la Faculté. Utilisée d’abord par l’appariteur, elle aura gardé dans la suite la célébrité de celui qui l’avait portée le premier. On l’endossait, disent quelques-uns, jusqu’à sept fois av;.:it d’être docteur, et la première fois sûrement, lorsque le candidat au baccalauréat, admis à son examen, s’entendait dire avant d’entrer dans le conclave : Indue purpuream etc. On avait la même robe quand on recevait les insignes du doctorat, qui sont : le bonnet (3) de drap noir surmonté d’une houppe de soie cramoisie, une ceinture dorée et un anneau d’or (4).

Du temps de Rabelais et jusqu’en 1605, il y avait deux sceaux ou cachets à la Faculté de médecine de Montpellier: le sceau de l’Université et celui des procureurs des écoles (5). Le premier était rond, sigülurii rotundum, comme on disait habituellement). Il portait en exergue )ï( S. VNIVERSITATIS MEDICORVM MONTISPESSVLI. La plus grande partie du champ est occupée, d’un côté, par

. (?) Le nom de robe de Rabelais, dit Astruc, p. 3î9, que les étudiants lui avaient donné ne signifie rien . Ils conservent pour

la robe qu’on vient de faire la même prévention qu’ils avaient pour l’autre.

(2) R. Desgenettes [Bibliog. méd.) aime mieux dire, au hasard, qu’elle a été renouvelée au moins vingt fois.

(3) Il était rond à Montpellier.

(4) Sibi medicinam desponsando.

^5) Qu il ne faut pas confondre avec le procureur des étudiants.

Saint-Luc assis devant un. pupitre, une plume à la main. De l’autre côté, se voient le bœuf ailé qui lui est consacré, l’écusson d^d,vg6nt au touvteâu de gueules des anciennes armes de Montpellier et une étoile. Au-dessus, séparé par une bande demi-circulaire où on lit : (1) LVOAS : S. maria, est représenté le buste de la mère de Dieu, tenant dans ses bras l’Enfant Jésus. La croix carrée de l’exergue se trouve juste au-dessus de cette sainte image.

Le second sceau, en cuivre comme le premier, est ovale ou mieux « d’une forme ogivale à ses deux extrémités. » Il a en exergue : S. PROOVRATOR. VNIVSITATIS

MEDIOOR. STDII MOTISPLI. Le manque de place a forcé d’écrire ainsi en abrégé : sigillum procuratorum Universitatis medicorum studii montispessuli. Dans le champ, selon Astruc, p. 89 « un professeur debout au milieu de « deux écoliers appuyés chacun sur un petit pupitre dans « l’attitude de gens qui écoutent », et selon M. le D"" Gordon « le Christ au milieu de deux personnages auxquels il donne la mission d’enseigner. » Sur la gravure que nous avons sous les yeux, on dirait une sainte, et par conséquent sainte Catherine, les bras levés, dans l’attitude de la bénédiction. Au- ’es-sous une ou plusieurs têtes dont il est difficile de deviner la signification. Le sceau des procureurs servait à l’administration intérieure. L’autre, Sigillum rotundum, était apposé par le chancelier et quelquefois le doyen sur les pièces officielles, les diplômes ou lettres de licencié et de docteur, les certificats d’études et autres qui devaient servir en dehors de la Faculté. M. Gordon, embarrassé par les hésitations d’ Astruc, n’a pas osé se prononcer sur l’usage resiiectif de ces deux sceaux.

Ils ont été remplacés en 1605 par un grand sceau rond, reproduit fidèlement aussi par l’héliogravure. En exergue, on lit ; SIGILLVM. NO WM. DOCTOR. MED. VNIVERS. MONSPEL. 1605. Au centre est Esculape couronné de

(1) L’espace était sans doute trop restreint ; c’est le troisième S du mot Montispessuli, placée dans l’exergue devant Lucas, qui sert en même temps d’ci pour S. LVCAS.

lauriers, avec l’écusson des anciennes armes de Montpellier, celui des armes de France, deux croix carrées et unê étoile à six pointes disséminées autour du Dieu de la médecine.

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