‹ Etudes historiquesChapitre 33 sur 40 · EXAMEN D‘UN ARTICLE RÉCENT SUR F. RABELAIS · texte numérisé non relu

EXAMEN D‘UN ARTICLE RÉCENT SUR F. RABELAIS

Après ces longues et minutieuses recherches, j’ai été curieux de savoir comment les Dictionnaires de médecine les plus récents avaient résumé l’histoire de Rabelais. Le Dict. de la méd. anc. et mod. de Dezeimeris, n’a pas jugé à propos de faire figurer le grand satyrique parmi les médecins célèbres. L’article Rabelais (François) du Dict. Encycl. des sc. méd. 3* série, T. !"■ page 357, 1874, ne peut être apprécié que sous forme d'Errata.

La plus grosse faute du D"" A. Chéreau, qui a signé cet article, a été de n’avoir pas lu la notice si recommandable de M. Rathery. [Œuv. de Rabelais, de Burgaud des Marels et Rathery. Paris, Firmin-DicTot, 1870). Il n’aurait pas mis; Ligne 1, Né en 1483. C’est presque dix ans trop tôt.

. Mort non loin de Vannée 1553. Cette date est bien

moins douteuse, que l’autre. Et c’est même parce que l’on a admis que Rabelais avait vécu soixante-dix ans, qu’on a été obligé de reporter sa naissance à 1483, comme l’à Lit remarquer le père Niceron aux premiers mots de sa notice.

Ligne 2. La vie de cet homme fut assez singulière. N’est-ce .pas ainsi que doivent s’exprimer ceux qui ne la connaissent pas?

Ligne 3. Il prit Vhabit religieux, d'si-bord chez les moines de l'abbaye de Seuilly. Lisez qu’il fut envoyé à l’école dans cette abbaye à l’âge de huit à neuf ans.

Ligne 4. Puis au couvent de la Basmette, à Angers. Lisez qu’il alla terminer ses humanités à la Basmette, près Angers, le couvent était à plus d’un quart de lieue de cette ville.

. Enfin chez les cordeliers de Fontenay-le-Comte,

on ne prend pas>insi trois fois l’habit. G’est, en effet, à Fontenay qu’il entra dans l’ordre mendiant des Gordeliers de Saint-François.

Lignes 5 et 6, fut élève aux ordres sacrés, se fit remarquer "par la diversité de ses connaissances, surtout par celle des langues et eut aussi des succès dans la prédication. Oui, en 1519, à Fontenay où il compléta ses études fort négligées jusque-là. Il y apprit à fon d le grec avec Pierre Amy.

Lignes?, 8, 9. Mais son humeur bouffonne s'accordait fort peu avec V austérité de son état pour qu'il pût longtemps s'y maintenir. Une espièglerie, regardée alors comme sacrilège, dont Use rendit coupable, lui attira un traitement fort rude à la suite duquel il fut enfermé. M. Chéreau fait sans doute allusion à cette statue de saint François que Rabelais aurait enlevée de son socle pour s’offrir lui-même à l’adoration des fidèles, en les aspergeant, ajoute- t-on, d’une eau qui n’était rien moins que bénite. Laissons cette fable absurde. La vérité est, pour Rabelais comme pour Pierre Amy, que leur instruction et leur liberté d’allures excitèrent la jalousie et la défiance de leurs frères ignorants et fanatiques. Une perquisition fut faite dans leurs cellules. On confisqua livres et papiers, et les hérétiques hellénisants furent mis au secret. . La persécution aurait été plus loin peut-être, mais ils quittèrent le couvent en 1524, protégés par André Tiraqueau, les Brisson et le grand Budé. .

Lignes 10, 11, 12: Il résolut alors de secouer le joug qu'il s'était imposé, et quoi qu'on lui eût obtenu de Clément VII la permission de passer dans l’ordre de Saint- Benoît au monastère de Maillezais. il n'en jeta pas moins le froc aux orties. G’est-à-dire que, passé dans l’ordre de Saint-Benoît, il finit par prendre, avec l’autorisation de Geoffroy d'Estissac son supérieur et son ami, l’habit de prêtre séculier, afin de pouvoir courir le monde, . toujours pour s’instruire. Ge que M. Ghéreau exprime en disant :

Ligne 13. Et mena pendant quelque temps une vie ^sez vagabonde. Rabelais dans sa supplique au pape

Paul III avait écrit : per seculum diu vagatus fuit .

per tantum temporisita vagabundus incurrit, ce qui est fiien différent de mener une vie assez vagabonde.

Lignes 14 et 15. S'étant ensuite rendu à Montpellier i étudia la médecine, fut reçu docteur et publia uneédU tion latine de quelques écrits d’Hippocrate. Ceci veut dire qu’il se fit immatriculer à la célèbre Faculté le 17 septembre 1530, que, bachelier deux mois après, il fut licencié vers le mois de mars 1532. Il était niédecin et non docteur quand il vint à Lyon, où il publia une édition des Aphorismes et de quelques ouvrages d’Hippocrate et de Galien traduits en latin, revus et corrigés par lui, et qu’il fit suivre du texte grec des aphorismes. 153-L Un deuxième volume des lettres médicales de JeanManard de Ferrare,etc. M. Chéreau ne dit pas non plus qu’il fut médecin d’un hôpital de Lyon, qu’il fit deux voyages à Rome en 1534 et 1535, avant de retournera Montpellier prendre le grade de docteur, le 22 mai 1537. et y professer ensuite jusqu’en

Lignes 15, 16, 17, 18, 19. Un arrêté provoqué par le chancelier Duprat avait aboli les privilèges de la Faculté de médecine de Montpellier. Cette Faculté députa Rabelais auprès du chancelier pour plaider sa cause, ily réussit et en reconnaissance de ce service, VUniversité décida que tout médecin- appelé au doctorat se revêtirait désormais de la robe de Rabelais. Cette légende avait déjà été réfutée par Astruc. Quand à la prétendue robe de Rabelais, elle se revêtait dès qu’on était admis au baccalauréat. Le bachelier entrait au conclave en robe rouge.

Lignes 20, 21, 22. De là cette légende non encore effacée, que les nouveaux docteurs de Montpellier ont encore aujourd'hui, comme ily a .300 ans, l'honneur de glisser sur leurs épaules la tope même dé l'auteur de Pantagruel. Au lieu de dire la toge même, il fallait faire remarquer que cette prétendue robe de Rabelais avait été renouvelée au moins deux fois, en 1612 et eii 1720.

Lignes 23, 24, 25, 26. Après avoir exercé la médecine à Montpellier et à Lyon, Rabelais suivit à Rome le cardinal Du Bellay qu'il connaissait depuis sa jeunesse et qui lui montra toujours de l’amitié. Ce fut sans doute au crédit de ce protecteur qu’il dut la nouvelle bulle de translation qui l'envoyait dans l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, dont il allait faire un chapitre. Rabelais n’exerça point 11 médecine à Montpellier, et c’est à son second voyag® ^

Rome avec le cardinal du Bellay, à la fin de 1535, qu’il obtint du pape Paul III, la bulle qui l’absolvait du crime d’apostasie, et lui permettait d’entrer dans le couvent de l’ordre de Saint-Benoît qui voudrait bien le recevoir, et cela avant sa réception au doctorat, le22 mai 1537. Il lui fallut une seconde bulle pour régulariser son entrée à l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés. Mais ici, de longues explications étaient nécessaires, et mieux eût valu se taire que d’arranger les choses de cette façon.

Lignes 27 et 28. Quoiqu'il en soit, de cordelier devenu bénédictin-, de bénédictin médecin et de médecin chanoine, Rabelais devint en 1545 curé de Meudon. D’abord Rabelais n’a pas cessé d’être médecin depuis 1532 et de faire de la médecine gratis jusqu’à sa mort. De plus, il a été nommé à la cure de St-Martin de Meudon, le 18janvierl551.

Il y resta à peine deux ans puisqu’il dut la quitter le 9 janvier 1553. Voir la notice de M. Rathery,p. 57 et 61.

Ligne 29, et ne parut pas plus appelé à cet état qu’à ceux qu’il avait abandonnés. Tout le monde au contraire est de l’avis de Colletet {Histoire des poètes français). « Il (t desservit cette cure avec toute la sincérité, toute la pru- « d’homie et toute la charité que l’on peut attendre d’un

a homme qui veut s’acquitter de son devoir . Marque

« du grand soin qu’il apportait à faire sa charge et à se faire « aimer de ceux dont son évêque lui avait donné la direc- « tion spirituelle. » Dernier [ouv. cit. p. 13) dit aussi : «La « tradition même de Meudon le représente comme un vi- « gilant pasteur, honnête, charitable au point de montrer « le plein chant aux enfants de ses paroissiens. Il était en- « core hospitalier, homme de conseil et né pour la conte duite des affaires comme pour celle des maladies, qu’il « continua suivant la dispense qu’il en avait de souverain « pontife. »

Ligne 30. Comme nous venons de le dire, il mourut en 1553 et était âgé de 69 ans. j’ai déjà relevé cette dernière erreur.

Ligne 31. C’est en 1535 que Rabelais fit paraître son Pantagruel. L’année 1535 est celle de l’apparition de Gargantua. Le Pantagruel avait paru en 1532. Il y en avait déjà trois éditions en 1535, quand fut publié, à Lyon, le Gargantua.

Lignes 31, 32, 33 et page 358 ligne 1. Trois années au par avant, il avait égayé ses contemporains par les grande et inestimables croniqs du grand et énorme géant Gargantua qu'il faut bien se garder de confondre avec le Gargantua formant le premier livre des œuvres de Rabêlais. C’est la seule phrase sans faute jusqu’à présent.

Ligne 3, 4 et 5. Le succès qu'il obtint donna naissance, au Pantagruel et par suite aux différents livres de cet étonnant Gargantua si supérieur au premier. Ceci n’est pas exact. Il n’y a pas différents livres de Gargantua. 11 n’y en a qu’un. Il aurait fallu dire : et par suite à cet étonnant Gargantua . , et aux autres livres du bon Pantagruel.

Ligne 6 et 7. Cette composition bouffonne et satyrique où l'auteur décrit avec une gaité cynique les mœurs de son siècle, où il développe avec joie les turpitudes de tous les rangs . Que peut valoir une appréciation qui com¬

mence ainsi? Ceux qui regardent Rabelais comme un bouffon de cette espèce ne l’ont pas compris ! Un peu plus de soin donné à la Biographie du médecin aurait mieux valu certes, que cet énorme morceau de deux pages dont le dictionnaire encyclopédique n’avait que faire.

Je passe à la ligne 44 de la page 359. On peut voir dans Barbie'*' (Manuel de librairie), la liste des plus rares et recherchées éditions des ouvrages du curé de Meudon. Barbier pour Brunet. Et puis, pourquoi" dire les ouvrages du curé de Meudon au lieu des oeuvres de maître P. Rabelais?

Ligne 49 et dernière. Au reste, Rabelais ne s'est pas toujours occupé de compositions extravagantes. B xtravagantes ! c’est écrit. (Traiter ainsi le sublime bouffon ij Page 360, lig. 1 et 2, il a consacré aussi ses loisirs à traiter des sujets sérieux. On peut citer la publication suivante qui est due à ses soins. Une nouvelle édition de livres classiques ! l’exemple est assez mal choisi. Ce n’est pas traiter un sujet sérieux.

Lignes 3,4, 5, 6. Aph or Ismorum Hippocratis sectiones

septemex Franc. Rabelæsii recognitione . Lyon, 1532,

m-16. Ce petit volume est très rare (1). Outre les apho-

(1) Exemplaires à la Bibl. Mazarine, n- 28976. Bibl. fiat. T 23, 25.

rismes d’ Hippocrate, en ^ latin, auxquels on a ajouté une huitième section, d'après les commentaires d’Antonius Musa. Tout cela appartient à l’édition de 1543. Celle de 1532 n’a p;is les commentaires d’A. Musa sur la 8® section Aphorismes. Son titre est dificrent : Hippocratis ac Galeni libri aliquot recognitione Francisci Rabelæsi, et non pas Rabelsrsii. Rabelais signait Rabeiæsus.

Ligne 8. Les quatre livres de ratione victus in morbis aculis. Il fallait ajouter Guiellelrno Copo Basiliensi interprète , c’est-à-dire traduits par Guillaume^ Oop de Bâle. Cette omission pourrait faire croire que la traduction, comme pour l’ouvrage suivant, est de Nicolas Léonicène.

Ligne 11. Rabelais dédie cette publication à Godefroy d'Estissac évêque de Mauléon. Passe pour Godefroy au lieu de Geoffroy, mais Mauléon à la place de Maillezais, c’est un peu trop fort.

Ligne 12. Qui avait donné au médecin de Montpellier des témoignages d'intérêt et de haute estime, même avan t qu’il allât étudier à Montpellier ; à Ligugé, par exemple.

Est-il besoin d’insister sur l’omission par M. Chéreau des autres publications de Rabelais. Je crois aussi inutile de m’arrêter aux sept dernières lignes de l’article, où il est question de quatre médailles frappées en l’honneur de Rabelais. Une seule est décrite, mais sans indication qui là puisse faire retrouver. Un revers paraît de provenance allemande. Pas un mot des portraits, bien entendu.

E. Turner.

extrait de la gazette hebdomadaire de médecine et de chirdrcie

i^ys Vassé, de Châlons-sur-Marne. — Jean Vassès, de Meaux (1486-1550), docteur régent et doyen de la Faculté de Paris. — Wicoias Yasses, du diocèse de Meaux, étudiant en medecine en 1535. — Jean ije Yassenr, de Paris (1518-1570), docteur régent. — Clande I.e Vassenr, de Paris (1614-1683). — Louis le Yassenr, de Paris, docteur de Montpellier en 1658. — David Va%se, de Paris, docteur régent en 1723.

PAR

M. LE D' E. TURNER

Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre honoraire de la Société anatomique

Lodoicüs Vassæüs Catalaünensis, élève de Jacques Sylvius, est l’auteur d’un petit manuel où a été résumé en quatre Tables, ce que Galien et d’autres ont écrit sur l’anatomie dans de nombreux livres. C’est la route, c’est la méthode qu’il proposait aux étudiants de suivre, pour arriver à la connaissance du divin ouvrage sur l’usage des parties du corps humain, ut viaquædam, ac methodm tibiesset ad divinum illud opus de usu partium corporis humani (préface au lecteur). En voici le titre :

Lodoici Vasswi Catalaünensis in anatomen corporis humani Tabules quatuor. Ad. Cardinalem à Lenoncuria. Parisiis, ex officina Michaelis Fæzandat, in domo Albreticâ è regione D. Hilarii, 1541, Petit in-fol. de 40 feuillets.

Plusieurs bibliographes, avec Douglas, mentionnent une première édition pour l’année 1540. Ils se sont laissé tromper par la date de la dédicace, nono Calendas octobris (23 septembre) 1540. J.-J. Manget va même jusqu’à indiquer

Téditeur Jean Fouclier (qu’il appelle Fonscherum), ce qui est une erreur. Voyez plus loin.

Au verso du titre est une épigramme en 16 vers distiques adressée par Loys Vassé à Nicolas Lanisson, chanoine et trésorier de l’église de Châlons, vicaire du cardinal de Lénoucourt, pour offrir son livre. Au-dessous est gravé l’écusson des Lénoncourt.

La dédicace « R. D. D. Roberto card. à Lenoncuria, tit. sanctæ Anastasiæ, episcopo comiti Calalaunensi, pari Francise » (1) ne contient pour nous qu’un passage important : Primitiœ sunt ingenii nostri, cardinalis amplissime, quas tibi velut propitio memini oblatas, etc. C’est un premier ouvrage.

Dans la préface au lecteur, Loys Vassé fait un éloge par trop exagéré de son maître Jacques Sylvius {prœceptori meo Jacobo Sylviomedico accepta referre debeo me vereorpalam fateri, ac prœdicare per quem ipse profeci, etc., etc.), et se montre comme lui admirateur passionné de Galien, dont il a, du reste, conservé les erreurs : la perforation de la cloison interventriculaire, l’os du cœur, etc.

Viennent ensuite : Tabula prima, de ventre inferiore; Tabula secunda, de t/iorace; Tabula tertia, de capite; Tabula QUARTA, de artubus.

Ce petit ouvrage élémentaire a été presque aussitôt traduit en français par Jean Canappe et publié à Lyon, chez Jean de . Tournes et Etienne Dolet, l’an 1542, suivant Lacroix du Maine qui a écrit par erreur Jean Vassæus. Du Verdier a rétabli Loys. Ce livre est malheureusement introuvable.

Voici la plus grande partie de la préface, qui se trouve reproduite tout entière dans la traduction française de 1555, revue par R. Le Blanc (feuillet 3). « Maître Jean Canappe, doc- » teur en médecine, au lecteur chirurgien salut. Ce m’est une » chose assez persuadée, qu’il est impossible de satisfaire

(1) Evêque de Cliâlons en 1535, il avait été fait cardinal par le pape Paul W 1538. Il fut aussi archevêque d’Embrun, d’Arles et de Sabine, abbé de Sainl-Rent} de Riûins, prieur de la Charité-sur-Luire où il mourut le i février 1561.

î aux affections de tous, jouxte la sentence d’Horace : lequel » quelquefois avait invité trois personnes seulement à un » banquet : neantmoins chacun d’eux avait divers goust, et » appétit, tellement que ce, que l’un appelait, l’autre. avait » en horreur. Semblablement aujourd’hui l’un ha en bonne » réputation les labeurs d’autrny : les autres au contraire î» n’en peuvent bien dire, ne estimer. Les autres par une » certaine malice, et affection de contredire en parlent en » mauvaise partie, jaçoit que leur jugement intérieu’' soit » autre. Et à ce propos me souvient d’un passage de Galien » au livre de la raison et manière de guarir par la phléboto- » mie, disant ainsi : Certes l’astuce et cautelle des sophistes » est bien digne d’estre haie : lesquels jaçoit qu’ils sachent » bien, qu’ils soient mensongiers, nonobstant par une cer- 5> taine malice ils afferment tout au contraire, ce qu’ils sont : » ou pour une curiosité d’inventer choses nouvelles, ou pour )) acquérir une vaine sapience ou plustôt vaine gloire. Toutes » fois si ne fault il pas désister de tirer au but et scope, qui » nous est proposé : c’est une fin pour laquelle toutes choses )) se font, et par qui toutes choses sont approuvées, et à » laquelle il n’est possible de parvenir sans les éléments » et principes. Or la fin de l’art que nous prétendons est de » garder la santé et de guarir les maladies : à laquelle ne » peult parvenir, s’il ne scet, que c’est santé, et maladie. Et » pour ce que toute santé, ou maladie consiste, ou au parties » simples ou au parties organiques, ou est commune à icelles, » il s’ensuit, qu’il faut congnoistre les dites parties. A la con- » gnoissance des quelles n’avons aucune voye, ny adresse, » sinon par l’Anatomie. C’est donc une chose assez démontrée » que l’anatomie est nécessaire à tout homme, qui veult faire Jî> profession en médecine (feuillet 4). Car par elle nous con- » gnoissons la substance, la magnitude, le nombre, la figure, » la situation, l’utilité et l’action de toutes les parties. Par » l’ignorance desquelles choses, quand un nerf est incisé, ou » un muscle, il advient aucune fois, que le sentiment se » perd, aucune fois le mouvement, et souventefois l’un et

y> l’autre, et qui plus est, bien souvent la mort s’ensuit. Cha- » cun voit donc la grande et nécessaire utilité de l’anatomie •

» laquelle si elle est requise en aucune, c’est principalement » au chirurgien. Et combien que la chose soit assez attestée » loutesfois je alléguerai encores ce petit mot digne de mé- » moire, qui dit Guidon de Cauliac : Ainsi comme l’aveugle » qui trenchedu bois, toujours ou souvent erre, en tranchant » d’iceluy, plus ou moins qu’il ne doit : ainsi fait le chirur- » gien quand il ignore l’anatomie. Mais tu pourras objecter,

» que le chirurgien n’a que faire de savoir, que c’est santé » ni la composition du corps humain, et qu’il lui suffit d’in- » ciser, de cautériser et d’exercer semblables opérations ma- » nuelles : je te réponds ce que j’ai déjà dit que nul ne peut » garder santé, ne guarir maladie sans congnoistre l’une et » l’autre et qu’il n’est possible congnoistre ni l’une ni l’autre » sans entendre la nature des parties. Je dis davantage par » l’autorité de Cornélius Celsus que toutes les parties demé- » decine sont ainsi conjointes ensemble, qu’on ne les pour- » rait totalement séparer ; mais elles prennent leur nom de » la chose en quoy elles consistent le plus. Ce considérant, » c’est assavoir les principes, aussi les moyens pour parvenir » à ceste fin, me suis mis en devoir de traduire selon ma » petite capacité, aucuns livres pour le profit des chirurgiens, » que pour le mien : Et principalement ces quatre tables » prinses et mises en bon ordre de plusieurs lieux de bons » autheurs et principalement de Galien : es quels est conte- » nue toute l’anatomie du corps humain. Pour ce que nous » n’avons point d’anatomie en notre langue assez ample et » suffisante : ains mutilée, imparfaite et souventesfois mal » consonnante à vérité. Pourquoi nous devons beaucoup à l’au- » tireur d’icelles, qui les a amassées et rédigées en si bon or-

» dre: en confessant queparluy avons aucun profit. Et combien

» que je n’en suive pas du tout l’ordre, qu’il tient en ses » figures, ce n’est pas pourdévoguer à la manière ou doctrine, » mais pour donner encores plus facile et claire intelligence » aux docteurs rudes et mal exercités en telles divisions,lesquels

, pourraient souventesfois prendre une différence, ou espèce » pour l’autre. Et pour obvier à cette erreur, elles sont notées » par leurs nombres... Et à tels écrits et pour tels je travaille » non pour les doctes et savants qui n’ont aucunement affaire » à ce mien effort. Toutefois je crois qu’il n’y ha savant ou )) docte, qui ne trouve bonne cette mienne entreprinse attendu » la fin d’icelle, qui est de profiter au public. Or donq, lecteur, » quiconque sois, prends en gré le vouloir honneste de celuy » qui ne désire que ton avancement, et l’augmentation de » Ion savoir et le jetter peu à peu des ténèbres d’ignorance : » ignorance indigne de tout homme généreux et bien nay : » laquelle devons autant et plus fuir que la mort. Car J l’homme ignorant n’est autre chose, qu’une mort vive : de » laquelle tu seras exempt en acquérant le contraire de si » laide chose : qui est savoir et intelligence des bonnes » doctrines, adieu lecteur. Lyon, ce premier jour de juillet » l’an de salut 1541. »

L’édition latine a paru à Venise, chez Vincent Vaugris en 1544, in-8 de 117 feuillets, avec les dédicaces, etc., absolument pareille, avec ce titre : Lodoiçi Vassæi Catalaunensis, in anatomen corporis humani Tabules quatuor^ nunc deriuo accuratius recognitœ una ewm copiosûsmo, qui antea non erat, indice. Venetiis, ex officina Erasmiana, apud Vincentium Vaugris propè horologium divi Marci

Le catalogue de la Bibl. nat. a eu le tort de mettre un œ à Vassæus et de supprimer qui antea non erat. L’exemplaire de la Bibl. de l’E. de M. n“ 31876 a appartenu à René Moreau qui a corrigé de sa main quelques erreurs de Galien.

Une autre édition entièrement semblable, mais imprimée en caractères italiques, est sortie de la même librairie cinq ans après. Même titre. Venetiis, ex officina Erasmiana Veneentii Valgresii, 1549, in-8, de 200 pages. {Bibl. Nat. Ta 9.38 A. réserve.) Elle a été revue et corrigée par Antoine Stupa, comme on le voit dans la dédicace placée en avant de ITndex: « Nobilibus atque ingenuis adolescentibus, Philippo

et Frederico Veiidrainiiùs, Gerraanisfralribus, Antonius Stupa Rhetus Helvetus. »

En 1553, une nouvelle édition parut, suivie bientôt comme la première d’une traduction française correspondante : Lodoici Vassœi Catalaunensis, doctoris medici, in anatomen corporis humani Tabulæ quatuor, abauthore nuper auctœ et recognitœ. Parisiis, apud Michaelem Fezandat. 1553, petit in-fol. de 48 feuillets. Au dos du titre, est un extrait du privilège de Jehan Foucher... pour iceluy livre, et figures (par le dict autheur ainsi augmenté) tant en latin qu’en français... jusqu’à six ans consécutifs, à commencer du jour et date de la première impression (tant en grand qu’en petit volume)... », daté du 17 décembre 1552. Bibl. de VE. de il/, n® 439. Cet exemplaire a appartenu en 1589 à Jacques d’Amboise, un célèbre docteur régent de l’ancienne Faculté. Il a écrit son nom sur la première feuille avec ces maximes : Nosce te ipsum. Summa pietas inhoc esse crudelem, des annotations dans le corps du livre, et sur la dernière page un distique sur le nombre des os (245) qu’il a. signé Ambosius (d’Amboise) :

Quinque quater dénis si jungas atque ducentis Humani quoi sint corporis ossa sies.

Ce distique se rapproche beaucoup de celui qui se trouve dans les six premières planches de Vésale (voy. Etud. hist.%

Adde quater dénis bis centum senaque, babebis Quam sis multiplici conditus osse,semel.

Sur l’exemplaire de la Bibl. nat. (Ta &. 38 B.) « apud Vi* duam Vivantii Gaultherot, via Jacobeâ ad D. Martini insigne 1553 », la marque du libraire est l’écu de Florence. Celle de Michel Fezandat est un faisan qui enlève un dauphin. Tous deux portent à la fin : « Excudebat Parisiis Michael Fezandat in domo Albreticâ XI Caend. Januarü 1553. »

La dédicace « R. D. D. Philippe à Lenoncuria (1) episcopo,

(1,) Neyeu du précédent, mûri en 1,592 à soixantcrcinq ans.

coDQÎti Catalaunensi, pari Franciæ, Lodoicus Vassæus Catalaunensis, doetor medieus, S. P. D. y>, est datée de Châlons, 21 novembre 1552 (undecimo calendas décembres). Loys Vassé nous apprend que la première édition de ses tables étant épuisée, il a dû en donner une autre (Itaque cùm Tabellœ nostrœ anatémicæ apud Typographes deficerent, etc.). Il a retranché certaines choses, ajouté beaucoup d’autres qu’il n’avait pu mettre dans la première édition à cause de sa brièveté, si bien qu’il n’est aucune partie du corps humain si petite qu’elle soit dont il ne soit parlé, si je me souviens bien, dit-il, utnulla sitin corpore humano tam minima pars, de qm si meminerim non tractetur. H y a joint de plus quelques figures des parties intérieures et des os avec leurs explications. Addidi prœterea figuras quasdam intO’riorum partium et ossium corporis humani, quas ad meliorem formam et situm naturalem pingere curavi, singulas que partes suis caracteribus notatas ordine eæplicui. Bien que les figures soient là ad ornamentuni et ad animi refectionem magis quant ad eruditionem, car dans de si petites figures on ne pouvait mettre que peu d’organes, elles représentent à peu près ce qu’on voit réellement dans les dissections. Tamen veluti spéculum, et rudis quœ~ dam imago eorum quæ in dissectis corporibus verè apparent. Ces figux’es au nombre de quatre ont été placées avant la dédicace. Gravées dans la manière des planches de G. H. Riff, elles sont fort imparfaites (voy. Etud. hist., p. 8). Nous y reviendrons longuement tout à l’heure.

La dédicace est accompagnée d’un hexastichonen vers grecs de Joannes Loinus Lectori.

Vient ensuite l’ouvrage de Loys Vassé divisé en quatre tables comme la première fois. Il se termine par un petit chapitre nouveau sur le nombre des os de tout le corps (24o) sans compter l’os hyoïde et l’os cartilagineux du cœur.

La deuxième traduction française se trouve à la Bibl. de l’E. de M. H“ 31875. Tables anatomiques du corps humain universel : soit de l'homme ou de la femme, premièrement

composées en latin par maistre Loys Vassé, et traduites en français par maistre Jehan Canappe. docteurs en'^iédecine.

Depuis revues, corrigées et augmentées par Vautheur.

A Paris, de l’imprimerie de Michel Fezandat, au Mont Sainct- Hilaire, à l’hostel d’Albret, 1555, in-rS, de 136 feuillets.

Au dos du titre, Jean Loïne, médecin, au lecteur :

Hippocrates, mesmeinent Galien,

E Sylvius, parlans d’anatomie Disent, que cil, qui n’en a le moien.

Ainsi est ell’ de médecine amie.

Qui voudra donc en ce degré monter Et des savants médecins se comter De Vasseus qu’il apprenne les tables.

Et ce faisant il ne faut pas douter.

Qu’il ne soit mis entre les plus notables.

Au deuxième feuillet, la dédicace « A monseigneur maistre Nicole de Maneville, docteur es drois, seigneur d’Augonville la Gripière et de Joncquière, conseiller du Pioy et mais- Ire ordinaire de la chambre des contes (sic) à Paris, son très obéissant R. Le Blanc» est datée de Paris, 17 novem^ bre 1554. R. Le Blanc n’est pas médecin. « Or quant à moi, » dit-il, je ne peu et ne m’est licite m’arrester à faire épitre » commendative à M. Vassé jadis disciple de M. Sylvius, » homme recommandé non-seulement en médecine, ains en » toutes sciences... je me déporte des louanges de l’auteur, » sachant bien que c’est labeur perdre de vouloir adjouter à » la perfection. Mais pour ce que par sa diligente veillance » ès bonne lettres, il a fait depuis la traduction de M. Canappe » médecin, quelques additions latines a son œuvre, les- » quelles à la requeste de notre bon ami Jan Foucher, » libraire juré en l’Université de Paris, j’ai traduites en notre » langue française... »

Vient ensuite (feuillets 3, 4, 5) l’ancienne préface de Jean Canappe reproduite plus haut, puis la traduction en français {le la deuxième édition, 1553, des tables de Loys Vassé. C’est

elle qui est citée partout et attribuée à tort uniquement à jean Canappe. Elle a été complétée par R. Le Blanc et imprimée en italique par Michel Fezandat.

Sur le verso du dernier feuillet, on lit : achevé d’imprimer le 20 décembre 1554.

Une dernière reproduction de la première édition (1541) du livre de L. Yassæus sans index et avec la première dédicace à Robert de Lenoncourt, a paru à Lyon en 1560, avec celte faute dans le premier mol du titre : Lodovici, au lieu àeLodoici. Lugduni, apudTheobaldum Paganuml560, petit in-8 de 192 pages. Caractères italiques. (Bibl. %«f.,Ta9, 38 C.)

Maintenant je vais dire combien l’on a pu accumuler d’erreurs et de bévues sur un nom et sur un ouvrage, pour arriver à cette double conclusion : que les compilations de biographies et de bibliographies médicales sont souvent pleines de fautes grossières et que l’on ne saurait trop blâmer ceux qui ne craignent pas d’écrire l’hisloire sans le moindre souci de la vérité.

Voici ce qu’ils ont hit de Lodoicus Vassœus Catalannensis, Loys Vassé. D’abord le prénom. Lodoicusaété bientôt transformé en Lodovicus, et depuis bien longtemps personne ne dit plus autrement que Ludovicus, Louis (Douglas Manget, Haller, Lauth, M. Chéreau). Quant au nom. Portai {Hist. de Vanat. et de la chir,. 1769, t. I, p. 368) est le premier, je crois, qui a traduit au hasard Vassœus par Le Vasseur, sans tenir compte des traductions françaises qui portent Loys Vassé. Il a malheureusement été imité en cela par Haller (Bibl. anat., I, 187), par Lauth (Hist. de Vanat. p. 366), par Flourens (Hist. de la déc. de la cir. du sang, p. 39), etc. Ce dernier est d’autant plus coupable que, citant « le vieux français de Canappe » il indique dans une note ; « l’anatomie du corps humain premièrement composée en latin par Loys Vassée (sic) et depuis traduite par Jean Canappe (édition de 1554, p.47). » D’après ce que je viens de dire Sur la traduction française de 1555, il sera facile de compren-

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dre, sans que j’aie besoin d’y insister, tout ce que con tient d’inexactitudes cette seule note de Flourens. Je m'ê borne à faire remarquer qu’il aurait bien pu mettre Yasséa la place de Le Vasseur.

Pour la bévue sur le troisième mot Catalaunensis, elle a été si bien relevée (Ga^. heb., 1859, p. 66,feuilleton)parmoa ami A. Warmont, que je m’empresse de lui laisser la parole:

«L Dans la première édition de son Dictionnaire historique

» (1755,2voLin-8),Eloy qu’il ne faudrait pas juger sur ce seul

» fait, traduisit Catalaunensis d’une façon plus simple » qu’heureuse, et fit de Vassseus un Catalan. Là-dessus, cla- » meurs de Portai, qui, se rappelant fort à propos Attila et » les champs catalauniques,. restitua à Châlons-sur-Marne » l’honneur d’avoir donné le jour au susnommé Vassæus.

» Eloy avait reçu le coup en pleine peitrine; mais loin d’en » remercier Portai, dans sa deuxième édition (Mons, 1778, » 4 vol. in-4), il dit sournoisement, et comme s’il s’agissait » d’un autre que lui : plusieurs écrivains attribuent cet » ouvrage à un certain Louis Vassé ou Le Vasseur qui naquit » en Catalogne... S’il fût né en Catalogne il aurait désigné sa » patrie par le mot Catalanus e\. Catalaunensis veut dire: né » à Châlons-sur-Marne. »

On a confondu Lodoicus Vassæus Catalaunensis avec un autre Vassæus de la même époque. Et c’est d’autant plus extraordinaire que celui-ci s’appelait Jean et qu’il était de Meaux. Cette erreur a été faite primitivement par J.-B. Louis Chomel {Essai hist. sur la Méd. en France, 1762, in-12, p. 273), ut docteur régentj et répétée par Haller lui-même {Bibl. anat., I, 187). Ce dernier fait naître Ludovicus Vassæus (Le Vasseur) à Meaux, MeldensiSy et lui attribue un livre Ejusdetn de judiciis urinarum Tractatus qui appartient à Joannes Vassæus Meldensis, Jean Vasses de Meaux, comme nous le verrons tout à l’heure. Haller, d’habitude si exact, donne ici plusieurs autres indications fautives, comme le titre de la traduction française : l’anatomie du corps humain réduite en Tables et son apparition en 1552. C’est 1542. Déplus il attribue

la traduction de 1 555 à J ean Canap pe sans nommer R. Le Blanc.

Mais la plus grosse erreur a été faite par Portai qui a vu, dans Tabulæ, des planches, des figures (ouvr. cit., I, 369). « Elles ne sont qu’au nombre de quatre; elles contiennent » quelques particularités intéressantes, quoiqu’elles soient 9 défectueuses en plusieurs points. » Et croyant que d’autres ont pu commettre la même bévue que lui, il ajoute : « Mo- 9 reri et Douglas disent que ces planches sont très comrao- » des, et qu’il n’y a pas une petite partie du corps que l’on » n’y trouve; pour moi, je soutiens qu’il y en a beaucoup qui 9 n’y sont point représentées. Ces messieurs pourraient bien 9 avoir jugé l’ouvrage sans l'avoir vu, je doute qu’ils eussent » tenu ce langage s’ils l’eussent examiné. » Or Douglas dit : Hæ tabulæ ex eo suntgratiores quod nulla ferè in corpore tam minuta pars sit quæ ibi non pervestigatur. C’est la phrase même de Lodoicus Vassæus, citée plus haut, et qui se rapporte au texte.

Le supplément de Moréridit à son tour ; « Ces tables, au » nombre de quatre, sont d’autant plus commodes qu’il n’y a » pas une petite partie du corps que l’on n’y trouve. » Eloy a traduit encore plus exactement (édition de 1755) : « Et en » effet il n’y a presque pas une partie du corps humain, si » petite qu’elle soit, dont on ne trouve une description dans » ces tables et c’est là ce qui en fait le mérite particulier. » Portai est donc précisément celui qui n’a pas bien examiné. Dès lors, il décrit et critique longuement les quatre planches, s’imagine en passant que Le Vasseur est le premier qui ait connu la véritable position du pilore, etc., etc., et dit très nettement, p. 371 : « On trouve immédiatement après ces » planches des explications pour éclaircir le texte, la plupart » sont tirées des ouvrages de Galien; Le Vasseur y a peu * ajouté. » Ainsi Portai écrit sans trop savoir ce qu’il dit- Car le livre Lodoici Vassæi in anatomen corporis humani Tabulæ quatuor a paru d’abord en 1541 sans planches, et les qnatrequiontété ajoutées à l’édition de 1553, sontainsi jugées par Loys Vassé lui-même : Licetque in tam parvis figuris

multœ partes vere non possint osten^i. N’importe! la bévue de Portai devait porter ses fruits. M. A. Chéreau, dans l’article Iconographie de l’iiistoire de l’anatomie [Bict encycl. des sc. méd., t. IV, 1''® série, p. 226) cite à côté des planches de Vésale et de celles du livre de Charles Etienne « les Tabulœ de Louis Vassæus deChâlons (1540) qui se font » surtout remarquée par une finesse extrême et par une ex- » pression nette des plus petits détails. » Il faut voir, non pas dans l’édition de 1541, mais dans celle de 1553, ces mauvaises planches, surtout la première et la quatrième faites d’après G. H. Ryff ! Bibl. Mazarine , n“ 4465. Bibl. de VE. de Méd. n® 259, même volume que De chirurgicâ Institutione de Jean Tagault 1543.

Une autre erreur de Portai a été de croire que Lodoicus Vassæus avait découvert l’usage des valvules du cœur. Après avoir discuté, et cité quelques passages de l’auteur, il conclut ainsi (ouv. cit., p. 374) : «Voilà, je crois, une exposition des » usages des valvules aussi claire et aussi succincte que celle » que Harvey a donnée sur ces parties, cent ans après. Je * suis surpris que les historiens n’en aient point fait honneur » à Le Vasseur. » Ce dont on doit être surpris, c’est que Portai ne sache pas que tout ce qu’il attribue à Vassæus était déjà connu de Galien.

Comment comprendre après cela, que Flourens ait eu la singulière idée (ouv. cit., p. 39) en changeant le texte, de faire dire à Portai « que Le Vasseur en savait presque autant que nous sur la circulation du sang ». Il y a dans Portai (p. 373) : sur les usages de ces parties (les valvules). Et dès lors Flourens se livre à une réfutation en. règle qui paraît quelque chose, et qui, en fait, ne s’applique à rien, si ce n’est à la phrase qu’il a lui-même inventée. Quel plaisir peut-on trouver à travestir ainsi l’histoire!

JoANNEs Vassæüs Meldensis, Jean Vasses de Meaux (1486-1550), a été doyen de l’ancienne Faculté, de novembre 1532 à novembre 1534. Il était donc le contemporain du pré-

cèdent avec lequel il a été confondu, sans raison. Les registres commentaires où il a toujours signé J. Vasses, nous apprennent que bachelier en 1518 (t. IV, f. 67), il fut le neuvième de sa licence, à la fm de mai 1520 (f. 90 verso). Joannes Morelli était le premier, Michael Aray le troisième, Guill Budé le sixième, Petrus Allen le huitième, Hubertus Coquiel le dixième, Franciseus Belot le onzième. Reçu docteur, le 3 décembre 1520, par Claude Roger (t. lY, au bas du verso du f. 101), il a présidé extra ordinem une thèse quolibitaire à la fin de l’année 1521, et est ainsi passé docteur régent. Sa première signature se voit au verso du f. 114, à la fin du premier décanat de Michel de Monceau. On croit d’abord lire Yassetz; mais l’e ne se faisait pas alors comme aujourd’hui.

Jean Vasses a été l’un des médecins les plus distingués et les plus érudits de son époque. Dès le 18 mars 1524, il se fait remarquer à une pastillaire, ingeniosè tractat quæstionem, {Commentaires, t.IV, f. 148). Le premier samedi après la Toussaint de la même année, lors de la nomination du doyen et des lecteurs (professeurs), il est choisi avec Guillaume Budé (f. 161). Lorsqu’il est prorogé comme lecteur l’année suivante, il est appelé doctor literatissimus (f. 178). Il fait partie des commissions importantes et enfin il est élu doyen le premier samedi après la Toussaint de l’année 1532 (f.317). Le premier décanat de Joannes Vassæus Meldensis termine le tome IV des Commentaires. Remanié avec le second décanat, il occupe avec lui les 43 premiers feuillets du tome V. Au feuillet douzième, J. Vasses a noté que le banquetde la Saint-Luc pour Tannée 1533 n’eut pas lieu, à cause de Tintensilé de la peste.

Sous le décanat de Jean Tagault qui vint ensuite (f. 47 et 48), les appointements du doyen furent augmentés. Cette décision avait été prise par Jean Vasses qui profita le premier de cet avantage.

. Du reste la Faculté, en veine de générosité, augmenta aussi les appointements des lecteurs et remit à Jean Guinter d’An-

dernach, le même jour, sesfrais de doctorat qu’il devait encore. Par compensation en novembre 1540 (f. 448 verso) les banquets furent réduits à trois seulement pro fraternitatis vinculo. Jean Vasses et Louis Braillon avaient vivement combattu celte restriction aux vieilles habitudes de la Faculté En 1546, le doyen Jacques Houllier témoigne par écrit de l’autorité et du savoir de Jean Vasses, arrivé à soixante ans et qui est célèbre dans toute l’Europe pour ses traductions d’Hippocrate et de Galien {Commentaires, t. YI, f. 46). Hic ergo vehementer indignitus facti Joannes Yassæus vir

■sexagenarius . plurimas authoritatis et doctrinæ qui

editis operibus versis aliquot Hippocratis et Galeni libris loti Europœ innotuit. Ces traductions latines avaient une bien autre importance alors que le De judiciis urinarum tractatus. Ce manuel, fait pour la commodité des étudiants, est aujourd’hui bien plus connu des bibliophiles.

Jean Vasses mourut en novembre 1550, à l’âge de soixantequatre ans. La liste de ses ouvi’ages a été assez mal indiquée Jusqu’à présent. Voici le résultat de mes recherches personnelles.

Galeni in librum Hippocratis de victus ratione in morbis acutis commentarii quatuor. Joanne Vasseo (sic) Meldensi interprète. Parisiis, apud Simonem Colinæum, 4531, in-fol. de 90 pages. {Bibl. de l’É. de M., n“ 64.)

Dans la dédicace « Viro in re medicinali atque docto atque perito Ludovico Brallonio » Jean Vasses parle d’un médecin de Montpellier dont il sera plus amplement question dans l’édition suivante :

mnOKPA'TOYS KQ'OY, TO nEPI' AIAI'THS O’SE'QN NOSHMATÜN, H’TOI HEPI nTISSANHS.

De victùs ralione in morhis acutis, sive de Ptisana, Hippocratis Coi liber, unà cum Galeni quatuor in eundem cornmentariis. Joanne Yassæo Meldensi interprété, à quo de~ nuQ omnia sunt recognita et regustata. Parisiis, apud Joan-

nem Roigny, 1543, in -8° de 144 feuillets. Le texte grec a été cette fois ajouté au latin. Jean Vasses a dédié ce livre « Joanni Morello medico regio, Michaeli Dumoncio, Joanni Hortensio etMartino Acacio, viris ut doctis itaperilis raedicis ». Comme Louis Braillon cité plus haut, Jean Morelli médecin du roi, Michel du Monceau, Jean des Jardins et Martin Akakia étaient d’illustres et savants docteurs régents, collègues de JeanVasses.

Après la dédicace vient une note sur ceux qui blâment la tisane d’orge [Annolatio in eos qui sorbitione^n ex hordeo damnant.)... Un certain médecin de Montpellier était venu auprès du roi François. Il eut alors parmi ses auditeurs Manardus, un des plus éminents médecins de l’Italie... Quidam Montis Pessulanus medicus cuni ad regem Franciscum penisset. Habuitsanèis auditor es inter quos fuit et Menardus vir apud Italos in re medica summus... C’est cette note' qui a été si maladroitement appelée depuis J. -J. Mauget : «.Epistola quaPtisanæusum défendit contra JoannemManardum prœfixa est Galeni de victus ratione, etc... quæ latinitate donavit. Parisiis apud Jac. Bogardum, 1543, ih-8".

A la Bibl. de VE. de M. n® 33231 se trouve une autre édition de Galeni in librumHippocratis de victus ratione, etc., revue par Jotînwe Molino medico. Lugduni, apud Guillelraum Roullium, 1563, in-8“ de 298 pages. La dédicace de Vasses n’y est pas conservée.

Claudii Galeni Pergameni De causis respiralionis libellus. — De ûsu respirationis liber unus. — De spirandt difficultate libri très, Joanne Vasseo (sic) Meldensi interprète. Parmis, apud Simonem Golinæum, 1533, in-fol. de 16 pages. (RfâL nat., Td. 38. 1. — -Bibl. de VE. de 57 .y La dédicace « Joanni Ruellio Suessionensi, viro in re medica præstantissimo » contient un bel éloge de Jean Ruel ou de Ruel, un autre docteur régent très érudit. « Qui niera votre mérite? ce ne sera pas assurément l’Ecole de Paris {non sanff Lutetiana Scholà), dit JeanVasses, quicommelui, s’occupait de traductions (quotidianis ab occupationibus liber, è grœcer

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sermone tatinis literis ntandari). Celte dédicace est datée de Paris, 9 Calend. Augusti,

Claudii Galeni Pergameni in Hippocratis Prorrhetici tibrum primum commentariorum libri très, nunc prinun à Jeanne Vassœo Meldensi latinitate donati ac in lucem æditi. Parisiis, ex officina Simonis Colinæi, 1535, in-fol. de 63 pages {BibL de VE. deM., n“ 58). JeanVasses a dédié soa livre « Reverendo Patri ac domino D. Joanni Dubuzo, epis- Copo Meldensi » dont il avait été le camarade d’étude (quod et à primis dnnis semper tecognoverim et posteà in liberûlibus studiis).

Libri Épidemioram Hippocratis primas, tertius etsêxtus,cum Galeni ineos commentariis, Jô. Vassao Meldensi interprète. Editio prima. Lugdüni, apud G. Roullium, 1550, in-12 de 816 pages {Bibl. nat. Td. 51. 3. — BibL de VE. deM., n“ 33230). La dédicace « ReVerendissimo ac illustrissimo domino D. Odoni à Castiliione(l) cardinali atque Tholosotura archiepicospo, et episcopo comiti Belvacorum » est datée de Paris, le 22 septembre 1545. C’est qu’en effet il avait paru en 1546, une édition in-fol., probablement chez Simon de Colines, comme les précédentes. Je n’ai pu la retrouver. Eloy, sur la foi de J.-B. Louis Chomel qui se trompe, lui donne 816 pages comme à l’édition in-12. Il y alà une confusion évidente^

Dès 1537, Jean Vasses avait fait imprimer sous le voile de l’anonyme (2) ; De judiciis urinarum Tractatus ex probatis collectas aathoribas et in tabalæ formam confectus. Parisiis, 1537, in-16 de 20 feuillets. Sur le dernier, on lit en gros caractères romains : «: Anno domini Millisimo quingenti-

(1) Odet de ChâtiUon (1515-1571), frère de Gaspard de Coligny l’amiral (1516-

1572) et de François d’Andelot (1521-1569,). Leur mère Louise de Montmorency, veuve de Ferry de Mailly, sœur aînée du connétable Anne de Montmorency, mourut en 1547. Dans la dédicace, il y a : matrem ftaftes .

(2) L’année suivante parut un autre ouvrage anonyme dans la même forme ; De pulsibus libellus passim ex Galeno collectus, et veluti ia formulam redactus in commoditatem medicinse candidatorum, recens natus et editus. Parisiis ex offimna Chrisliani Wecheli, sub scuto Basileeusi, in vico Jacobeo, 1538, in-4‘ de 73 pages. (Bibl. nat., Td, 16.7).

simo trigesimo septimo, oetavo idiis Martii, excudebaf Olivarius Mallardus Bibliopolla ac impressor regius. Parisiis ad insigne vasis effracti, ubi vénales omnibus bonarum literarum cultoribus prostant. »

Ce petit livre, qui n’est mentionné nulle part, se trouve à la Bibliothèque nationale, Td. 15.19. (Don de Falconet.)

L’opuscule fut remanié ensuite dans la deuxième édition, revue et augmentée, qui jusqu’à présent avait été considéré commelapremièTe: De judiciis urinarum Tractatus, exprobatis coïlectus autoribus, et in tabulæ formam confectus, adjectis etiam causis quœ hanc vel illam urinarum reddant Joanne Vasseo (sic) autore. Parisiis, ex officina Michaelis Delaguierche, in viâ .quæ est ad D. Jacobum, sub effracto vase, 1545, avec le privilège, daté du 19 février 1544, pour deux ans, in-8‘’ de 72 pages, sans dédicace (Bibl. de VE. de ij/.,n<> 33333). Ce petit manuel ainsi complété a eu plusieurs éditions

Avec le même titre : Lugduni, apud Gulielmum Roullium, 1549, in-12 de 94 pages. {Bibl. de VE. deM., n® 39205.)

Idem, idem, 1553, in-12 de 94 pages, imprimé de nouveau et non page par page. On lit à la fin :•« Lugduni, excudebat Philibertus Rolletius. » {Bibl. de VE. de if., n“ 30242.)

Avec le même titre toujours: Liguri (Zurich), per Andream Gesnerum F. et Jacobum Gesnerum firatres, 1555, in-8® de 920 pages. Le Dejudiciis urinarum occupe de 81 à 145.

II est précédé du petit livre sans nom d’auteur que je viens de mentionner avec ce titre ; De pulsibus libellus in Galeni libris coïlectus, ac veluti in formulamredactus incandidatorum rei medicae commoditatem, authore nostri seculi inacto {Gallo ut videtur quoniam liber Lutetiæ primum editus est, anno salutis 1538) sed diligeniissimo doctissimoque viro{i à 81). Bibl. nat. (Td. 34.20).

Nicolas Vasses du diocèse de Meaux est mentionné aux Commentaires (t. V, f. 50). Il demande, le 30 octobre 1535, ^ être iuscrit sur la liste des candidats. Au verso du f. 50, la

réponse de la Faculté, datée du 6 novembre, est donnée tout au long. Hâc forma probatur tempus studii... II était maître ès arts et certifiait de deux années d’études révolues depuis 1533. Mais ensuite il n’est plus question de lui, pas même comme bachelier. S’il eût été le fils ou le neveu du précédent les Commentaires l’auraient dit. Il a dû naître vers 1516.

JoANNES Le Vasseur PARismusa été docteur régent comme Jean Vasses de Meaux. Voici sur lui les renseignements que donnent les Commentaires. Après les quatre années d’études habituelles achevées avant la fête de la Toussaint 1541, il est admis comme candidat au baccalauréat (t, V, f. 164 verso), Bachelier en mars 1542, il subit les thèses et autres épreuves à partir du mois de novembre de la même année, et arrive le cinquième à la licence en mai 1544 (f. 198). Il reçoit le lau^ rier de docteur, le 14 octobre 1544 sous le décanat de Jean Maillard (f. 201). Puis le 27 janvier 1545, il préside extra urdinem une thèse quodlibitaire (t. VI, f. 3 verso), et figure par cela même, sur la liste des docteurs régente au premier décanat de Vincent Mustek

Le premier samedi après la Toussaint 1546, lors de la n(w mination de Jacques Houllier comme doyen, Jean Le Vasseur est nommé lecteur avec Claude Buquet (t. VI, f, 46). II fut prorogé dans cette fonction l’année suivante (f. 75).

Qn voit (f. 87) que Jean Le Vasseur eut un différend avec un de ses collègues, Jean du Mont, qu’il avait injurié gravement. Plainte fut portée le 19 octobre 1548 devant le parlement qui consentit à laisser juger l’affaire par la Faculté (f.l03).

A la fin du premier décanat de Jean Gorris, novembre 1549, les deux signatures de J. Vasses et de J. Le Vasseur sont apposées sur le même feuillet 119 du t. VI des Commentaires. On .sait que Jean Vasses mourut l’année suivante (1550). Quant à Jean Le Vasseur, il n’en est plus question jusqu’à sa mort arrivée en novembre 1570. Mais au f. 201 du t. VII sur la liste des docteurs régents de celte année-là, en face de son

nom qui est le sixième, le doyen Henri Mahieu a écrit cent vingt ans après : « Obiit vir præstantissimushocceannol570. » Ex quo gens illustrissima dominororum Le Vasseur inter » quos Nicolaus Le Vasseur senatoris jam sedetin curiâ sup. 5 Parisiensi, ejusque filiu.s Nicolaus Le Vasseur præses in cu- 5 ria subsidiorum acquiorum. Hune eundem proavum habuit » Joannem Le Vasseur M. Henricus Mahieu decanus aniio )) 1690 creatus, sieut Martinus Akakia doctor qui fato functus » anno 1677, 21 noverabris. Signé : H. Mahieu decanus anno » 1690-1691. »

Dans le Recueil des thèses in fol. sur la quodlibitaire manuscrite de Petrus Laffilæus, 13 janvier 1551 (n" 34), parmi les neuf «doctores dîsputaturi» se trouve Jo. Vasserius (sîc). Sur la quodlibitaire de Guill. de Boissy, 15 février 1565 (n" 49), on a écrit J. Le Vasseur. Pour la cardinale de Jean Gillaiii, 15 mars 1567 (n‘‘55), J. Le Vasseur est président. Pour la quodlibitaire, toujours manuscrite, de Martin Akakia, 19 janvier 1570 (n" 66), J. Le Vasseur est le neuvième des « dbetores disputaturi ». Il mourait au mois de novembre suivant. On ne connaît aucun ouvrage de lui,

Claudius Le Vasseur Parisinus (1614-1683) fut aussi doc-. teur régent de la Faculté de Paris après y avoir conquis tous ses grades. Inscrit d’abord aux Commentaires par le doyen., Charles Guillemeau sous le nom de Jacobus (t, XII, f. 375) et de Nicolas (f. 439 verso), il est admis au baccalauréat le. 13, mars 1636, 1. Martinus Akakia; 2. Claudius Le Vas-eur^ 11. Dioaysius jonequet. Sous le décanat de Philippe Harduin de- Saint-Jaque fils {Commentaires, t, XIII), il subit ses trois, thèses : 1® quodlibitaire, 11 décembre \^2k), Anherorum fiiii noxoe (f. 7); 2® cardinale, 12 mars 1637, An ingenii stimulus: ira (f. 7 verso); 3® quodlibitaire, 28 janvier 1838, An ad rocandas in cutem variolas venœ sectio (f, 40). Elles se trouvent aux numéros 832, 840 et 851, du recueil des thèses in-folio. Pour la dernière Claude Le Vasseur a le titre d’ar-. çhidiacre des écoles. Sur la liste des licenciés, 7 juin 1633,

il a la septième place. Marlia Akakia est encore le premier et Denis Joncquet le sixième (f. 50).

Lavespérie de Claude Le Vasseur est du 19 septembre 1639 (f. 73). Il fut reçu docteur par Cyprien Hubault, le mercredi

11 octobre 1639 (f. 74). Sa signature est apposée sur les registres commentaires dès la fin du premier décanat de Simon Bazin (f. 85) et son nom figure sur la liste des docteurs régents qui vient ensuite. Car après son acte pastillaire

12 décembre 1639 (f. 90), il avait présidé extra ordinem la thèse quodlibitaire d’Etienne Le Gaigneur, le 15 décembre (f. 89).

Au t. XVI des Commentaires, pendant les décanats de Claude Quartier (1678-1679), Claude Le Vasseur aété professeur de botanique. Son nom est encore sur la liste des docteurs régents de l’année 1683, au commencement du deuxième décanat de Bertin Dieuxivoye (p. 321). A partir de l’année suivante il n’y est plus.

Claude Le Vasseur avait présidé les thèses ; cardinale de Jean Cousin, 27 mars 1642; Anpisces carnibus salubriores (n° 896); quodlibitaire de PaulMattot, 8 janvier 1665 : Ânmotus cordis à sanguinis fermentatione (n" 1160); cardinale de Louis Morin, 26 mars 1665 : Annus ne fructuurnidem et morborum ferax (n" 1168). Les deux dernières avaient une conclusion négative.

Louis Le Vasseur de Paris « prit ses degrés à Montpellier en 1658 »,dit Astruc {Mém. pour servir à Vhist. delà Faculté de méd. de Montpellier, publiés par Lorry. Paris, 1767, in-4'’, p. 379j. Il s’est appliqué à combattre les idées de François de Le Boe, Sylvius, émises dans l’ouvrage qui a pour titre Franeisci de le Boe, Sylvii Praxeos medicœ idea nova liber primus de ajfectibus naturales hominis fonctionnes lœsas vel constituentihus, vel producentibus vel consequentibus. Louis Le Vasseur a visé les passages suivants dans sa lettre au célèbre Rompf, archiâtre du prince d’Orange ; hic ex bile, succo pancreatico et pituitâ salivariâ orlus

humor triumviralis{Xl,S). Triumviratus kumorum .. consistantiam et coagulationem naturalem sànguini dat. (XXXIV, 48. 54).

Ludovici Le Vasseur medicincB doctoris De Sylviano hu~ more triumvirali epistola. Ad amplissimum Rompfium, ceL sissimi Arausiensium principis archiatrum et in fœderato Belgio equestris militiæ medicum campestrem. Parisiis, apud Robertum de Ninville sub signe senti Franciæ et Navarræ in quadrivio pontis S. Micbaëlis, 1668, in-8" de 89 pages [Bibl. w«J.,T.5.34), exemplaire offert par M.Dela Chambre, conseiller et médecin ordinaire du roi, le 15 mai 1668. Ce fait ôte toute vraisemblance à cette supposition de Haller [Bibl. méd. pract., III, 242) : « Lego auctorem verum Pechlinura esse, sed plurima grœcissatio potius Drelincurtium suspectum redderet. » La lettre de Louis Le Vasseur offerte au lecteur bienveillant par le libraire qui l’a eue par hasard, et qui la publie, non sans le consentement de l’auteur, mais un peu malgré lui et comme contraint par la nécessité. {Non inscio quidem authore sed eo ferè invita ac mtQxvayxô quadam ad acto ut à quo longissimum absit, e mustaceo quod ait, laureolam.) Elle est datée : Paris, lOcalend. de janvier 1667. Le permis d’imprimer après l’approbation de M. De la Chambre est du 25 janvier 1668.

Florent Schuyl, célèbre professeur de médecine et de botanique à Leyde, en fut indigné. Sa réponse : « Fl. Schuyl institutionum medicarum et botanices professer publicus. pROVETERi MEDiciNA, Lug. Bat. et Amstel. apud Gaasbequios 1670, in-16 de 185 pages {Bibl. nat.,T. 5. 35), commence ainsi ; « Confectionem impudentissirai libclli justa extorsit indignalio... » Mais une mort prématurée avait enlevé Fl. Schuyl avant la publication de son livre. Tanti viri postumo fætui, dit le libraire dans sa préface.

Louis Le Vasseur ne publia sa nouvelle réfutation qu’après la. mort de Sylvius arrivée le 14 novembre 1672, sous ce titre : Sylvius confutatus, seu Ludovici Le Vasseur Parisini méd. dnet. in pseudo-Scbuylii reîeris falsà dütæ

ab êo medicinœ defensionem animadversiones. Parisiis apud Joannem d’Houry ad insigne D. Joannis, sub exirerao pontisnovi, 1673, in-S» de 186 pages {Bibl.nat.,T:, 5 356is).

Approbation de d’Aquin, 1®'' août 1673; permis d’imprimer 3 août 1673.

La dédicace de Louis Le Vasseur à François Cureau de la Chambre, conseiller du roi et premier médecin delà reine,, est datée : Ex museo nostro, ipsis Augusti Kalendis anno domini, 1673. Et la préface qui vient ensuite, ne permet pas de douter que Louis Le Vasseur ne soit l’auteur véritable, contrairement à ce que croit Haller. Très fuere circiter ami àquo prodit inBatâvia Ubellus, quo procàx ilUus author, Sylvii doctrinam de Triunvirali succo, adversus objectiones meas, etc. Le petit livre de Fl. Schuyl n’avait eu aucun retentissement. Quid tum ego? legi, risi, et abjeci. Enfin l’un, Schuyl, n’avait pu achever ce qu’il avait si témérairement entrepris, et l’autre, Sylvius, n’avait pas osé commencer une réponse, se frigidius reponsiturum. C’est pourquoi Louis Le Vasseur s’est plu à mettre leurs deux noms dans le titre de son ouvrage, dont la publicati'^n fut un peu retardée par la mort de François de Le Boe, Sylvius.

Cette controverse d’ailleurs, suivant Haller, a été des deux côtés, sans utilité pratique : « omnis fructus utique cassa. » Nihil autem utilitatis publicæ pro bona causa adfert, expe- » rimentem nullum. {Bibl. méd. pràct.,\\\, 242.)

La thèse cardinale du prétendu Raymond Yasse présidée par Pierre Légier, 8 mars 1668 : an hydropotæ minus morbis obnoxii, citée par Haller (BiôL méd.pract.,Ul), est celle de Raymond Vaslet d’Angoulême (n“ 1208 du Becueit des thèses, in-folio).

Quant à David Yasse (et non pas Yassé) de Paris, bachelier le 23 mars 1720, licencié le 29 juin 1722, et docteur régent le 9 février 1723, après avoir présidé extra ordinem une thèse quodlibétaire {Commentaires, t. XVHI), il ne peut être con-

fondu avec aucun des précédents. Dans les différentes listes qui se trouvent aux Commentaires, on voit les doyens écrire constamment, d’une part, Douté, Cressé, Léauté, Picoté, et d’autre part. Pousse, Besse, Vasse.

Voilà donc maintenant éclairée l’histoire de tous ces personnages dont le nom semblait avoir quelque similitude. Il s était établi peu à peu sur ce point une telle confusion que depuis bien longtemps les dictionnaires avaient pris le parti de n’en plus parler.

FIN

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