JUSQU’A L’APPARITION DU POÈME DE FRACASTOR EN
PAR
LE E. TURNER
Ancien interne des Hôpitaux de Paris, membre honoraire de la Société anatomique, etc.
l’étymologie du mot SYPHn.IS.
Le Dictionnaire de la langue française de Littré se borne à dire : « Mot inventé par Fracastor dans son poème latin sur la maladie vénérienne; on ignore s’il le tirait de quelque autre mot; dans tous les cas, il l’écrivait syphilis. » Cette réserve a droit de surprendre, et il est à. regretter que l’illustre auteur n’ait pas voulu éclairer ce point de sa grande lumière. Car le mot syphilis signifie quelque chose, et, lorsque Fracastor a créé le berger Syphile, il avait, tout en forgeant ce nom corn-
mode pour la mesure du vers, une idée qui ne semble pas difficile à de viner. Je me crois donc permis d’arriver à ce dilemme : Si le mot est bien fait, pourquoi n’avoir pas mis entre parenthèses eu;, Porc, m. et f et œtXeiv, Aimer; si, au contraire, cette étymologie est mauvaise, pourquoi ne l’avoir pas dit?
Avant le dictionnaire de Littré, celui de Bescherelle (1870), quatorzième édition, expliquait ; « Syphilis, que les uns font venir du grec(7üç cochon, et (fûstv, aimer, amour sale et dégoûtant; les autres, deat®Xoç' formé par contraction de amaXoç, honteux. Les premiers écrivent par conséquent syphilis et les autres siphilis. »
Depuis, le Grand Dictionnaire universel du XW siècZg, de Pierre Larousse (1875) n’y a rien changé. « L’étymologie de ce mot créé par Fracastor est inconnue. Il vient, suivant les uns, du grec sus, cochon, et philein, aimer, pour dire amour dégoûtant. Suivant d’autres, du grec siphlos, contraction de sipalos, honteux. »
Je comprends que Littré ait passé sous silence l’opinion de Castelli, qui a imaginé et veut qu’on écrive siphilis. Cette approximation
ne vaut certes pas qu’on la discute. Il me semble qu’il ne faut pas faire beaucoup plus d’honneur à ceux qui ont tiré le mot syphilis de «wv, auec et ^tXetv, aimer {Dict. de Nysten, revu par Littré et Ch. Robin, onzième édition). Ceci appartient à VEncyclopédie de 1765, qui s’exprime ainsi : ft Quelques-uns le dérivent du grec duv, avec, et çtXta, amour ou amitié, parce que cette maladie provient d’un commerce amoureux avec une personne infectée. D’autres le font venir d’un berger ainsi appelé, etc. »
N’estril pas étrange que partout on avoue ainsi ignorer l’étymologie réelle du mot créé, forgé, introduit par Fracastor !
M. le professeur A. Fournier, dans sa traduction avec notes et commentaires du célèbre poème (1), ne trouve pas l’occasion d’en parler, même dans une note (p. 154), où il relate la synonymie antérieure à la nouvelle dénomination.
On sait la fiction poétique de Fracastor, qui se trouve presque à la fin du troisième livre (ouv. clt.) au verso du feuillet 23 :
(1) Il fut imprimé à Vérone, en 1530, et non pas avec le dire Syphili'iis, de morbo gallico libri très, mais Hieronymi Fracastorii Syphilis, sive morbus gollicus, comme onle voit sur l’exemplaire de la Bibliothèque nationale : Parisiis, apud Ludov.cum Cyaoeum à regione collegü cameracensis, 1531. In-S’ de 25 feuillets.
Syphilus (ut fama est) ipsa hæc ad flumina paslor
Syphile, berger du roi Alcitoiis^ voit au solstice d’été son troupeau expirant sous l’ardeur du soleil. Il se plaint au dieu qui l’accable et s’écrie exaspéré : Insensé que je suis, pourquoi ne pas rendre plutôt à mon roi les honneurs divins?
Demeas, quin poiius régi divina facesco.
Sans retard, il dresse sur la montagne un autel à Alcitoüs, et, avec les bergers et les laboureurs qui suivent son exemple, on fait des sacrifices.
. Dant thura focis incensa litautque
Sanguine laurorum et fumantia viscera torrent.
Le roi, ivre de joie au milieu de ses sujets qui l’adorent, reconnaît qu’il ne peut y avoir d’autres dieux que lui sur la terre. Le ciel est à eux. Ils ne sont rien ici-bas.
Cœlo habitare Deos, nec eorum hoe esse, quod infra est.
Le soleil indigné darde alors des vayons malfaisants....
Viderat hoc, qui cuncta videt, qui singula lustrât,
Sol pater,ÿitque animo secum indignatus, iniquos
Intorsit radios .
Bientôt sur cette terre profane surgit une peste inconnue.
Protinus illuvies terris ignota profaiii§
Exoritur.
Syphile est atteint le premier, de là le nom qui fut donné à la maladie, la syphilis.
Et à primo traxit cognomina morbu?
Syphilidemque ab eq labem dixere coloai.
Le mal se répandit dans les villes, et le roi lui-même ne fut pas épargné.
. Régi nec sæva pepereerat ipçj.
On va consulter la nymphe Amérique, qui rendait ses oracles dans la forêt de Carthèse.
Itur ad Ammericen silva in Cartheside iiympham ,
Elle conseille à ces infortunés de relever les autels du dieu qu’ils ont offensé. S’ils veulent un remède contre cette peste qui ne doit plus finir ils n’ont qu’à immoler à Junon une génisse blanche et une vache noire à la Terre. Junon enverra d’en haut les semences propices que la Terre transformera en une vaste forêt. (C’est le Gayac.)
. Ilia dabit fœlicia semina ab alto.
Hæc viridem educet felici e semine silvam.
Unde salus.
Ils obéissent. Les autels rétablis, le grand-prêtre exige une victime expiatoire, Syphile. Tout est prêt pour le sacrifice. Le couteau est levé... Mais Junon qui le protège, et Apollon dont le courroux est apaisé, lui substituent un taureau qui est frappé à sa place.
C’est pour perpétuer le souvenir de cet événement qu’ont été instituées ces cérémonies annuelles. Ainsi purifiés, ils rapportent tous chez eux le saint bois avec lequel ils combattront merveilleusement la contagion de ce mal horrible.
Lnstrati ingéniés ramos et robora sanctæ
Arboris advectant tectis : libamine cujus
Vi mira infandæ labis contagia pellunt. §
J’ai trouvé nécessaire de rapporter ici la fable de Fracastor. Car le résumé qu’en a donné le Dictionn. de médecine en 60 volumes, 1828 (art. Syphilis, signé Cullerier et Bard, p. 137) est plein de fautes.
Que M. E. Lancereaux me permette de lui faire observer qu’il a aussi un peu manqué d’exactitude quand il a écrit {Traité historique et pratique de la syphilis, Paris, 1866, p. x) : « Fracastor avait déjà publié son poème, dans lequel figure le berger Syphilis destiné à devenir l’in carnation la plus durable du mal vénérien. »
Laissant de côté la fiction poétique de Fracastor, il est bon de. faire remarquer que le mot syphilis a la même signification que tous les autres noms donnés à la maladie appelée d’abord Morbus gallicus, mal français et mal de Naples, comme Pudendagra (Gaspard Torrellâ' de Valence. Tractatus cum concüiis contra pudendagram seu morbum gallicum, Borna, 1497), comme Mentulagra (Joseph Grünpeck de Burckhausen,
lîbellus de Mentulagrd, alias morbo gallico, lo03), comme Morbus venereus (Jacques d’Abethencourt (1) de Rouen. Nova ‘penitentialis quadragesima, nec non purgatoriuni in morbum gallicum sive venerevm, etc., 1527).
M. le professeur A. Fournier a eu le soin de noter (Jacques deBetbencourt, p. 32) que la dénomination lues venerea consacrée par Fernel n’était venue qu’après morbus venereus. Ce n’est donc pas à Fernel, comme on le répète d’après Astruc, qu’appartient l’honneur d’avoir donné au mal français le nom de maladie vénérienne. A.-J.-L. Jourdan {Trait, compl. des mal. vén., 2 v., 1826) fait la même observation, I.,p. 369.
Ainsi, au moment où Fracastor créait le mot syphilis, « on ne doutait plus que ce mal ne fût le dérivé d’une contagion spéciale s’exerçant surtout et presque exclusivement dans les rapports sexuels. Ce mal, en un mot, était déjà considéré à cette époque comme il l’est aujourd’hui, c’està-dire comme une affection presque essentiellement vénérienne. » (A. Fournier, J. de Bethencourt, introduction, p. 7.)
Si, dans la fiction poétique, le berger Syphile, puni par les dieux, éloigne toute idée de contagion, le nom même que lui a donné Fracastor y ramène inévitablement; et d’ailleurs son omv&ge, De contagionibus et contagiis morbis, 1546, où il commence par décrire le mal français ou syphilis, prouve assez quelle était son opinion sur la transmission de cette maladie, qu’il avait appelée syphilis. « Nos syphilidem in nostris lusibus appellavimus. »
Aussi, Prosper Ivaren (Traduction en vers français du poème de Fracastor, 1857, p. 119, note) me paraît faire fausse route en adoptant l’étymologie « «tuv, avec, et (ptXta, amour, c’est-à-dire compagnon de l’amour. Et le motif qui m’y détermine, dit-il, le voici : A chaque pas, dans son poème, Fracastor parle de la contagion inhérente à cette maladie ; mais dans aucun passage il ne dit comment elle s’opère. N’estil pas vraisemblable qu’il aura voulu le rappeler, au moins par le nouveau nom qu’il créait, pour la maladie elle-même? » C’est surtout l’étymologie du mot syphilis qu’il s’agit de trouver, et dès lors compagnon de l’amour ne signifie pas grand’ chose.
(t) C’est à tort qu’on a écrit Jacques de Bethencourt.
Swediaur {Traité complet des maladies vénériennes ou syphilitiques Paris, 1798, t. I, introduction, p. v, note) dit assez maladroitement : « Le nom de syphilis me paraît dériver du mot cru?, porcus, et amor comme qui dirait amor porcinus, amour sale, ou maladie provenant d’un coït impur.
M. Ricord, qui aimait volontiers à plaisanter gaiement, ne s’est pas arrêté, que je sache, à' discourir dans ses écrits sur l’étymologie qui nous occupe.
André du Laurens, dans le traité de la vérole rédigé d’après les leçons qu’il fit à Montpellier en 1587 et 1588 {Toutes les œuvres traduites en français par Théophile Gélée, 1613, in-fol. (1), à, la fin du volume, Opuscules posthumes, feuillet 23), s’est exprimé plus simplement : « Aucuns la nomment maladie vénérienne, en latin lues venerea, parce que c’est une maladie comme qui dirait une ordure ou souillure qui vient de l’acte vénéi'ien, d’autant qu’elle commence le plus souvent par les parties honteuses; quelques-uns l’appellent Pudendagra. Fràcastor lui a inventé un nom fort plaisant, qui est un nom grec composé de sus qui signifie truie, et de philis qui signifie amour, comme s’il voulait dire amour de truie, parce que cette maladie se prend pour avoir couché et hanté avec des femmes mal nettes et publiques, que le vulgaire appelle’ truies. Le commun peuple la nomme grosse vérole, à la différence de la petite qui vient aux petits enfants. De ce disconrs il est aisé de conclure que la vérole est une maladie contagieuse qui ne se prend point sans l’attouchement d’un corps mal net. »
' Pour ceux qui n’accepteraient pas volontiers l’autorité de du Laurens, et qui hésiteraient à se prononcer sur la signification du mot inventé par Fracastor, je reproduis ce passage d’un livre du très illustre et très savant Régnier de Graaf {De mulierum organis generationéimervientibus. Leyde, 1672, ch. IL De pudendo muliebiû, p. 8j. « Romani etiampartem illam porcum appellarunt, quod aliqui factum judicant, cum in festo nuptiali Porcum immolare solerent, aut quia illo vocabuîo significare vellent, quod fœmina instar scrofæ fœcunda esse deberet: Eodemporro nomine Aristoteles Nalurammuliebrem ywço^porcumvocat, undè verbum XotpoTOiXetv, quod est porcum vendere sive quæstum corpore facere. »
(1) Voir Bibliographie d’André du Laurens. {Gazelle hebdomadaire i 1830, p. 387, feuilleton.)
Fi-acastor savait cela comme R. de Graaf (1). Il a donc tout naturelleiiient composé syphiliis des deux mots grecs, mç et «ptXoç, porci amator, et de même syphilis.
Si l’on admet, comme je me plais à l’espérer, que cette étymologie soit la véritable, on ne pourra plus désormais se permettre de dire avec M. Le Pileur (Avant-propos, p. v, de sa traduction récente de J. Fernel, Le meilleur traitement du mal vénérien]: «. Tout aussi poétique, ce nom a, sur celui qu’on doit à Fracastor, le grand avantage de signifier quelque chose, et pourtant syphilis est si joli, que tant que la vérole existera, il y aura des syphilisés, des syphiliomanes et des syphiliographes. »
Revenons au texte de Jacques d’Abéthencourt. Je ne puis indiquer la page, car ce livre est sans pagination, mais dès le premier chapitre qui traite « De la nomenclature du mal vénérien, auquel un nom de saint ne convient pas du tout... Platon dit que les noms sont donnés aux choses non pas au hasard, mais par suite de quelque intuition de leur nature. Si c’est d’après sa cause (ce qui, à mon avis, vaut le mieux), cernai mériterait d’être appelé vénérien ». Ch. I®, De morbi venerei nomenelatura etquod a sanctis minime sortiatur nomen.... Ait Plato : Nomina sunt rebus indita non fortuitu, cœterum quodam naturæ intuitu. Si a causa (quid maxime rneo judicio fieri debet), venereus merito dicetur morbus...
D’après cela, n’est-il pas évident que syphilis, cuç, ^tXstv, porcum amare, amor ou amator pom (porcus étant pris dans le sens que lui attribuaient les anciens, xo'poî) est très significatif et pas du tout joli.
M. Le Pileur a encore laissé passer dans une note, même page v, des erreurs qu’il est nécessaire de signaler. Ainsi Jacques d’Abéthencourt n’apasdit : Lues venerea, msxs morbus venereus. Il n’est pas plus exact d’ajouter : « Thierry de Héry (1552) le lui conserva. » Le nom de Lues venerea! Une explication était ici indispensable, car l’ouvrage de Thierry de Héry est écrit en français : Méthode curative de la maladie vénérienne, appelée vulgairement grosse variole, et de la diversité de ses symptômes.
(1) Fracastor n’ignorait pas non plus qu’en France cette maladie était appelée Gorre (Voir la Chirurgie de Jean de Vigo , traduite en français par Nicolas Godin , 182o, fol. 131, verso). En Écosse, une proclamation du roi Jacques IV, mort en 1513, la désigne sous le nom de grand gor, et l’on sait que gorrie, gorre veut dire truie, de là goret, petit cochon.
C’est bien Jean Fernel qui, ajoutant aux notions déjà acquises sur le mal vénérien l’idée d’un virus spécial, venenatam ülius esse naturam a dit le premier Luesvenerea. {De ahditis rerum causis, lib. II, ch.Xlv' 1548, in fol. — Medicina, lib. VI, ch. XX, 15o4, in-fol.) Mais j’aime mieux ceux qui disent comme M. le professeur A. Fournier ; « Fernel a consacré la dénomination de Lues venerea (I). » Car, avant lui, le mot Lues synonyme de morbus gallicus, était déjà très usité. Ainsi Léonard Schmaus {Lucubratiuncula de morbo galUco et cura ejus noviter repertacum ligne indico, Salzbourg, 1518), au chapitre De natura morbi gallici, écrit « banc luem numquam ab antiquis visam ». Ulric de Hutten(De guaiaci medicina et morbo gallico iifcgrwms, Mayence, 1519), dit aussi, ch. II : « luem banc oriri dictitabant » ; ch. III « levem banc luem faciunt quo consequuntur eam atrociora. Ita in multa derivatur enim hoc malum, ut in uno inesse morbos omnes videri possit » ; — Béranger de Carpi, dans l’édition du livre d’Ulric de Hutten, imprimé à Bologne par Jérôme de procurante Cargo, 1521, avait été plus loin; Il avait
dit : Luem gallicam, au verso du feuillet XXXIX et dernier, dans l’avertissement au lecteur : « Habes, candide lector, tractatum aureum de ligni guaiaci in luem Gallicam administratione, auctore Ulricbo Germano de Hutten équité . »
Ce mot lues revient souvent dans les vers de Fracastor : « Insolitam peperere luem?... Sponte sua sensere luem... De genere hoc est diva lues,... Acçepere luem,... facilique luem deponere ab alvo. » Et Jacques d’Abéthencourt, à qui certains auteurs l’attribuent, l’a écrit à peine une fois dans son avertissement au lecteur « quo. minus de tanta lue disseratur humanæ que consulatur naturæ. »
S’il s’était donné la peine de lire seulement le titre du petit livre publié en 1527 : « Nova penitentialis quadragesima nee non purgatorium in morbum gaUicum sive venereum a Jacobo Abetheneourt (2), M. le docteur L. Jullien n’aurait pas commencé son savant ouvrage {Traité pratique
(1) Il y a lieu, dès lors, de s’étonner que M. Le Pileur n’ait pas songé^à choisir pour le titre , de sa traduction un autre mot que mal vénérien, puisque Fernel précisément avait substitué Lues venerea k Morbus vénereus.
(2) Beaugrand avait fort bien résumé tout cela eh quelques lignes dans le encyclop. des sc. mêd., série, t. iX, p. 18. Je regrette cependant qu’il ait accepté Jacques de Bétbencoürt au lieu dé Jacques d’Abéthencourt;
des maladies vénériennes, Paris, 1879j par cette phrase malheureuse : c( C’est à Jacques de Béthencourt, qui employa pour la première fois, eu 1521, le terme de maladie vénérienne Lues venerea... » Je dois ajouter en passant que dans une note à la page 456, M. le D’’ Jullien a dit, sans y joindre le moindre commentaire : « Syphilis, mot créé par Fracastor en 1530 (des mots grecs cuç, cochon, et iptXew, j’aime).
Il aurait pu ajouter : au; étant synonyme de ypi^oç (1) porcus; au;, ©i5;etv, signifie Porcum amare, et Syphile, au;, çtXo;, Amator porci.
LES PREMIERS LIVRES PUBLIÉS SUR CETTE MALADIE JÜSQD’A L’ APPARITION DU POÈME DE FRACASTOR en 1530 (2).
La maladie qui devait un jour porter le nom de syphilis fut d’abord confondue avec les affections de la peau, et ne reçut pas de dénomination particulière. Mais quand survint l’explosion de la fin du xv® siècle, certaines pustules et des manifestations cutanées associées à d’autres symptômes devinrent pour les premiers auteurs : en Allemagne, le mal des Français, et en Italie, le mal français. En France, c’était la grosse vérole, dite aussi mal de Naples. Arresté du Parlement de Paris : « Aujourd’hui « sixiesme de mars (1497), pour ce que en ceste ville de Paris y avait « plusieurs malades de certaine maladie contagieuse nommée la grosse « vérole qui, puis deux ans en ça, a eu grand cours en ce royaume tant
(1) Les dictionnaires classiques de Planche, d’Alexandre et de Chassang disent :
« xoîpoï» petit cochon, . j] Parties sexuelles de la femme. »
(2) On s’étonnera peut-être de me voir refaire, après Astrue {De morbis teke-
REis, 1"40, t. Il, lib. V. Index chronologicus auctorum qui de lue venerea .
scripserunt ab ingressu morbi..., p. 537 à 643), cette revue des anciens syphiliographes. comme les appelle M. le professeur Fournier. Mais, quand on aura vu que ce livre, écrit avec l’idée préconçue que le mal vénérien était de provenance américaine, n’est pas sans erreurs, et qu’il contient de graves omissions, on me saura gré d’avoir entrepris ce court résumé, plus simple et plus facile à comprendre que les trop longues digressions, en latin, du célèbre docteur de l’ancienne Faculté au xvm° siècle. Je crois, avec le professeur J. Parrot, que la vérole est bien plus ancienne, et qu’elle nous est venue en ligne directe de l’Inde, le berceau de l’humanité.
(c de cette ville de Paris que d’autres lieux, à l’occasion de quoi estait à « craindre que sur ce printemps elle multipliast. . . . .
A la même époque, elle est appelée grandgor (1) dans une proclamation analogue du roi d’Écosse, Jacques IV. (Gruner, Aphrodisiacus léna, 1788, p. 71.)
Cette peste miseranda et lugubris était donc répandue en Allemagne où elle aurait éclaté en 1494, quand parut ce premier ouvrage : Tractatus de pestilentiaii scorra sive mala de Franzos, originem remediaque ejusdem continens, compilatus a venerabiU (’Sj viro magistro Joseph Grünpeck de Burckhausen. Super carmina quedam Sebastiani Brant uU'iusque juris professoris. S. 1. n. d. (1496), in-4“ de 12 feuillets non numérotés, caract. goth. Bibl. Mazarine, n° 15459.
Au-dessous de ce titre, une image représente, assise sur des nuées, la mère de Dieu soutenant le divin enfant sur son bras gauche. De la main droite, elle tend la couronne impériale à Maximilien P', à genoux, coiffé de la couronne de roi des Romains et tenant droit un grand étendard avec la croix. Le petit écusson placé au-dessus n’a pas encore l’aigle à deux têtes d’Allemagne (3). De l’autre côté, le groupe divin envoie des faisceaux de rayons sur un homme et une femme aussi à genoux, la face, le cou et les mains parsemés de pustules. En avant, sur le premier plan, gît étendu un corps tout couvert des mêmes pustules.
Au verso de ce premier feuillet est gravée une autre image, le Zodiaque, indiquant le cours des planètes. Au-dessus, Dieu le père, avec un ange de chaque côté.
L’exemplaire de la Bibl. Nat. (Td 43. 2. Réserve) n’a pas d’images. C’est une autre édition, celle que Gruner a reproduite dans son recueil (ouv. cit., p. 54). A la fin, se trouvent dix vers latins : Querimonia Mentagrici, qui ne sont pas dans l’édition précédente, la première évidemment. Une troisième édition, indiquée par Gruner, m’est inconnue; elle n’aurait pas non plus la plainte du Mentagreux.
La dédicace de Joseph Gruiipeck, de Burckhausen (en Bavière), à Bernard de Walkirch, maître ès arts, la lumière et l’ornement de la Société littéraire du Danube (Danubia), chanoine de la cathédrale de Tubingue
(i) Gore, vieux mot, par lequel on désignait une truie. De là, goret.
' (2) il était prêtre, presbyter, comme nous le verrons plus loin.
1 (3) Voir Aslruc(OMt'; eit., p. S48).
(Augustæ), le 15 des kal. de novembre 1496. Vient ensuite ïEulogiuni' de Sébastien Brant (1). De scorra pestilentiali sive mala de Fran%os, anni 69 (au lieu de 96), ad Joannem Capinon, legum imperialiiim interpretem. Capinon pour Capnion, le célèbre Jean Reuchlin (de Rauch, fumée). Sebastien Brant était aussi surnommé Tifio, tison. Né à Strasbourg en 1450, mort en 1520, il était alors professeur de droit à Bâle. C’était, en outre, un poète satirique fort distingué. Je me borne à ces deux citations de la pièce de vers qui nous occupe :
Pestiferum in Lygures transvexit Francia morbum,
Quem mala de Franzos Romula liugua Tocat.
Scorram, Gallè (2), vocas à scor, quod Græcus oletum Dicit, et impurum rancidulumque sonat.
Sébastien Brant exprime évidemment la croyance générale, transvexit Francia.
Parmi les fléaux et les calamités de notre époque, dit Grunpeck dans sa préface, il n’y en a pas de plus grand que cette peste, qui est tombée sur les hommes comme une pluie venue du ciel. Les nations l’appellent Francigenarum malum, et elle est si horrible et si sale qu’Hercule même, s’il revenait sur terre, en serait effrayé. Grunpeck pense que cette maladie {Nam ejus virus quidem, ut reor, etc.) provient de la corruption des humeurs, et qu’elle tient de la peste {unde et affinitatem cum pestilentia habere videtur ægritudo hœe). lia été pris de pitié à la lecture des vers de Brant, et il s’est décidé à écrire ce petit traité qu’il a traduit dans son idiome maternel.
La cause première du mal {originem insuper hujus sordis, quam mentagoram alii, scorram seu plantam noctis ceteri vocitare soient) est attribuée à l’influence des astres (ex astrorum configurationibus). Neuf chapitres sont affectés à cette démonstration. I^e mal des Français vient de ce que dans la grande conjonction de Saturne et de Jupiter, la terre a été privée des rayons de soleil, etc. En effet, l’an 1484, lé 25 novembre,
(1) Ainsi le premier écrit sur le mal français qui soit pairenu jusqu’à nous est la pièce de vers de S. Brant, conservée par J. Grünpeck.
(2) 11 se trompe. Les Français disaient gorre, et alors l’étymologie grecque ne signifie plus rien.
à 6 heures 4 miaules du soir, la terrible conjonction se fit dans des coaditions tout exceptionnelles. L’année suivante, le 26 mars, il y eut une horrible et cruelle éclipse de soleil, etc., etc. Je fais grâce au lecteur de l’influence des planètes et de leurs propriétés particulières ; mais je suis obligé de mentionner la révolution décennale de Saturne qui s’accomplit en 1489 .
Le chapitre dixième : De remediis contra sagittas hujus pestiferi morbi sive proluviei de Franzos renferme la prophylaxie ; l’amélioration de l’air, rectificatio aeris, et le régime, corporum purification qui s’obtenait surtout par les évacuants. Pour le traitement de ceux qui ont le mal des Français, parmi de nombreuses recettes, se trouve un onguent où figure le mercure, argenti vivi extincti.
Enfin il croyait à une maladie nouvelle, quum à natura firmè aliéna sit, anteaque invisa, incognita atque penitus inaudita hisce in regionibus.
Un autre ouvrage bien plus important de Joseph Grunpeck, publié en 1503, sera analysé en son temps.
Jean Widm.4N, dit Meichinger (de son lieu de naissance), et qui s’appelait aussi Salicet (1) range le mal des Français parmi les maladies de la peau. Son traité est de 1497. En voici le titre : Tractatus de pustulis que vulgato nomine dicuntur mal de Franzos, doctoris Johannis Widman. S. 1. n. d.,in-4® de 10 feuillets, sans pagination. Bïbl. Mazarine, n® 15459. Reproduit par Grimer (ouv. cit. p. 47).
Au dos du titre, une lettre de Widman à Jean Nell, son élève, est datée du Tubingue, 20 janvier 1497. Une maladie horrible (fœdus), dit-il, a frappé les mortels à notre époque. Que ce soit par la volonté divine ou par l’influence des astres, et en particulier Saturne, c’est ce qui n’est pas facile à savoir. — La réponse de Jean Nell, qui suit, est datée de Strasbourg, le 1®' février de la même année. Il veillera à l’impression de son livre qui n’a pas besoin d’être retouché. Plus mihi tribuis quant in me vel agnosco vel postule. Non enim hujus sum audaciœ ut ad tanti viri editionem manus apponere prœsumam .
(1) Suivant l’habitude du temps, de Wiede, saule, et de Man, homme, Salicif homo, on était arrivé à Salicet. — Je ne sais pas si Astruc (ouv. cit., p. 556) a raison de le mettre après Nicolas Léonicène.
Ce premier feuillet manque dans une deuxième édition de la Eibl. Ma- %arine, même n» 15459, et dans l’exemplaire de la Bibl. Nat. (Td 43,7. Réserve). De sorte que le catalogue de cette dernière donne, au lieu du titre véritable, le sous-titre qui commence le deuxième feuillet : Tractatus darissimi medidnarum doctoris Johannis Widman dicti Meichinger, de pustulis et morbo qui vulgato nomine mal de Franzos appellatur. Editas anno... 1497. Mais avec cette variante : quem..\ appellant. Caract. goth.
Cette affection {passio), dit-il en commençant, qu’on appelle vulgairement mal de Finance, malum Frandœ, ou maladie de Saint-Mevus, morbum Sancti Mevi (1), paraît être ce que les Arabes ont décrit au chapitre des Asaphati et les Grecs sous la rubrique de Acharos, parce que tous les maux proviennent de la même matière, bien qu’avec cette différence que les Asaphati et Acharos occupent seulement la tête, tandis que cette affection (passio) apparaît sur tout le corps, comme il arrive le plus souvent, sous forme d’éruptions, qu’on peut appeler en latin exflorationes.
Si, parmi les causes, il en est plusieurs de cachées, comme la punition céleste ou l’influence des astres, le médecin n’a guère à s’en occuper en tant que médecin. Mais il doit remonter à la cause intrinsèque de ces pustules qui proviennent d’une matière humorale particulière : Dum modo sit mala, venenosa, acuta et corrosiva sanguini mixta. C’est une maladie pestilentielle. Elle est contagieuse d’homme à homme, de cité â cité, de pays à pays. Il ne faut pas se méprendre sur le conseil après bien d’autres, que donne en passant Widman (Il était loin de soupçonner la vérité) : Summopere tamen cavendum, ne coitus fiat cum muliere pustulata, imo neque cum sana, cum qua prias brevi temporis spatio concubuit vir pustulatus, propter evitare contagionis periculum. Jam enim cognitum est experientia, ut subsequens post pustulatum recenter inficitur. A prostitutis ergo muUeribus hoc tempore maxime cavendum est.
Parmi les nombreuses formules d’onguents siccatifs, Widman en indique deux seulement avec le mercure argenti vivi extincti. Mais il s’empresse de dire que la base ou partie active dans l’une est l’oliban et dans l’autre l’encens. Communiter tamen opérantes sunt contenti dicto
(1) Gaspard Tonella dit Sancli Sementi. — Saint Méen de Bretagne.
uhguênfo de Oléano üsque ad finem curæ. FacH enim cadere pustüks cito. '
Sur le même plan est mise une autre friction insignifiante : Ad idem facit frequens earum fricatio ex alusnen viridi fultôrum cum aceto et sale. ,
Les deux tiers du traité de Jean Widman sont consacrés au traitement, de cum, qui pour lui n’avâit rien de spécial, ainsi que je viens de le faire remarquer.
Je mets ici, sans savoir s’il est bien à sa place, le traité suivant, qui est sans date. Le catalogue de la Bibl.. NaL le fait trop ancien (Td 43, l Réserve). Gruner, qui Ta reproduit (ouv. cit., p. 72), pense qu’il a été pu. blié d’octobre 1497 à avril 1498 (1). A malafrancws movbo Galkrum præservatio ac cura à Bartolomeo Steber, Viennensi, artmm et medicinœ doctore nuper édita. A Iq fin : Impressum Vienne per Jo W .probablement Jean Winterburg, in-4 de 8 feuillets sans pagination. Caractères gothiques.
Au-dessous du titre est une gravure au trait de la fin du xv® siècle. Une femme couchée, le torse Goqvert de pustules ; la figure n’en a pas. Un médecin; de l’autre côté du lit, offre un breuvage. Sur le premier plan, un homme nu est assis sur un banc, couvert de pustules, excepté aussi à la figure; un chirurgien, à genoux devant lui, étend un onguent sur une des jambes du malade. Le bonnet du chirurgien est différent de celui du inêdgcin.
Au verso du titre : Hieronymi Baldi ad lectorem epigramma,
Tg,nqu3,m pauca forent volucris discrimina vitæ,
Et nova jam tolo serpit in ore lues!
Memfira tument sanie, tumet atro pustula virus,
Fœdaque tabescens ulcéra corpus arant.
Sed beije quod Chiron nostroque Epidaurius ævo Attulit aptatam Bartholomæus opem.
Au deuxième feuillet, la dédicace de Barthélemy Steber à Briccius, professeur et recteur fie l’école de Vienne, gymnasii Viennensis. Prié par quelques-uns de sgs apiis de donner son opinion sur le mal qu’on ap-
U) Àstruc (ouy. ci#., p. 637), qui l’appelle Sileber, dit sans commentaires, Pr«cavHf)lmsve^pr0iX,yieni!tæ,i625.
pelle français, de morbo quem galUcum dicunt meam afferem sententiam, il ne s’est décidé à parler, effrayé par la nouveauté et la difficulté du sujet, novitate rei ac magnitudine perterritus, qvCk cause des charlatans qui ont la prétention d’offrir leur antidote aux malheureux affligés de ce mal, se vantant de posséder le secret de chasser cette maladie horrible dont la cause est tout à fait inconnue aux médecins, vanè jactantes se guid secreti habere ad hanc propulsandam fœdam œgritudinem, medicis quoad causam prorsüs inœgnitam.
Il essaye de prouver d’abord que ce n’est pas la lèpre, probatio non esse lepram, ni la morphée, ni le phlegmon, ni l’érysipèle, ni le feu de Perse, ni la gangrène, ni l’anthrax, ni les glandes, quod non morphœa, phlegmon, herisipilia, ignis persieus (1), cancrena, anthrax, glandulæ. Puis il donne son avis, propria hic dicitur sententia, « que les pustules, quibus homines nunc male torquentur sordidas et ulcérantes, viennent de la corruption de plusieurs humeurs et non pas d’une seule, etc. Quomodo ex melancholia, ex phlegmate. » Ces pustules présentent une grande variété, in figura, mallitie, duritie, virulentia, colore, ardore, dolore et ulceratione.
Dans le paragraphe de causis antecedentibus, il donne je ne sais quelle explication de l’influence du temps et des saisons. Quare primum circa pudenda pustulœ apparent et similis ratio, cur fauces occupent, ce sont les conditions anatomiques de structure, de vascularisation, qui facilitent ici la production des humeurs. Dans le paragraphe qui, suit, de causa universali supercœlesti, il rappelle les conjonctions des astres en 1484, 1485, 1489, 1494.
Pour le traitement, trois subdivisions très méthodiques sont indiquées. Mais quelle médication ! 1° De medicina appUcaiione seu antidotis, la prophylaxie; 2“ Curœmodus brevis, le traitement général ; De médieinis. localibus , le traitement local, où l’on remarque de nombreux topiques, excepté le mercure dont il faut se méfier ! Au milieu du huitième feuillet : Ab argento vivo, quantum poterimus, cavéamus, præsertim circa regionem stomachi et hepatis et capiti plurimum obest omnibusque nervis.
Ces trois auteurs ne parlent pas de l’expédition du roi Charles VIII à Naples. .
(1) Quem et sacrum ignem, carbonem, prunam, medicorum cœtus nominat.
Nicolas Léonicéne de Limigo, dans le Vincentin, professeur à Padoue puis à Ferrare, serait le premier en Italie, primus aut inter primas dit Haller {Bibl. med., I, 477), qui aurait écrit sur cette maladie. Voici le titre de son livre. Libellus de Ëpidemia quam vulgo morbum GalUcum vacant (1), Venise, chez Aide Manuce, juin 1497, in-4 de 28 feuillets sans pagination. Un 29® feuillet, imprimé à part, porte les corrections Bel exemplaire à la Bibl. Nat. (Td 43 , S. Réserve) avec de belles marges, mais sans lettres majuscules initiales dans l’espace qui leur est réservé. Un deuxième exemplaire a été considérablement rogné, il y manque le feuillet des corrections.
Au deuxième feuillet, Nicolai Leoniceni Vincentini in librum de Ëpidemia quàm Itali morbum GalUcum vacant ad ülustrem virum Joannem Franciscum Mirandulensim, Concordiœ comitem præfatio. Après cette dédicace, qui n’offre rien de particulier à noter, l’ouvrage commence au troisième feuillet par ce sous-titre :
De epidemia quàm Itali morbum GalUcum, Galli vero Neapolitanum vacant, Nicolai Leoniceni Vicentini Liber {%.
« Rien de pareil, dit le vénérable Léonicéne qui était un grand maître (3), ne s’était jamais vu, quand cette maladie insolite s’est répandue en Italie et dans beaucoup d’autres pays... Les médecins de notre temps ne lui ont pas donné de nom. On l’appelle vulgairement mal français comme si elle avait été apportée par les Français en Italie, car on peut dire, si l’on veut, que l’Italie a été envahie en même temps par cette maladie et par les armées françaises. Plusieurs ont pensé que c’était la même affection que les anciens avaient appelée Elephantiasis ou bien Lichenas, d’autres Asaphati, d’autres charbon ardent (prunam) ou charbon, d’autres encore feu de Perse ou feu sacré. Cette multiplicité de noms et ce désaccord ont fait croire que cette épidémie (luem) nouvelle n’a jamais été vue par les anciens, et que, par conséquent, elle n’a pu être placée par aucun médecin grec ou arabe dans le cadre des maladies... Le fléau (labem) s’est montré tout à coup à notre époque comme il ne l’avait jamais fait.
(1) Astruc {ouv. cit., p, 553) n’a pas donné le vrai titre.
(2) De ces trois titres pris isolément par les auteurs on a fait, à tort, autant d’éditions différentes. Gruner aurait dû .s’en apercevoir {ouv. cit., p. 76, note r).
(3) Il avait alors près de 70 ans. Né en 1428, il mourut à Ferrare en 1524, à 96 ans.
« Simile quoddam nostro hoc œvo acddit, jam enim insolitœ naturœ morbus Italiam, et multas alias regiones invasit...
(L Unie tamenmorbo nondum nostri temporis medici verum nomen imposuere, sedvulgato nomine malum gallieum vacant, quasi ejus contagio a Galüs in Italiam importato, aut eodem tempore et morbo ipso et Gallorum armis Italia infestata. Nondefuere quidem, qui eundem cum illo putarint, quem prisci elephantiasim nominarunt, sicuti alii raorbum gallieum esse antiquis lichenas, alii asaphati, alii prunam, sive carbonem, alii ignem persicum, sive sacrum existimarunt. Quæ quidem ambiguitas nominum, et de re ipsâ quo que dissensio multos süspicari fecil novam hanc esse luem nwiquam a veterïbus visam atque ideo à nullo medico vel grœco vel arabe inter alia morborum généra
taetam . Natam hanc repente labem nostram ita infecisse ætatem ut
nullam superiorum. » Ces quelques citations suffisent.
Léonicène passe successivement en revue les maladies décrites par les anciens, pour montrer qu’elles sont tout à fait différentes du mal nouveau, qui s’est développé dans des conditions atmosphériques particulières de chaleur et d’humidité. Les inondations d’alors, etc., etc. Il n’y voit rien de spécial, et le traitement très court qu’il indique est celui des épidémies en général. Pas de mercure.
A la fin du livre : Venetiis , in domo Aldi Manutii, Mense Junio M. III. D. (1497).
La Bibliothèque Nationale possède une deuxième édition, imprimée à Milan le 4 juillet 1497, quelques jours après la première. In-4° de 32 feuillets sans pagination. Caractères plus gros, mais abréviations nombreuses, 29 lignes à la page au lieu de 35. Pas de majuscules initiales. La maladie épidémique a reçu un nom nouveau, car le titre du livre est ainsi modifié (même dédicace, même texte) ; Libellus de Epidemia quam vulgo morbum gallieum vacant sive brossulas (1). A la fin ; Libri de epidemia sive brossulas finis. Impressum Mediolani per magistrum Guilielmum Signerre Rothemagensem : régnante illustrissimo principe D. Ludovico Duce Mediolani. Impensà magistri Joannis de Legnano. MccccLXXxxvij. Die iiij mensis Julii. {Bibl. Nat. Td 43, o, A. Réserve.)
La dissertation classique de Nicolas de Léonicène^ le savant traduc-
(1) Gruner dit à tort Broêsulis (ouv. cil., p. 76, note).
teur des anciens, qui s’est appliqué à relever leurs erreurs et surtout celles des Arabes, a été l’occasion de quelques contradictions.
Antoine Scanarole de Modène a défendu l’opinion de son illustre maître contre Noël Montésaur, de Vérone. Natalis Montesauri Veronensis de dispositionibus quas vulgares mal Franzoso appellant, tractatus (1),' tel est le- titre que donne Aloysius Luisinus dans son recueil « De morbo Gallico omniaquæ extant apud omnes medicos cujuscumque nationis,etc. Venitiis 1566. » T. I, p. 100. Haller dit à tort {Bibl. med., I, 480), Viennensis au lieu de Veronensis, et de epidemiaun lieu de de dispositionibus. Astruc (ouv. cit., p. 574) a mis aussi de epidemia, etc.
Noël Montésaur dit dans sa préface que, lorsque le livre nouveau lui est tombé entre les mains, il a reconnu de suite la discussion que Léonicène avait soutenue à Ferrare {quem quum primum legere cœpi, disputationem dehis Ferrariæ habitam, intellexi).
11 s’est attaché smdout aux objections faites contre Abolaï, et il lui a paru bon de montrer que cet auteur ne s’est pas du tout trompé sur les manifestations de cette maladie, en répondant à chacune des objections de son adversaire, ünà cum manifestatione harum dispositionum ostendere AboM minimum peceare, omnibus adversarii objectionibus sigillatim respondendo.
Ces manifestations appartiennent à plusieurs maladies et ne sont point essentielles' (])er essentiam). Elles portent différents noms, bothor, asapbati, etc. On ne peut croire que c’est une maladie nouvelle, et en disant qu’elle était inconnue aux premiers médecins, oh se trompe. Connue certainement des Arabes, elle a présenté dans ces derniers temps une exacerbation, sous l’influence des mauvaises conditions atmosphériques. Au milieu de nombreuses prescriptions pour le traitement, il recommande bien, si l’on vient à employer les onguents avec le vif argent, ce qu’il n’approuve pas du reste, de n’en pas mettre vers l’estomac, le cœur et les autres organes importants.
Il tient à prouver qu’ Abolaï n’a pas écrit contre la doctrine de Galien. Littera occidit, Spiritus autem vivificat, etc.
Le précieux écrit d’Antoine Scanarole est conservé à la Bibl. Nat.
(1) 1498, petit in -4“ de 31 pages, earact. gotli., avec la question : « De subjecto scientiæ medicinæ, quant anno præterito compilaveram », dit-il dans sa ce qui a été supprimé par Luisinus comme étranger à sa collection.
(Td 43, 6. Réserve). Disputatio utilis de morbo gallico et opinionis Nicolai Leoniceni confirmatio contra adversarium eandem opinionem propugnantem. In-4“ de 16 feuillets non numérotés. Imprimé à Bologiïe (Bononiæ), le 26 mars 1498. Il est reproduit dans le recueil cité d’Aloysius Luisinus.
Au deuxième feuillet est la dédicace ; Ad excellentisümum medicum J^estorem Morandem Bononiensem Antonii Scanaroli Mutensis in disputatiunem de morbo gallico præfatio.
Nicolas Léonicène, qui a été mon maître en médecine, le premier des médecins italiens, a composé et publié un livre sur le mal, que le vulgaire appelle français, dans lequel, comme vous le savez, il a merveilleusement inséré la discussion qu’il avait soutenue à Ferrare pour le plaisir et Tutilité de tous. . . lia eu l’approbation des médecins les plus illustres et la vôtre. . . Un seul adversaire, etc.
Il entre en matière au verso du deuxième feuillet. En somme, le mal français n’est pas l’asaphati des Arabes où toute autre maladie connue autrefois, mais bien une maladie nouvelle, dont Léonicène a établi les causes rationnelles, sans avoir recours à l’influence des étoiles, le refuge habituel des médecins qui ne savent pas reconnaître les causes réelles, ad influentiam stellarum quod est refugium medicorum causas manifestas assignare nescentium.
Au feuillet 15 (verso) est cité avec éloge le livre de Gaspard Torrella qui, le premier, fait remarquer que les pustules occupent plus particulièrement les organes génitaux, et a inventé le mot pudendagra.
L’autre discussion s’est élevée à Leipzick. Simon Pistoris (1) eut à soutenir, en 1498, une thèse donnée par le doyen de l’école. La question était ainsi posée : Utrum morbiis jam currens malum francum appeUatus, non propriè malemorigeratum dictas. Et mutatione aeris in qüalitatibus manifestis puta calido et humido aut occulta in acre proprietate sit causatus. Il combattit vigoureusement lés idées de Nicolas Léonicène ; mais il trouva un contradicteur redoutable dans Martin Pollich, de Mallerstadt, vieux professeur de la même école de Leipzick, celui qui
6) Qu’Haller, d’après Astruc, appelle Pistor ou Pistorius (Bibl. méd., I, 481). Il était de Leipzick. Eloy dit à tort aussi que ce fut le premier Allemand qui écrivit sur la maladie vénérienne. [Dict., IIP vol.) ’ ■
mérita d’être appelé Lux mundi, bien que, dans le cas actuel, il n’eût pas tout à fait raison.
Après l’apparition en 1499 de cet opuscule introuvable (1) signalé par Simon Pistoris, opusculo contra me per dootorem Martinun Jlfailerstadt edito, fut publiée le 3 janvier 1501, à Leipzick, Declaratio defensivacujusdampositionis de Malofranco nuper per doctorem Symonem Pistoris disputatœ. A la fin : Daturn Lyptzk, anno M. quingentesimo die mensis januarii tercio. In-4“, de 10 feuillets (le dernier est blanc). Caractères gothiques. {Bibl. Nat., Td 43, 8. Réserve.)
Au deuxième feuillet, Simon Pistoris s’adresse à tous les médecins {universis medicis salutem dicit).
Pour lui, les anciens et les modernes n’ont pas placé le mal français dans un autre chapitre que les exanthèmes épidémiques, pustiüas epidemiales, exanthemata aut athumera epidemialia. Votre Léonicène, dit-il, a beaucoup discuté sur ce que n’était pas le mal français sans arriver à dire ce qu’il était, cum nec ipse quid sit morbus gallicus, hactenus dixerit, sed quid sit, satis disseruit. Je dis que c’est une maladie épidémique, c’est-à-dire advenientem. V expression malemorigeratum, attribuée par Galien aux fièvres et à d’autres maladies, ne peut être appliquée au mal français spécialement, et ceux qui croient simplement que le mal français est Velephantiasis, Vasaphati, etc., ne connaissent pas les maladies épidémiques.
Il ne doit pas être placé parmi les maladies causées par les modifications survenues dans les qualités de l’air, tertia particula aphorismorum Hippocratis. Ce mal est assimilable à la lèpre plus qu’à toute autre maladie, par ses symptômes et sa matière, qui est seulement l’atrabile et jamais la pituite.
Déplus, le changement de l’air n’est pas une cause suffisante pour produire de telles affections; ce n’est pas ainsi que se produisent les maladies pestilentielles, non tamen ex hoc recte pestiferi nuncupantur.
Le mal qui court et les autres pestes ne sont pas causés uniquement par l’influence atmosphérique ou céleste. S’il en était ainsi, on verrait
11) Une lettre de Jean Manard, de Ferrare, adressée à Martin Mallerstadt (la première du livre il) et datée de Mirandole, l50ü, s’élève vivement contre l’opinion de Simon Pistoris.
ces maladies sévir en même temps partout. Donc, le mal français ne provient pas seulement de la chaleur et de l’humidité de l’air, mais de quelque chose qu’on ne sait pas. Malefrancum non ex aerisin caliditate et fiumiditate mutatione solum, sed ex quadam in aere occulta proprietate fiomines Icedit. Et il ajoute cette dernière conclusion : que l’astronomie n’est pas une partie de la médecine, mais que cependant elle est très utile au médecin, et même indispensable, car il peut pronostiquer ce qui doit arriver, comme l’astrologue prédit l’avenir d’après l’examen des astres.
Cette discussion, assez facile à lire, offre des divisions très claires, où sont vivement et librement réfutées les attaques du commentaire de Martin Pollich, qui répliqua de nouveau par Responsio in superadditos evrores Symonis Pistoris de malo franco, per Martinurri M aller stadt Lips., ISOl. Opuscule aussi introuvable que le premier.
Simon Pistoris continue la lutte avec plus de fureur encore par Confutatio co7iflatorum circa posilionem quandam extraneam et peurilem doctoris Martini Mallerstadt de malo franco nuper ventïlatam in Gym~ nasio Lipsiensi. Anno D 1.
Il s’adresse toujours à tous les médecins, artis medicæ peritis ubivis locorum, en observant le même ordre dans la discussion.
De toute cette dispute, il ne reste que la déclaration définitive de Simon Pistoris. Pas plus que Gruner qui a reproduit dans son recueil, page 80, le deuxième opuscule, Confutatio conpatorum, je n’ai pu découvrir ceux de Martin Pollich. Il est facile de voir que les titres de ces derniers, donnés par les auteurs, sont de pure fantaisie.
On dit qu’après ces disputes virulentes, les deux adversaires furent tous deux obligés de quitter Leipzick. Simon Pistoris devint archiatra de l’électeur de Brandebourg, et Martin Pollich, qui avait accompagné comme médecin l’électeur de Saxe Frédéric III en Palestine, en 1493, fut chargé par lui de fonder en lo02 l’IIuiversité de Wittenaberg, dont il fut le recteur.
Revenons à la fin de l’année 1497, quand fut imprimé à Rome le traité de Gaspard Torrella (1), évêque de Sainte-Juste, né au pays de
{!) Ce qui n’a pas empêché presque tous les auteurs de supprimer un r «t d’écrire Torella. M. le professeur A. Fournier s’est bien gardé de faire la mêm» faute.
Valence en Espagne : Tractatus cum connliis contra pudendagram seu morbum gallicum. A la fin : Impressum Romæ, per magistnm Petrum de Laturre, anno 1497, d'te XXII mensis tiovembris, sedente Alexandre sexto Pontifice Maximo. In-4“ de 24 feuillets, non numérotés. Caractères gothiques. Bibl. Mazarine, n" 15361. Les derniers feuillets manquent dans l’exemplaire de la Bibl. Nat. (Td 43, 4. Réserve.)
Au recto du deuxième feuillet est la dédicace avec ce sous-titre: Ad reverendissimum et ülustrissimum in Christo patrem et D. D. Cæsarem de Borgia titulo Sanctæ Maries diaconum cardinalem Valentinum l'ractatus incipit de Pudendagra sive morbo Gallico, éditas à Gaspare Toirella episcopo sanctæ Justes, nalione Valentino (l).Il commence ainsi (la majuscule initiale manque) : Cum his diebus interloquendum, fuerim a reverendissimo domino meo Cœsare de Borgiacardinali Valentino interrogatus quænam esset haepestifera œgritudo, a vulgo nominatamorbus Galîicus; et an doctores medicinæ aliquid scripserint et quamobrem in tanto temporis curriculo non fuit aliquid peculiare remedium- compertum et approbatum ; et quare dolores magis existant in nocte quam in die. Facile est enim questiones petere; solvere autem non est facile, etc. Il accepte la tâche cependant, et il va, dit-il, résumer ce qui se trouve dans les livres anciens et modernes.
Après un assez long préambule, il entre en matière : « Les astrologues « disent que cette maladie vient de la situation respective des corps
« célestes, a constellatione corporum superiorum . D’autres, qu’elle
« est une punition de Dieu. Cette mauvaise maladie a commencé, ince- « pit hæc maligna œgritudo, l’an 1493 en Auvergne (Alvernia), et par a contagion elle est parvenue en Espagne, dans les îles ; de là, elle est « passée en Italie, et enfin, en serpentant, elle a parcouru toute l’Europe « et, s’il est përmis de dire, l’ilnivers entier. Il en fut de même au temps c de Tibère, comme le rapporte Pline au 26® livre de Naturali historia, « ch. I, où sévissait une nialadie que leà Grecs appelaient Liehenas et « les Latins Mentagra, parce qu’elle commençait par le menton. Elle « était contagieuse, car elle pouvait se comnluniquer par un seul baiser, « n’affectant que les nobles, et pas les fenimes, ni le peuple {popu-
(11 Médecin d’Alexandre VI, qui mourut en 1S03, Rodriguez de Borgia, le père de César Borgia, qui devint plus tard duc de Valentinois en France. Il est bien entèiidu que G. Torrella n’avait que les bénéfices de son évêché.
a lares), ni les esclaves. Mais il n’y avait pas de douleur et on la gué- « rissait par la cautérisation. Pline ajoute que l’Égypte aurait été son « berceau. Beaucoup pensent que cette maladie a été décrite par Avide cenne. Hugo de Sienne, fameux médecin de notre époque, et Jacques « de Forlivio en citent des exemples. »
Torrella croit devoir la nommer Pudendagra, parce qu’elle commence par les parties honteuses. Et ideo erit baptizanda nomine Pudendagra, quia primo incipit in pudendis. Elle consiste en une souillure générale de tout le corps avec douleurs et ulcérations légères. Et notez, dit-il, qu’elle n’apparaît pas toujours sur tout le corps, mais qu’elle occupe le plus souvent les extrémités. Elle est dite générale, parce qu’elle peut occuper tout le corps ou la majeure partie. Elle est contagieuse, c’est une espèce de gale. Mais elle peut venir d’un mauvais régime...
La cause est une humeur corrompue ou putrescible mêlée au sang ou en provenant, qui détermine une irritation intérieure et, par suite, l’éruption. Causa antecedens est humor corruptus aut putrescens sanguini mixtus aut a sanguine separalus qui irritât naturam, quæ irritata, expellit eum ad cutim, etc.
Je borne là ces citations. On voit que, dans cet ouvrage, Torrella, malgré l’invention du mot Pudendagra, n’a pas été beaucoup plus loin que ses devanciers dans la connaissance de la vérole.
Viennent ensuite les cinq observations {consilia) que Luisinus '"(rec. cit., p. 469) a eu le tort de mettre à part. Elles font partie du premier traité de G. Torrella, comme l’indique le titre : Tractatus cum consiliis contra pudendagram. 11 se termine par la prière de saint Damien, laquelle, suivant l’auteur, dite par un saint prêtre {dévolus presbyter), servirait à augmenter l’effet de la médication prescrite.
Gaspard Torrella a donné une deuxième édition revue et corrigée de ce premier traité. Il l’a fait suivre de deux autres, destinés à le compléter. De morbo gallico cum aliis, in-8° de 22 feuillets. Caractères gothiques. Impressum Romee. S. d. La dédicace nouvelle (sans date) à Louis de Bourbon, évêque d’Avranches (1), précède l’ancienne. (La
(1) Fils naturel de Jean de Bourbon II du nom, comte de Vendôme (sa mèro était Guyonne Peigné, dite de Vieuxville), chantre de l’église collégiale de Saint- Georges de Vendôme, prieur d’Épernon, conseiller-clerc au Parlement, évêque d’Avranches vers l’an 1485. Il fut légitimé en 1499 et mourut le 21 octobre 1510.
(Morért.)
majuscule initiale ne manque pas.) Bibl. Mazarine, no^ 4530^ 15459.
Les deux autres traités complémentaires, qui furent terminés le mars et imprimés le dernier jour d’octobre à Rome 1500, ont pour titre • Dialogus de dolore cum tractatu de ulceribus in pudendagra evenire solitis {Bibl. Mazarine. n” 15361. Bibl. Nat., Te 23, 1. Réserve), in-8“. Caractères gothiques. Ces deux livres furent écrits à Blois en 1499 pendant que César Borgia (1), dont il était le médecin, se trouvait à la cour de France.
A la dédicace du dialogue ; lllustrissimo ac vertuosissimo domino D. Cœsari Borgia de Francia duci Valentino sanctæ Romanœ Ecclesm gonfaronario et generali capitaneo : Gaspar Torrella Episcopus sanctæ Justæ natione Yalentinus, est ajoutée, pour le traité, cette phrase : Sanctitatis domini nostri Alexandri sixti prælatus domesticus et medicus, qui prouve bien que G. Torrella fut médecin d’Alexandre VI, en 1500, et non pas avant.
L’horrible maladie, avec ses pustules à la peau, et ses souillures accompagnées de douleurs intolérables la nuit, a été livrée aux charlatans parce qu’on ne la connaissait pas bien. Ainsi pour la douleur, il ne suffit pas de savoir qu’elle siège aux tibias, il faut en bien connaître la nature, etc.
Dans le dialogue deux interlocuteurs : Vulgus et Medicus. C’est là qu’il explique, pour la première fois, que le mal fut découvert pendant le séjour des Français au royaume de Naples, et qu’alors les Italiens lui ont donné le nom de mal Français ; et qu’au contraire les Français à. leur retour, croyant l’avoir pris à Naples, l’ont appelé mal Napolitain. En Espagne, les Yalentinois, les Catalans et les Aragonais l’appellent mal de saint Sèment. D’après l’historien François Ximenes, le mal serait ancien dans le royaume de France. Et de même qu’on appelle la lèpre mal de saint Lazare, les Français ont appelé ce mal mort, mal de saint Sèment, parce que ceux qui vont en pèlerinage en Bretagne (2) , où le corps de ce saint est en grande vénération, y obtiennent la guérison. Plus tard les Espagnols l’ont appelée maladie Curiale, parce qu’elle sùivaitla cour.
(1) Il n’était plus cardinal, mais duc de Yalentinois depuis 1498.
(i) A Saint-Méen, chef^lieu de canton de l’arrondissement de Montfort (Ille-e - Vilaine).
A Paris et dans les grandes villes de France, les savants lui donnent le nom de grosse vérole, et là-dessus Torrella s’attache à prouver très longuement, que cette dénomination est mauvaise, parce que la maladie n’a aucune ressembiance avec la variole.
Il raisonne mieux quand il établit la contagion, sicut scabies quæ per eontactum inficit, et enim ut plurimum primo efjiciuntur pudibunda, demum cætera membra, mm quod immédiate tangituràputrido putrefit. Comme pour les petits enfants qui tètent, la première manifestation se produit à la bouche ou à la face.Pourles nourrices, ayant l’habitude d’embrasser leurs nourrissons, c’est aussi à la bouche et à la face, comme aux mamelles. Après de longues et inutiles dissertations sur la douleur, comment elle agit, se fait, cesse après l’ulcération, se comporte suivant les constitutions, le traitement, etc. , on trouve ce passage: Vulgüs. Potest à nobis hic morbus extirpari ? Medicüs. Potest cum auxilio tamen Omnipotentis Dei, ac gloriosissimœ Virginis Mariœ matris ejus. Volgus. Die modum. Medicüs. Prœsides, ut summus Pontifex, Imperator, Reges, atque alii Domini instituant matroms, quæ perquirant inprimis publicas mulieres, et si eas infectas invenerint, relegent eas ad locum a communitate seu a domino destinatum, Mque eurentur a medico seu chirurgico deputato et salariato, et hoc pacto infallibiliter extirpabitur morbus ipse non solum horrendus, sed etiam contagiosus.
Plus loin, il se demande s’il y aurait avantage à enlever la partie affectée ; la réponse est négative. Enfin il fait le procès aux onguents avec l’argent vif, qui font la fortune des charlatans. Il les déclare tanquàm à peste fugienda, et en terminant, il revient à la nécessité de l’isolement qu’il formule presque dans les mêmes termes que je viens de rapporter.
Le traité De ulceribus se tient dans des généralités qui s’appliquent à toutes les ulcérations .
Au dernier chapitre seulement, sur le mode de préservation, on trouve quelque chose de spécial. Après une nouvelle exposition de sa théorie de la contagion, il donne le traitement de l’ulcère de la verge. De toutes les recommandations les plus singulières, je me borne à signaler ici le moyen pratique de la succion et l’application d’une grenouille incisée par le milieu, la grenouille ayant cette merveilleuse propriété d’attirer l’humidité des profondeurs . Puis viennent les remèdes destinés à faire sortir les pustules, etc.
En somme, il y a dans ces traités beaucoup de choses inutiles et quel ques puérilités. Mais on doit faire remarquer, à la louange de G. Tor relia, que, tandis que d’autres s’occupaient à discourir vaguement sur les opinions de Nicolas Léonicène, il avait fait des observations d’une grande importance.
Avant de quitter Gaspard Torrella, je dois rectifier le titre d’un de ses ouvrages, imprimé à Rome en 1505, et qui a été singulièrement travesti d’après un catalogue espagnol ; De œgritudine pe^ifera et contagiosù omnibus cognominata et nuper cognita, quam Hispani modo Villa, nommant. Rome, 1505, Haller (loc. oit., p, 489), qui copie, ajoute entre parenthèses après Villa (puto Ovilla). Or, dans le n® 15361 de la Bibl. Mazarine, on peut voir ce traité avec le titre suivant : Consilium de œgritudine pestifera et contagiosa ovina cognominata et nuper cognita, quam Hispani Morrillam vocant.ku lieu de cela, le Dict. de laméd. anc. et mod. de Dezeimeris n’a pas hésité à enregistrer, peut-être après bien d’autres ; De œgritudine ovilla Consilium. Et c’est ainsi le plus souvent qu’est traitée la Ribliographie !
Le célèbre Astruc a-t-il eu raison de placer avant le traité de J. Widman et le premier ouvrage de G. Torrella, l’opuscule De morbo Gallico Conradini Gilini, ariium et medicinœ doc ïoris, dédié ad illustrem Dueem Sigismundum Estensem, et reproduit dans le recueil d’Aloysius Luisinus, I, 296. Édition de Venise 1566. Il est sans lieu ni date et parce qu’il commence par ces mots : « Cum anno elapso 1496, » doit-on en conclure qu’il a été publié en 1497 ? Et s’il y a une faute d’impression 1496, pour 1499 ? (Elles ne sont pas rares dans Luisinus.)
« Quand l’année passé 1496, une maladie très cruelle attaqua un grand « nombre de personnes, tant en Italie qu’au delà des monts, les Italiens, « dit-il, l’appelèrent mal français, alléguant que les Français l’avaient « apportée en Italie. Les Français, au contraire, l’avaient nommée mal « d’Italie ou mal de Naples, parce qu’ils prétendaient avoir pris cette cc horrible peste en Italie et surtout à Naples. De ce que cette maladie, « ajoute-t-il, est inconnue aux modernes et que de nombreuses dis- « eussions se sont élevées à ce sujet entre les médecins: Variœque de eo « disceptationes inter phisicos habitœ fuerunt, il a voulu modestement « donner son avis aussi brièvement que possible. »
Pour lui cette maladie est une peste. Il en admet les causes inférieures et supérieures : la conjonction de Saturne et de Mars le 16 janvier 1494, de Jupiter et de Mars le 17 novembre 1494, la colère céleste qui s’est manifestée par tant de calamités. Toujours même théorie humorale. Cette maladie, iste morbus seu passio gallica, comme avait dit G. Torrella, est caractérisée par des pustules et des douleurs dans les membres. Elle commence par les organes génitaux, incipit in membris piidendibus, ut in testiculis, in ano, vulva, membro virili sive utero. Elle est contagieuse, unum inter cetera dico morbum hune contagiosum esse ; unde iterum atque iterum moneo, ne cum muliebribus hac perniciosa œgrituâine labor antibus, aut ea cum viris hac œgritudine infectas se commiserint aliquo pacto quia vidi multos hac de causa infectas cruciatos. maximos passas fuisse. Il prescrit sans méfiance l’onguent avec l’argent vif.
Le traité que François Lopez de Villalobos, né à Valladolid, aurait composé à 19 ans (1), en 1498, El sumario de la medecina con un Iratado sobre las pestiferas buuas, in-fol. (Bibl. Nat. Td 30, 8. Réserve), écrit en vers avec les idées régnantes, ne fournit aucun renseignement utile. Il n’est pas dans les recueils de Luisinus et de Gruner. Astruc (ouvr. cit.,p. 57o) indique seulement le titre de l’ouvrage et le nom de son auteur : Tratado de la enfermedad delasbubas, et François de Villahbos. Sur l’un et l’autre, il s’est trompé.
Il faut mentionner ici un passage très remarquable de l’anatomie d’Alexandre Benedictüs ou Benedetti, de Legnano, dans le duché de Vérone , Car son ouvrage a dû être imprimé une première fois en 1497, bien qu’on ne connaisse que l’édition de 1502.
Historia cbrporis humani sive Anatomice. A la fin ; Impressum Venetiis a Bernardino Guerraldo Vercellensi a sainte universali M. D. II. Kalen. decemb. In -4v de 68 feuillets. {Bibl. Nat. Ta 9, 8. Réserve.)
Au verso du titre, qui est en caractères gothiques, commence la table. Elle est suivie des vers de Quintius Hæmilianus cimbriacuspoeta au lec-
(1) Chinchilla, t. I, p. 102.
leur, et d’une très importante lettre de Jacques Antiquarius à Alexandre Bénédictus : « Adanatomices editionem te non solum hortor... » n vite donc à terminer son anatomie. Cette lettre est datée de Milan pridie Kalendas febr. M. YID, c’est-à-dire 1494. Ce qui n’a pas empêché certains auteurs de dire que Bénédictus a écrit son livre en 1483. Il est probable qu’il y aura mis la dernière main en 1497, comme l’indique la dédicace : Alexander Bénédictus Veronensis physicus Maximiüano Cæsari Aug. Romanorum Régi invictiss. Sal. perpeluam dicit. Elle porte la date : Venetiis M. IIID. Kalendis Aug. (1®' août 1497.) C’est donc à tort que les éditions ultérieures de Jean Cæsarius (Venetiis, Eucharius excudebat 1527, in-8), et de Othon Brunfelsius (Argentorati J. Hervogius, mense Martio 1528, in-16) ont transformé 1497 en 1503. Ils ont aussi l’un et l’autre renversé le titre en mettant : « Anatomice sive historia corporis humani. » {Ribl. Nat. Ta 9,9 et Ta 9,10.)
Bénédictus dit en terminant : Has itaque nugas nostras cum perotium licuerit leges. Quæ si prœmaturius quamvolebam editœ sunt,idin causa fuit, quod morce impatientes, ut te ociîis salutarent, aborüendi periculum non extimuerunt. Vole Rive Aug. Si mes travaux sont publiés plutôt que je n’aurais voulu, c’est que pour vous saluer plus vite, ils n’ont pas craint le danger d’avorter.
Le fameux passage qui nous occupe, se trouve àu livre II, ch. 21. Re pene, à la fm du chapitre, où il semble avoir été ajouté après coup : Pénis cutis, qua integitur, non simplex est, nervosæ naturæ, sensumque tactus plurimum possidet. Ob eam causam venereo tactu novus vel saltem medicis ignotus priorihus, siderum pestifero adspectu, morbus galUcus ad nos ex occidente, dum hæc ederemus, irrepsit, tanta omnium membrorum fæditate cruciatibusque, nocte præsertim, ut lepram, alioqui insanabïlem, sive elephantiasin,.horrore superet, non sine vitœ pernicie. Hæc pestis reliquas provincias jam infestavit, qux etiam præsanatis facile repullulat, magna omnium medicorum ambage. Ex occidente venere empirici, qui magno quœsîu urbes circumierunt, id tantum profitentes. Ces idées précises sur des points qui étaient encore, très obscurs en 1497 me font croire que ce passage a été écrit précisément cette année-là. Et le dum. hoc ederemus, qui a été mal interprété, ne prouve pas que le mal français a fait invasion quand Bénédictus a publié son livre, mais quand il était occupé à le composer.
L’autre ouvrage d’Alexandre Bénédictus a été achevé bien plus tard. Ici, la dédicace à l’empereur Maximilien n’a pas de date. Une nouvelle lettre de Jacques Antiquarius « Alexandre Benedicto philosophe clarissimo », est datée de Milan 1509, Mediolani Xnovembris M. D. VIIll (1). Festina, obsecro, dit-il. Je ne sais si Bénédictus s’est rendu à cette pressante invitation. La dédicace à l’empereur Maximilien (2) doit le faire admettre. Cependant je ne connais pas d’édition antérieure aux œuvres complètes. Venise, in officina Lucœ AntoniiJuntæ, mensi Augusto 1533. Singulis corporum morbis a capite ad pedes generatim nominatimque remedia, causas eorumque signa, etc., nunc primum in lucetn édita. A la fin : Impressum mensejunio. In-f» superbe. {Bibl. Nat. T 25, 3.) Autre édition des œuvres complètes, Bâle, per Henricum Petrum. A la fin : Impressum mense martio 1539. In-4“ avec un titre un peu différent ; Omnium a vertice ad calcem morborum signa, causce, indicationes et remediorum compositiones utendique raliones, generatim Ubris XXX conscripta, etc. (3). {Bibl. Nat. T 25, 4.) — Baie, 1549. In-fol. De re medica opus insigne... {Bibl. Nat. T 25, 5.)
Il est question de salivation mercurielle : Inter opportuna remedia quo intereommunia auxilia memorantur sunt quæ, ore salivantes, pituitam evocant quandoque impetu, ut in morbo gallico (édition de Bâle, in-4°, p. 23), et des accidents mercuriels (ouv. cit., p. 257), qui vero dentes medicamentis mobiles fiunt, velutique in morbo gallico unctis, plurimo argento vivo injecto, articulis et humeris inunguntur, quoniam non nuïlos tremulos et paralyticos videmus, etc. Je cite encore ce passage, p. 1024, sed has muliebres pudendas partes, primum cum hæc scriberemus, infectare miserabiliter cœpit morbus gallicus, unde illud prostituarum virus totum orbem infecit, tanta earum partium fœditate, ut quacumque blandiori venere proci facile arcerentur.
Alexandre Bénédictus attaché comme médecin à l’armée vénitienne a laissé une relation de la campagne de Charles VIII, que je ne connais pas. Diaria de Bello Carolino. Venetiis, M. IIIID, (1496), sexto cal. septembris, in-4‘’. (Aide Manuce par F. Didot, p. 84-86.)
(1) Astruc (fiuv. cit., p. 553) a lu 1308, comme beaucoup d’autres.
(2) 11 est mort en 1319.
(3) La lettre de Jacques Antiquarius y est à tort datée de 1508.
Dans les observations de Marcellus Cumanus qui était aussi médecin dans l’armée italienne en 1495, ne se trouve pas encore la dénomination de mal français. Mais on reconnaît très bien la maladie dans quelques observations. Ainsi la quatrième. (Gruner,A])/w-odmam,etc.,p.§2.)
« Pustulæ sive vesicæ epidemiæ (1495) in Italia ex uno influxu cœlesti durn me recepi in castris Novarræ cum armigeris dominorum Venetorum, dominorum Mediolanensium, plures armigeri et pedestres ex ebiülitiône hùmorum me vidisse attester pati plures pustulas in lacie et per totum corpus et insipientes communiter sub præputio vel extra præputium, sicut granum milii, aut super castaneum (le gland) cum aliquali pruritu patientis... et inde ulcerabatur, tanquam formica corrosiva,etc. » Ces observations ont ' été publiées pour la première fois en 1609 par Georges Jérôme Welsh (Sylloge curation, et observât, médicinale centur VI complectens. Augsbourg, chez Gabel, 1667, in 4. p. 25, 1.)
Je ne sais pas pourquoi Aloysius Luisinus a placé en tête de son recueil l’ouvrage de Sebastianus Aqüilanüs ou Aquilinus; De morbo gallico tractatus. On lit dans Haller {Bibl. méd. prat., I, 481): a Sebastianus Aquilinus a Patria dictus (d’Aquilée et professeur à Padoue) scripsit ad Ludovicum de Gonzague, interpretationem morbi gallici et cùram... Prodiit Lugduno 1506 (1).» Le mot scripsit a fait croire à tort que c’était une lettre. ad Ludovicum de Gonzague
veut dire que le traité est dédié à Louis de Gonzague, évêque de Mantoue.
Longue et inutile discussion sur la nature de la maladie nouvelle et sur son traitement. Dans quel genre des maladies connues doit-on la placer? Est-ce l’éléphantiasis de Galien ou la lèpre d’Avicenne?... Pour se guérir plus tôt, au milieu de nombreuses prescriptions, tisanes, sirops composés, pilules, etc., est indiqué un onguent avec l’argent vit.
Je cite encore pour mémoire Barthélemy Montagnana de Padoue, dont Çottsilium medicum ad Petrum Zenum Venetum pro ülustrissmo et reverendissimo episcopo, et Hungariœ vice-rege , morbo gallico laborante, se trouve dans le recueil de Luisinus.
(1) Astruc {ouv. cif., p. 578) croit que la première édition est de 1498.
Maladie épidémique, ex aeris mutatione mérita inflexus cœlestis, ut dicunt astî'ologi, qui commence par les organes génitaux, in pudendis. Ce n’est pas l’Asaphati. Elle était inconnue aux anciens, c’est pourquoi on lui a donné un nom nouveau. Rien de l’argent vif pour le traitement, qui est purement hygiénique. C’est donc un des premiers auteurs, qu’on peut placer, ainsi que le fait Astruc, vers la fin du xv® siècle, en 1499 (ouv. cit., p. 580).
Le champion des causes occultes ou surnaturelles est Pierre Pinctor (d ), autre médecin d’Alexandre VI, mort en 1503 dans sa quatre-vingtième année. Il aurait composé son livre à l’âge de 76 ans. Non dubitari in hae ætate septuaginta et sex annorum hune libellum salutiferum edere, dit-il en terminant. Je n’ai vu cet ouvrage que dans le recueil de.Gruner (p. 85 à 115), qui n’en donne pas le titre tout d’ahord.. Mais on lit à la fin : Explicit tractatus de morbo fœdo et occulta Ms temporibus affli-> g ente, secundum veram doctrinam doctorum. antiquorum Aluhumata nominato, éditas per Petrum Pinctor, artium et medicinœ magistrum sanctissimi Domini nostri Alexandri sexti medicum (2) . Romæ impressus per venerahilem virum dominum Euchardium Silber, die nona mensis Augusti, anno salutis christianæ M.D (1500). Il est adressé au très clément pontife Alexandre VI.
La maladie qui sévit depuis 1494 jusqu’à la présente année, qu’on a appelée mal français et dans d’autres pays d’un autre nom, ne vient pas seulement de la contagion, mais de l’influence des astres. Non solum à contagio sed vera causa ejus magis appropriata fuit aliqua inftuentia stellarum'erraticarum, p. SQ.
Pline au chapitre premier du livre XXVI décrit une maladie analogue, que les Grecs appellent Lichene et les latins Mentagra, et Martial, liv. XI, épître ad Bassum, parle d’une peste pareille :
Indignas premeret pestis cum tahida fauces,
Inque ipsos Tultus serperet atra lues.
Selon Pline, elle aurait apparu au milieu du règne de l’empereur Tibère et selon Martial du temps de Dioclétien. ^
(1) Probablement aussi de Valence, dont il parle quelquefois, p. 86 et 90.
(2) Inconnu à Astruc,
Celle maladie, morbus occultus et fœdus, doilêlre placée dans la troisième espèce des varioles d’Avicenne nommées aluhumata (exanihèmes) qui comprend les maladies de la peau el en particulier les saphati Signa qmm consimilia morbo nunc currenti, p. 88, comme l’avait soutenu Simon Pistoris.
Ce n’est pas l’exanthème avec fièvre... Il y a là une cause extrinsèque
qui produit cette maladie. Quœ commovet et irritât materiam istim morbi fœdi et occulti, p. 91. La véritable cause est la conjonction des planètes et les éclipses de soleil et de lune. D’après ses observations, la maladie a dû commencer en 1483 et elle finira en 1500, après avoir duré 17 ans (p. 92.) Elle s’est montrée en Italie ou ailleurs, en France, en Espagne, dans l’année 1494, et non pas en 1496, comme quelques-uns le croient. Pierre Pinctor rappelle qu’il avait déjà expliqué plus longuement quomodo iste morbus occultus causari potest ab influe7itia cælesti, dans son Traité de la peste (ch.Jé), où il renvoie souvent le lecteur. Liber aggregator sententiarum doctorum omnium de preservatione pesti- Zenïiœ. Roma, apudEuchar. Silber, 1499, in-fol.
On ne sait pas pourquoi le mal attaque plutôt un individu, une contrée qu’une autre, pas plus qu’on ne sait pourquoi l’aimant attire le fer. On ignore d’où vient cette maladie qui est V aluhumata. C’est pourquoi on dit qu’elle est occulte. Ea de causa dicimus esse morbwm occultum, p. 93.
La contagion vient de l’air et se fait par l’air à distance. Verum tamen dicimus ipsam œgritudinem magis contagiosam esse propler coitum cum muliere, habente hune morbum aluhumata et maximi illius cum qua homo habens dictum moi'bum coivit. Propter enim calidilatem viri £t apertionem pororum membri virilis vaporis à materia corrupti elevati eum ceîerius corrumpunt, etc., p. 102. Comme tous les médecins de ce temps-là, Pierre Pinctor était loin de soupçonner la véritable contagion d’une maladie spéciale.
Dans le traitement, les onguents étaient opposés aux douleurs. Les charlatans, vulgares in arte medicinœ imperiti, donnaient surtout des topiques qui contenaient du vif argent et d’autres simples destinés à en corriger les propriétés nocives, quæ habent virtutem corrigendi qualitatem narcoticam argenti vivi et ejus venenositatem, p. 108. Suivant le précepte d’Avicenne, il fallait autant que possible s’éloigner de l’estomac
et des organes nobles, c’est-à-dire la face, le cœur, le cerveau. Pierre Pinctor conseille de ne pas s’en servir à cause des accidents qu’il produit, sedquia argentum vivum nocet memhris prindpalibus, et dentibus et gengivis, etc.,p. 109. Yient ensuite une longue discussion pour savoir si le vif argent est froid et humide ou chaud et humide. Les onguents qui lui ont réussi contiennent le vif argent éteint, p. 110. Il est aussi question des fumigations, evaporationes, si les bains et les onctions ne suffisent pas, p. 111, etc., etc. En somme, ce traité considérable renferme beaucoup trop de détails théoriques.
Jean Almenar, deValence (Espagne), a forgé un nouveau nom Patursutl) pour la maladie dont il agroupé les symptômes dans un tableau enferme i'Bvhre, Arbor signorum. ' ' '
La première édition de son livre serait de Venise ISOl (Voir Astruc, Traité des maladies vénériennes, traduction de M. Louis, 1777, préface, p. 103),in-4“ en lettres romaines, de 44 pdgès, dont la dernière e.st XArbor signorum, contenant sept chapitres comme toutes les autres éditions. Le titre est en lettres gothiques : Libeiliis ad evitandurtl et' expellendum Morbum gallicum, ut nunquamrevertatür, noviter inventas ac impressus cum gratia et privüegio. Le texte de l’ouvrage est précédé de ce soustitre: Libellas de morbo gallico, qui ita perféctè eradkare ipsUm ostendit, ut nunquam revertatur; noeumentüm in ore accidere non permittens, neque in lecto stare cogens, cum explanatione Arbotris signorum éditas per J ohannem Almenar, hispanum, artium etfneàiçïnce doctorem. A la fin : ïmpressum Venetiis per Bernardinum Venetum d’e Yitalibus, anno MCCCCCII, die XIII mensis J unit.
Le sous-titre seul est conservé dans l’édition (Je 1528, Lyon chez Antoine Blanchard, impriihè avec^ le traité de Niçolâs Léonicène (2). Libelli duo de morbo gallico, m-16 de 40 feuillets, caractères gothiques {bibl. Nat. Td 43, 10. Réserve). Lë premier chapitre, âu verso du deuxième feuillet (3), commencé ainsi « Conveniunt sapientes quidam ut
(1) On voit dans Pline au liv. XXVI, ch. v de VHisl. nat. qu’une maladie analogue s’appelait Gemursa. Astruc ne s’est pas aperçu que le mot Patursa se trouvait pour la première fois ici, si”bien que tous les auteurs, avecliii, l’altriboent à J. -A. Roverelli, de Bologne. Tractatus de morbo Patursa, 1^3p,iü-8° (ouv. cit., p. 668).
(2) Qui se trouve au feuillet 14. , - ‘ ‘ '
(3) Au recto est la dédicacé â son très cher Luc.
hic morbus quem apud Italos appella.tur Gal.licus, iiunc dicitur Patursa quod interpretatur passio turpis saturnina. Turpis enim est quià
mulieres incastas ac religiosas reputari façit et generaliter omnes. deturpat. Et Saturniiius quia à Saturno propter ejus ingressum in ariete aliis
cœli dispositionibus çoadjuvantibus originem traxit . Morbus gallicus
sive patursa est mala epidernialis dispositip in raembris corporis, præcipue in bepate, etc. » Au verso du feuillet 12, est VArbor signorum.
Le traité de J, Almenar se trouve encore ; l®dans Collectio Pagiensis chez Bernhardin deGaraldis, 1516, in-fol., avec Nicolas Léonicène, Ange Bolognini, Alexandre Benedictus et Dominique Massaria de Vicence. (De ponderibus et mensuris medicinalibus- lib. III.)
2<^ Dans un petit recueil (cow^m^a)• imprimé en 1532, s. d,, contenant avec lui les livres de Nicolas Massa, de Venise, de Nicolas Léonicène et ceux d’Angeli- Bolognini : De cura ukerum exteriorum et de unguentis in solutœ continuitatis à modernis maxime usitatis in quibus muïta ad curammorbi gallici pertineritia msgrto SMnï(l). Sans pagination. Bibl. nat. Td 43,12, réserve.
3“ Dans un autre recueil, Basileæ,, apud Joan. Beb. 1536, iu-4“ de 229 pages, avec les. traités de P.-A,. ÎÆatthiole de Sienne, Nicolas Massa, Nicolas Poil Gæsareæ majest, physico, Benedicto de Victoriis de Faënza, auxquels on a joint ceux d’Angeli Bolognini.
4® Dans le recueil d’ Aloysius Luisinu&. Venise, 1566, p. 310.
Un ouvrage, ignoré du fameux Astruc, et l’un des plus intéressants pour nous, est le suivant : Libellus Josephi GrunbecMi déMentulagra, alias morbo gallîco. S. L n. d, in 4® de 11 feuillets non numérotés, caractères gothiques {Bibl. Nqt. Td 43,3. Réserve). Dans le recueil de Gruner, p. 63, immédiatement au-dessous du titre Georgis Gadii. exproêi ad Jpsephum.epigramma, six distiques qui se. termine;nt par :
Sanatusque; libi laatps décernât, hpnprps,.
Hippoprali quantos Græeia, eqnç.ta deçlit.
Au verso, Aloysius Marlfanus auctoriJpsepho et Cristannus ümhauscr
(1) Vrai titre : De unguentis quœ communis habet usus practicantium.hodiernus in solutæ continuitatis medela, septem habens capitula.. .
(2) G’est la première fois que le nom de Grünpeck. est écrit, ayec un b. Peutrêtre un p renversé par l’imprimeur. Cependant Gruner a préféré Grunbeck,
leitofi- Au deii^ièiiie feuillet, PrcEmium Josepfii Grûefipeckîî gerfnani in mentuiagram, morbum rabidum superioribtis seculis igmtum. Cette préface est datée du 5 mai 1503. Datum in natalisolo Burkhausen, tertiô rionas mdi, annô 1503 regni Maximiliani àectmo octato. Au quatrième feuillet est ce sous-titre : Libellus Josephi Gi'ûenpéckn germànii de mentülagrd morbo rabido et incognito.
Ge petit livre mériterait bien d’être traduit et dé figurer dans la collection choisie des anciens syphiliographes déM. le professeur A. Fournier,
Grü'npeck dit dans la préface (præmmm): Il se fit d’abord sur l’Insumbrie (Gaule cisalpine) comme uii grand amoncellement rfe nuages orageux, qui se répandirent ensuite sùr tout le pays dés Ligures (État de Gènes), s’abattant sur les soldats français, que rambition de Charles VIII, leur roi, conduisait en Italie', ét sur quelques habitants', nonnutlosque mîlités et eju& loci accolas'. De là cette maladie contagieuse, hînc infectio (é'ôMa'gione duce), se répandit dans toute l’Italie, et afflige aujourd’hui la Germanie, l’Espagne et toutes les parties du’ monde. Eh présence de ce prodige insolite, insolitum prodigium, l’auteur ne s’est pas donné de repos qu’il n’ait tt'büvé Tbrigine de ce mal nouveau, le nom qu’il faut lui donner et les remèdes qu’on peut lui opposer. Déjà il avait consigné le résultât de ses rècherches’ dans un petit livre', ayant pour titre le mal français, cüjm üiidùs est dé malô ffancîèo, quand, peu après, à Augsbburg', dans un' festin [cm non solùm Bàcchws et Gérés sed etiam Venus inferetatf, la contagion' les perçd- de ses inUonibrables flèches, eontagio innumera istius infectioriiS spîcïila gerens\ Ses compagnons et lui prennent la fuite' épouvantés, et sortent de la ville. Quo vulneratôtus iïifeetus, Grunpêck est en proie, pendant près de' deux ans, aux tortures morales ét physiques de' la terrible maladie, pustulafum molestias, membrorumque e^ubceVationern, junctafum dqlbres, et c’est alors qu’il a songé'à reVOiésOn livré dans" là sdlitiidé qù’ il a été obligé de rester. En se soignant, il s’est aperçu de'l’inutilité des remèdes de tome sorte employés' jüsque-là, et il a pris la résolution de s’armer contre le cruel ennemi.
Grunpêck crbit que cernai est l’ouvrage de Saturne et de Jupiter, qu’il exerce insensiblement son influence pernicieuse, clandestine et insensibiliter in corpora'lïumana, devolare, et alors il développe une tliéorié humorale où l’altération du foie, du sang, etc., se termine par les pustules. De sorte que, d’après son expérience, il faut commencer par appl h
quer des ventouses scarifiées sur la région du foie et ouvrir les veines dites hépatiques afin d’évacuer la plus grande partie du sang altéré et magmm adusti sangtiinis partem ernisi, etc.
Enfin, sorti vainqueur de ce combat, il a pris la plume. Que les Mentulagreuxse servent de son petit livre et ils seront guéris. Quam quidetn lucubratiunculam mentulagnd, hoc est, homines mentulagralaborantes
{eo etenim nomine istum rabidum morbum inscripsi) sedulo volvant .
omnes ejus molestias superabunt.
Après cette préface, on est surpris de voir Grünpeck commencer son livre par une vision. Dans sa jeunesse, il voulut visiter l’Italie, la terre des prodiges. Arrivé sur les rives du Tibre, il entendit cet avertissement épouvantable sortir du fleuve ; Abi, fuge, cave! Pestis hinc exiet quœ totum terrdrum orbem perturbabit. Deux heures après, il apprend en Étrurie les désordres de la guerre. Il songe alors à se transporter dans le camp ennemi pour savoir si cette horrible peste, ista fœda lues, n’est pas venue à la suite de l’armée et ne va pas envahir tout l’univers, comme l’a dit l’oracle du Tibre.
Il a vu la maladie inconnue et fatale, incogmtum et fatakm morbum, et il la décrit en artiste. O quid unquam terribiliùs et abominahiUüs humanis sensibusoccurrit!... Le poison contagieux se répandit, venemm eontagiosum in multos spectantes Italos, Teutones, Helveticos, Vindelicos, Retos, Voricos, Ba!avos, Morinos, Anglicos, Uispanicos et alios, quos belli occasio in copias conscripserat, transfudit... Il expose ensuite les exploits des charlatans aveugles et ignorants. . .
Revenu dans sa patrie, tout allait bien, lorsque cette horreur, ista fœtiditas, s’étant répandue jusque dans les plus petits villages de la Germanie, il fut pris lui-même de la maladie. Me ea improvisa inter ambulandum Augustensi in agro adorta est, et primam venenosam sagittam in glandem priapi defixit, quœ ex vulnere tumefacta ulrisque
manibus via comprehensi potuisset . . . . • •
. Me à rabido morbo, quem gentes gallicum seufrancicum
appeïlarent, circumvatlatum esse. Dès qu’il a fait cet aveu à ses amis,
ils s’enfuient épouvantés. Ils étaient loin de soupçonner la véritable cause du mal, qui devait rester encore longtemps ignorée.
Grünpeck donne la relation de sa maladie. Après quatre mois, l’ulcération de la verge ayant cessé de suppurer, tout à coup, en vingt-quatre
heures, parut une éruption papuleuse à la surface de la peau. Pestifera qualitas in quatuor et vigenti horis ad obedîentiam redacta, ex hoc suppurato et arcto loco retrocessit, atque in multis aliis locis verrucas passim in cutis superficiem elisit.
Les médecins les plus célèbres ne peuvent trouver de médicaments pour l’en débarrasser. Il se livre alors aux charlatans. Un d’eux, qui quondam sartor fuerat, s’était approprié un emplâtre d’argent vif, etc., forte aliquo furatus erat emplastrum ex argento vivo, dont je n’avais pas voulu auparavant. Il m’en graissa, dit-il, deux fois par jour tout le corps devant une fournaise, apud calidam fornaeem totum corpus meum quotidie bis inunxit, et au bout de sept jours il m’avait remis à neuf, comme il me l’avait promis. Nec opinio eum fefellit, quoniam septimo die me prorsùs interpolavit, mundum et politum in omnibus membris effecit.
Il eut encore des douleurs dans les jambes, des tumeurs dures et différentes manifestations pendant deux ans. Soins inutiles des médecins et des pharmaciens, qui vendent leurs drogues au poids de l’or, nouveau succès des guérisseurs ! Prœcipuè quia divinitus ordinatum est, quod soli rustici et barbari hune morbum curare possunt.
Cette peste horrible, hanc squarrosam pestem, nous a été envoyée par la divinité pour punir les péchés des hommes. Propter quam quidem pravitatem hoc dirum malum et omnium horribilissimum nobis impressumest. Malheureusement, Grünpeck établit l’influence des astres. Naturam et ipsa sidéra in hujusce mali procreatione concurrisse. La conjonction de Saturne et de Jupiter, Saturni et Jovis coitum {i), etc., etc. Dans cette combinaison, ce sont les Français qui ont dû être les premiers frappés, Jovilia corpora qualia Gallorum censentur.
Avant que l’ennemi, le virus, qui s’attaque d’abord au foie, ne passe dans les autres organes, il y a une incubation de trois ou quatre mois. Grande variété dans les manifestations et la durée de la maladie, suivant les constitutions. Longs détails intéressants, descriptions admirables l Douleims nocturnes des os. Ulcérations rebelles qui mettent des annnées à guérir.
Les armes pour combattre le susdit ennemi, adversus scepe fatum
(1) On ne peut se dispenser de songer au coït, qui l’avait infecté à Augsbourg.
Iiostem, ont été prises surtout dans l’arsenal de sa propre expérience iVIais avant d’engager le conibat, il faut entourer de cirGonvallations les points qui présentent le plus de douleur, les organes génitaux touchés les premiers à cause de leurs confluents veineux. Tum, iriquam, genitali membrp, qiiod in virp à probatis mctoribus mentula vocitatur molestissimus lexistit. Et de même que les Greps pnt appelé IVIentagre, Podagre, Gliiragre, les maladies où les humeurs affluent au menton, au pied, à la niain, j’ai cru, dit-il, devoir appeler cette scorre, qui commence souvent par la mentule et qui y est aussi plus atroce que dans tout autre membre, Mentulagrci, c’est-à-dire douleur de la nientule, Non inepte Mentulqgram hoc /est mentulœ dolorem, qppellaverirn,
Après quoi, le malade est enfermé dans un sudatorium. Tout d’abord on ouvre les veines qui vont au foie : c’est le moyen d’atténuer l’inflammation première du sang. Le lieu d’élection est le pied droit. La saignée utile au début peut nuire quand l’infection générale est commencée. On donne des tisanes qui portent à la peau. Un sirop composé^ dépuratif et purgatif, est pris le matin au lit pendant plusieurs semaines. Des pilules de rhubarbe, fumeterpe et hermodactyle, administrées pendant deux ou trois mois, finissent par expulser l’ennemi de la citadelle des viscères. Pendant ce temps, on doit s’abstenir de vin et de Vénus, surtout de poisson, de. fruits, dé chairs humides, comme le porc, l’agneau, les oiseaux d’eau, etc., etc. Cum gloriosâ Victoria contra deterrimum inimieum qd optimce valetudinis portum redibit.
Pour les pustules, des bains asséchants. Pou? les douleurs, des opçtions naatin et soir avec des onguents çompQsés. Un autre pour les parties ulcérée^ auxquelles conviennent aussi les lotions, astringentes- Qiiam primum gd sanitatis metgrn perveniet.
Si la maladie s’exaspère, on reprend plus énergiquement que jamais le traitement. Validior sgnior et robustior erit, qugm mquam ante, hqc
Il est singulier qu’appès avoir été guéri par l’argent vif, Grünpeck ne le recommande pas, à. moins qu’i] nq soit eaçhé dans le nom àfunguçnti martianonis.
Il ne faut pas omettre le premier chapitre de l’ouvrage posthume d’Antoine Benivenips, de Florence, médeein et philosophe, qui mourut
en 1502. Bè dbàitü ndh nüllis àc mirafidis tnorbôrufh et samtîonum causis lîbef. Imp^essum Floreutiæ, 1507. Octavô kal. octobris, opéra et impeasaPhilippi Guintæ Florentîni. ln-¥ {Bïbl. Nat. Td Si, 4. Réserve), -li Parisiis, apud Ch. Wechel, 1538. Iti-fol. avec Clâud. Galeni Perg. liber de plehUndine et Àpulèius Piatonîcas de herbarüm virtiitîbm. (Voir ÉTUDES fflSTORiQUES,p. 303.) — Basüeæ, apud A. Cratandrum, 1529, in-8*, avec Scrïbonii Largi de ùùmposûione medicàméntorum , etc. (BiW. Mais., n° 29824.)
Le premier chapitre, qui seul Sé trouvé dans le recueil de Luisinus, p. 345, a pour titre : De morbo qûâm vutgô Gàlliùum vocant. Ce petit résumé de quelques feuillets est très remarquable.
« La nouvelle malâdiè, Novüm niorbi genûs, èn 1496, s’est déjà répandue non seulement sur l’Italie, mais sur presqué toute l’Europe. » Après cela, l’on né peut lire sans étonnement dans le Dictionnaire historique de là médecine, d'é Dezeiimeris, 1. 1, p. 348 : œ II (Benivenius) ne la Considérait point Comme une maladie nouvelle. » Mais il est plus important de noter que, suivant Cet auteur, elle avait commencé par l’Espagne, qu’elle avait envahi d’abord l’Italié, puis la France et peu à peu les autres pays de l’Europe. « Hoc ab Hispania incipiens, per Italiam « ipsam primam, tum Galliam cæterasque Europeæ provincias latè dif- « fusurn, mortales quam plmâmos occupavit. »
Je Cité éncore le passage de la description des rdanifestations cutanées ; « Has autém nos impetiginis esse généra, quas Græci Lîchenas vo- « cant judicamus. Quem etiani morbum Plinius quod ex accepte osculo « mèntem venaretur, mentagram appellavit. Hujus verôet Celsus quatuor « species esse dixit.
Ëin nutzlich Réginieht widéi* die Bozén fi’antzosen (Régime utile contre le mal français) par' maître Alexanüré Styz de Marbach. Pforzeim, 1504, in-4*». Pièce. {BM. Nat. té 23, 2.)
Je ne crois pas -qu’il faille placer en 1500, comme l’a fait Astruc (ouv. cit., p. 584), la consultation de Conrad Schellig, d’Heidelberg, médecin du prinCe Philippe, comte palatin du Rhin, duc et électeur da Bavière (1). Écrite en Allemand, elle a été traduite en latin par M. de
(t) Mort en 1508.
Wimpheling, de Slellstad, qui en parle dans son livre Adolescentia... imprimé à Strasbourg en 1511 (fol. 32 a). Gruner, dans son recueil p. 40, l’a reproduite tout entière avec ce titre : In pustulas malas, morbum quem malum de Francia vulgus appellat, quæ sunt de genere formicarum salubre consüium. L’auteur, il me semble, s’est inspiré de Pierre Pinctor.
C’est en 1503 qu’on place aussi, sans le savoir au juste, le traité du Génois Jacques Catanée, inséré dans le recueil de Luisinus, p. 123, avec ce titre : De morbo gallico tractatus egregii artium et medicinæ doetoris Jacobi Catanei de Lacumarcino Genuensis.
Pour cet auteur, la maladie nouvelle œ nullis ante seculis visura totoque in orbe terrarum incognitum » a commencé en Italie, lors de l’invasion du royaume de Naples par Charles VIII, en 1494. Il l’appelle morbus gallicus, neapolitanus, pudendagra comme Gaspard Torrella, ne tient pas compte de l’appellation de Joseph Grünpeck, mentulagra, recueille la citation de Pline, et croit à la juste punition envoyée par la colère de Dieu. Ouvrage insignifiant. Rien d’original. Il n’y a à noter que les frictions de la tête aux pieds avec l’onguent mercuriel {malagma) jusqu’à salivation. (Astruc, ouv. cit., p. 595.)
Avant 1508 parurent les ouvrages d’ Angélus Bologninus, de Venise, dont on ne connaît pas la première édition. (Astruc, muv, ^., p. 601.) L’édition de Bologne, 10 février 1514, a ce titre ; Angeli Bolognini libellas de cura ulcerum exteriorum ; et de unguentis, quæ commuais habet usus practicantium hodiernus in solutœ continuitatis medela, de quorum numéro nonnulla in morbum Gallicum inserta sunt, non debilibus tamen rationibus incidentaliter approbata. Imprimé de nouveau dans la collection de Pavie, 1516, — dans le recueil cité de Venise, 1532, avec N. Léonicène et Jean Almenar, — dans la collection de Bâle, 1536. — Il n’est pas dans le recueil de Luisinus. Au dernier chapitre De unguentis mercurialïbus, il prescrit les onctions mercurielles jusqu’à la salivation. .
L’ouvrage de Joannes Vochs, de Cologne (1), De pestilentia anni præ-
(1) Censor morum seculi, contemptor exoticorum remcdiorum et medicorum lUlorum, bonus observator (Gruner, ouv. cit., ç. 120, note g).
sentis et ejus cura. Magdebourg, 1507. In-4“, où il est question par-ci par-là du mal de France, mérite à peine d’être cité. Il n’est pas non plus dans le recueil du Luisinus.
Rien ne déplaît à Dieu, dit-il, comme le péché d’orgüeil. C’est pourquoi nous avons été humiliés par ce mal de France et les autres. Il croit que les carbumuU Franciæ viennent de l’altération dû froment. Il fait grand bruit des tourments causés par les onguents à l’argent vif. De dübiis et cura tormentaria cumargento vivo inmalo Franciœ. Descripsi et collegi nonnulla de malitia argenti vivi.
L’opuscule de Georges Vella, de Brescia, qui se trouve dans le recueil de Luisinus, à la page 179, avec ce titre De morbo gallico Georgii Vellæ Brixensis physici, opusculum (1), est placé, sans qu’on en soit sûr, en 1508. L’àuteur discute encore les idées d’Avicenne. Je me borne à citer ces deux passages du chapitre I®' qui a pour titre ; « Morbi « gallici originem et naturam a phlegmate naturali proficisci. » .
« Et propterea volo excusari ab illis qui hanc ægritudinem elephanti- « cam ; aut ignem persicum, aut patursam, aut impetiginem, aut men- « tagram, aut aliter appellarunt . »
« Nam multi ægrotant tali morbo qui nunquam ægrotarunt secundum « obcenas partes . »
Dans le recueil de Luisinus 1566, p. 148, se trouve encore le traité De morbo gallico Joannis Benedicti, germani artium et medicince doctoris, divisé en quatre chapitres. On ne sait pas au juste quand il a paru. Astruc (ouv. cit., p. 611) le met en 1510, avant le livre de Jean Almenar. Ces deux ouvrages ont été faits l’un sur l’autre. Mais Astruc se trompe quand il dit : cc Multa tamen occurrunt, quæ suadeant et persua- « deant fere Johannem Almenarem à Johanne Benedicto librum suum «: furatumesse . » (Ouv. cit., p. 616). C’est Benedictus qui a copié.
On peut mentionner encore Philippe Beroaldus, de Bologne (1450-1505), qui s’est servi un des premiers du mot lues dans ses commentaires in Apuleii asinum aureum. Paris, 1512^ in-fol. Non fuit hæc lues apud majores patresque nostros . Valeat abeatque dira hæc lues omni
(1) Quelques auteurs ont dit Consilium medicum (Astruc, ouv. cit., p. 610).
pestikntia pestilentior in Barathrum et Catonium, p. 65. Cônfoïidue encore avec les exanthèmes et les affections de la peau, Inter epidemi& et pustularum généra numerandum esse contendunt, ego nxhil nec refello nec affirmo.
Dans la Practica in chirurgia Joannis de Vigo, Genuensis. Rome 25 avril 1514, petit in-foL {Bib. Nat. Td 73, 34), outre les différents passages qui se rapportent au mal français et qui se trouvent reproduits dans le recueil de Gruner, p. 125, les deux premiers chapitres du cinquième livre sont exclusivement consacrés à cette maladie (1) . A. Luisinns les a mis dans le premier volume de son recueil, 1566, p. 386. Je crois devoir en citer ce fragment que je copie dans la traduction de Nicolas Godin : 1525, De Vigo en français. S'en suit la practique et cirnrgiedetrès excellent docteur en médecine matstre Jehan de Vigo.,.,. Les âicts livres se vendent à Lyon sur le Rosne en la rue des irnpri-^ meurs par Benoist Bounyn, auprès de notre dame de Confort. Grand (Bihl. Nat. Td 73, 39), f. 131, verso (2) :
«L’an mil quatre cens nonante et quatre en l’année que lé roy « Charles VIII voulut recouvrer le reaulme de Naples et le réduire à la « couronne de France : En cetuy an apparut au mois de décembre « une manière de maladie contagieuse et inconnue laquelle diverses na- « tions lui ont donné divers noms. Les Français l’ont nommée la maladie « de Naples pour ce que les gens d’armes l’apportèrent en France : et « pensoient que les Napolitains les eussent empoisonnés. Les Napolitains « la nommèrent la maladie françoise à cause que ladite maladie se « démontra alors qu’ils étôient à Naples. Les Génois l’appelèrent le mal « de la tavelle. Les Tuscois le mal de la bulle. Les Lombards la nom- « mèrent lo male de la Brossule. Et les Espagnos l’appelèrent laboves (3)-
(1} Ch. I. De curâ morbi gallîci non confirmati. Ch. ii. De morbù gallico ùon^ firmato.
(2) N. Godin ajoute dans sa traduction que le présent livre « a esté faulceiflent « contre raison intitulé Dé morbo gallico, comme prouve Sebastianus Aquilahus au « traicté De interpretatione morbi gallici, disant de l’auctorité de Galien que cette « maladie doibt estre nommée Elephantiasis ; toutefois il nous a pieu ce préseüt « traicté estre intitulé de la Gorre, à cause que les mignons et gorries suivans les « délices de dame Vénus comme vrais snppos d’icelle l’obtiennent facilement pour « leur rémunération. »
(3) Lasbuas.
« P ieeux nous ont esté imposés selon le plaisir des nations . Et icelle
« maladie a este contagieuse principalement en conjonction de femme vilaine et sale ou au contraire d’homme sale et femme exerçant le O déduit de dame Vénus ; et a este sa naissance principalement es parties fi secrètes de l’homme et de la femme et a commencé toujours avec
«petites pustules...., dures à l’environ . (Feuillet 132) ; « Et ne
« fust jamais vu de maladie pareille à icelle , combien que Cor- « oelius Celsus ait parlé d’une maladie assez semblable au chapitre
« De mm morbi ekphmtiæ, qui est une espèce de ladrerie . a)
(^lême feuillet, verso) : « Et pour dire la vérité de cette maladie, les « remèdes des anciens médecins n’ont point été trouvés utiles à la « dicte maladie. Mais les modernes ont trouvé de diverses manières de « médecines pour secourir à icelle, tellement que les vieilles et les save-
g tiers en sont pour le temps présent ouvriers et maistres .
,« Et en ai guéri aucuns au commencement avec onction simple, for- « tiflée avec un petit de mercure en oignant les bras jusqu’aux couldes, « et les jambes depuis les genouils en bas jusqu’aux chevilles.... » Jeande Vigo avait très bien observé. Je n’insiste pas et je renvoie le lecteur à la Colkction choisie des anciem syphiliographes. Jeaw de Vigo. le mal /ranpais. Traduction et commentaires, par Alf, Fournier, 1872, Bibl. Nat.f Te 23, 401. Ce charmant petit livre n’est pas encore à la bibliothèque de l’Ecole de médecine !
A côté de la description magistrale de Jean de Vigo, il n’y a guère que des compilations jusqu’à l’apparition du Gaïae.
Le traité de VVendelin Hock, de Brackenau, docteur de l’école de Bologne, qu’on croit à tort avoir paru une première fois en 1502, peut être placé ici. Mentagra sive Tractatus de causis prœservativis, regimine et cura morbi Gallici, vulgo Malefrançosz : ingenio, peritia, et experientiis artium medicinædoctorisstudiiBononiensisapprobatissimi Wendelini Hock de Brackenau exaetissimis diligentia et studio comportatus. Quem subsequitur tractatus ejusdem utilissimus de curandis ulceribus hune morbum ut in plurimum eonsequentibus. Rara et invisa leetor non posthabeâs auro preciosiora. Cum gratia et privilégié imperiali ad triennum (1). A la fin : Jeanne Schotto pressore Argentine, 1514, le 24
(1) Le privilège est daté de Strasbourg (Argeaünæ), 8 février 1814.
de mars. In4 de 53 feuillets. Bibl. Nat. Td 43, 9. Réserve. — Lugduni B. Trot, 1529 et 1531, in-8, caract. goth. Bibl. nat., Td 43, 9, A et B* — Dans le recueil de Luisinus, qui n’a pas reproduit le titre, 1566
La dédicace, à très illustre prince Ulrich du duché de Wirtemberg, né en 1487, est datée de Strasbourg (Argentoraci), le 14 mars 1514.
La première partie de ce livre contient nombre de passages copiés dans Pierre Pinctor. Gruner (ouv. cit., p. 218, note) ajoute : Gaspard Torrella, Conrad Schillig et Jean Alemenar, dont il s’est bien gardé de citer les ouvrages. L’auteur se borne à substituer le mot Mentagra au mot Aluhumata adopté par Pierre Pinctor.
On lit au feuillet 8 ces quelques lignes, que je retiens en passant;
« Valentini, Catalan! post longam librorum indigationem ipsum mor- « bum S. Sementi vocarunt. Ut in 12 lib. edito à magistro Francisco « scriptum invenerunt similem morbum alias orbem invasisse. Sed isto « non parum à veritate déviant. Nam hic morbus de quo supm fit mentio « in regno Franciæ et usitatus et antiquitatus est. Nam sicut lepra à c< sancto Lazaro vulgus eum morbum sancti Lazari vocat ; hoc eodem « modo Gain malum mortuum morbum sancti Sementi appellant (1) : eo « quod ejus auxilio implorato quam plurimi curantur et præsertim si ad « ejus corpus perveniunt pedes ambulando et eleemosynam quærendo. « Hujus sancti corpus in Britannia existit in maxima veneratione. » C’est saint Méen de Bretagne, chef-lieu du canton de l’arrondissement deMontfort (llle-et-Vilaine). Le corps du saint a disparu. L’abbaye est affectée à un petit séminaire. Le tombeau de saint Méen dans l’église actuelle a été reconstruit. Une fontaine, située à deux kilomètres de l’abbaye, est aujourd’hui le lieu de pèlerinage. Là, comme partout, les choses ont un peu changé. Le pouvoir miraculeux du saint est passé insensiblement à l’eau de la fontaine voisine. La prière seule n’a jamais suffi. Il faut maintenant aux esprits grossiers un acte matériel, une lotion, un bain. Mieux vaut alors une eau minérale appropriée et prescrite avec intelligence 1
La très courte dissertation de MarinusBROCARDüS, Venise, 1516, Trac-
(1) Déjà dans Gaspard Tor relia.
tatus de morbo Gallico (1), me paraît être une compilation du même genre, qui s’en tient aux idées anciennes. Maladie nouvelle qui a paru lors de l’invasion des Français en Italie. Elle n’a pas encore de nom. Hec ad hoc aliquod nomen certum ei impositum videbatur. Il invoque pour cause de cette maladie épidémique la grande inondation de Nicolas Léonicène, la conjonction des astres, bien qu’on la prît plus facilement par le coït, ajoute-t-il, sans comprendre toutefois comment.
Il en est de même des deux traités de Pierre Maynard, de Vérone, qui auraient paru vers 1517. Recueil de Luisinus, 1566, p. 336. Astruc, ouv. cit., p. 620. — De morbo Gallico tractatus duo. I. Description; II. Traitement. — Influence sidérale. Lèpre qui se montre surtout aux organes génitaux de l’homme et de la femme. Il s’était avisé de prédire que la maladie finirait en 1581, contrarüsastroruminfluentiis.
Practica nova in medicina. Aggregatoris Lugdunensis domini Simphoriani Champerii de omnibus morborum generibus ex traditionibus græcorum, latinorum, arabum, pœnorum, ac recentium auctorum, aurei libri quinque. Item ejusdem aggregatoris liber unus de omnibus fe~ brium generibus. A la fin : Impressum Lugduni per honestum virum Johannem Marion, anno Domini 1517, die 19 martii, in-8 de 152 feuillets. Caract. goth. {Bibl. iVaL, Td 30, 5, A. Réserve). La Bibliothèque Nationale tient aussi en réserve (Td 30,4) un autre exemplaire du même temps, aussi en caractères gothiques, mais d’une impression plus soignée (l’image du frontispice est différente). S. 1. n. d., in-8 de 149 feuillets. S’il est antérieur, ce n’est pas de beaucoup, car le livre est dédié aux conseillers et médecins de Sa Majesté Royale (François I“). Dans le premier chapitre du livre premier, f. 5, verso, Symphorien Champier nomme Alexandre Renedictus mort en 1513, et il ajoute, quelques lignes après: pour ne parler que des vivants, sed nolo blandiri viventibus.
Cet ouvrage a donc été publié en 1517. Haller a dit avec raison que c’est une compilation sans aucun choix, compilatio nullo cum selectu. Et le chapitre 12 du livre II, qui seul doit nous occuper ici, le prouve bien. De lychen seu mentagra seu pudetidagj'a quam nostri
(t) Recueil de Luisinus, 1S66, t. U, p. 9. — Astruc, ouv. cit., p. 623.
NeapolitanuM mordmn veeïïn^, îtaïi vero Gallieurn (fètiilletSâ). Ce charpitre est placé enfre le onzième «: de catliarro seu distillatione corizaef broneho »', et le treizième : « de oculorum morbis caratiouibusque eorum », ce qui est a^sez singulier. Il a emprunté l’ historique de la maladie à Pierre Pinctor, Il reproduit ensuite intégralement le passage que j’ai cité plus haut, de son ami Alexandre Benedictus (verso du feuillet 32) ; « Pénis enim cutis. . . in tantum profitentes. » Il a ajouté enim et changé ad nos ex ocddente en ad nos ex oriente. Est-ce parce qu’il avait fait, comme Pierre Pinctor, cette citation de Pline, livre XXVP ;
« Tiberii primum Cæsaris, principatu hic morbus in Italiam. ifrepsit,
<a contagione ejus per quendam Persinum, equitem romanum, quæsto- « riumscribam, ex Asia importata. » S. Charapier en est encore à donner comme cause à la maladie la grande inondation dont PomponiUe Lœtus a laissé le souvenir dans des vers, célèbres'. Cette^ peste s’est élevée quand les Français ont envahi l’Italie.
Il' u’aimit pas non plus- tenu compte de ce fragment si curieux da livre de J. -Baptiste Fiilgose (1), traduit de l’Italien par Camille Gelini, De dietis fàctisqué memorabilibus latinè factis a Camilto Gelino. Mediolant, 1509 (livre r, cbap. 4). « Deprodigioin Caroli VIII ad ventura in Ita^ r liam. ...... Bienno quoque, antequam Carolus (1492) veniret, nova
« ægritüdo inter mortales détecta, cui nec nomen, n en remedia rnedici- « ex' veterum auctorum disciplina inveniebant, varié, ut regiones erant, «r appellata, IiiGallia Neapoli tanum dixerunt morbum, ut in Italia Gallicum « appellabant. Alii autem aliter, nonnullique Job sancti ægritudinerû’esse
dîcebant. Gujus vis graviter artuum junetiiras-torquebat, quibusdam to-' <c tum corpuu uibere corripiebat, quosdam autem, quod in ea maximè (O mirum fuit , erat, quod contagionis vires- in- coit'u solo exercebat, à ge-- « nttalibuBque'membris primordia sumebat. Id quoque- in ea non levé - « visum est, quod qui ei curândæ operam^ dâbant, nisi deligentèr sibi «pvitæ modestia cavissent, posteaquam- morbum evasisse videbantur, tan- <f quam id ab initie pullularet, in id recidèbant. In senibus quidera ea «r- ægritüdo inGurâbiiis apparuit. (juæ pestis (ita enim visa est) primo ex
(1) Dac de Gênes de 1478 à 1483, avait composé, on ne sait pas exactement à quelle époque,, en France où il s’était retiré, ce livre- adressé à son fils, et qui était une sorte dé continuation à' l’ouvrage de Valèro Maxime.
e Hispaiiia in ftaliam allata., adHispanos e\ Ætbiopia, brevi totrnn terra- <t ca®, orbem comprebendit. y>.
Gruner (OMW. cit., p. 38) a fait beaucoup de bruit à, la fin du siècle dernier (1) avec cette autre citation de Stepbanus lafessura, qui se trouve dpng Diarium wbis Homæy in Eccardi corp- Mst. med. œvi, t. ll, p. 2012 : « Pestis invaserit urbem mortuique sunt quamplurimi ex pfôte ff et contagione dictorum Maranoruni. » Les Marannes. étaient les Juife ebassés d’Espagne en 1492 et que, le; pape Alexandre VI avait laissés venir: à Rome avant 1493. Etait-ce. la peste on l’autre maladie contargieuge? La maladie qui fit explosion tout à coup et qu’on appela le mal français, venait-elle de l’Orient (berceau de. l’bumanité) par l’Etbiopie, c’est-à-dire l’Afrique? Pourquoi ne pas admettre la. voie directe par l’Europe et par d’autres que par les Juifs. Dans tous les. cas,, personne; n’a encore; songé à: la provenance' américaine !
Nicolai Poll, medicinœ, professorisy et sacrœ Cesareæ Majestatis pTipsici, de cura morU Galliei per lignum Guayacum libellus. Tel est le titre du livre qui fut publié dans le recueil de Venise,, 1535. La dédi- (^ce.c Ad,rev.. et illustr..principem D. Mattbæum Langum S.R.E.Cardinalem Gurcensem, metropolitanum: ecclesiæ Salisburgensis coadjutorem dignissimum », est datée du 19. décembre 1517., ce qui reporte, la première édition au commencement de l’année 4518., Cet ouvrage est aussi dans la collection, de Bâle, 15,36„eî.de Lyon, môme année 15.36, et dans le recueil de Luisinus, 1566,. p. 210. Il y est dit que le mal français contre lequel tous les médicaments ont écboué jusqu’à, présent, est guéri comme par miracle par. le bois, de, Gayac, quorum pQsteà omnium per Güayaeum lignum curatio quasi pro miraculo ab. omnibus habita fuit. Cette médication avait été instituée par les médecins espagnols. Ipsos tamen ïlj,spanos,,,undè m.edicim..hcec primùm perfecta. est, imitatus. Nicolas Poil était allemand et exerçait en, Allemagne.
hucubratiuncula de morbo gallico et cura ejus noviter reperta cum ligno indtco Leonardi Schmaus medicinœ professoris. Augustæ, Vihdeiicorum (Augâ)Ourg), 17 déc. 1518. In-4® de 6 fèuillets, caract. gotb. {Bibl. Nat. Te 23, 4. Réserve.) Dans le recueil de Luisinus, 1566, p. 331,
(1) Gruner, Morbi galliei origines maranicm, 1793.
avec Ce titre « De morbo gallico tractatus ». C’est l’apparition du Gavac le saint bois. La préface au lecteur est datée « ex Salisburga secundo novembris anno 1518, » et la dédicace, a ex edibus meis, Salisburga secundo novembris. »
Dans le chapitre I“, De natura morbi galUci, très court, l’auteur dit que ce mal doit être placé parmi les affections épidémiques, comme l’a pensé le savant Nicolas Léonicène, hanc luem nunquam ah antiquis visam, etc. Mais ici une idée nouvelle apparaît : hune morbum durasse semper, quià vero œtas nostra non sensit à nobis ignotum, quippe compertum estjam omnibus, occidentales Indos per plurimos annos hoc morbo graviter laborasse, medicinamque semper usi sunt contra hune morbum, nostris mercantibus jam indicasse.
Malgré cela, Léonard Schmaus ne songe pas à établir la provenance américaine. Il s’en tient aux idées générales de Nicolos Léonicène « hune morbum ex aeris intempérie calida et humida ortum anno 1494, quo fuit omnium totius Europæ aquarum inaudita inundatio. Presque tout le petit traité est consacré à la description du Gayac, à ses divers modes d’administration
L. Schmaus nous apprend aussi qu’il avait rassemblé dix-neuf instructions ou relations envoyées de l’Amérique et du Portugal à divers princes d’Allemagne et à des grands hommes, où il avait largement pêché.
Decem novem doctrinas et relationes ex India et Portugallia ad diverses Gemnanæ principes et viros primarios transmissas accumulasset, ex quibus naturam, proprietatem, qualitatem, usum et operationem plané piscatus est. Je ne crois pas que le célèbre Astruc ait eu raison de comprendre dans ces documents l’ouvrage de Nicolas Poil. Astruc (ouv. cit., p. 626.)
ülrichi de Hutten eq. (i) de Guaiaci medicina et morbo gallico liber unus. Ce titre est au haut d’une page qui est remplie par les armes gravées d’Albert de Brandebourg, cardinal au titre de saint Chrisogone, archevêque de Mayence et de Magdebourg, électeur, primat d’Allemagne, archichancelier du saint Empire romain, etc., auquel le livre est dédié.
(1) Comme Grünpeck, le chevalier Ulrich d e Huttea avait eu la vérole. Il croyait avoir été guéri par le bois de Gaïae.
In4<’ de 45 feuillets. liij. Caractères gothiques. Btbl. Mazarine, n® 15444. Au feuillet 44 : Moguntiæ in ædibus Joannis Seheffer, mense aprili, interregni vero quarto, M. D. XIX. Cuin privilégie Cæsareo sexennii (pour six ans). Au verso du quarante-cinquième et dernier feuillet se voit le portrait à’Ulrichus de üutlen eq. gerrn., qui souvent est enlevé avec la moitié de la table (Exempl. à la Bibl. Mazarine, n“ 15459).
Le sous-titre « Ulrichi de Hutten eq. ger. de admiranda guaiaci medicina et morbi Gallici curatione ad principem Albertum cardinalem et archiepiscopum, liber unus » a été up peu déformé par Aloysius Luisinus. Recueil 1566^ p. 239. Cette faute a été adoptée par Astruc et ceux qui l’ont suivi.
La Bibliothèque nationale (Te 23, 5. Réserve) possède deux exem- , plaires d’une édition de 1519, probablement imprimée à Paris, car on lit à la fin : Ex typis Pétri Vidoue- Le titre de la première page est le même : Ulrichi de Hutten eq. de guaiaci medicinaet morbo Gallico liber unus. Au-dessous, la marque du libraire : A l’écu de Bâle, Sub scuto Basiliensi. L’un de ces deux exemplaires présente une faute d’impression dans le titre de la dédicace au verso fin premier feuillet : Ruaiaci au lieu de Guaiaci. La Bibliothèque Mazarine, n" 15437, a aussi une édition de 1519, ex typis Pétri Yidoue. Les trois ont, au dernier feuillet, une seconde image à l’éçu de Bâle, qui senible la marque de CoNRAT. Resch. Des lettres illustrées se voient au commencement des chapitres. Au chap. 27, il y a un L renversé, à la place d’un I.
L’édition revue et corrigée par Béranger de Carpi est de Bologne 1521 (1). Même titre, dans un frontispice très orné. En haut les armoiries du pape avec l’inscription LEO. P. X. En bas, une image représentant une dissection. De chaque côté, sur les colonnes, les initiales d’Hi,eronymus de Benedictis. Les armes gravées au bas des colonnes oe sont pas celles du prince Albert, comme le croit le docteur Potton {ouv. cit., p. xvi). C’est le même frontispice (2) qui encadre le titre du gros ouvrage de Béranger de Corpi, imprimé par Jérôme de Benedictis pridie iionas rnarûiimi, Carpi commentaria cum amplissimis additionibus super
(1) Le docteur Potton (Le livre du chevalier allemand Ulrich de Hutteii,..,. Lyon, 1865) dit à tort 1524. Avant-propos, p. xvi.
(2) Celui des isagogee brèves de Béranger de Carpi, 1523, in-4* de 8,0 fepillets. Bibl. de VÉC. de méd., n» 5337, est presque pareil.
anatomia Mundini unà cum textu ejusdem in pristinum et verum nitorem redacta. In-4°, de cccccxxviii feuillets. {Bibl. de l’École denté-’ decine, n® 5545.) C’est presque en même temps que parut, le 4 avril l’édition d’Ulrich de Hutten, procurante Carpo, in-4“ de xxxix feuillets! {Bibl. de l’École de médecine, n“ 6223.) — {Bibl. Nat. Te 23, 5, A.)
On lit au verso du dernier feuillet : « C vrpüs lectori . Habes, candide a lector, tractatuin aureum de ligni guaiaci in luem gallicam administra- « tione, auctore Ulricho germano de Hutten équité, opus profectô omni oc barbarie mundum, sed stylo Celsi et Plinii enatuni ; Hic enim libelus. « aliquibus (sicut fortè neque aliquis alter) non caret mendis quas quioc libet doctus agnoscet emendabitque, indocti enim curvura a recto non c( secernunt. Vale. »
Qu’il me soit permis de dire en passant, que le célébré Aslruc |oiv. cit.., p. 649), et bien d’autres avec lui, ont eu tort de mettre Béranger de Garpi au nombre des auteurs qui écrivirent sur les maladies vénériennes. On sait qu’il a fait sa fortune en les traitant. Mais je ne connais de lui que cette phrase au chapitre de Amygdalis, dans VIsagoge in anafomîam. humani corporis, Venise, 1524 : « Passiones omnium modorum pati, et nune in Certo morbo epidemioso, qui à vulgaribus morbus galUcus: nominatur, âpostemari, indurari, ulcerari, »
- Le docteur Potton {ouv. cit., p. xvm). indique une traduciiea allemande par le très savant Thomas Murner, docteur en théologie et en droit (Strasbourg, 4549), et dit que c’est une rareté bibliographique. Elle: serait intitulée : « Livre du chevalier ülrie de Hutten sur le remède' miraculeux appelé le bois. Gayacum, et sur la manière de guérir le mal vénérien. »- Je me borne à faire remarquer que le mot vénérien n’étant encore connu, il fallait traduire mal français.
Qmiacum (4). L’expérience et approbation Ulrich de Huttèm (sic)>. notable chevalier, touchant la médecine du Boys dict Guajacum..Pour cücumvenir et déehasser la maladie indeuement appelée: française- Aincoys par gens de meilleur jugement est dicte et appelée la maladie de: Naples ■ traduite et interprétée per maistre Jehan Chérâdame Hypocrates estudyant en la faculté et art de médecine. X. C. in 4° caractères- gothiques {Bibl. de l’Ec. de méd., n® 6306).
(1) Ce mot, placé au-dessus du litre, n’a pas été conservé par le D' Potion qui a accepté le dire de Panzer. . -
Aü-dessoüs du titre est uiie imagé représentant Jnb couvert de pustules, etc. L’exemplaire décrit d’après Panzer (Annales typographiques, XI, 493) par le docteur Potton, avait les armes de France (1). A la fin :
«. Cy finist le livre de Ulrich de Huten, de la maladie de Naples, tradüictet interprétée par, etc... professeur et exposéur de trois langues, c’est assavoir, hébrieu, grec et latin, et du remède d’elle fait par Guajacum, nouvellement imprimé à Paris, par Jean. Treppei-el libraire et marchand demeurant en la rue Neuve-Notre-Danïe à l’enseigne de l’E^eu de France, s S. d. (probablement 1522).
Au feuillet 84, en face de la fin est une petite image composée d’un écusson, â moi inconnu, avec cette inscription : Cor coistritûm: et hdmi- LUTiM DEUs NON DisptciES, psalmo 50. — Autre édition de Paris pârPhiL Lenoir.— Autre aussi s. d. On le vend à Lyon, dans la maison de Claude Nourry dict le prince, auprès de Notre-Dame de Confort (Brunet).
Une traduction anglaise vint plus tard. Le D’’ Potton, p. xix, la met en 1536. Londres, chez Thom. Bertheletti, avec ce titre ; <( Traité du bois de Guayacum, qui guérit le mal vénérien, etc., d’après les antiquités typographiques d’Herbert, 428. Il y a là plusieurs erreurs, 1536, et surtout la transformation de tke frenehe poekes en mal vénérien. Il aurait été plus simple de copier : Of the wood, called Guayaeum, that bealeth the frenehe Poekes, and also helpeth the goût, etc., translated by Thomas Paynel. Londres, Th. Bertheîot, 1540, in-l®, caractères gothiques. Ev Boecking, professeur à lUniversitédeBonn {Index bïbliogr. Huttenii, Leipzig, 1858, p.. 425), la met aussi en 1540.
Je reviens aux éditions latines de Mayence. Celle de 1523 ou 1524, in-4“, mentionnée par le D” Potton, p. xvii, comme une copie de l’original, m’est inconnue, bien qu’elle soft citée daiis toutes les bibliographies.
L’édition de Mayence, 1531 {Bibl. Nat. Te 23,5, B),in-16de 126 pages. Caractères italiques. Le docteur Potton, qui s’est fié à la description de Panzer, dit à tort qu’elle a «le même frontispice, auquel seulement sont ajoutées les armes de Schaeffer », p. xvu. On n’y voit plus l’écusson dm cardinal Albert de Brandebourg. La marque gravée ici e^t celle de l’édi leur J. Schæffer, qu’on retrouve à la fin du volume,
(1) La marque du libraire.
Panzer et, par suite, M. le docteur Potton, n’oiit pas parlé des éditions latines de Paris.
Je suis obligé de m’étendre plus que je n’aurais voulu sur cette bibliographie de l’œuvre de Hutten, les trop nombreuses erreurs de l’avantpropos du beau livre de M. le docteur Potton en sont la cause. « Outre les quatre éditions indiquées, décrites par Panzer, on en compte, dit-il p, XVII, une cinquième dans le recueil Aphrodisiacus sive de lue vena~ rea de Boerhaave. Lugduni Batavorum, 1728. Il aurait dû citer les recueils de Luisinus, Venise, 1566 et 1599, reproduits à Leyde en 1728 (1), et faire remarquer surtout le changement fait au titre (2) : « De morbi gallici curatione per administrationem ligni guaiaci Ulrichi de Utten (3), equitis Germani liber unus » au lieu de Ulrichi de Hutten eq. de Guaiaci medicina et morbo gallico, liber unus. Il se trompe encore à propos du recueil de T.-Ch. Grüner « qui renferme, dit-il, les travaux publiés par Luisinus et divers mémoires de littérature médicale ». Le livre de Grüner contient justement les ouvrages de Lue venerea qui ne se trouvent pas dans Luisinus et les passages des auteurs anciens (première partie) qui se rapporteraient à cette maladie. Pour Hutten, dit-il, il n’y à, p. 130, que quelques fragments de lettres. On dirait qu’il ne l’a pas lu.
Les œuvres complètes du célèbre polémiste réformateur ont été publiés par E.-J. Hermann Munch, professeur à l’école publique d’AaraU. 5 vol. in 8“, Berlin, 1823, et par Ed. Bôcking, Leipzick, 1861-1865.
La traduction du D'" Potton, accompagnée de notes nombreuses, est de 1865. Lyon, chez Louis Perrin. Livre du chevalier ülric de Hutten sur là maladie française et sur les propriétés du bois de Gayac. Gr. in-8".
« En 1593, commença cette maladie pestilentielle, non pas en France mais dans le royaume de Naples. Néanmoins, suivant l’usage, Hutten a gardé la dénomination de mal français. Ce mal s’est répandu avec une rapidité épouvantable. Aujourd’hui, il s’est modifié. Aucun sujet, à cette heure, n’est attaqué s’il ne s’est exposé directement à la contagion. C’est dans lès rapprochements sexuels presque toujours que le mal prend naissance . La luxure, le libertinage y prédisposent. » (Ch. PL)
« Que de disputes stériles sur les causes du mal ! (Ch. H.)
(!) Dans les éditions de Luisinus, p. 239 à 267; de Boerhaave, colonnes 275 4 310.
(2) Malheureusement conservé par beaucoup d’auteurs.
(3) Boerhaave a rétabli Hutten.
a Les symptômes primitifs ont écliappé. Cependant, chez les femmes, on voit de petits ulcères durs et calleux circonscrits aux parties génitales, d’autant plus dangereux que leur existence n’est pas soupçonnée. » (Ch. III.)
« Qu’on juge des souffrances que j’ai endurées, moi, qui dans l’espace de neuf ans n’ai pas craint de me soumettre onze fois à une médication semblable (mercurielle). Le traitement par les frictions était le pire de tous et appliqué à tout le monde indistinctement. » (Ch. IV.)
Le chapitre V contient les remèdes contre la salivation et les autres accidents causés par les frictions.
Le chapitre YI et les suivants renferment l’histoire du Gayac et ses vertus spécifiques. Le remède nouveau vient d’une île espagnole nouvellement découverte . dont tous les habitants ont quelquefois le mal
français comme nous la variole : Ipsius insulæ omîtes morbo gallico aliquando laborant accolæ quemadmodum variolis nos. Ils ne se servent pas d’autre remède. Et un peu après : Nobilis quidam hispanus, cum quœstor in provincia ac morbo ipso graviter affligeretur, monsr trata ab indigenis medicina, usum ejus in Hispanias attulit.
Ce noble Espagnol dont Ulrich de Hutten ne dit pas le nom, n’est-ce pas Gonsalve Ferdinand d’Oviédo y Valdes (1), qui avait été en Amérique en 1513, chercher la guérison de ses maux àHispaniola, en exploitant les mines dont le roi Ferdinand l’avait nommé'directeur.
C'est là l’origine de ce qu’on appelle la provenance américaine du mal nouveau, opinion qui devait être plus tard généralement adoptée, mais que le docteur Potton dit à tort (page 43, note) avoir été déjà soutenue par Jean de Vigo !
Les premiers écrits de Gonzalo Hernandez de Oviédo y Valdes sont de 1525. Sommario de la Historia general y natural de las Indias occidentales. Tolède. Les deux chapitres traduits par un savant médecin pour le recueil de Luisinus sont tirés de l’ouvrage publié en 1535. La Historia general y natural de las Indias occidentales avec ce titre peu régulier :« Consalvi Ferrandi Owietensis de Guaiacano ligne Tractatus (2)
(1) Et non pas Jean Gonzales d’Oviedo, comme l’a écrit le D' Potton avec quelques autres.
(2) A la table, il y a Caput, au lieu de Tractatus.
unus. De ligne sancto Tractatus alter. » (Ouv. cit., p. 308 et 309.) L’un est tiré du livre X, première section, ch. II ; l’autre du livre XVI, ch. x\ii On y lit la fameuse phrase : Quemadmodum enim morbus is qui dicitm de las huas est omnibus his regionibus communis.
De ce que cette maladie appelée las huas était très commune dans ces régions, avait-on le droit de conclure qu’elle a été apportée en Espagne par les compagnons de Christophe Colomb, que les soldats espagnols à la suite de Gonzalve de Cordoue, l’ont transmise aux femmes de Naples, qui auraient infecté l’armée française. Pourquoi les marins de Christophe Colomb, au premier ou au deuxième voyage, n’auraient-ils pas tout aussi bien infecté, les premiers, les femmes d’Hispaniola, et porté en Amérique la vérole, qui aurait été en pleine activité au temps d’Oviédo? Ce n’est pas le Gayae qui l’aurait empêchée de se propager.
Les lettres médicales de Jean Man.xrd, de Ferrare, publiées en vingt livres, à Bâle, in-fol., i^3o {Bibl. deVEc. de m.,n° 147), et 1S40 {Bibl, Nat., Td 34,7)5— à Lyon, lS49,in-8° {Bibl. Nat.,Tà 3 4, 8. Bibl. de VEc. de m., n" 33342); — à Venise, 1537, in-So {Bibl. Nat,, Td 34, 8, A); — â Paris, 1611, in-fol. Curia médicina... (Bibl. Nat, Td 34,9. Bibl. de l' Ee.de m., n° 148)^ ont pai^u d’abord^ les douze premiers, par groupe de six.
Les livres I à VI, dont la première édition remonterait à 1321, furent de nouveau imprimés à Strasbourg, Argéntorati, apud Joannem Scottum, 1329, in^“ de 1^9 feuillets sans compter la préface et les tables {Bibl. Nat., Td 34,3), avec Ce titre : Médicinales epistolœ Jo. Manardi medici Ferrarien. doctiss. reeentiorum errata et antiquorum décréta pe-nitissime reserantes.
Hubert Barlandj médecin hollandais, retiré alors à Strasbourg, dans une préface datée du 13 Mal. mar. 1329 et adressée aux étudiants de Louvain, ad mediéincé apud Lovaniences studiosamjuventutem, dit que ces lettres de Jean Manard lui ont été communiquées, à Bâle, par le grand Erasme. Il en donne pour eux, ad vos pro strena mittere, une nouvelle édition {Ex hisceœditis rursuni epistolis... hanc nostram cum veteri editione conferre).
Les six autres livres, de VII à XII, publiés d’abord en Italie, probablement en 1326 (ils sont précédés de la dédicace de J ; Manard « Alphou-
sino Trotto Sigismundi filio datée Ex ædibus rwstris, 15 bal. jan. 15“2ô), ont été reproduits à Lyon chez S. Gryphe, en 1532, par François Rabelais, avec ce titre ; Jo. Manardi Ferrariensis medici epistolarum medicinalium Toinus secundus, nunquam antea in Gallia excusas, in-8® {BM. Nat., Td 34,6).
Rabelais dit dans sa dédicace à André Tiraqueau : Ejusgue epistolas prioresitaprobatas, ae si essent Pæone aut Æseulapio ipso dictante accepta.
La deuxième lettre du livre VII, ad Michaëlem Samtannam chirurgnm, de nominibus morborum exterioribus corporis partibus evenentium, est datée de Ferrare, 16 kal. nov. 1525. {Rabelais a mis, à toi’t je crois, medicum au lieu de chirurgicum, et 1530 au lieu de 1525.)
Le très petit fragment de cette lettre qui a trait au nom du mal français et à sa nature est si remarquable, qu’il mériterait d’être cité tout entier. GalUcum morbum vocatitalia, Hispanicum Gallia, Hispanam scabiem Germania. Contrahitur morbas hic pessimusraro aliter quant per contagium, nec quarumcunque partium, sed fere obeœnarum : ut non incongrue nonnulli, Romanorum nomenclaturam in mentagra sequuti, Pudendagram vocarint. Et quand il réfute l’opinion de son ancien maître Nicolas Léonicène, ce qui le fit injustement et maladroitement taxer d’ingratitude, en prouvant que ce n’est pas une maladie épidémique et qu’elle ne provient pas de l’humidité ou de la sécheresse de l’air, mais de la contagion : Sed dixerit forte quispiam : si hic morbas non nisi per concubitus contagium generatur, quo pacto primum novus cœpit ŸVidentur enim duo hœc invicem repugnare, quod scilicet novus sit, et quod per solum contagium innascatur. Si enim novus est cœpit primo, nec prias erat a quo posset per contagium derimri. Si per contagium cœpit, non potest novus esse, quia necessario in eo fuit a quo est per contagium derivatus. Dupliciter hic possumus respondere, juxta duplicem historiam de ejus origine. Sunt enim qui dicant novum esse non simpliciter, sed ex insula quadam antiquis incognitam ubi frequentissimus est (en marge, il y a : Huttenus lib. de Guaiaeo), in hanc quam nos incolimus habitabilis terrœ portionem, per Hispanos qui illuc navigarunt importatum, principio apparaisse. AUi sunt, et hœc est antiquior scententia et majoribus fulta testmoniis,qui cœpisse hune mot'bum per id tempus dicant.
quo Carolus Franeorum rex expeditionem italicam parabat : cœpisse autem (en marge : Gallici morbi ortus) in Valentia Hispania Tarraconensis insigni civitate a nobili quodam scorto, cuju? noctem elephantiasus quidam ex equestri ordine miles, quinquaginta aureis emii • et cum ad mulieris concubitum frequens juventiis accurreret, intra paucos dies supra quadragintos infectas : e quorum numéro nonnulli Carolum Italiam petentem sequuli, præleralia quæ adhuc vîgent importata mala, et hoc addiderunt, inter minima deputandum. Qua historia si vera sit, ut ego non invitus credo, novus simul erit, et per contagium ortus, non alterius hominis eodem affectif sed elephantiasi quæ in hune quasi degeneraverit et de suo gradu in proximum deciderit. Il parlera ailleurs du traitement, de ligno Indico.
Ainsi, entre les deux opinions Qiistorias), Jean Manard n’a pas choisi la provenance américaine, comme pourraient le faire croire les citations insuffisantes du célèbre Astruc (ouv. cit.,p. 632)!
Il faut noter encore que J. Manard emploie souvent le mot lues ; hane hem, muliere ea lue infecta, fere enim a genitalibus incipit lues et in os desinit.
Elmodo de adoperare el legno de India occidentale. Salutifero remédia a ogni piaga et mal incurabile (1) . Au-dessous de ce titre, dans le coin gauche d’une grande image à allure mystique, on lit : Franciscus Delicado composait in aima urbe anno 4525.
Le privilège, donné pour dix ans par Clément VII, est daté du 4 décembre 1526, in-4“ de huit feuillets non numérotés. Caract. goth. Bibl. Mazarine, n° 15459 (2).
Ce curieux petit traité, publié (ainsi que l’annonce le frontispice gravé, trop long à décrire) sous l’invocation de la vierge Marie, de saint Jacques Majeur et de sainte Marthe (3), commence par une lettre en latin adressée à trois célèbres professeurs delà Faculté de médecine: « Ad excellentissi-
(1) Brunet [Manuel du Lib.) ajoute entre parenthèses : « Et si guarisca el mal franccsco » ; ce qui se trouve ailleurs.
(2) Ce précieux volume contient : les traités dë Joseph Grünpeck (lel®'), de Jean Widman dit Meichinger, de Gaspard Torrella (2® éd. du l*® traité), de Léonard Schmaus, d’Ulrich de Hutten.
(3) Qui lient en laisse la Tarasque au Lord du fleuve Rhodanus (Astruc, ouvcit., p. 642).
mos medicæfacuUatis prof essores D. J. B. Papiensem, D. Dominicum Senno ac D. Jul. Martianum Rota, Francisci Delicali epistola. »
Delicado, qui s’appelle en latin Delicati, a eu la vérole. Il lui semblerait inhumain de ne pas dire comment il a été guéri : «Nam cum per vigenti et très annos parlim atrocissimis doloribus : partim sevissimis ulceribus confectus sum;inhumanum mihi visum est... » La lettre dédicatoire est au verso du titre.
Au recto du deuxième feuillet est le sous-titre : Operina de misserpre. Francisco Delicado. Del legno sancto. François Delicado, d’origine espagnole, a écrit en italien. Il dit au bas du verso de ce deuxième feuillet que le saint bois fut distribué pouf la première fois, en 1508, dans les hôpitaux d’Espagne, et qu’il ne fut mis en usage en Italie qu’en 1517. « Comenzo a venire in uso nel anno 1508 et in Italia venne in uso nel anno 1517. » Les pièces justificatives sont en langue espagnole.
A la fin, verso du feuillet, on lit : Impressum Venetiis^ sumptibus vene. psbi. Francisci Delicati hyspaiii de opido Martos. Vicarii Yallis locidehabecuela Placentinœdioc. Régnante inclyto ac serenissimo principe domino Andrea Gritti, die X febrnari, anno Domini M. D. XXIX.
D’après le privilège, qui vient ensuite ; « Datum Romæ apud sanctum Petrum sub annulo piscatofis, die IIII decembris M. D. XXVI, pontif. nostri anno quarto », François Delgado (1), presbyter Giennen diac., avait la permission de céder ses droits à d’autres libraires que celui qu’il avait choisi. Il est donc probable qu’une première édition a été publiée à Rome en 1526, et que l’opuscule conservé à la Bibl. Mazarine est une -seconde édition. Venise, 1529.
Un ouvrage bien autrement estimable est le, suivant :
Nova penitentialis quadragesima,nec non purgatorium in morbum Gallicum sive Venereum una cum dialogo aquœ argenti et ligni gaiaci colluctantium super dicti morbi curationis prœlatura, opus fructiferum a Jacobo ABETHENCOURT Rhotomagensi medico nuper editum quæ sequentia continentur. . .
Impressum Parisiis, typis Nicolai Savetier in vico Carmelitarum, sub homine sylvestri, 1527.
(1) Brunet {Manuel), après avoir fait remarquer Delgado, laisse passer une faute d’impression Delgado.
A la fin ; Finem capit hoc prœdarnm medicinæ opm in almn Parrisiorum, academia, nunc primum formulis excusum,per venerabilem artium et medecinæ doctorem Jacobum ab Abethencourt medicum Rothomagermm assumptum ex proprio originali,manu propria prædicti âoctork. Sumptibus Nicolai Savetier calcographi invico Carmelitarum ub komine nylvestri, anno a par tu Virgineo 1527 meme octobri.
Petit in-S®, sans pagination. Biol. Nat. Te 23,7. Réserve,
Livre rarissime, qne M. le professeur Fournier seul a fait revivre. R est à regretter qu’il n’ait pas joint à ses fragments de traduction le texte latin tout entier, car il ne se trouve pas dans la collection de Luisinus, et Gruner lui-même n’avait pu se le procurer.
Cet ouvrage, imprimé à Paris, chez Nicolas Savetier, rue des Carmes, A l’Homme sauvage, porte dans le titre « a Jacobo Abethencourt Rotbomagnesi medico nuper editum ». Doit-on croire qu’il y a là une erreur typographique, et que dans le manuscrit du médecin de Rouen, il y avait Jacobo à Bethencourt, comme l’ont admis tous les àuteims depuis Astruc (ouv, cit., p, 637), et Haller {Bibl. méd. prat., I, 514) jusqu’à M. lé professeur A. Fournier (Collection choisie des anciens syphiliographes. Jacques de Bethencourt) ? Je ne le crois pas. La prétendue erreur est répétée une deuxième fois, ce qui laisse à penser, « Jacobus Abethencourt medicus lectori S. ». Puis à la fin, lorsque le libraire annonce qu’il a achevé d’imprimer ce remarquable ouvrage de médecine « in aima Parrisiôrum Academia nunc primum excusum», il met cette fois Jacobum ab Abethencourt, ce qu’il a copié sur le manuscrit original du docteur susdit, « assumptum ex proprio originali, manu propria prædicti doctoris ». Ainsi, jusqu’à ce qu’il soit prouvé que le libraire a mal lu, il me semble qu’on doit dire Jacques d’ Abethencourt.
J’ai du reste pour moi le catalogue de la Bibl. Mazarine : Abethencourt Jacobus, comme celui de la Bibl. Nat. (Te 23, 7. Réserve).
Jacques d’Abéthencourt a appelé le mal français de son vrai nom Mal vénérien (1) le nom que le chevalier Ulric de Hutten avait cherché sans pouvoir le trouver.
M. le professeur A. Fournier a eu l’honneur de tirer ce petit livre de
(i) Talis morbus omnium maxime veueveun prout inferius palebit menU àebet.
l’oublî. Je n’ai pas à faire ressortir, après lui, le sain jugement et les Justes observations de ce premier auteur français, et je renvoie le lecteur au n“ 42798 de la Bibl. de l’École de médecine.
Je me borne à rendre son nom à Jacques d’ Abéthencourt, et à faire remarquer que, dans le dialogue entre le mercure et le gaïac, se disputant ia palme po tr la guérison du mal Ténérien, il donne la préférence au premier.
Ainsi, quand apparut, en 1530, la fiction poétique de Jérôme Fra<3astor, aucun auteur n’avait parlé sérieusement de la provenance américaine du mal qui allait recevoir le nom de syphilis.
Cette supposition acceptéeet défendue par Astruc, victorieusement combattue par Sanchez, Hensler, Gruner, Jourdan, etc., appartient à Gonsalve Ferdinand d’Oviedo y Valdes (1) l’intendant qui « ne signala son fi administration que par des exactions et des violences. Voulant se jus- « tifier aux yeux de Charles-Quint, il calomnia la population indienne fi dans ses rapports {Dict. de Bouillet.)
« Les hypothèses qu’il mit en vogue sur le syphilis entrèrent sans « doute dans son plan de calomnie. Il afiirma qu’elle était originaire « d’Amérique, et qu’elle devait même y être endémique, parce que la « Providence qui met toujours le remède à côté du mal y a fait croître le « gaïac, regaidé alors comme un spécifique contre cette maladie. » {Bict. de Larousse.)
L’origine américaine ne fut véritablement adoptée qu’en 4550, par J.-B. Montanus de Vérone (Recueil de Luisinus, p. 476) qui, après avoir répété que la maladie est commune aux Indes comme la gale chez nous (Hutten avait dit la variole), ajoute: anno 1492, quidam Columbus miles una cum multis Hispanis accessit in Indias illas novas. . . . accidit tune ut multi ex illis Hispanis, dum ibi morarentur, infecti sint tali morbo, qui deinde ad suas regiones et ad nos revertentes, multos ex nostris infecere.
Aucun médecin jusque-là n*avait osé, sans autres preuves, arriver à cette conclusion : ni Laurentius Phrysius, à Bâle,- en 4532 ; ni le très illustre et savant Nicolas Massa de Venise, 4532; ni le napolitain Jean
: (1) Sommaire de Y Histoire naturelle et Igénérale des Indes occidentales, 1525,
ch. LXXVIi
Pâschalis, 1534; ni Pierre André Matthiôle, 1535 ; ni Alphonse Ferrier 1535; ni Jean Dryander, 1537 ; ni l’Espagnol Aloysius Lobera, 1542- Fracastor lui-même, 1546, qui signale la provenance Américaine non pas pour l’admettre, comme le fait croire Astruc (ouv. cit., p, 644) mais pour la combattre. (Il regardecomme impossible qu’une contagion pareille se soit faite en si peu de temps. C’est une de ces maladies qui passent et reviennent dans de certaines conditions atmosphériques favorables à leur développementl ; ni le très savant Fernel, 1548 (1).
Les autres auteurs de ce temps ont donné au prétendu mal nouveau une origine plus ancienne. Ainsi Paracelse, 1537, le fait remonter à l’année 1360. Sébastien Montuus, 1537, à l’antiquité la plus reculée, causas illud efficientes millies post , mundi initia. . . extitisse, quare simïle malum ex causis similibus, etiam superioribus œtatibus contigisse par est. Pour Micbael Angélus Blondus {De origine morbi Gallici deque ligni Indici ancipiti proprietate. Venise, 1542), les symptômes de la maladie sont décrits dans les auteurs anciens, et il ajoute : Non dicamus morbum ab Indiis transfretasse ad nos, quoniam fatuitatemproftebimur dicentes.
Dans le traité De ligna sancto non permiscendo. . . Paris, 1540, d’Antoine Lecoq (Gallus), doyen de l’ancienne faculté, le premier chapitre : Quid sit lues Hispanica, et dans la thèse quodlibétaire soutenue à Paris le 11 février 1549 : An lues hispanica methodo curetur, l’expression lues hispa7iica dit assez que, là non plus, on ne s’était pas donné la fatuité de croire à la provenance américaine.
Je donne en résumé cette nomenclature :
Lichenas, Elephantiasis (Celse), Mentagra (Pline), Alubumata (Avicenne), Asapbati (des auteurs arabes), Feu sacré. Feu de Perse, Morbus sancti Sementi (Saint Méen de Bretagne), Grosse vérole, Grand gor. — Pestilentialis Scorra, Mala de Franzos, Francigenarum Malum (J* Grunpeck,1496) ;Malum Franciæ, Morbus sancti Mævi (J. Widman, 1496); Morbus Gallicus, Morbus Neapolitanus, Brossulas (N. Léonicène, 1497); Las pestiferas Bubas (F. L. de Villalobos, 1498) ; Pudendagra (G. Torrella 1498) ; Malum Francum (dispute à Leipsik entre Simon Pistons et Martin Pollich, 1498 à 1501); Patursa (J. Almenar, 1502); Mentula-
.{!) Quoi qu’en dise Asüruc {ouv. eit., p. 751).
gra (J. Grunpeck, 1S03); Lues Gallica (Béranger de Carpi, 1521); Morbus Hispanicus en France; Scabies Hispanica en Allemagne (J. Manard de Ferrare, 1525) ; Morbus Venereus (Jacques d’Abéthencourt, 1527) ; Syphilis (H. Fracastor, 1530); Lues Hispanica (Antoine Lecoq, 1542); Lues Venerea(J. Fernel, 1548); Maladie vénérienne (Thierry de Héry, 1552).
Je me demandais si ce long travail ne manquait pas un peu d’actualité, quand parut dans les Annales de Dermatologie et deSyphiligraphie, janvier et février 1882, l’étude de M. Rollet, de la Faculté de Lyon, « Des anciens foyers de syphilis et de l’origine américaine de l’épidémie du XV® siècle ». Le savant professeur essaye, certes avec une grande habileté, mais, il faut bien le dire, sans preuves nouvelles (1), de faire revivre l’hypothèse à peu près universellement abandonnée; L’histoire ne plaide pas en sa faveur, et son principal argument, « que l’Europe seule n’aurait pas connu la syphilis avant la fin du xv® siècle », a été renversé par M. le professeur Parrot (Revue scientifique, 22 juillet 1882, p. 110, Une Maladie préhistorique). Sous ce titre, il est démontré que le mal vénérien existait « dans cette partie de l’Europe qui constitue aujourd’hui la France », comme dans l’Inde, en Chine, en Afrique, au Pérou, au Mexique et ailleurs, bien avant la découverte de Christophe Colomb.
(1) Car il n’y a pas grand secours à attendre de Rodéric Diaz, qui écrivait vers 1555 (Astruc, ouv. cit. p. 744), ni de Pierre Martyr.
(Extrait des Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie.)
Paris. — Société d’imprimerie Paul Défont, 41, rue J. -J .-Rousseau. (Q.) 245.12.82.
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extrait de la gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie
Âmiiroise Paré, d’après de nouveaux documents découverts aux Archives nationales et des papiers de famille, par le docteur Le Paulmier, avec un portrait inédit de Paré. — Paris, Charavay frères, 1885.
Voilà un bel et bon livre qu’il faut raettrè à côté des trois volumes de l’édition de Malgaigne, 1840. Tout y est clair et bien ordonné. Pas un fait important n’est avancé sans pièce ^ justificative, pas un nom prononcé sans une note précise. C’est ainsi que je comprends les éludes historiques actuelles. Tous ceux qui admirent Ambroise Paré, et ils ne sont pas rares, applaudiront longuement à l’œuvre excellente de M. Le Paulmier, qui s’est attaché surtout à la vie intime du grand chirurgien du seizième siècle.
L’heureux auteur a eu la bonne fortune de puiser dans les Archives nationales et dans celles du château de Paley (1) mises obligeamment à sa disposition. Avec ces documents et d’autres pris à différentes sources, il a pu démontrer facilement le peu de valeur des renseignements fournis par le docteur Bégin (de Metz), ce que j’avais fait déjà dans une
(1) Canton de Lorrez-Ie-Boeaje (Seine-et-Marne), à 12 ou 15 kilomètres de Nemours. C’est pourquoi le chirurgien Rose, établi dans cette dernière ville, fut appelé sur la demande de Louis, le célèbre secrétaire de l’Académie de chirurgie, à faire des recherches sur la famille d’A. Paré, recherches fort incomplètes qui sont tombées avec d’autres entre les mains du docteur E. Bégin (de Metz).
étude insérée dans la Gazette hebdomadaire {IS19,
22, 24, 26). Mon étude, un peu dédaignée par M. le'docteur LePaulmier (1), a pour titre : Ambroise Paré (1510-1590), La date de sa naissance — sa famille — sa demeure —