LES CONTREFAÇONS OU IMITATIONS
Toutes les autres publications où se trouvent les planches de Vésale sont des contrefaçons, des compilations où les éditeurs se sont plu à déformer ses œuvres sans trop chercher à dissimuler leur fraude.
Thomas Gemini. — La première contrefaçon, la plus célèbre, qui a donné lieu dans la suite à un grand nombre d’imitations, est celle de Thomas Gemini. Elle a paru en 1545, deux ans après l’apparition du Grand ouvrage d’anatomie et de l’Epitome. Compendiosa totius anatomiæ delineaiio œre exarata, per Thomam Geminum, Londini. Ce titre est au bas d’un grand frontispice assez compliqué ayant au milieu les armes d’Angleterre entourées de figures allégoriques, entre autres : Victoria, Justifia, Prudentia. A la fin du volume : Londini^ in officina Joannis Herfordie, anno Domini 1545, mense octobri, in-folio composé de 44 feuillets imprimés des deux côtés et de 40 planches, ce qui fait, avec le frontispice, 85 feuillets sans pagination.
Le texte comprend d’abord la dédicace : Serenissimo invictissimoque Angliœ, Franciæ et Hiberniæ (Irlande) Régi, Henrico octave, fidei defensori, suœque Ecclesiæ Anglicanæ simul et Hiberniæ sub Christo,capitisupremo, signée Thomas Geminus Lysensis. Cette anatomie est son œuvre, primam meam fœturam, dit-il. Cependant pour tes planches il a suivi (copié) André Vésale de Brüxelles, l’homme le plus habile en cet art à son époque ; mais s’il l’a suivi, il Ta atteint par un chemin de traverse. Secutusvero ilium sum, et plane (ni me fallit opinio) assecutus sum; sed per transver sam semitam. Ce que Vésale avait mis assez confusément dans d’énormes livres, il l’a résumé dans un volume beaucoup plus commode pour les étudiants, et quoique d’un prix incomparablement moins élevé, son ouvrage contient cependant, comme l’autre, toute l’anatomie. Le compilateur anglais a pris, en effet, un chemin très-court. D’abord le texte de l’Epitome avec les deux figures nues de l’homme et de la femme, un chapitre du Grand ouvrage sur le nombre des os, é Brevis enumeratio uniVqrsorum corporis ossium » (éd. 1543, p. 162, ch. XL, De ossium numéro, dont on a supprimé les deux premières phrases , puis 39 planches exactement copiées .sur celles du Grand ouvrage, dont il a reproduit aussi exactement les explications. Voilà le procédé du graveur
Gemini, qui se serait fait aider par Nieholas Udall (1) et d’autres, car il ne savait ni l’anatomie, ni le latin, ni même l’anglais ; sauf l’arrangement, quelques notes et la dédicace, tout a été pris dans le Grand livre d’anatomie de Yésale et son Epitome.
Les figures nues de l’homme et de la femme, réduites de 43 à un peu moins de 34 centimètres, ont subi une légère modification. Représentant pour Vésale les parties extérieures du corps, ces deux figures personnifient pour les artistes la Force et la Beauté, Hercule et Vénus. Thomas Gemini les a transformées en Adam et Eve. Pour qu’on ne pût s’y tromper, à la place de la tête que l’homme de Vésale tenait dans la main gauche, il a mis une pomme, et du crâne qui était à terre il a fait sortir un serpent.
Qu’on me permette de mentionner ici une dernière transformation de ces deux figures de l’Epitome de Vésale; on peut la voir dans l’ouvrage de François-Michel Disdier, maître ès arts en chirurgie, démonstrateur en anatomie et autres matières chirurgicales, etc., avec ce titre : Exposition exacte des tableaux anatomiques en taille douce des différentes
parties du corps humain . , 1758, encadré dans un joli
frontispice de F. Boucher. Voici d’abord le texte : « Explication de la planche première. Dans le dessein que nous avons formé de présenter au public un ouvrage qui a pour objet la connaissance des parties du corps humain, nous pensons ne pouvoir mieux le commencer qu’en exposant sous les yeux des curieux la représentation de nos premiers parents tels qu’ils étaient aussitôt après leur prévarication, car comme les différentes maladies qu’ils essuyèrent pendant le cours de leur vie, et auxquelles nous sommes nous-mêmes exposés pendant celui de la nôtre, doivent leur source funeste à cette première désobéissance aux ordres de l’Etre suprême, nous sommes, par une malheureuse suite, dans la nécessité indispensable de nous appliquer à l’étude de l’anatomie, afin de pouvoir combattre victorieusement les différentes indispositions qui nous surviennent; aussi nous croyons qu’il est à propos de commencer ce travail par l’examen des premiers auteurs qui nous y ont assujettis.
» La première figure représente Adam déplorant la perte de son innocence, tenant e’ncore dans la main gauche le reste
(1) L’auteur de Ralph Royster Doyster, la plus ancienne -comédie anglaise connue Ou suppose qu’elle a été composée en 15i0 et imprimée pom- la première fois en
de la funeste pomme que lui donna sa compagne, et ayant voilé ses parties génitales avec les feuilles de figuier.
» La seconde figure représente Eve dans l’état de confusion où la réduisit son péché, tenant s'a main droite sur le lieu que la pudeur oblige naturellement de cacher. La description des parties extérieures du corps humain devant avoir lieu dans une autre figure, nous nous sommes dispensés de la placer ici, en faisant néanmoins observer qu’on n’apercevra aucune trace de V ombilic dans ces deux sujets, parce que cette partie étant le résultat de la ligature du cordon ombilical lors de la naissance de l’enfant, nos premiers pères n’ayant point été soumis à cette opération de chirurgie, puisqu’ils ont été créés d’une autre manière que le reste des hommes, ne doivent point avoir de nombril. »
La planche est signée : Natoire invenit. Vasseur sculps. C’est l’homme et la femme de l'Epitome, déjà transformés en Adam et Eve par Gemini, qui ont servi de modèles. Ils sont de moindre dimension. Le bras de la femme, étendu comme dans le modèle, n’aurait pu rentrer dans le cadre; l’artiste a dû le placer autrement, la face dorsale de la main contre le corps; aussi est-il trop court et d’un dessin sensiblement plus mauvais que le reste. Le tout est arrangé au goût de l’époque et l’ensemble ne manque pas de grâce. Les cheveux, allongés, tombent en boucles sur les épaules. La feuille de figuier est à sa place. La pomme et le serpent comme dans Gemini. Les ombilics ont été supprimés pour se conformer à l’idée de Disdier, qui, j’ai à peine besoin de le dire, ne parle pas de Vésale.
Les 39 planches de Gemini, avec leurs explications copiées dans le Grand ouvrage d’anatomie, ne sont pas divisées en sept livres, mais elles se suivent dans le même ordre. Du livre I" (os et cartilages) on n’a conservé que les trois squelettes; on a omis maladroitement les figures de tous les os isolés, qui pouvaient si bien servir aux études, ainsi que les ongles, Los hyoïde, les cartilages du larynx et de la trachée. Les figures des autres livres ont été reproduites intégralement. Ainsi, livre II, les quatorze grandes planches de muscles, une planche démuselés isolés, une autre planche comprenant les muscles du larynx et les muscles du pénis. (Cette deuxième partie de la planche est inversée ) — Livre III, cinq planches du système vasculaire, la dernière se trouve aussi dans l’Epitome, elle est réduite, comme les autres, aux dimensions des figures du Grand ouvrage. — A partir du livre IV, les figures ont les mêmes numéros que dans Vésale. Trois planches des nerfs
i à VIII (la dernière est la planche des nerfs de l'Epitoine). — Le livre V, organes de la digestion et annexes; reins I à XXII ; la planche des organes génitaux de la femme est à part, I à IX. — Livre VI, les poumons et le cœur forment une seule planche I à XIII. — Livre VII, les planches du cerveau avec le crâne et les osselets de l’ouïe sont réparties en quatre pages 1, 2, 3, 4, mais les numéros I à XXIIII sont placés ])ar erreur sur deux rangs, ainsi que l’explique une note. Eniin, une dernière planche donne les figures de l’œil I à XIX ; on y a ajouté le cochon lié sur la planche à vivisections qui se trouve à la fin du livre VII et la table avec les instruments de dissection qui termine le premier livre.
Ces détails minutieux étaient indispensables pour bien faire connaître la compilation de Th. Gemini, dont on a fait des imitations ou des copies en Allemagne et en France.
• Les planches de Gemini, gravées sur cuivre, sont d’ailleurs très-belles, très-nettes et très-exactes, de 4 à 5 millimètres seulement moins grandes que celtes du Grand ouvrage, 33 centimèt. Aussi Vésale croit-il devoir se plaindre seulement de la réduction fâcheuse des figures de l’Epitonaej qui avaient 43 centimètres. « Comme récemment en Angleterre, où les figures de mon Epitome ont été si mat reproduites sur cuivre qu’il n’a pu venir à l’idée de personne qu’elles étaient de moi; car pour ne parler que des vaisseaux sanguins, ils ont été à ce point obscurcis qu’on ne se douterait pas du soin que j’ai mis à les faire représenter. Ajoutez qu’en Angleterre tout a été ridiculement diminué outre mesure, et l’on sait pourtant que les figures de cette sorte ne sont jamais assez grandes. Je m’étonne que ces ineptes imitateurs n’aient pas tenu compte de ce que j’avais dit dans les privilèges et les diplômes qui m’avaient été octroyés : que je préférais mettre mes planches â la disposition des typographes plutôt que de les voir reproduire si peu fidèlement..... Et l’on s’imagine que les éditions nouvelles sont d’autant meilleures qu’elles sont décorées parleurs auteurs des titres les plus pompeux. Si les dieux ne m’abandonnent pas, je promets d’employer tous les moyens possibles pour réduire à néant ces imitateurs maladroits et tous ceux qui ont l’habitude de se servir des travaux des autres parce qu’ils sont incapables de rien faire
de nouveau . » C’est ainsi que finit la lettre sur la racine
de squine, datée de Ratisbonne, ides de juin 1546. Lj frère de Vésale, François, qui fait imprimer cette lettre à Bâle répète la même chose dans sa dédicace au grand-duc it Toscane Côme de Médicis.
Quoi qu’il en soit, la création de Gemini, prise tout entière, texte et figures, dans les livres de Vésale, eut une grande vogue.
En 1552, une deuxième édition parut à Londres : c’est la traduction en anglais de la précédente par Nicholas Udall. Sur le frontispice, on a substitué le portrait d’Edouard VI aux armes d’Angleterre. Dans la troisième édition, 1559, printed at London Within the Blac Friars, by Thomas Gemini, le portrait de la reine Elisabeth a remplacé celui d’Edouard VI. Ce serait le plus ancien portrait gravé de cette reine. Il se trouve dans le IV® volume des Typographical antiquities de Dibdin, p. 538.
La première imitation de Gemini est celle de Jacques Bawman de Zurich, imprimée à Nuremberg par Jules-Paul Fabricius au mois d’août 1551, in-folio en langue allemande, caractères gothiques. L’exemplaire de la Bibliothèque nationale a quelques figures en moins.
Anatomia Deutsch. Fin hurtze Auszug, etc, (Court extrait de la description de tous les membres du corps humain tiré des livres du très-savant docteur André Vésale, de Bruxelles, premier médecin de Sa Majesté rom. imp., avec des figures et leur explication, traduit en faveur des amateurs de cet art qui ont le désir d’étudier l’inexprimable merveille de Dieu dans la nature et particulièrement pour les chirurgiens de la nation allemande). Au-dessous l’aigle noir à deux têtes d’Allemagne avec un écusson portant les armes de la ville de Nuremberg, et au bas delà page : Gedruckt zu Nürnherg bey Jul. Paul. Fabricio, menée Augusto 1551.
La dédicace au bourgmestre de la ville de Nuremberg est signée Jacob Bawman, Wundarzt (chirurgien). Le texte et les explications remplissent 78 feuillets : les parties semblables et dissemblables; le texte de l’Epitome en 6 chapitres; la description des parties extérieures de l’homme et de la femme ; le nombre des os ; l’explication des 40 planches, qui sont exactement celles de Gemini, où l’on a remplacé la légende latine par une légende allemande. Plus finement gravées peut-être, elles, sont remarquables par leur grande netteté. La planche des muscles du pénis, inversée dans Gemini, est redressée ici.
Une 2® édition du même ouvrage, publiée en 1575 avec ce titre : Anatomia, das ist Fin kurtze Mare Beschreybung, etc. (.Anatomie, ou courte, claire description du corps humain, tirée des livres du savant docteur André Vésale, de nouveau publiée en langue allemandepar Jacques Bowman, chirurgien
de Zurich), In Truck verfertiget, contenant 80 feuillets imprimés et 40 gravures tirées sur les planches précédentes, ne nous est pas connue.
Je devrais placer ici l’Anatomie de Valverde, parue en 1556, mais j’y reviendrai. Je continue les imitations de Gemini :
Analomes totius ære insculpta delineatio, cui addita est Epitome innumeris mendis repurgata, quam de corporis humani fabrica conscripsit clariss. And. Vesalius; Eique accessit partium corporis tum simpliciumtum compositarum brevis elucidatio per Jacobum Grevinum, Claromontanum, Bellovacum, medicum Paris. Lutetiæ Parisiorum apud AndreaniWechelum,sub Pegaso, in vico Bellovaco, M.D.LXV. In-folio de 52 feuillets, sans compter ceux du titre et de la dédicace. Le verso du titre est couvert d’une belle composition représentant les armes du héros de la dédicace, Philippe de Boulainvilliers-Dammartin, comte de Courtenay et de Fâucamherge. L’écusson est soutenu par deux hommes couverts de poils. En bas, sur fond noir dans un cadre, l’inscription : Sœpe manent suprema cadentes, ayant de chaque côté des # couronnés.
Le typographe André Wechel, « qui s’est promis de ne jamais manquer l’occasion d’être utile au public, rappelle la supériorité des livres d’anatomie de Yésale, où se trouvent décrites avec soin les parties les plus menues qui avaient été passées sous silence par les anciens, et il ajoute que les graveurs se sont plu à reproduire des planches dont l’origine n’est pas douteuse ; dès qu’il les a eues dans les mains, il a cru devoir satisfaire l’impatience générale en les ajoutant au texte de l’Epitome, qui avait paru si plein de fautes dans les dernières années, et que le très-savant médecin Jacques Grévin avait bien voulu corriger et augmenter de quelques annotations. » C’est tout simplement le livre de Thomas Gemini annoté par J. Grévin pour Wechel. Les figures, en effet, sont absolument pareilles et disposées dans le même ordre, avec la légende latine ; mais elles sont moins nettes, d’un dessin plus mou. En revanche, l’impression du livre est meilleure. Le texte ancien est en lettres italiques ; les notes de Grévin, après chaque chapitre de l’Epitome, en petits caractères romains ; au feuillet 50, on a ajouté les explications qui avaient été omises dans Gemini pour quelques os du crâne et les osselets de l’ouïe. Le livre se termine par : « JacobiGrevini, Claromontani, Bell., medici Paris, âd partium compositarum delineationes expositio, de hominis procreatione » , aussi en petits caractères romains.
Eli 1569, le même ouvrage paraît en français : Les portraicls anatomiques de toutes les parties du corps humain, gravez en taille douce, par le commandement de feu Henry huictième, roid" Angleterre. Ensemble l'abrégé d'André Vésale et l' explication d'iceux, accompagnée d'une déclaration anatomique par Jacques Grévin, de Clermont en Beauvoisis, médecin de Paris. A Paris, chez André Wechel, M.D.LXIX. In-folio de 106 pages, sans compter le titre et l’avertissement au lecteur. Ce*^ sont les mêmes cuivi’es qui ont servi à l’impressiou des planches, souvent un peu effacées. Le contenu du livre est toujours le même. Après l’avertissement de J. Grévin au lecteur sur les noms français imposés à quelques parties du corps humain, sorte de dictionnaire fort curieux, se trouve la traduction de l’Epitome d’André Yésale, justement appelé abrégé ; à la page 19, la hrefve déclaration des parties du corps humain, tantsimplesque composées, avec une préface et 12 chapitres dontle dernier a pour titre : De la procréation de l’homme, se compose des annotations de l’édition précédente traduites en français. Après son explication anatomique, Grévin a dressé un tableau original, page 28, qui reflète les théories médicales de l’époque, « Méthodique division et dénombrement de toutes les parties du corps humain. » Yientensuite la première figure, qui représente les parties extérieures tant de l’homme que de la femme (Adam et Eve de Gemini); page 29 € les noms des parties extérieures du corps, lesquelles apparaissent sans aucune decouppeure (dissection) î>, et à la fin de la page 30 «bref dénombrement de tous les os du corps », l’un et l’autre traduits de Vésale. Enfin, les planches avec « l’explication des charactères marquez en chaque figure » ; page 106, «à Paris, de l’imprimerie d’André Wéchel, rüe S.-Jean-de-Beauvais, au Cheval Volant. »
Une autre imitation de la compilation de Gemini parut en - 1601 à Cologne : c’est celle d’Henricus Botterus. Elle a un frontispice avec ce titre :Andreœ Vesalii Bruxellensis suorum de humani corporis fabrica lihrorum Epitome cum iconibus elegantissimis juxta Germanam authoris delineationem artificiose jam pridem ex œre expressis : additis unicuique notis et indicibus alphabeticis, quibus philosophiæ ac medicinæ studiosi ad facilem et absolutam anatomes cognitionem tanqUam manu ducantur. Opus perinsigne, nunc primum in Germania renatum, hacque forma quam emendatissime editum anno 1600. A la base du frontispice : Coloniæ Ubiorum formis et expensis Joan. Buxmacheri et Georgii Mentingi.
Dans la lettre dédicatoire «amplissimis nobilibus, pru-
dentissirais atque integerrimis viris ac D.D. consulibus ac scnatoribus, inclytæ, imperialis et hansealicæ civitatis Coloniensis ad Rhenum..... Datum Coloniæ Agrippinæ, 7 calend. septemb., anno saluliferi partus 4600», signée « Henricus Botteras D., ac facultatis medicinæ pro tempore decanus», 011 voit qu’on avait fini par croire que Vésale lui-même avait joint à l’abrégé de ses livres les figures du Grand ouvrage. «Eosdem libres ipsemet in succinctam Epitomen non gra-
valius contraxit, ac magni operis tabulas sive figuras . ,
huic compendio subjunxit . » Cet opuscule, déjà publié
ailleurs, et non sans avantage pour ceux qui l’avaient copié, les exemplaires des éditions précédentes étant en grande partie épuisés, les héritiers de Hogenberg, chez nous, ont eotrepris de le mettre de nouveau sous presse ; et de même qu’ils avaient fait des cartes de géographie et de chorégraphié pour le grand monde, ils ont voulu montrer leur sollicitude envers les arts libéraux en représentant le microcosme, c’està-dire l’homme.
Après un « hexastichon ad studiosos » pour leur recommander son ouvrage, et un mauvais portrait de Vésale d’après l’estampe de 1542, le doyen H. Bolterus donne comme Gemini le texte de l’Epitome et la description des parties extérieures avec le fragment du chapitre xl du Grand ouvrage sur le nombre des os, puis le premier groupe des planches désignées par les lettres A, B, G, D, E, F, G, H, I, K, L, M, 0,-P, Q, R, S, T, V, X, Y, Z, suivi de l’explication des figures. Le deuxième groupe des planches, a, b, c, d, e, f, g, h, i, k, l, m, n, O, P, q, r, est à la fin du livre. La même marque se trouvait déjà sur les planches de Bawman, qui ont seulement la légende allemande. Celles-ci sont évidemment pareilles; on y a ajouté une légende latine, souvent gravée assez grossièrement. Cet in-folio contient aussi 45 feuillets imprimés des deux côtés, et avec le frontispice, la dédicace et le portrait, 49 sans pagination. Les squelettes B et G sont sur le même feuillet; tous les autres feuillets des planches sont gravés d’un seul côté. Je possède un exemplaire de cette édition, qui manque dans les bibliothèques de Paris.
Sur la dernière page, avant la 2“ série des figures, on voit que l’ouvrage a été imprimé par Etienne Hemmerden de Cologne en 1601. Le frontispice et la lettre dédicatoire ont été faits l’année précédente.
Le même livre a été publié à Amsterdam en 1617, avec un titre un peu différent dans le même frontispice : Anatomia viri in hoc genere princip. Andreœ Vescilii Bruxellensis, in
qm Ma humani corporis fabrica, iconibus elegantissimis, juxta genuimm auctoris delineationem œre incisis, lectori
ob ocUÏos ponüur, additis, etc . Amstelodami excudelat
Joannes Janssonius, 1617. L’ovale qui contient ce titre est soutenu de chaque côté par un squelette vu de profil. Parmi les autres ornements au-dessus, un cochon et un singe, les animaux qu’on avait jusque-là disséqués le plus habituellement. Au-dessous, trois petits dessins, celui du milieu plus grand, empruntés très-probablement à des ouvrages d’anatomie antérieurs. Tout est pareil, la lettre dédicatoire datée de 1600, le texte, les planches et même l’inscription de la fin : Coloniœ Agrippinœ typis, Stephani Eemmerden, anno M. DCl. Mais sur T2 on a mis XVII, pour transformer la date 1601 en 1617, ce qui pourrait faire supposer que Joannes Janssonius, dans l’édition d’Amsterdam, s’est servi du livre imprimé en 1601 et s’est contenté de faire graver un titre nouveau.
Enfin, en 1642, le même typographe publia une dernière édition du même livre, avec des annotations de Nicolas Fonteyn, médecin à Amsterdam. Un grand frontispice donne ce titre : Librorum Andreœ Vesalii Bruxellensis De humani corporis fabrica Epitome, curit annotationibus Nicolai Fontani Amstelœdamensis medici, sur une draperie soutenue par un corps nu à gauche, un squelette (mal dessiné) àdroite. En haut, les armes de Frédéric-Henri de Nassau. Au-dessous une leçon d’anatomie : cinq personnages autour d’un cadavre de femme, le ventre ouvert pour laisser voir les vaisseaux, les reins, les ovaires et l’utérus. En bas Amstelodami, apud Joannem. Janssonium, ch. h. cKUi.
La dédicace du médecin d’Amsterdam, datée du 10 septembre 1642, à très-haut prince Frédéric Henri de Nassau, prince d’Orange. général en chef de l’armée des provinces unies de Belgique, gouverneur de laFrise, de Groningue, Hollande, etc., dont le fils va épouser la fille du grand roi d’Angleterre Charles ?■•, est pleine de louanges. «Auriacus vivat felix, multosque per annos Imperet in Batavia. » Nicolas Fonteyn était un savant et un littérateur. Son « drama cercopithecium » est imprimé aussitôt après la dédicace. Dans l’avertissement au lecteur, il dit qu’il a cédé difficilement à la prière de J. Janssonius, qui lui demandait de joindre quelques annotations aux planches qu’il voulait imprimer de nouveau et dont les cuivres étaient évidemment en sa possession. Nous venons devoir qu’il avait déjà publié sous son nom, en 1617, le reste de l’édition de Cologne imprimée en 1601. Vient ensuite le mauvais portrait de Vésale d’après l’estampe de 1542. Onya
^upprimé les inscriptions du bord de la table et l’on a mis au-dessous ANDREÆ VESALJI, œt. 28.
Le texte latin de l’Epitome est accompagné des notes de Nicolas Fonteyn après chaque chapitre, comme dans l’édition de Wechel pour les notes de Grévin. On trouve dans ces notes trois figures nouvelles assez insignifiantes. Les parties extérieures et le nombre des os sont sans annotations. Les planches n’ont pas toutes conservé la légende allemande. On dirait celles de Bawman laissées par les héritiers de Hogenberg. Les explications des figures XXI, XXII, XXIII, XXIV pour les os de la tète, le sphénoïde et les osselets de l’ouïe, manquent comme dans l’édition première de Gemini.
En résumé, cette première contrefaçon des planches de Vésale n’a été reproduite que sous trois formes ; 1“ Gemini, Wechel, Grévin, avec légende latine ; 2“ Bawman, avec légende allemande ; 3“ Botteras, Janssonius et Nicolas Fontanus, avec légendes latine et allemande,
J. Yalverde. — La deuxième contrefaçon est celle de Valverde, qui écrivit sur l’anatomie après Vésale (1556). Le titre de son ouvrage est dans un beau frontispice Historia de la composicion del cuerpo humano, escrita per John de Valverde de Humasco. En bas : Impressapor Antonio Salamanca y Antonio Lafrerii, en Roma, anno deM.D.LVl. Au dos de cette feuille, le privilège du pape Paul IV, daté du 4 mai 1556.
La dédicace «Alillustriss. y reverendiss. S. Don Fray Poan de ïoledo, cardenal y arçobispo de Santiago, el dotor joan de Valverde, su raedico » , porte la date de Rome, 13 septembre
Après l’avertissement au lecteur, la table des chapitres et la table des matières, dont l’ensemble forme 12 feuillets non numérotés, le texte de l’ouvrage comprend 106 feuillets. Il est divisé en 7 livres, comme celui de Vésale, dont on a conservé les titres mais qu’on a cru devoir mettre dans un ordre différent. Les vaisseaux et les nerfs sont à la fin. Pour les planches avec leurs explications, elles forment ensemble 60 feuillets et sont placées par groupes à la fin de chaque livre correspondant. « Quand il publia les planches de Vésale qu’il avait fait graver en cuivre à Rome par Gaspard Bezerra, l’artiste le plus habile de son temps, il fit quelques additions aux descriptions de cet auteur et il ajouta à ses planches quatre figures nouvelles. La première marque la direction et le cours des fibres qui composent les muscles de l’extérieur du corps; la seconde représente une femme grosse; la troi-
sième et la quatrième indiquent toutes les veines qui se trouvent à la surface externe du corps humain. Tout ce que Ton peut dire à l’avantage de Valverde, c’est que si ses travaux sont louables dans le fond, ils ne suffisent cependant pas pour lui assigner une place parmi les anatomistes de premier rang» (Eloy, Dict. hist. de la méd. anc. et mod., 1778, 2' édit.). Je vais revenir sur cette citation. ’
Les planches qui seules nous intéressent ici sont au nombre de 42. On s’est servi pour les faire de la contrefaçon de Gemini on de l’imitation de Bawman, ce qui est tout un. On en a supprimé quelques-unes, ajouté d’autres et modifié légèrement un plus grand nombre. Toutes sont réduites de 33 centimètres 5 millimètres à 23 centimètres : elles sont, par conséquent, beaucoup trop petites; mais de là est venu leur succès, parce qu’elles ont pu entrer dans des livres d’un petit format. Celles de Gemini, faites pour les grands in-folio, n’ont dû leur vogue qu’à leur beauté, c’est-à-dire leur ressemblance avec les planches originales de Vésale.
Dans les planches de ’Valverde, on ne retrouve plus les figures nues de l’homme et de la femme, ou d’Adam et Eve, tirées de l’Epitome.Le livre P”' contient 7 planches. Les trois squelettes de face, de profil et de dos (le premier présente une incurvation de la colonne lombaire qui le fait partout reconnaître), sont inversés sans inconvénient, comme toutes les figures des organes qui sont symétriques. Les asymétriques ont été forcément redressés. Les planches 4, 5, 6 (os séparés de Vésale) et la planche 7. (cartilages du larynx, de la trachée et des bronches) sont nouvelles, c’est-à-dire qu’elles ne se trouvent pas dans Gemini. Les 16 planches de muscles du livre II sont les mêmes, sauf la première, et encore on voit qu’on a eu recours à la 3® planche des muscles pour la dessiner. C’est une figure à effet. Elle représente un écorché tenant sa peau, qui a été enlevée d’une seule pièce, dans la main droite, et un couteau dans la main gauche. Pour quelques autres, de légères modifications. Elles sont toutes inversées, excepté la 15'. Dans la 16', les muscles du pénis, inversés dans Gemini, ont repris la position normale, tandis que les figures du larynx de lamêrae planche ont fait le contraire. Le IIP livre reproduit les 5 planches de Gemini. Ce sont en général des torses pour montrer les organes de l’abdomen. Ces organes ont été copiés, mais on a ajouté par ci par là des têtes, des bras, des espèces de vêtements romains. Ici se trouve une 6® planche qui est réellement nouvelle, c’est la femme grosse dont parle Eloy, un Corps de femme nu dans
l’attitude de la Vénus marine. En bas les enveloppes du fœtus qui appartenaient à la planche précédente dans Gemini. Il îiut noter cependant que ces quatre petites figures de Gemini avaient été prises dans l’édition de 1543 de Vésale, et que celles de Yalverde ont été empruntées à l’édition de 1555. La planche unique du livre IV est aussi celle de Gemini ; seulement^ des deux premières figures l’une a été redressée et on lui a donné des bras pour fouiller dans la poitrine de t’aut!’e, qui est restée dans la position horizontale. Les
2 planches du livre V contiennent les cerveaux, qui occupent
3 planches et demie; aussi ces figures sont-elles infiniment trop petites. 1”“ planche: fig. 1, 2, 3, 4, 5, 6. 2“ planche : 7, 8, IX, X, XI, XII, XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX ; il a supprimé avec raison XX, XXI, XXII, XXIII, XXIV, qui se trouvent ailleurs. La 3® planche de ce livre, les figures de l’œil, le cochon, la table avec les instruments, est pareille. Dans les trois planches du livre précédent, les figures sont toutes inversées. Elles ne peuvent plus l’être dans le livre VI, qui donne exactement en quatre planches les cinq planches de Gemini; elles sont précédées d’une planche propre à Valverde, où sont représentées d’une façon absolument fantaisiste les veines superficielles dans deux figures que j’appellerais volontiers les arlequins, à cause de leurs poses. Enfin, dans le VIP livre, les planches des nerfs sont absolument pareilles: les trois dernières sont inversées.
Ainsi, excepté la première, toutes les planches de Gemini ont été reproduites par Valverde. Son ouvrage contient 6 planches différentes. Mais 2 seules ne sont pas dans Vésale, la Vénus marine (la femme grosse) et les 2 arlequins (les veines superficielles). Les 4 autres sont les os séparés et les cartilages, qui n’avaient pas été représentés par Gemini. En somme, 42 planches (7 + 16 6 -j- 1 -j- 3 -j- 5-4-4
= 42). Le texte est bien imprimé avec de belles lettres illustrées, grandes et petites. A- la fin : Imprimiose la présente obra en Roma, en casa- de Antonio Blado, impresor de Su Santidad. Anna de M. D. LVI. Puis une page AErrata.
Ces planches ont été tirées à part avec ce titre dans le même frontispice : Compendio de la anatomia hécho por Joan de Valverde, dirigado al Illustriss. S. don Frai Joan de Toledo, C. de Santiago (s. 1. n. d.). Cabinet des estampes, à la Bibliothèque nationale.
Les mêmes planches se retrouvent dans la traduction en langue italienne de l’ouvrage de Valverde parue en 1559, petit in-folio dontle titre, Anatomiadel corpo humano compostaper
ül, Giovan Valverde, de Humasco, et da luy con moite figure di rame, et eruditi discorsi in luce emendata in Roma per Ant. Salamanca et Antonio Lafreri, 1560, est contenu dans l’ovale d’un frontispice que soutiennent deux squelettes de profil; parmi les ornements on remarque en haut un singe à gauche, un cochon à droite; au-dessous une leçon d’anatomie, et de chaque côté un petit dessin analogue, qui semblent empruntés à un ouvrage plus ancien. Nous avons vu que H. Botterus , dans l’édition de Cologne (1 601 ), avait reprodui t ce frontispice inversé et agrandi, porté de 25 à 83 centimètres. Dans la dédicace alla S. G. R. Maesta del ReFilippo, et datée de Rome le 20 mai 1559, Valverde nous apprend qu’il s’est fait aider par son jeune élève Antonio Tabo da Albenga. On comprend qu’il n’ait pas fait faire une traduction latine, car on avait déjà l’ouvrage de Vésale et celui de son maître Realdus Colombus, qui venait de paraître.
L’exemplaire de la Bibliothèque nationale, qui a appartenu àFalconet, est magnifiquement imprimé sur un beau papier. Les lettres illustrées, plus rares, sont aussi fort belles. Les figures, peut-être moins énergiques, sont plus claires et partant tout aussi bonnes^ A la fin, on lit : In Vinegia, appresso Nicolo Bevilacqua, Trentino.
En 1607 la vogue de cet ouvrage n’était pas éteinte, puisque Michael Columbus en donna une traduction latine qui fut imprimée à Venise par les Junta, afin qu’elle pût se réppdre chez les nations étrangères : « in externarum potissimum gentium gratiam ». Nous verrons tout à l’heure que les planches ont été fort peu réussies. Dans l’ovale d’un frontispice pareil au précédent est le titre : Anatome corporis humani, autore Joanne Valverdo, nunc primum a Michaele Columbo latine reddita, et additis novis aliquot tahulis exornata. Dans la moitié inférieure de l’ovale est une marque d’imprimeuravecles lettres L. A.(l), et au-dessous une vuede Venise. Sur la bordure du frontispice, en bas: «Venetiis, studio et industria lUNTARUM. M. D. G. VII », et en dehors : « Cum licentia et privilegiis. » Grand in-folio de 340 pages.
La dédicace ; « serenissimo Sabâudiæ duci » , etc. (Charles- Emmanuel, surnommé le Grand), est signée : « Michael Columbus Gentallensis medicus et philosophus. »
Ce duc de Savoie, Charles-Emmanuel, surnommé le Grand (1562-1636), étaitfils d’Emmanuel-Philibert, qui avait épousé en 1559 Marguerite de France, fille de François 1", morte en
i, L’ancienriè marque do Luc Antoine Junta.
1574. Charles-Emmanuel avait épousé en 1585 Catherine d’Autriche, fille de Philippe II et d’Elisabeth de France, sa troisième femme, morte en couches à trente ans, en 1597. Leur fils Victor-Amédée (1587-1537) épousa, en 1619, Christine de France, fille de Henri IV, morte en 4663. C’était madame Royale, pendant la minorité de ses deux fils jusqu’en 1648. Charles-Emmanuel était savant, ami des ' gens de lettres, et parlait le français, l’espagnol et l’italien.
Après une préface où il est beaucoup parlé de Galien et pas du tout de Vésale, on a mis un portrait de Joannès Valverdus Hispanicus signé NB., comme les 4' et 5® pl. de muscles des éditions espagnole et latine.
Les planches de ce livre sont très-défectueuses. Les quatre nouvelles, assez mauvaises, représentent des muscles (p. 172, 173, 175, 177); les autres sont les planches de Valverde si maladroitement inversées que dans la figure de la veine porte, par exemple, la rate se trouve à droite; dans celle des veines caves, ces vaisseaux se trouvent à gauche; dans celle de la grande artère, la crosse de l’aorte est à droite ; dans la dernière, le cœur est à droite, le foie à gauche et les autres rganes séparés en sens opposé aussi de ce qu’ils devraient être. La figure première -des muscles n’a rien perdu de son air tragique dans cette inversion générale, au contraire; le poignard se trouve dans la main droite et la peau est ' soulevée par la main gauche. L’impression du texte est trèsbelle. A la fin ; « Venetiis apud Juntas, M.D.G.VII. »
Dans le temps où André Wechel publiait à Paris, en i 565, une imitation des planches de Gemini, Christophe P lantin à Anvers, s’occupait d’une imitation des planches de Valverde, Vivæ imagines partium corporis humani œreis formis expressce. Antverpiæ. Ce titre est dans un frontispice trèsorné, fort bien gravé sur cuivre. En haut on lit : «. Dominus mihi adjutor» ; en bas, la devise : « Labore etconstantia » ; du côté gauche, un homme (Adam) tenant une pomme dans la , main droite; de l’autre côté, une femme (Ève), avec une longue chevelure; dans la partie inférieure de ce frontispice (il manque dans l’exemplaire de la Bibliothèque nationale, mais il existe dans celui de la* Bibliothèque Mazarine, n® 4442) : « apüd Christophorum Plantinum, anno MLLXV » . Petit in-folio dont la dédicace «Clarissimo prudentissimoque Senatui Antverpiano » est datée d’Anvers, mars 1565, et est signée; «Civis atque cliens vesler, Christophorus Plantinus».. Il cite Valverde et ensuite Vésale, qu’on ne peut dépasser pour les planches anatomiques.
Après l’avis « Artis raedicinæ studiosis » viennent les planches de Valverde, divisées en 7 livres avec leurs explications traduites en latin, explications d’ailleurs fort peu différentes de celles de Vésale.
Les 42 planches de Valverde sont copiées, mais elles ont été gravées de nouveau. Quelques-unes sont malheureusement inversées, ce qui a eu le grave inconvénient, pour les planches III et IV du livre VI, de mettre la rate et l’aorte à droite. Les planches I du même livre et IV du livre VII ont pu être transposées sans produire un changement aussi fâcheux. En tout, 153 pages. Plantin donne ensuite le texte de l’Epitome de Vésale, avec la description des parties extérieures et le fragment sur le nombre des os que nous avons déjà vu dans les livres de Gemini et de Wechel; puis «Jacobi GreviniClaromontani Bell, medici Paris, partium corporis tum simplicium tum compcsitarum brevis elucidatio», qui se termine par le xiP chapitre, « De hominis procreatione » , et enfin le tableau de Grévin, qui résume toutes les parties du corps humain. C’est une nouvelle forme de l’Epitome de Vésale où les planches de Valverde ont remplacé celles de Gemini. Le livre de G. Plantin est composé des planches de Valverde et du texte del’édition de Wechel annotée par Grévin. Eloy {Dict. , IV® vol.), qui parle de cet ouvrage à propos de la bibliographie d’André Vésale, dit que « c’est Christophe Plantin, célèbre imprimeur d’Anvers, qui a fait graver les planches dont cette édition est ornée. On y a- mis le plus grand soin et la plus grande exactitude pour les bien rendre; mais le montant de la dépense surpassait la fortune de Plantin, qui aurait été arrêté au milieu de l’ouvrage si le magistrat de la ville d’Anvers ne lui eut donné des secours en argent pour l’achever. » Pour moi, il est douteux que la copie toute simple des planches de Valverde ait coûté si cher. On ne s’est pas même donné la peine de refaire les planches si malheureusement inversées. Le privilège de S. M. I. Maximilien II, placé à la fin du livre, est daté de Bruxelles, le 28 janvier 1565.
Trois ans après, Plantin donnait une nouvelle édition du même livre en langue néerlandaise ; Anatomie, oft Levense brelden Vande dulen dès menschelulcen lichaems, met de Verclarnighe van dien, inde neder duytsche spraecke. TAntverpen. Ce titre est dans un frontispice semblable au précédent, au bas duquel se trouve : By Christoffel Plantün, M.D.LXVJII (petit in-fol. de 197 pages, magnifiquement imprinié, qui se trouve à la Bibliothèque nationale). La dédicace « à très-lionorable, vertueux et prudent seigneur Gérard
Grammay, seigneur de Sgrevenwegel, trésorier des Etats pour le laid de guerres», est en français: ce qui ferait croire à la vérité de celte allégation de Balzac que Pianlin ne savait pas le latin. Il écrit là dans sa langue maternelle, car il était né près de Tours, à Saint-Avertin, en 1514. Après être resté quelque temps en France, il avait été s’établir à Anvers en 1550, où il était devenu architypographe du roi d’Espagne, Philippe IL II y mourut en 1589. Dans cette longue dédicace, à propos « de lafabrique du corps humain et de ceux qui nous ont donné la description d’icelle», il dit : « D’entre ceux de notre temps, Vésalius est célèbre devant tous autres, tant pour son expérience que pour avoir été le
premier qui, à bon escient, y a mis la main . Il s’en est
après trouvé d’autres qui, regardant soigneusement les premiers pourtraicts et descriptions, y ont amendé et déclaré beaucoup d’articles nécessaires. Or, les plus savants m’ayant, passé quelques années, affirmé que Valverde y avait le mieux besongné, je fis tailler les figures en cuivre et traduire en latin l’explication d’icelles; et puis, ayant mis le tout en lumière sous l’autorité du très-prudent sénat de ceste tant renommée ville d’Anvers, je n’ai maintenant seu adviser personnage, la faveur duquel je deusse plus tost desirer ne requérir, pour bien auctoriser ceste autre impression en vulgaire, que la vôtre. » Pourquoi choisir Valverde? Mais il ne pouvait en être autrement. Si Plantin s’était servi des planches de Gemini, son ouvrage eût été complètement pareil à celui dé Wechel; tandis qu’en prenant les planches de Valverde, qui sont plus petites, il avait l’avantage d’offrir l’Epitome de Vésale avec les figures du Grand ouvrage, dans un format moins cher et plus commode pour les étudiants.
F. Plater. — Avant de parler des auteurs qui se sont servi en partie des planches de Vésale, je dois encore faire la description du livre de Félix Plater, qui a donné aussi une reproduction presque complète des planches du Grand ouvrage de l’édition de 1555 : De corporis humani structura et usu Felicis Plater i Bas. medici antecessoris libri III, tabulis methodice explicati, iconibus accurate illustrati, ex officina FrobenianaperAmbrosiumFrob.M.D.LXXXlII. Petitin-folio dont les deux premiers livres (ensemble 197 pages), dédiés au généreux et illustre seigneur Egenolf de Rapolstein, petit roi de Hohen-Gerolseck, sont composés de tableaux contenant le premier les parties simples (os, muscles, vaisseaux, etc.), et le second les parties composées du corps humain (ventre, thorax, tête, memWs). Le troisième livre, le seul qui nous
intéresse ici, renferme les planches. Il a nn litre particulier qui permettait de le séparer du reste de l’ouvrage : Liber tertius. Corporis humani partium per icônes delineatarum explicatio. Il est dédié au généreux seigneur Eberhard de Rapolstein, fils du précédent. Plater, dans l’avertissement au lecteur, dit qu’il n’y a pas de meilleures planches anatomiques que. celles de Vésale et qu’il a obtenu la permission de les reproduire {hasce ah hæredibus coemendi), seulement il les a réduites en un format plus petit pour la commodité des étudiants. Elles ont 25 centimètres, 2 de plus que celles de Valverde ; ce sont de très-bonnes et belles figures, fort bien arrangées, gravées finement et avec grand soin, où l’on a supprimé aussi souvent que possible les lettres sur un côté, aux grandes figures, pour laisser mieux voir les détails du dessin sur l’autre côté. Il y a 50 pages d’explications et 50 planches ; les planches II, III et L seules ne sont pas de Vésale. Plater n’a donné que le squelette vu de face : il a compris qu’il valait mieux insister sur les os sépai'és. Il a ajouté quelques figures relatives à la structure de l’oreille interne (pl. Vil et XLIX). La IIP planche des os du fœtus, que Lauth {Hist. de l’anat., p. 576) lui attribue, est de Wolcherus Coiter; la IP, le squelette au sablier vu de trois quarts, et la L% les veines superficielles, seulement sont nouvelles.
Une deuxième édition, tout à fait semblable, a paru dans la même ville, apud Ludovicum Kônig, 1603. Félix Plater y est désigné avec le titre de premier médecin (archiatri) et professeur. Il était né à Bâle en 1536, l’année où le grand Erasme y mourait. Il va étudier la médecine à Montpellier en 1553. Reçu docteur le 28 mai 1556, il prend de nouveaux degrés, comme dit Eloy [Bict., IIP vol.), à Bâle, en 1557. Professeur de médecine en 1560, il enseigna pendant cinquante ans dans l’Université, et mourut le 28 juillet 1614. La dédicace de son livre d’anatomie (1583) nous apprend qu’il avait déjà disséqué depuis trente ans plus de cinquante cadavres humains et beaucoup d’animaux.