‹ Études historiques et biographiquesChapitre 13 sur 23 · B£RN1ER · texte numérisé non relu

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autrement : on entrevit un but d'ambition dans toute sa conduite; on aperçut combien il jouissait delà domination qu*il avait acquise, combien il cherchait à la rendre absolue; on découvrit qu'il semait la discorde partout, flattant les uns aux dépens des autres, pour plaire davantage et gouverner plus sûrement. Souvent les généraux furent obligés de réprimer les prétentions du conseil supérieur, qui cherchait à s'ériger en gouvernement. Le respect qu'on avait pour l'abbé Bernier allait toujours en s'aQaiblissant ; mais on conservait toutefois une haute idée de son esprit et de ses talents.

Bientôt les désastres de l'armée flrent trêve à tout projet d'ambition; on fut chassé au delà de la Loire. Au milieu de ces circonstances malheureuses, l'abbé Bernier montra toujours beaucoup de constance et de fermeté; sans cesse il employa tous ses efforts pour ranimer le courage des soldats. Cependant , après la défaite de Granville , il fut accusé d'avoir voulu, avec M. de Talmond, quitter l'armée et passer en Angleterre; bien qu'on puisse hésiter à lui supposer ce projet, les chefs vendéens en demeurèrent la plupart persuadés. Lorsque la déroute de Savenay eut tout à fait dispersé l'armée fugitive , l'abbé Bernier demeura caché en Bretagne. 11 ne perdit pas courage : il composait des sermons, il essayait d'émouvoir les paysans, de soulever le pays. Voyant qu'il ne réussissait pas, il traversa périlleusement la Loire, revint en Poitou, et arriva à Tarmée de Gharette, d'où il passa bientôt dans l'armée d'Anjou, que commandait Stofflet.

De ce moment, l'abbé Bernier devint le vrai chef de l'armée d'Anjou; Stofflet, toujours grossier et sans lumières, ne se conduisait que par ses conseils. Les procia* mations étaient rédigées par l'abbé Bernier : c'était lui qui correspondait avec les Émigrés et les puissances étrangères; il n'était pas même contraint à employer l'adresse pour dominer : Stofflet, insolent envers tous, et surtout

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envers les gentilshommes, qui lui déplaisaient et dont il se menait, était humble devant le curé de Saint-Laud. Lorsque les chefs vendéens crurent à propos de conclure avec les Républicains une paix qui ne pouvait être ni durable, ni sincère, ce fut Tabbé Dernier qui négocia et qui fit les conditions, La correspondance des généraux et des commissaires de la Convention fait connaître qu'il reçut une somme de 100,000 francs; dans le pays, on nomme celui de ses amis chez qui il la plaça.

Dès lors , le gouvernement républicain s'^pcoutuma à regarder l'abbé Bernier comme Tâme dé la Veqdée. Plus tard, quand Cbarette reprit les armes et rompit la paix, Stofflet affecta au contraire d'y paraître fidèle. Le général Hoche eut même une conférence avec lui ; Tfibbé Bernier porta la parole, et sut si bien captiver le général républir cain, que celui-ci proposa au gouvernement d'employer le curé de Saint-Laud, pour travailler à pacifier le pays.

Cependant, au bout de quelques mois, les promesses flatteuses de la maison de Bourbon et de l'Angleterre, les instances des émigrés, et plus encore la crainte assez fon* dée d'être dupe de la politique du général Hocbe» déter* minèrent Tabbé Bernier à ranimer la guerre en Anjou, Elle ne fut pas longue : les mesures étaient si bien prises, que Stofflet ne put pas même rassembler son armée ; bien*tôt il erra en fugitif, ainsi que le curé de Saint-Laud.

On a raconté que l'abbé Bernipr fit dire à Stoffiet de venir le trouver dans une métairie ou il était caché ; pen-? dant le message, il apprit que cette retraite était peu sûre, et la quitta. Stofflet arriva; et, comme le curé de Saint- Laud, ne songeant qu'à sa propre sûreté, ne lui avait fait donner aucun avis, il passa la nuit dans cet asile. Les soldats investirent la maison, croyant s'empsu*er de l'abbé Bernier, saisirent Stofflat , qui , peu de jours après , alla au supplice. Ce récit populaire n'est appuyé d'aupune preuve, et témoigne seulement de l'opinioa malveillante que

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les Vaad^dns avaient fini par concevoir d$ Tabbé Bernier* A 0^ moment, son influence était encore fort grande, et on la vit presque aussi important auprès de M. d*Autich^mp qu'auprès de Stofflet, son prédécessseur. Ce fut même à ce moment qu*il fut nommé agent général des armées catholiqu0s près des puissances étrangères. Il refusa de se rapdr^ à Londres, et continuai pendant quelqu^^ a^niaifi^s , 4 soutenir le courage de son parti , cherchant dans ses lettres à faire illusion aux princes et aux Anglais sur la faiblesse de ces débris, qu'aucun secours ne pouvait ranîn)^r. Sa constance se lassa; il désespéra de sa cause, dédaigna l'espèce d'importance frivole que pouvaient lui conférer les louanges et les brevets des princes de la maison de Bourbon, et jugea que d'inutiles dangers ou les misères de l'exil payaient de telles faveurs d'un prix trop élevé. Il fit demander au général Hoche un passe-port pour se rendre m Suisse : on le lui accorda; mais il avait voulu seulement faire semblant de quitter le pays : il y resta caché.

Il entretenait beaucoup de correspondances au dedans et au dehors , faisant sans cesse des plans d'insurrection. Tantôt il cherchait à se donner de l'importance et à mettre à la tét^ du parti des hommes inférieurs par leur position et leur caractère, et qu'il eût pu gouverner; tantôt il essayait de ^e rapprocher de ses chefs plus considérables; mais son ipQuence s'usait; il n'inspirait plus de confiance. On reprit les ar^^^P ^ft 1799, et il ne joua aucun rôle.

Peu de temps après, le général Bonaparte, ayant pris en main les rênes de l'État, s'occupa de soumettre et de pacifier la Vendée. L'abbé Beriiier saisit sur4e-champ cette occasion de devenir un grand personnage. Peii^dant que les chefs veiidéens hésitaient encore dans la conduite qu'ils devaient tenir, le curé de ^aint^Laud s'établit auprès du gouverneitient consulaire comme le représentait des Vendéens, U parvint è donner de son irnportanoe et de son pouvoir, daiu» 1^ départements ^q l'Ouest» une idée assez

exagérée; on écoutait ses conseils, on lui demandait des renseignements. Toutefois on s* aperçut assez vite que, s'il était utile , il était loin d'être nécessaire. En même temps il s'en fallait beaucoup qu'il produisit à Paris un effet proportionné à sa renommée ; la société des salons lui trouvait de la finesse et de Tesprit de conduite, tandis qu'on s*était attendu à voir la chaleur et l'enthousiasme d'un missionnaire ardent ou apostolique. Son esprit n'avait pas cette espèce de grâce et d'élégance avec lesquelles ou peut conquérir la mode au défaut de la gloire. Il s'oubliait parfois au point de chercher à se faire plus d'honneur de son habileté que de son zèle; ceux qui ne lui en savaient pas mauvais gré, par principe de conscience, l'en blâmaient comme d'un manque de goût.

11 eut à prêcher, le jour anniversaire du 2 septembre, à l'église des Carmes. L'orateur, le sujet, le lieu, c'étaient bien des motifs (tour exciter la curiosité. L'abbé Bemier se montra inférieur à une si belle occasion, et l'apôtre de la Vendée, prêchant sur le massacre des prêtres, fut trouvé froid et affecté. 11 inspirait pourtant encore assez de confiance pour être nommé parmi les plénipotentiaires chargés de traiter du Concordat avec le cardinal Gonzalvi, envoyé du pape. Cette négociation, qu'il ne dirigea point, mais où il montra un fort bon esprit, aurait dû le placer au premier rang du clergé que le retour de la religion allait ramener en France. Mais il ne se donna pas une assez haute considération et n'inspira pas assez de confiance pour obtenir tout ce que probablement il avait convoité. Il fut fait évêque d'Orléans, et se flatta qu'une nomination de cardinal in petto lui était réservée.

Dès qu'il fut dans son diocèse, on le retrouva tel qu'il s'était montré aux premiers jours de la Vendée : pieux, simple, régulier dans ses mœurs, remplissant tous les devoirs de son saint ministère, aimé et vénéré des fidèles, dans un diocèse fort religieux. Lorsque le Pape vint à Paris,

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