‹ Études historiques et biographiquesChapitre 14 sur 23 · BERNIER · texte numérisé non relu

BERNIER

en 1804, on crut démêler que Tévëque d'Orléans cherchait à s'établir avec le Saint-Père dans des relations immédiates, et à gagner sa faveur, sans la devoir à aucune protection. S'il en a été ainsi, ce fut un grand manque de tact; c'était risquer de perdre le crédit qu il avait acquis près de l'empereur Napoléon, pour ne rien obtenir du Pape. 11 revint dans son diocèse plutôt qu*il n'était attendu. Depuis il y parut toujours soucieux et on lui supposait quelque chagrin secret. En 1806, il revint à Paris, où il n'était point venu depuis plus de deux ans, tandis qu*auparavaiUb ses voyages étaient fréquents; il y tomba malade, et mourut d'une fièvre bilieuse, le V octobre. Quelques personnes pensèrent que les ennuis de l'ambition trompée avaient abrégé sa vie. Bernier, dit le Dictionnaire histo^ rique des Musiciens , est auteur des paroles et de la mu-> sique du Eéveil des Vendéens^ qu'on trouve dans la trentehuitième année du Journal hebdomadaire^ n** 52. Les notes qu'il a laissées sur l'histoire de la Vendée ne contiennent pas de détails, et sont de très-peu d'étendue.

Après la mort de Stofflet et de Chareite, là guette citilé ne se prolotigea pas longtemps sur la rite gauche de la Loire. En Anjod, M. d'Autichamp, dans le Bas-Poitou, M. de Su2annet, furent bientôt cootaincus qu'il ti'y ayait lltillè espérance de iSoulever la populatiofi , et qu'aùCutie grande tehtative ne pourrait causer uri embarras sérieux à la République. Ils ne se soiiiîiettaient point, mais n'eslapaient point d^agir.

Sur là rive dl-oite^ la guerre civile avait eti uii autre caractère. La Chouannerie et ses bande» éparses, un brigandage qui empruntait le prétexte de Topinion politique, avaient moins de danger pour le gouvernement , mais étaient plus difficiles à abolir complètement.

Au commencement de 1796, le Haut-Anjou, le Maine, la Bretagne, le Perche, étaient menacés et parcourus par des bandes dont les chefs ont laissé un souvenir plus ou moins remarquable, par la bravoure, la constance ou la ressource d'esprit. MM. de Scepeaux, de Bourmont, de Frotté, d'Andigné, et Georges Cadoudai, plus apte qu'aucun autre à ce genre de guerre.

Tous ces chefs étaient en correspondance habituelle avec l'Angleterre et les princes émigrés. C'était sans cesse messages nouveaux, agents succédant les uns aux autres, grades distribués, pouvoirs donnés, comités de toute sorte. Pour se donner de l'importance, pour obtenir des secours du dehors, pour tirer du ministère anglais les sommes néces-

L0UI9 M LA tlOetIfejAQtJÈLfciN. lll

sdifè» d allffiéiiter titië gtiéite qtli n'ekciiaM (ilusi le tnod- Yéfiient déS pdpolatldtis, il fallait eiàgérer ses forces ; supposer des KfiHées où il il*y en avait pas ; donner une fausse idée de la disposition des habitants ; représenter la France cotniiie toute préparée h tine contre-révolution. Il y avait danâ ce patli dne telle facilité d*illusion, si peu d'intelligetice dô l'esprit du pays, que le plus souvent c'était en se trompant eux-tnêmes que les chefs ou les agents qui ledr étaient expédiés trompaient leurs princes et le gouvernement anglais.

Ainsi, une Vendée d'intrigue remplaçait la Vendée des Bonchamp et des La Rochejaquelein ; non qu'il n'y eAt encore beaucoiip de véritable dévottertient et un courage ardent et ferme, mais la position était fausse; comme il arrive lorsqu'on veut réchauffer un passé qui n'est plus, reproduire ce qiii a cessé d'ciistef.

Le général Hoche était rion-seulement plus fort, maisr beaitcoup plus habile que les politiques de la Chouanilerie et de l'Êtnigration. 11 était plein de bon sens, voyait juste, et ne se faisait pas illusion même sur la cause qu'il servait. Lorsqu'un grand rôle doit être Joué, lorsqu'il est appelé et fendtl nécessaire par les circonstances, il arrive souvent qti*il est d'abord tenté par d'aiitres que celui qui doit le remplli-. Des essais, des tâtonnemetits , des apparences cficdfe incomplètes, annoncent ce qui va arriver. Hoche fut comme le précurseur d'un plus grand que lui. Il pouvait se dégager des préjugés révolutionnaires; il apercevait quelle position il fallait prendre pour dompter les factions.

Tranquille sur l'état de la rive gauche, il porta toutes ites forces en Bretagne. Les Chouans ne pouvaient rien faire de grand : dès que leurs réunions étaient nombreuses, elles étalent en péril. Dans cette puissance, les négociations ta^dèrent peu à être entamées. Hoche vit les chefs, traita avec eux sans aucune rudesse républicaine, mais avec la fernieté d'un général qui sait sa force. Il ne s'agis-

sait plus de concessions pareilles à celles de l'année précédente. Il fallait désarmer et se soumettre, en n'obtenant rien de plus que des garanties personnelles contre la persécution et la spoliation. Après quatre ou cinq mois, la Chouannerie était à peu près éteinte; le général Hoche put se livrer aux préparatifs de cette descente en Irlande, où il se promettait une grande gloire, et qui échoua, presque sans avoir reçu un commencement d'exécution.

La soumission de la Vendée la laissait, au fond, dans la même situation politique : les chefs et le gouvernement de l'Émigration, qui continuait à être le leur, avaient ajourné leurs espérances, mais étaient loin d'y avoir renoncé. La République s'était constituée; elle avait établi une sorte d'ordre et de liberté légale; elle avait l'autorité des victoires de l'armée d'Italie. Toutefois, elle n'apparaissait à personne comme le résultat définitif de la Révolution» La France n'était pas encore dans une situation naturelle et complète; chacun attendait les événements. Le parti royaliste mettait de grandes espérances dans la haine assez générale que les honnêtes gens de toutes les classes portaient à la domination révolutionnaire. Les élections, la liberté de la presse, toutes les garanties qu'avait données la Constitution de 1795, étaient autant de moyens d'attaque contre le gouvernement. A ce mouvement d'opinion se mêlaient les intrigues de l'Émigration. La France se couvrait de comités, d'agences, d'associations plus ou moins secrètes ; les provinces de l'Ouest étaient surtout le siège de cette conspiration toujours subsistante. Le gouvernement les ménageait pour n'y pas faire renaître la guerre civile; et, dans de pareilles circonstances, la tolérance était un encouragement.

Le coup d'État du 18 Fructidor replaça entre les mains de la faction révolutionnaire l'autorité absolue et arbitraire. Elle fut toutefois exercée d'une façon moins cruelle, moins dure, moins insensée, que pendant le régime de la

Terreur. On était surtout bien averti du danger de prodiguer les vexations dans la Vendée. Les chefs continuèrent à y faire leur séjour, et les Émigrés appartenant à ces pro» vinces, qui y étaient rentrés avant le 18 Fructidor, n*en furent pas expulsés.

Ainsi se continuèrent toutes les machinations royalistes, les correspondances avec le dehors, l'organisation projetée des bandes sous Tautorité de leurs chefs. En même temps les espérances et Factivité s*en allaient croissant de jour en jour, à mesure que le gouvernement directorial perdait toute considération et toute consistance. Le général Bonaparte était en Egypte; Hoche était mort; la guerre avait recommencé; de grands revers se succédaient rapidement; l'Italie était perdue, la Suisse envahie; les Anglais et les Russes débarquaient en Hollande. A Tintérieur, l'autorité succombait sous le mépris public. Un emprunt forcé, une loi des otages, un retour timidement essayé vers la convulsive énergie de la Convention, signalaient la détresse d'un gouvernement qui flnit.

Ce n'était plus seulement l'ouest de la France qui était livré à des désordres, précurseurs de la guerre civile : à Tours, à Orléans, dans le Berry, dans les provinces du centre, en Languedoc -avec plus de gravité encore, la jeunesse royaliste s'associait presque publiquement. Faire de la chouannerie allait devenir comme une sorte de mode, un tapage de bon ton; on arrêtait les courriers et les diligences; on pillait les caisses; on maltraitait, on outrageait par de nocturnes guet-apens les hommes d'opinion contraire.

Tel était le désordre qui régnait en France vers le milieu de Tannée 1799. Le moment semblait favorable pour rallumer la guerre civile dans TOucst ; c'était alors, ou jamais, que tant de projets concertés, tant de promesses faites aux princes et aux Anglais, tant de pompeuses espérances devaient arriver à la réalité. Dès le mois d'août, une ten-

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taiive fut tmiM dans le BathAïQOu» et n'eut pas le naoindre eaœès^ Au mois d^eetobrei une réuiuou des chefs décida, malgré l'opposition de If* d'Autichamp, qu'il fallait repi*endre les armes; ainsi le vouloient les instructions arrivées d'Angleterre.

Sur la rive droite, IL de Bourmont, M. de Frotté et Georges, obtinrent quelques avantages assez marquants, et réussirent à surprendre des points mal défendus. M. de Suzannet, dans le Bas-Poitou, où il exerçait nominalement le commandement de M* Charette, s'aperçut bientôt, auprès de Montaigu, qu'il ne lui avait pas succédé, et que la guerre civile ne se fait point sur l'ordre d'un chef. M« d'Autichamp eut une affaire plus malheureuse encore aux Aubiers : une poignée de soldats républicains dispei^a un rassemblement formé difficilement ; le déeouragemeot fut bientôt complet sur la rive gauche de la Loire.

Le Directoire envoya le général HédouvillCt qui avait été chef d'état-major de Hoche ; il prit les mânes procédés qui avaient été employés trois ans auparavant; il entama des négociations 9 mais en menaçant et avec fermeté; il savait quelle était, au fond, la faiblesse dés insiU'gés et leur isolement, au milieu d'une population qui voulait le repos.

A cette époque « le général Bonaparte revint d'Egypte, et les destinées do la France furent bientôt entre ses mains. Un de ses premiers soins fut de travailler à la pacification des départements de l'Ouest; sa puissance et son habileté lui rendaient une telle lâche bien plus facile qu'au Directoire. Cependant il ne suivit pas une autre marche. Il commença par accéder à un armistice qui paraissait avantageux aux chefs insurgés et leur laissait la possibilité et le temps de recevoir des secours d'Angleterre; car dès lors tout leur espoir était là.

Mais le premier Consul s'entendait mieux en préparatifs •I en négociations que ceux à q\à il donnait ce délai» Bien-

LOUIS OIS LA ROCttBJAaiItLIIN. tift

(Ai la division sd manifesia parmi eux : les ttOB Youlani fa guerre, lea autres la paii; les uns prenant conOaitce au goavemeitoent, left autres gardant rancune et méfiance. Il y en avait qui croyaient que le général Bonaparte allait prendre le nftle de Monk. 11 vit quelques-uns d*entre eux qui vinrent à Paris; loin de récriminer sur le passé, il leur dit que « les Vendéens étaient de braves gens; que jusqu*i6i ils avaient eu raison de se battre, mais qu'à présent on devait se fier à lui , parce qu*il était en état de protéger tout le monde; qu*il rendrait la religion non pas seulement à l'Ouest, mais à la France entière; qu'il estimait les chefs, mais qu*il écraserait leur parti, et qu*il fallait mettre bas les armes. »

Les négociations trainèrent quelques jours. Georges et quelques autres ne se laissaient enlacer ni dans la poli« tique du premier Consul, ni dans la raisonnable prévoyance des Vendéens de la rive gauche; d'ailleurs le confie d'Artois et ses consdllers étaient loin de bien juger Tétat de la France : ils ne voulaient pas de paciflcalion.

Alors le premier Consul fut bientôt décidé : des troupes marchèrent dans l'Ouest ; le général Hédouvillc fut remplacé par le général Brune , plus énergique et connu par des opinions prononcées. Un sénatus-consuUe mit les départements insurgés hors de la Constitution; des proclamations menaçantes annoncèrent une guerre impitoyable. L'effet de celte rigueur, dont l'emploi était réglé avec sang-froid, ne se fit guère attendre. Les chefs vendéens cessèrent d'agir de concert. M. d'Aulichanip accepta des conditions négociées par l'entremise zéléô de l*abbé Beinier; M. de Suiannet y accéda. M. de Châtillon, qui commandait sur la rive droite aux environs de Nantes, se soumit aussi. En même temps, des exécutions militaires soudaines, exercées sur quelques agents émigrés ou chouans saisis par la police, montraient que le premier Consul ne serait arrêté par rien pour atteindre le but qu'il se prôpo-

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sait. Un dernier acte de ce genre |âît éclatant, et répandit une sorte d'eifiroi dans l'opinion' publique, alors si fayo* rable au gouvernement consulaire. M. de Frotté , chef de la Chouannerie normande, un des plus obstinés contre la pacification, se voyant sans espoir, se risqua à venir parlementer avec un général, dont il' croyait avoir la garantie. 11 fut dit que ce général n'avait aucun pouvoir pour traiter avec M. de Frotté, ni pour lui accorder un sauf-conduit. M. de Frotté fut jugé et fusillé.

En un mois, tous les départements de TOuest rentrèrent dans une soumission complète. Mais si la population avait retrouvé un repos qu'elle-même souhaitait, il n'en était pas ainsi des chefs de la Vendée et des Chouans; leur soumission n'était pas plus sincère qu'elle l'avait été les autres fois. Les uns gardaient une constance désintéressée à leurs opinions; les autres n'auraient pas voulu renoncer à l'importance qu'ils se supposaient : il y avait parmi les Chouans des hommes d'un caractère singulièrement énergique, d'une nature indomptable. D'ailleurs les habitudes de la guerre civile ou de la conspiration politique laissent un besoin insatiable de fortes émotions; jouer sa tête devient une passion aussi impérieuse, aussi invincible que la passion de tout autre jeu de hasard.

Mais, comme on ne pouvait plus combattre, on en était réduit à Conspirer ou à intriguer, chacun selon la portée de sou esprit ou de son courage. Le gouvernement consulaire avait assez de vigilance et de force pour réprimer de telles attaques. La machine infernale , crime de quelques Chouans et qui flétrit leur nom dans l'opinion générale, fut le motif d'actes de rigueur exercés contre plusieurs chefs. La vaste conjuration de Georges et de Pichegru, et leur procès, aclievèrent la répression complète du parti vendéen.

De ce moment, il n'y eut plus rien à tenter. Pendant ces quatre années, l'Europe vaincue avait traité avec Napoléon; l'ordre public avait pris une admirable régularité;

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