‹ Études historiques et biographiquesChapitre 16 sur 23 · CAULAINCOURT, DUC DE VICENCE · texte numérisé non relu

CAULAINCOURT, DUC DE VICENCE

Ârmand-Âugustin-Louis de Caulaincourty duc de Vicence, naquit en 1773» d*une des plus nobles et plus illustres familles de Picardie. 11 entra au service, selon l'usage, dès sa première jeunesse, fut d'abord aide de camp de son père, le marquis de Gaulaincourt, et se retira de l'armée en même temps que lui, en 1792. L'année suivante, il se trouva compris dans la levée qu'on nomma la première réquisition, et qui embrassait tous les jeunes gens depuis dix-huit ans jusqu'à vingt-cinq. Le rang qu'avait occupé sa famille, le grade qu'il avait eu, auraient plutôt été alors des motifs de proscription que de faveur; il partit comme simple soldat d'infanterie; plus tard, il passa dans la cavalerie, et y parcourut les grades inférieurs. Après le 9 Thermidor, il devint aide de camp du général Aubert-Dubayet, et le suivit dans son ambassade à Constantinople. En 1797, il revint en France, chargé d'accompagner l'ambassadeur turc ; puis il obtint le grade de chef d'escadron, et fut aide de camp de son oncle le général d^Harville. En 1799, il fut nommé colonel du deuxième régiment de carabiniers, et fit avec une grande distinction la campagne de 1800, dans l'armée du général Moreau.

A la paix de Lunéville, le Premier consul le choisit i)our aide de camp, et ne tarda point à lui donner une mission pour la Russie, où l'empereur Alexandre venait àe succéder

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à son père Paul l*^ La paix avait été conclue entre les deux puissances, et M. de Caulaincourt précéda de quelques mois l'ambassade du général Hédouville. Ce fut là qu'il commença à faire remarquer celte dignité dans les manières, cette gravité dans le langage, cette parfaite mesure, qui l'appelaient à se distinguer dans la carrière diplomatique. Le Premier consul lui témoigna de plus en plus sa haute estime et sa confiance. Lorsque les Tuileries, même avant la proclamation de l'empire, commencèrent à prendre Taspect et l'étiquette d'une cour, M. de Caulaincourt fut chargé des fonctions de grand-écuyer.

Au mois de mars 1802, des tentatives concertées à l'étranger avaient menacé la vie du Premier consul; il donna l'ordre à M. de Caulaincourt de passer le Rhin avec un détachement d'infanterie de gendarmerie et de dragons, d'occuper la petite ville d'Offenbourg, de donner l'ordre d'an^èter plusieurs émigrés qui s'y trouvaient, et de se rendre aussitôt à Carlsruhe pour remettre au grand-duc de Bade une lettre destinée à expliquer et justifier cette violation d'un territoire neutre et cette infraction au droit des gens.

Pendant que M. de Caulaincourt exécutait ce qui lui avait été prescrit, une colonne, commandée par un général qui avait reçu directement d'autres instructions , partait de Schlestadt, traversait le Rhin, cernait la ville d'Ëtenheim, et s'emparait du duc d'Ënghien et des émigrés qui se trouvaient près de lui. Lorsque peu de jours après l'exécution soudaine et clandestine de ce malheureux prince vint glacer tous les esprits de surprise et d'épouvante, M. de Caulaincourt ne cacha nullement le profond sentiment de douleur que lui inspirait cet acte de cruelle iniquité.

11 ne renonça point à servir son pays, et ne quitta point la carrière ouverte à son activité, à sa jeunesse, à ses espérances; mais, conformément à son caractère, se roidissant contre les injustes préventions auxquelles avait donné lieu

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sa mission à Strasbourg y il résotui de monirer, par sa \ie entière» que ee n'était pa& à lui qu'on avait pu songer paur rexécutioB d'un pareil ordre.

Lorsque le Premier consul devint emper^r, M. de Gau« laincourt eut le titre de grand-éouyer» dont il remplissait Aé^k les fonctions.^On le vit à cette cour conserver constam* raent son maintien réservé, sas Boanières froidement polies. Qn retrouvait en lui cette habitude de respect sans servilité, de zèle sians flatterie, d^obéissaaee éclaiFée, de fermeté sii^ cère dans le langage, qui rappelait la tradition d'une, iponarchie où le pouvoir absolu était tempéré par de nobles mœurs.

Après avoir fait avec Napoléon les campagnes de 180S» 1S06 et 18€^, il fut choisi pour ambassadeur en Russie, lorsque la paix de Tilsit eut uni les deux empereurs par une mutuelle amitié. Dons ce poste éminent, M. deCaulaincourt montra tout ee qu'il valait. 11 gagna non-seu^ lement l'estime, mais l'intime confiance de l'empereur Alexandre. 11 ne se servit jamais de ce crédit personnel que dans l'intérêt de ta France; mais jamais non plus il n'a^ busa de l'amitié que sa loyauté lui avait acquise. Lorsque Napoléon voulait tromper son auguste alKé, il lui fallait auparavant tromper son propre an^bassadeur ; a¥$si» lorsque M. de Caulaincourt s'aperçut qu'en réalité les relations politiques n'étaient plus les mêmes entre les deux souverains, il deeaanda son rappel.

Chacun sait avec quelle franchise» avec quelle iné* branlahle obstination il opposa ses conseils et ses présages à la funeste entreprise qui devait iSnir par la retraite de Moscou et la perte de l'armée française. Ce fut lui que Napoléon prit pour unique compagnon de voyage, lorsqu'après le passage de la Bérésina, il quitta les débris de la grande armée pour venir en France en chercher une nouvelle.

L'année d'après, en 1813 , pendant l'armistice, il fut dé«

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signé pour traiter de la paix au congrès de Prague, ayant pour collègue le comte de Narbonne, et n'espérant pas plus qae. \m de réussir dans une négociation où les puissances coalisées étaient maintenant en position d'être exigeantes, tandis que Napoléon comptait encore sur la victoire et ne pouvaii se résoudre à aucun sacrifice.

Aprèâ le désastre de Leipzig, TEmpereur, consentant enfin à VftssMrer FopÂaioa publique qui lui reprochait de perdre la France, ei de ne pas vouloir sineèremeni la paix, appela lA. de Caulaincouri au ministère des affaires étran^ gère's. Alors commença le congrès de Châtiilon. Xamais négociateur ne se trouya dans une position plus difRcile eX plus f&ebeuse; il avait à lutter contre des sentiments de vengeance longtemps comprimés,, contre de justes méfiances, contre Tinsolei^e des; vainqueurs nouveaux; il était forcé de suivre les vokmtés mobiles de Napoléon, dont la réBÂgnatioo ou Tes^igeiice variaient chaque jour selon la chaneede&ccHnbats. Immuablement attaché à rintérëtet à rhoiineur de la France, M. de Caulainoourt savait pourtant se faire respecter au milieu de eireonslauces si dépku rablea.

Napoléon succomba , et M. de Caulaincouri s'acquitta jusqu'au dernier moment des devoirs de fidélité qu'il avait contractés sans jamais y manquer. Lorsque les alliés fur. rent entrés à Paris» pendant que TËmpereur était à Fontainebleau , M. de Gaulaincourt et le marédial Maedonald se chargèrent d'apporter aux souverains de. la coalittoa soa9k abdication en faveur de son fils* Bien qu'un gouver* nement provisoire fût déjà formé, que le sénat eût pro« nonce la déchéance et que tout fût déjà disposé à Paris pour la restauration des Bourbons , Fempereur Alexandre et ses alliés conservaient encore quelque incertitude. Le& plénipotentiaires de l'empereur Napoléon furent ad-* ims près de l'empereur de Russie , qui était entouré de M« de Talleyrand et des membres du gouvernement pro-^

visoire, qui jusqu'alors avaient été encouragés par son assentiment. Le maréchal Macdonald, et surtout M. deCaulaincourt, plaidèrent avec chaleur la cause qu'ils s'étaient chargés de défendre ; il rappela que les alliés avaient déclaré dans leurs proclamations qu'ils n'imposeraient pas un gouvernement à la France; il essaya d'en appeler au souvenir de l'amitié qui avait uni les deux empereurs. Il fut écouté avec bienveillance, et l'on pouvait juger que l'empereur Alexandre voyait dans cette fidélité à soii général et à son souverain un nouveau motif pour l'estimer davantage.

Mais les choses étaient trop avancées, et les hommes politiques qui avaient déjà proclamé la Restauration étaient trop considérables et trop nombreux pour n'être pas mieux écoutés que les plénipotentiaires de Fontainebleau.

M. de Caulaincourt revint quelques jours après négocier un aulre traité. Napoléon avait consenti à une abdication complète. Les conditions qu'il s'agissait maintenant de stipuler se rapportaient au sort qui serait fait à lui et à sa famille. Ce traité du 11 avril 1814, qui lui donna la souveraineté de l'île d'Elbe et un revenu annuel , fut signé du maréchal Ney et de M. de Caulaincourt.

La Restauration le plaçait dans une situation triste; poursuivi par des préventions dont l'injustice le blessait depuis longtemps, il avait trop de fierté pour rechercher une indulgence, dont il ne croyait avoir nul besoin. L'empereur Alexandre tenta inutilement de lui concilier la bienveillance des princes de la maison de Bourbon. 11 ne voulait ni pardon ni amnistie, et ne demandait pas à être justifié ni devant le gouvernement, ni même devant l'opinion trompée. Il entendait porter tête haute toute sa vie passée. D'autres se faisaient pardonner humblement des crimes réels. Pour lui, il n'eut pas enduré patiemment de courber son front devant de fausses apparences. Il quitta la vie publique pour vivre dans la retraite. Le 20 mars et le re-

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tour de Napoléon l'eu tirèrent pour un moment. Sans concevoir une espérance, bien assuré que ce dernier triomphe du génie n'aurait d'autre résultat qu'une chute plus profonde que la première et un grand malheur pour la France, il accepta par obéissance le ministère des aiiaires étrangères; puis fut placé dans la commission provisoire qui précéda de quelques jours la seconde entrée des ennemis à Paris.

Dès lors il rentra pour n'en plus sortir dans la vie privée. La douceur des affections de famille, le commerce de l'amitié, le plaisir de faire du bien, ne suffirent pas à lui donner le calme et une existence heureuse. Les âmes fières souffrent d'autant plus de l'injustice des hommes qu'elles ne s'en plaignent jamais; la pensée, qui les préoccupe, les ronge intérieurement sans qu'aucune effusion vienne les soulager. C'est un genre de soufiTrance qui n'appartient pas à tous et dont il est honorable de sentir les angoisses.

Malgré beaucoup de motifs pour regretter la vie, il sentit la mort approcher, sans crainte et même avec une sorte d'amère satisfaction. 11 y vit Toccasion de donner à son propre témoignage, au cri de sa conscience, cette irrésistible persuasion attachée aux paroles des mourants. Son testament, animé des sentiments religieux qui adoucirent ses derniers moments, renferme ces mots : a On ne ment pas à Dieu en présence de la mort : je jure que je n'ai jamais été pour rien dans l'arrestation du duc d'Ënghien. » 11 mourut le 19 février 1827.

M. de Caulaincourt a laissé des mémoires que sa famille n'a point encore publiés. Ils ont un grand intérêt, surtout dans tout ce qui se rapporte à son ambassade en Russie et aux circonstances qui précédèrent et amenèrent la funeste campagne de 1812. Dix ans après sa mort, madame de Sor fit paraître un livre intitulé : Souvenirs du duc de Vicence, Elle-même explique qu'elle ne connaissait pas M. de Caulaincourt, qu'elle le rencontra aux eaux de Plom-

aaa études BKMUUBHiaUES.

bières, ei eut ainsi Toccama de lui entendre laeoat^ bs événenients de sa vie. l\ faut qua sa mémoirei ik'aii paa été très>^fidète , ear les faits sont souveai rappoHéa aai^ exao» titude» et le caraetère du duc de Vicenoo» aioai giMt le lan*» gage qu'elle hii prête, ont peu de ressemblance avec la réajUté.

Goiwion-S^int'Cyr (Laurent) ^ iK^aré^ihal deFrance^ ambas&adeur, colouel-géoéral des. eukassiers^ ministre de la marinQ et de la guerre* pair de Frauce, naquit à Toul le 13 avril 1762. Sa famille n*était point riche; il reçut touter fais une éducation qui, développant d'heureuses dispositions, lui promettait de s'avancer honorablement dans la carrièi:e où il entrerait^ Toul était alors une ville toute mi« litaire ; elle avait une garnison ; une école d'artiUorie y était établi^ : c'était de ce côté que se tourt^ait la vocation des jeunes ge^s bien élevés, La famille du jeune Gouvion désirait qu'il prît cette route; plusieurs de ses parents étaient devenus rapidement officiers, 11 1^ montrait aucun attrait pour la procession des. armes, qui^ plus tard» devait le conduire à la gloire et à une haute fortune. l<e çaract^^ d'indépendance, qu'il devait conserver à toutes Iqs époques de sa vie, dicta sa première résolution. La situation d*un offi« cier de fortune, à qui le mérite et les services rendus ne suffisaient pas pour s'avancer, ni pour devenir Tégal des officiers privilégiés, ne lui plaisait point.

Son goût était porté vers les arts ; il avait, sans beaucoup d'étude, réussi à bien dessiner. La vie libre d'artiste semblait lui convenir. Pour se perfectionner, pour se faire un nom, pour trouver dans son talent les ressources nécessaires, il eùJ^ fallu aller d'abord à Paris, y passer quelques années dans le^

écoles et les ateliers» concourir pour les prix, et devenir pensionnaire à Técole de Rome. Le jeune Gouvion ne voulut point s'assujettir à ces conditions; il conçut à dix-huit ans le projet d'aller à Rome, et d'y travailler, sans être officiellement élève de Técolede France. Il y passa deux ans; quels progrès il y fit, quelles furent ces occupations, c'est ce qu'on n'a point su : il n'aimait point à parler de lui; il ne se racontait à personne; il ne rappelait cette époque de sa vie que pour dire combien le séjour de Rome, la vie qu'on y menait, les monuments des arts, les souvenirs et les débris de l'antiquité avaient eu de charme pour lui. En même temps il y avait acquis une sûreté et une finesse de goût qui n'auraient peut-être pas fait de lui un artiste distingué, mais lui avaient donné le jugement et la conversation d'un amateur éclairé.

11 parcourut l'Italie et la Sicile, puis vint à Paris en 1784. Il y vécut de même qu'à Rome, mêlé aux jeunes artistes, fréquentant les ateliers, et plus spécialement celui de Brenet, peintre oublié aujourd'hui; mais il ne se risquait point à entreprendre et à terminer une œuvre quelconque; il était sévère pour lui-même, et difficile fi contenter; avant de prétendre au succès, il lui fallait avoir ses sûretés. La profession qu'il voulait embrasser n'était peut-être pas même déterminée; il avait, a-t-il dit quelquefois, envie d'être architecte.

La Révolution le trouva dans cette incertitude; ses opinions n'étaient ni excessives ni passionnées , mais favorables aux changements qu'après le 14 juillet l'Assemblée constituante venait d'opérer. Un de ses parents était major général de la garde nationale parisienne; un autre Gouvion était aide de camp de M. de La Fayette; lui-même fut attaché à l'état- major. Après le 10 août, Gouvion, ainsi que plusieurs autres officiers de la garde nationale, s'enrôla dans un des bataillons que le conseil exécutif appelait à la défense de la patrie. Ils obéissaient ainsi au sentiment patriotique qui leur faisait un devoir de préser-

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ver la France d'une invasion étrangère; en même temps ils trouvaient dans l'armée un refuge contre les barbaries révolutionnaires qui menaçaient tous les honnêtes gens. Ce fut le !•' septembre 1792 que Gouvion se fit inscrire au premier bataillon de chasseurs républicains, en prenant pour surnom le nom de famille de sa mère, afin d'être distingué de ceux de ses parents qui étaient au service militaire.

Tous les enrôlés, qui formaient ces bataillons de volontaires, n'étaient pas animés des généreux sentiments qui déterminaient la vocation de Gouvion-Saint-Cyr. Parmi les chasseurs républicains, on comptait beaucoup de mauvais sujets, batteurs du pavé de Paris, recrues habituelles des journées de révolution. Les récits contemporains aboîident en informations sur l'indiscipline et les méfaits qui signalèrent le passage des bataillons parisiens dans les villes qu'ils traversaient, en se rendant à l'armée. Le bataillon où il se trouvait avait été dirigé sur l'armée de Custine ; il arriva au milieu de novembre devant Mayence. Le général avait su qu'il avait commis quelque désordre. Custine aimait les soldats, et les traitait paternellement, mais il était sévère contre tout manquement à la discipline; il fit former le bataillon en carré:— «Vous êtes un tas de coquins,)^ — leur disait-il. Une voix se fit entendre dans les rangs : — « Pas tous. » — Custine voulut savoir qui avait parlé. Un capitaine, qui devait son grade à l'élection de ses camarades, s'avança : c'était un grand homme, d'une tournure distinguée, d'une physionomie grave et intelligente; le général entra en conversation, et apprit ainsi qu'il était un homme bien élevé, d'un esprit cultivé, qui avait voyagé, et savait dessiner. H le plaça comme adjoint à Tadjudant général du génie Gay de Vernon. Ce fut ainsi que Saint-Cyr débuta dans la carrière militaire; il se fit remarquer par l'exactitude de son coup d'œil , et son tact à discerner les avantages ou les inconvénients des positions militaires, à indiquer la direction qui devait être choisie pour la marche des troupes, et

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à recoAA&Ure \é côté faible des lignées ennemie»» Le S^r^tee d'officier de troupe, un bng Apprentissage dMs une situation subordonnée) oà le mériti^ consiste ÛM% une tûlbdssance valeureuse et dévoilée plutôt que dans Texercice de Hntelligénce, lui eût peut-être mal convenu. Les devoirs et les occupations d'officier d*état-major étaient oonformes à son caractère ; il avait rencontré sa véritable vocâtioto. Aussi) dans sa carrière de <^f d'armée ou de ttinisths de la guerre^ a-t4i toujours témoigné quelle importance il attachait à la composition de l'étatHnajor, dont il a fait une arme spéciale et savante.

Dans le gràdesubàlterneoùilftitd'abord placé,ii ne tarda domf point à se distinguer et à se rendre utile, et même im*portant. Sous le gouvernement déréglé de la Convention, les généraux en chef étaient incessamment nommés, destitués, envoyés à l'échafaud. Les nouveaux venus avaient toujours besoin des rapports et des conseils du capitaine-adjoint. Quant à lui, il prenait soin dé se dérober à un avancement qui l'aurait exposé, soit aux soupçons des commissaires de la Convention, soit aux dénonciations des chefs jacobins^ qui avaient alors tant d'influence sur la conduite de la guerre et la chute des DfficierSé Âit)si, sans avoir le grade d'officier général, il en remplissait les fonctions.

Dès le mois de novembre 1793, il était le chef d'élatmajor du général F^érino, ti dirigeait les opérations de sa division. Déjà sa parfaite connaissance du théâtre de la guerre, la sagacité avec laquelle il jugeait le lieu et le mo* ment favorable pour agir, lui avaient fait une réputation dans l'armée. **• « Saint^Cyr joue auîc échecs, » — disait* on, lorsqu'il expliquait les combinaisons qu'il avait conçues. Le conventionnel Hentz voulait le faire général. -^ « Je suis parent de Gouvion, l'ami de La Fayette, obj^la Gouvion*Saint-Cyr. — N'importe, répondît le représentant, un coquin dans une famille ne doit pas empêcher les autres de servir la patrie. »— * Ce fut ainsi qu'il devint général de

division^ dé rftpidè jstvanoemigYit M Ift ¥<ècofn{yèY)$è dé la ^t% qu'il avait \î>Hse à tootèd leis t^^péralwMîs de te fin ée l'^9S, èl s%vHii9iil à là campagine d^ décembre où le général Hoche, rèunisi^ditl te <^mmsttid<mettl de Ta^n^ée du Rhin et de Ta^méè d<ê là MosèUi;^ f<^à lès Autrichiens & ret>fts$ei' le Rhiti. Le dutisèâ dé te journée du Gëii^berg tù% surtout attribué à 8ainM]yr^

Tout èit déplorant le désordre^ qui tégfUaU souvent dans celte armée, et Tautorité révolutionnaire qui la dominait, Saint^Cyr vb ptei^it aux mœurs et à l'esprit de ses compagnons d'armeSi Parmi ces générant et ces ofliciers, qu'on surnonmiait le« Spartiaied de l'armée du Rhin, régnaient alors un patriotisme sincère et dévoué, Tabsenoe d'ambition, un entier désintéressement, des habitudes austèies» la palîence à supporter les privations, une persévérance que rien ne décourageait^ et une vraie fraternité avec les soK dais, qui ne nuisait point à la discipline» Deux généraujt surtout jouissaient de l'estime et de la confiance de l'armée, Desaix et Saint-Cyr; ils s'unirent d'une étroite amitié; Desaix avait un désir plus ardent de la gloire, un plus grand besoin d'activité, une imagination plus exaltée. Saint" Gjrr semblait plutdt inspiré par l'amour du devoir, par le soin qu'il apportait à ce qu'il devait faire; il aimait à saisir les occasions plutôt qu'à les chercher; l'un animé et expansif : l'autre calme, porté à la prudence et à la précaution, peut-être même à la méfiance^ Lorsque les Autrichiens furent repoussés au delà du Rhin, et les Prussiens dans le Palatinat, tout Telfort de la guerre Ait dirigé vers l'armée du Nord. Les soldats de la République avaient acquis l'expérience et l'habitude de la discipline; les généraux avaient été choisis avec plus de discernement, et d'après les preuves qu'ils avaient données de leur capacité ; Gamot était parvenu à exercer plus d'autorité dans le Comité de salut pu* blic* lourdan gagna la bataille de Fleurus; Pichegru reprit la Belgique et conquit la Hollande.

L'armée du Rhin avait été diminuée en nombre; elle n'avait plus l'appui et la coopération de l'armée de Sambre^t- Meuse, et ne tenta aucun mouvement. Mais la paix ayant été signée avec la Prusse, les armées de Jourdan et de Pich^ru, qui était revenu commander sur le Rhin, reçurent Tordre d'entrer en Allemagne. À aucun moment l'administration militaire n'avait été plus négligée. La dépréciation rapide des assignats privait le gouvernement de ses ressources ; Tannée du Rhin était dénuée de vivres, de vêtements, de chevaux. Toutefois elle s'empara de Manheim, et passa le fleuve; le succès dura peu; Jourdan, qui s'était avancé sur la rive droite, fut contraint à rétrograder; l'armée de Pichegrn, qui avait investi Mayence, sur la rive gauche, fut forcée dans ses ligues, et leva le siège.

Un armistice suspendit les mouvements de cette année; elle resta encore longtemps dans le plus triste dénûment; Pichegru commençait alors à se mettre en rapport avec le prince de Condé, et semblait se complaire à la voir misérable, mécontente et hors d'état de lutter contre l'ennemi, lorsque recommenceraient les hostilités. 11 donna sa démission, et fut remplacé par le général Moreau. A ce moment le Directoire venait d'adopter une vaste combinaison proposée par le général Bonaparte ; il allait prendre le commandement de l'armée d'Italie, et se tenait pour assuré de la victoire; il promettait de chasser les Autrichiens du Piémont et du Milanais, de telle sorte que les armées du Rhin entrées on Souabe et en Bavière pourraient communiquer avec Tarmée d'Italie par le Tyrol, et marcher de concert jusqu'à Vienne.

L'armée du Rhin était dans un état si déplorable qu'il fallut, pour la mettre en état d'entrer en campagne, plus de temps qu'on ne Tavait calculé. L'armée d'Italie avait déjà occupé la ligne de TAdige et investi Mantoue, lorsque le 23 juin 1796 l'armée du Rhin passait le Rhin. Ses mouvements ne pouvaient plus être combinés avec le général Bonaparte; mais elle commença par de brillants succès. Le

passage du fleuve était déjà une victoire; Moreau avait divisé ses forces en trois corps : Férino commandait la droite; DesaiXy la gauche; Saint-Cyr, le centre. L*armée de l'archiduc Charles fut repoussée jusqu'au delà du Lech, après avoir éprouvé plusieurs désastres où le corps de Saint-Cyr prit le plus souvent uno grande part à l'aclion.

Le plan de campagne prescrit par le Directoire rendit inutiles les succès des armées françaises. J^'armée de Sambreet-Meuse, commandée par Jourdan, était aussi entrée en Allemagne, et y avait fait de rapides progrès.. Traversant la Franconie, elle avait déjà son avant-garde à Ratisbonne. Ainsi elle remontait le Danube par sa rive gauche, tandis que Moreau s'avançait jusqu'en Bavière par la. rive droite. Non-seulement les deux armées n'opéraient point sous la direction d'un seul chef, mais leurs mouvements n'étaient pas concertés, et elles ne communiquaient point.

Il en advint qu'après avoir obtenu au combat de Nersheim un assez grand avantage sur l'armée de Moreau, qui se trouvait diminuée par le détachement des corps de Férino et de Desaix, l'archiduc, ne pouvant toutefois emporter la position qu'occupait Saint-Gyr, réunit toutes ses forces à l'autre armée autrichienne opposée à Jourdan. Se trouvant ainsi supérieur en nombre, il le força à une retraite précipitée, et le repoussa jusqu'à Dusseldorf. Dès lors Moreau se trouvait dans une situation périlleuse, au milieu d'un pays ennemi , séparé de la frontière par l'armée de Farchiduc libre maintenant de se retourner sur lui, tandis qu'il avait devant lui l'armée du général Latour. Cette retraite est demeurée célèbre dans nos fastes militaires; elle a fait la gloire du général Moreau. Une part en est réversible sur Saint-Cyr. Ce fut son corps d'armée qui, à Biberach, mit l'armée de Latour en déroute, et lui fit cinq mille prisonniers. C'est à cette bataille que les grenadiers demandèrent au général de mettre les canons au pillage. Rentrée en France, l'armée dut se tenir sur la défensive.

Desaix et Saint-Cyr commandèrent alternatiTenient le camp rclranché de Kclh, qui rosista pondant plusieurs mois à l'archiduc Charles, pendant que l'armée d'Italie détruisait les armées autrichiennes envoyées pour sauver Mantoue.

Après la paix de Campo-Formio, Saint-Cyr revint à Paris, oii il s'étonna, sans en être offensé, de s'entendre demander, par Rewbell, dans quelle armée il avait servi. — .Le directeur ajouta : « Entendez-vous l'italien? » — Sur sa réponse, il fut choisi pour commander l'armée qui venait d'entrer à Rome pour en chasser le Pape, et pour y établir une république. Les officiers, privés de solde, indignés des pillages et des dilapidations qui se commettaient, s'étaient révoltés, avaient forcé leur général, Masséna, à se retirer, et avaient formé un comité qui était chargé de gouverner l'armée.

Réprimer cette sédition était une tâche difficile; presque tous les corps de l'armée d'Italie étaient près de s'insurger. La garnison de Mantoue en avait donné l'exemple. Le gouvernement du Directoire n'était pas assez solidement établi, n'avait pas assez de sagesse et de mesure pour qu'il fût possible d'user de vigueur en sévissant contre les coupables; le choix de Saint-Cyr, pour une telle mission, était le meilleur possible; le calme et la fermeté de son caractère convenaient à la tâche difficile dont il était chargé. • Il annonça d'abord que le gouvernement lui avait donne Tordre de faire punir selon la rigueur des lois militaires les principaux coupables. Afin d'en restreindre le nombre, il considéra comme inculpés seulement les signataires d'un arrêté qui dépouillait le général Masséna de son commandement ; d'autres actes de rébellion portaient près de trois cents signatures; il ne parut pas en avoir connaissance. On ne pouvait compter sur les soldais ni sur les officiers \}Out procéder à l'arrestation des officiers qu'il désigna. Il ordonna aux chefs de corps de se charger eux-mêmes de cette exéculion et de conduire au château Saint-Ange les vingt

et un signataires. Cet ordre fut exécuté dans la nuit du 30 au 31 mars 1796.

Dès que Tarmée en fut informée , la sédition éclata parmi les officiers; ils s'assemblèrent au Gapilole, assurés d*avance qu'ils entraîneraient les soldats avec eux; toute* fois» les moins exaltés se trouvant en majorité, on se borna à envoyer une députation au général en chef pour lui demander la liberté des prisonniers. Saint-Cyr refusa de la recevoir et ordonna que la réunion des officiers eût à se séparer sur-le-champ. — La colère des séditieux fut vive; ils chargèrent une nouvelle députation de forcer la consigne pour arriver jusqu'au général; mais les soldats qui étaient de garde se refusèrent à manquer au devoir de la faire respecter; ils repoussèrent, sans hésiter, une telle violation de la discipline.

Pendant ce temps-là on négociait avec les prisonniers, en leur proposant de désavouer leur signature. Ils étaient tenus au secret, et ne sachant point ce qui se passait, ils se crurent abandonnés par leurs camarades; ils signèrent la dénégation qui leur était demandée et furent mis en liberté. Cependant SaintrCyr avait fait battre la générale en annonçant que le faubourg des Transtévérins se mettait eu insurrection et voulait massacrer les Français. Ofiiciers et soldats couiurent se rallier chacun à son drapeau. L'armée était rangée sur les places ou dans les rues désignées à chaque corps, et y resta jusqu'au soir. Vers dix heures, à la clarté des flambeaux, le général se rendit successivement dans les quartiers occupés par les troupes; elles étaient sous les armes, calmes et en bon ordre. D'une voix forte, sonore et accentuée il prononça une proclamation où il leur recommandait la discipline comme une condition nécessaire. — «Les armées, disait-il, c savent obéir pour vaincre et ne souffriront pas qu'on les « agile pour les dissoudre. » 11 annonça que le Directoire avait ordonné d'examiner la conduite de quelques offî-

ciers, mais avait sévèrement défendu d'inquiéler les autres.

L'ordre fut ainsi rétabli dans Tarmée de Rome. Deux divisions étaient destinées à s'embarquer à Givita-Yecchia et à faire partie, sous les ordres de Desaix, de Tarmée d'Orient. Elles refusèrent de s'y rendre; l'autorité et l'influence do Saint-Cyr et de Desaix furent nécessaires pour les déterminer à obéir.

Saint-Cyr continua à commander l'armée qui occupait l'État romain, s'entremettant le moins possible dans le gouvernement désordonné et l'administration concussionnaire de la république romaine. Il crut toutefois nécessaire d'interposer son autorité pour faire restituer à la famille Doria un ostensoir orné de diamants de la valeur de deux millions, que les consuls romains avaient confisqué comme mobilier d'église. Ce brigandage avait été commis avec une telle impudence, qu'on avait vu les femmes des deux consuls parées de ces diamants. Le Directoire avait pour commissaire, à Rome, le conventionnel Bassal; il s'était opposé à la restitution de l'ostensoir et rendit à son gouvernement compte de cette aflaire, en de tels termes, que, sans s'informer davantage, le Directoire destitua Saint-Cyr, le raya du contrôle de l'armée et lui enjoignit de rentrer en France sur-le-champ, sous peine d'être inscrit sur la liste des émigrés. Mais le Directoire fut bientôt mieux instruit et, avant même d'être arrivé à Paris, Saint-Cyr reçut un ordre de service pour l'armée du Rhin, Les consuls de Rome furent changés; peu de temps après Bassal fut arrêté et mis en cause pour concussion.

A ce moment une nouvelle guerre commençait entre la France et l'Autriche; le Directoire avait voulu que les armées du Rhin et d'Italie, encore incomplètes et mal approvisionnées , prissent roffensive. Saint-Cyr commanda l'aile gauche de l'armée de Jourdan, qui devait envahir la Souahe; celte invasion ne fut pas de longue durée. L'archiduc Charles avait des. forces doubles; après la bataille

de Stockach, où Faile gauche avait commencé par obtenir l'avantage et avait fait trois cents prisonniers, Jourdan fut obligé de se replier, et Tarchiduc ayant ainsi repoussé les autres corps de l'armée française, Saint-Cyr se trouva coupé; il réussit toutefois à rejoindre l'armée en faisant un détour dans les montagnes. L'armée du Rhin fut mise sous ies ordres de Masséna et sa destination fut désormais de se maintenir en Suisse, de manière à rendre impossible l'entrée des Autrichiens par la frontière de l'Est. Saint-Cyr ne pensait pas qu'il lui fût possible d'être en bonne intelligence avec Masséna; il demanda à passer en Italie. Moreau y commandait. Il venait de succéder à Scherer qui, de même que Jour<jan, n'avait pas eu les forces suffisantes pour résister aux armées autrichiennes et russes.

Le nord de l'Italie et le Milanais avaient été évacués. Après plusieurs batailles perdues, l'armée française n'avait pu défendre les lignes de l'Adige, du Mincio, de l'Oglio, du Tessin. Les Russes s'étaient avancés jusqu'à Turin. L'armée que Macdonald avait ramenée de Naples venait de se joindre à l'armée de Moreau, mais après avoir été vaincue à la Trebia. S'appuyant à l'Apennin, toutes les forces françaises avaient à défendre Gênes et le littoral contre un ennemi trois fois plus nombreux. C'est alors que Saint-Cyr arriva en Italie.

Joubert fut peu après envoyé par le Directoire pour succéder à Moreau, et livra imprudemment la bataille de Novi, où il fut frappé à mort dès les premiers coups de fusil. Saint-Cyr, qui commandait l'aile gauche, lutta avec avantage contre toute l'armée russe et se retira tranquillement, lorsque l'aile gauche, vaincue par les Autrichiens, le laissait exposé sans appui à toutes les forces ennemies. Championnet fut envoyé pour remplacer Joubert; il occupa le littoral et les montagnes depuis Savone jusqu'à la frontière; Saint-Cyr demeura chargé de la défense de Gênes et des passages qui y conduisent. Jamais peut-être,

dans sa carrière militaire, il ne se trouva aux prises avec tant de difficultés, en ayant si peu de moyens pour en triompher. Pendant quatre mois, il se maintint contre Tarn^ autrichienne, repoussant toutes ses attaques et les prévenant souvent avec succès. Les soldats laissés dans le démoment, manquant de vêtements et de pain, se décourageaient parfois et semblaient résolus à déserter ; il les ranimait en les menant au combat. Le 15 décembre il reai* porta à Âlbano une victoire signalée.

Cependant le général Bonaparte élait revenu d'Egypte; il était Premier consul ; il allait sauver et gouverner la France. La guerre était maintenant conduite avec les calculs du génie, et le bon ordre établi dans Tadministration^ fournissait aux armées les ressources nécessaires pour vaincre. Moreau fut chargé du commandement de Tarmée du Rhin et demanda Saint-Cyr pour un de ses lieutenants. Le Premier consul venait de lui décerner un sabre d'honneur et de le nommer premier lieutenant de l'armée d'Italie.

Moreau lui écrivait : — < Le gouvernement a la plus grande confiance dans vos talents. Je suis persuadé que vous aurez à vous louer de lui autant que vous avez eu à vous plaindre des précédents gouvernements. » — Quelle que fut la confiance de Moreau dans- son ancien lieutenant, leurs relations devinrent bientôt difficiles. Saint-Cyr, pour avoir toute sa valeur, avait besoin d'indépendance; il tenait à ses idées; il voulait que ses conseils fussent écoutés et suivis : tout réservé qu'il était, il blâmait ce qui se faisait contre ses avis. Il savait que Moreau, le comparant avec un autre de ses lieutenants, avait dit : — « Avec Desaix on gagne des batailles; avec Saint-Cyr on est sûr de n'en point perdre. » — Il profita d'une occasion où, obéissant à son ciief, il se trouvait dans une situation dangereuse, en face d'une armée ennemie beaucoup plus puissante que Moreau ne Tavait jugé; il se crut pourtant en mesure pour prendre l'offensive, en attaquant successivement les deux parties de

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Tarmée autrichienne, séparée par une rivière. Le général Kray abandonna ses magasins de Biberach et perdit deux mille prisonniers... De toutes ses journées de bataille, c'était peut-être celle dont Saint-Cyr aimait le mieux à se souvenir. Peu après, il demanda un congé et dit adieu pour toujours à Moreau.

C'était peu de jours avant la bataille de Marengo; l'Italie était reconquise. Un armistice avait été conclu; le Premier consul, de retour à Paris, nomma Saint-Cyr conseiller d'État dans la section de la guerre. En 1801, une alliance venait d'être formée entre la France et l'Espagne qui devait, aidée par une armée française, conquérir le Portugal. Saint-Cyr fut choisi pour la commander. — a Le Premier consul devait choisir, écrivait M. de Talleyrand, le général chargé de celle mission parmi ceux dont le nom ne rappelle que des victoires , dont le génie sail unir à la sagesse, qui conçoit des plans hardis, la vigueur et la fermeté qui les exécutent. »

Aucune suile ne fut donnée à ce projet ; Lucien Bonaparte, alors ambassadeur en Espagne, signa avec le Portugal un traité, qui fut sans doute, déterminé par les négociations déjà ouvertes avec l'Angleterre. Il revint à Paris et le général Saint-Cyr fui nommé pour lui succéder dans l'ambassade; il avait déjà inspiré aux Espagnols une grande estime et une entière confiance dans sa loyauté et sa sagesse. La cour d'Espagne continua à le traiter avec distinction; ii passa plusieurs mois à Madrid, sans avoir à y traiter de grandes affaires. Déjà il pouvait observer quelques signes des catastrophes qui menaçaient ce royaume. La crainte docile et la méfiance que le Premier consul entretenait dans le gouvernement espagnol, la haine et le mépris de la nation entière pour un favori tout-puissant, les opinions révolutionnaires qui fermentaient, lui donnèrent à prévoir ce qui ne devait arriver que sept ans après. 11 revint à Paris au mois d'août 1802. Le Premier consul lui demanda quelle

ambassade il souhaitait; Saint-Cyr parla de Berlin :— « Ce qui me conviendrait le mieux, ajouta-l-il, serait de n'en avoir aucune. » — Quelques jours après le Consul lui dit : « Je crois que vous avez raison, ce n'est point un métier qui convienne aux militaires. » — Saint-Cyr reprit sa place au conseil d'État.

Après la rupture du traité d'Amiens, le Premier consul, regardant la cour de Naples comme alliée de l'Angleterre, envoya une armée pour occuper le littoral du golfe de Tarente. Saint-Cyr fut choisi pour la commander. Le général Murât était alors à Florence avec le titre de général en chef de l'armée d'Italie; il se crut en droit d'envoyer un agent auprès de Saint-Cyr; le Premier consul trouva cette prétention très^déplacée. — « Murât n'aurait pas dû oublier les grands services rendus par ce général, ainsi que la latitude que le gouvernement a donnée à sa mission. » — Ainsi écrivit le Premier consul au ministre de la guerre. En effet, les instructions données à Saint-Cyr ne se rapportaient pas seulement à une occupation militaire; la guerre n'était point déclarée au roi de Naples. Le motif allégué pour cette violation de territoire était la nécessité de ne point laisser les ports à la disposition des Anglais. Il convenait donc de ménager, au moins dans la forme, le gouvernement napolitain afin de ne pas le pousser aux dernières extrémités; il était encore plus nécessaire de maintenir une discipline sévère dans l'armée pour ne point exaspérer les populations très -disposées à se soulever contre l'occupation étrangère. Saint-Cyr était plus apte que personne à snivre cette ligne de conduite; ileutde bons rapports, même avec la reine de Naples, tout irritée qu'elle était contre la France; les habitants du pays demeurèrent en repos. On trouve dans les lettres de Paul-Louis Courier qui servait dans cette armée : — « Le général est un homme de mérite, savant, le plus savant dans l'art de massacrer que peut-être il y ait; bon homme au demeurant et qui me traite en ami. »

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En 1804, le Premier consul devint empereur. Un de ses premiers actes fut de nommer dix-huit maréchaux de France. Saint-Cyr ne fut pas compiis dans cette promotion; il n*avait nullement recherché la faveur de Napoléon. Son obéissance et son exactitude aux devoirs qui lui étaient imposés étaient irréprochables; mais il servait son pays et non point la personne du général Bonaparte. 11 était scrupuleusement fidèle, mais n*avait pas le dévouement empressé de ceux qui, par ambition ou par culte d'admiration, s'étaient attachés à sa fortune. Ses idées sur la guerrç et sur la politique extérieure ne lui laissaient peut-être pas même assez de liberté d'esprit pour admirer le génie et pour adorer le succès qui avaient porté Napoléon au faîte de la gloire et de la puissance. Sans être un grand ami de la liberté, qui le préoccupait beaucoup moins que la nécessité de l'ordre, il avait du goût pour les mœurs républicaines; sans aucun sentiment d'envie ni de haine, il conservait un éloignement instinctif pour une constitution sociale qui eut comporté le privilège et l'inégalité de droits : c^était l'esprit de l'armée du Rhin, et peut-être au fond de tout militaire français depuis la Révolution.

Lorsque les armées envoyèrent des adresses pour provoquer la création de l'empire, Saint-Cyr n'en fit signer aucune dans le corps qu'il commandait. Interdire aux soldats toute délibération politique lui a toujours paru une règle indispensable. Le public s'étonna de ne voir ni Saint-Cyr, ni Màcdonald sur la liste des maréchaux , mais cette exclusion parut naturelle à quiconque vivait dans la région politique. Toutefois Saint-Cyr fut colonel général des cuirassiers, grand officier de l'empire, grand cordon de la Légion d'honneur. Il n'avait point quitté son corps d*armée, lorsqu^en 1803, la guerre fut déclarée à l'Autriche, le royaume fut évacué, et Saint-Cyr prit le commandement de l'aile gauche de l'armée d'Italie, dont Masséna était le général en chef. Chargé spécialement de garder les débou*

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chés duTyrol,il combattit, le 23 novembre, à Castel-Franco le prince de Rohan et le fit prisonnier avec tout son corps d'armée, quoiqu'il eût des forces inférieures.

Après la victoire d'Austerlitz et la paix de Presbourg, Napoléon détrôna le roi de Naples et donna cette couronne à son frère Joseph. Sainl-Cyr fut d'abord destiné à un corn* mandement dans Tarmée qui allait conquérir le royaume du nouveau souverain, et soumettre les sujets sur lesquels il devait régner. Plus tard, il obtint de revenir en France» et fut chargé de commander l'armée des côtes, dont le quartier général était à Boulogne. H y passa deux ans.

En 1808, après l'abdication forcée de Charles IV et de Ferdinand VU, après l'insurrection générale de la nation espagnole; après le désastre de Baylen, le général Saint-C^yr reçut Tordre de prendre à Perpignan le commandement du T corps et d'entrer en Catalogne, où le général Duhesoie avait été contraint de s^enfermer dans Barcelone. Toute la population était soulevée ; les places fortes étaient occupées par les insurgés et une armée régulière tenait la campagne. Jamais mission plus difficile ne lui avait été imposée. Le corps, d'armée qu'il devait commander n'existait pas encore; le général Duhesme était assiégé dans Barcelone; le général Reille dans Figuières. Une division italienne était attendue à Perpignan. Les bataillons ou les r^tments qui devaient y être formés allaient être composés de soldats sortant de l'hôpital ou de conscrits non encore exercés. Aucune disposition n'avait été prise pour mettre ce V corps en état d'entrer en campagne : on manquait d'artillerie, de munitions, d'habillements, de vivres. Saint- Cyr adressa d'inutiles réclamations au quartier général impérial; elles n'étaient pas écoutées. Dans sa méiiance, il imaginait que l'Empereur n'était pas fâché de rendre difficile et sans gloire la tâche qu'il confiait à un général en disgrâce. Sans doute, il se trompait : hormis pour l'armée que Napoléon conduisit en personne à Madrid » les

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mêmes embarras, la même détresse arfligèrent les chefs de tous les corps, qui, {)endânt quatre ans, parcoururent TEspagne sans pouvoir en achever la conquête. Assurément l'Empereur désirait leur succès; mais telles étaient les conséquences nécessaires de l'entreprise fatale où il s'était engagée; il ne pouvait s'occuper lui-même de cette guerre? il s était' suscité des ennemis dans T Europe entière. Pour les vaincre et les écraser, il lui fallait prodiguer les hommes et l'argent. Les généraux d'Espagne ne pouvaient donc pas avoir les ressources indispensables pour remporter les victoires qu'il ordonnait.

Ce qui importait le plus en Catalogne, c'était de faire lever le siège de Barcelone; Saint-Cyr y réussit, en s'emparanl du fort de Rose et en gagnant la bataille de Cardedeu. Il regarda ensuite comme nécessaire de prendre Gironne, dont la résistance contribuait à maintenir les Catalans en état d'insurrection. Un ordre était arrivé de Paris pour se rapprocher de l'armée d'Aragon et opérer de concert avec elle ; Saint-Cyr s'y refusa, et le maréchal Augereau fut nommé commandant du 7" corps. 11 se rendit à Perpignan; sachant d'avance qu'il ne réussirait pas mieux que Saint-Cyr à exécuter les volontés de Napoléon, il allégua le mauvais état de sa santé, et ne vint point prendre le commandement de l'armée. Trois mois se passèrent ainsi; Saint-Cyr, lassé d'une position fausse et abreuvé de dégoûts, écrivit à Augereau qu'il quittait le commandement.

L'Empereur s'irrita de cet acte d'indépendance; le ministre le censura pour avoir quitté Perpignan sans autorisation, et lui donna l'ordre de tenir les arrêts dans sa terre avec privation d'appointements. Saint-Cyr ne réclama point, et passa deux ans dans cet exil. Le 12 avril 1811, parmi les grâces distribuées après la naissance du roi de Rome, le général Saint-Cyr fut rappelé au conseil d'État avec remise de ses appointements arriérés. L'Empereur se préparait dès lors à l'expédition de Russie; il complétait tous les cadres

de son armée et remettait en activité de service un grand nombre d'officiers, qui depuis longtemps étaient hors d'activité. Quoique assurément Saint-Cyr ne fût pas de ceux qui plaçaient quelque espérance de succès et de gloire sur cette entreprise, dont s'alarmaient les plus dévoués serviteurs de Napoléon, il fut choisi pour commander le sixième corps d'armée; réuni au septième qui était sous les ordres dn maréchal Oudinot, ils livrèrent bataille le 7 août au prince Wittgenstein, à Polotsk, sur la rive droite de la Dwina. Oudinot fut blessé et quitta le commandement ; Saint-Cyr le fut aussi pour la première fois de sa vie, mais pas assez gravement pour l'empêcher de prendre le commandement des deux corps. Le 1 8 août il attaqua les Russes, au moment où ils le croyaient en retraite et réussit complètement. La bataille fut gagnée; il reçut alors le bâton de maréchal. C'est le dernier que Napoléon ait donné.

Deux mois après, et dans le même lieu où le corps de Saint- Cyr avait dû garder position pour défendre le flanc gauche de l'armée qui marchait sur Moscou contre l'armée de Wittgenstein, une troisième bataille fut livrée. Les Russes étaient très-supérieurs en nombre ; ils furent d'abord repoussés, mais un corps russe avait déjà passé le fleuve sur un autre point, et les Français furent obligés de se retirer de la rive droite. Saint-Cyr avait été grièvement blessé le 18. Son armée se réunit au corps du maréchal Victor, et bientôt après furent consommés les désastres de la retraite de Moscou. Le prince Eugène, qui fut un moment à la tête des débris de l'armée française, essaya d'abord de les réunir. Il nomma Saint* Cyr commandant d'un onzième corps qui n'existait pas. Le maréchal était à peine guéri de sa blessure et fut atteint du typhus; il revint en France.

L'année suivante, au mois de mai, quelques jours avant la bataille de Bautzen, l'Empereur le manda à Dresde; il lui décernait, disait-on, un commandement important, mais il fut pris d'un coup de sang, tomba sans connais-

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sance, resta évanoui pendant plusieurs heures et aurait sans doute succombé si, dans sa chule, il ne s'était pas fait une large blessure d'où le sang avait abondamment coulé. Dès qu'il fut rétabli, l'Empereur lui donna à commander un corps d'armée composé de conscrits qui arrivaient de France, et le chargea d'occuper Dresde et Pirna.

La confîance que l'Empereur lui témoignait fut bientôt justînée. La grande armée des alliés déboucha par les défilés de la Bohême, et il réussit néanmoins à se maintenir à Dresde jusqu'au moment où Napoléon arriva en toute hâte et remporta une de ses plus grandes et dernières victoires; elle ne le sauva point; il devait succomber sous les efforts de toute l'Europe soulevée contre lui. Il quitta Dresde, qui avait été pendant tout le mois de septembre le centre de ses opérations. La marche des armées de la coalition n'avait pu être arrêtée; n'ayant point réussi à le cerner dans cette position, elles se dirigeaient vers les plaines de la Saxe et menaçaient de couper ses communications avec la France.

Napoléon dut se transporter avec toutes ses forces sur le théâtre de la guerre où son sort allait être décidé. I^ 7 octobre, il laissa à Dresde le maréchal Saint-Cyr, après lui avoir donné pour instruction de hâter l'évacuation des hôpitaux qui renfermaient douze mille blessés ou malades, de vider les magasins et de détruire les ouvrages de défense, afin de pouvoir abandonner la ville. 11 lui écrivit quelques heures après que son intention était de conserver Dresde et qu'il devait s'y maintenir; à ce moment il espérait gagner une bataille sur l'armée autrichienne qui se dirigeait de la Bohême sur la Saxe. Son attente fut trompée, et il continua sa marche vers Leipzig pour s'opposer aux armées de Blûcher et de Bernadette qui passaient l'Elbe.

Pendant cette marche, Dresde fut attaquée par la plus grande partie de Tarmée de Bohème. Toutes les positions

350 ÉTUDES BIOCRAPHlûOES.

avancées du corps de Sainl-Cyr furent défendues avec vaillance et obstination; mais il fallut se retirer successivement dans Tenceinle de la ville. Ce ne fut pas sans faire de sorties. Le 17 octobre, le maréchal attaqua le corps du général Tolstoy et le mit dans une déroute complète, lui prenant des canons et emmenant des prisonniers. Cette nouvelle arriva à TEmporeur le lendemain du jour où il avait perdu la bataille de Leipzig. Ses intentions sur la défense de Dresde ne pouvaient rester les mêmes. Dès le 19 octobre, il fit écrire par le major*général : — « Vous êtes autorisé à toute espèce de transaction pour vous tirer d'affaire. Vous pourrez y comprendre la reddition deTorgau ou de Wittemberg, à la condition de faire rentrer en France toutes les troupes françaises de la garnison, les malades compris. » — La garnison avait été laissée sans vivres et sans munitions; les troupes allemandes avaient passé à l'ennemi; les soldats et les habitants souffraient les horreurs de la faim : une capitulation fut signée le 11 novembre par les généraux Tolstoy et Klenau. Le prince de Schwartzenberg, généralissime des armées alliées, se crut en droit de ne la point ratifier. Saint-Cyr protesta contre cet abus de la force; les restes de son armée furent emmenés en Autriche comme prisonniers de guerre, et il eut Carlsbad pour séjour. Cette nouvelle fut annoncée par l'Empereur à un comité de généraux qu'il avait réunis pour conférer sur les plans de la défense du territoire. « C'est encore trente mille hommes de moins, » dit-on. — « Pis que cela, répondit l'Empereur, c'est le maréchal Saint-Cyf. » Sans doute il pensait que nul ne s'entendait mieux à la guerre défensive, et ne connaissait aussi bien que lui un pays qui semblait destiné à être le théâtre de la guerre, l'Alsace, la Lorraine et les Vosges. Saint- Cyr, retenu hors de France, fut donc étranger à tous les événements qui amenèrent la chute de l'Empire, l'abdication de Napoléon et la Restauration.

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Lorsqu'il rentra, la Charte était promulguée, et durant son absence, Louis XVIH avait placé son nom sur la liste des pairs de France. Il ne prit nulle part aux affaires, ne manifesta aucune opinion politique et vécut habituellement à la campagne. Ce fut là qu'il reçut, le 7 mars. Tordre de se rendre sur-le-champ à Lyon. Sur sa route il apprit le débarquement de Napoléon, et rencontra à Moulins Monsieur, qui revenait de Lyon«où il avait tenté vainement de prévenir Tentraînement séditieux des soldats et de la population ; Saint-Cyr revint à Paris et fut journellement appelé dans les conseils du roi, où il fut témoin des irrésolutions, des alternatives de crainte et de présomption et surtout de la méfiance que les princes laissaient apercevoir aux généraux qu'ils appelaient à la défense du trône. Pendant qu'on ne décidait rien, Napoléon avançait, et toutes les troupes qu'il rencontrait sur son passage revenaient sous leur ancien drapeau.

Le 19 mars, Saint-Cyr fut chargé du commandement des troupes réunies à Orléans; elles avaient été placées sous les ordres du général Dujiont, qui ne pouvait exercer aucune influence sur l'armée, tant il l'avait mécontentée pendant qu'il était minisire du roi. Le 20 mars on apprit que Louis XVIII, sa cour et son gouvernement avaient quitté Paris; la troupe prit spontanément la cocarde tricolore, et le général Dupont, désespérant d'obtenir aucune obéissance, partit i>our se rendre à Nantes où il croyait trouver le duc de Bourbon. Telle était la situation lorsque arriva le maréchal Saint-Cyr; il descendit à une auberge où les chefs de corps vinrent lui rendre leurs devoirs; ils furent d'abord un peu étonnés en voyant que le maréchal avait à son chapeau la cocarde blanche. On lui dit que les soldats l'avaient quittée. — « Il faut qu'ils la reprennent, » — répondit -il froidement. Le voyant si décidé, le colonel du Coéllosquet lui promit de faire exécuter cet ordre dans son régiment; les autres colonels pensaient qu'il serait seulement possible

de faire quitter aux soldats la cocarde tricolore. Le maréchal annonça qu'il passersgit la revue le soir à six heures; tous les régiments avaient la cocarde blanche, hormis un seul qui n'avait ni Tune ni l'autre. Le lendemain 22 mars et le 23 le service fut fait réguhèrement, la discipline respectée et la cocarde blanche portée par tons, lorsque depuis trois jours le drapeau tricolore était arboré aux Tuileries. Pour les contemporains .qui se rappellent quel était alors l'état de l'opinion dans l'armée et dans une partie de la population, ce succès obtenu par une fermeté calme et par le respect attaché au nom du maréchal Saint-Cyr, est resté un fait vraiment merveilleux. L'obéissance ne pouvait se prolonger indéfiniment, et le 24 au soir, la sédition éclata. Saint-Cyr y courut quelque danger, et se retira à Bourges. Peu de jours après il fut mandé à Paris par l'Empereur, qui l'accueillit avec bienveillance et ne lui parla ni du gouvernement de la Restauration ni de sa conduite à Orléans. Saint-Cyr avait, par précaution, témoigné assez hautement qu'il ne voulait pas servir la cause de Napoléon, pensant bien que ses propos lui seraient rapportés; aussi aucune offre ne lui fut faite. Lucien Bonaparte l'engagea à être plus réservé dans ses conversations et lui demanda ce qu'il pensait de l'inévitable guerre qui allait commencer. Saint-Cyr, que tant de triomphes et de conquêtes n'avaient pas réconcilié avec les guerres d'invasion et les batailles où était risqué le sort de l'armée et de la France, répondit : — « Je pense qu'avec la manière de votre frère, cette campagne doit durer quinze jours. »

Après Waterloo et la seconde abdication, Saint-Cyr fut appelé au conseil de généraux qui devaient donner leur avis sur la défense de Paris : il conseilla de proGter de lïmprudente témérité de Blûcher qui avait passé avec son armée sur la rive gauche. Le succès lui semblait certain; il proposait en même temps d'apporter au roi la soumission de l'armée. C'eût été une meilleure chance pour négocier.

Son opinion ne fut pas adoptée, et il refusa de se charger du commandement. Lorsque, le 8 juillet, il alla rendre ses hommages au roi qui venait de rentrer aux Tuileries, Louis XV] II l'embrassa et lui demanda comme un nouveau service de prendre le portefeuille de la guerre. Le maréchal accepta ; ses amis s'étonnèrent qu'il consentit à se charger de fonctions si peu compatibles avec l'indépendance de son caractère, avec son goût pour la retraite et le repos, avec sa répugnance à se compromettre dans la politique. Ces considérations ne l'emportèrent pas sur ce qui lui parut un devoir.

Les circonstances étaient graves; l'armée se retirait derrière la Loire et Ton pouvait douter que sa soumission fût complète; beaucoup d'officiers et même quelques généraux pouvaient l'enlrainer à de séditieux désordres. Une ordonnance du roi Tavait déclarée dissoute; mais Saint-Cyr se souvenait des services glorieux qu'elle avait rendus au pays, de son esprit patriotique, de sa soumission h la discipline qui subsistait encore et que la funeste erreur des Cent Jours n'avait pas abolie. H avait la conscience d'être utile pour assurer la paix publique, pour préserver l'armée des rigueurs et des outrages d'une réaction aveugle et passionnée ; il voulait que Topéralion toujours si dangereuse d'un complet licenciement devint seulement une transformation de l'armée.

Ce fut à quoi il réussit par l'organisation des légions départementales substituées aux régiments; par une ordonnance qui déclarait qu'aucune promotion n'aurait lieu pendant un an, ce qui comportait la nécessité d'employer les anciens officiers. De telles mesures étaient sages, politiques et encore indispensables ; elles n'en irritaient pas moins l'opinion des ultra -royalistes, qui voyaient traiter avec tant d'indulgence et même de préférence les serviteurs de la République ou de l'usurpation, et fermer les yeux sur la révolte du 20 mars. De ce moment le maré-

354 ÉTUDES BIOGRAPHIOUES.

chai Saint-Cyr leur devint odieux; la maison du roi, si inutilement rétablie pendant la première restauration, fut supprimée. La création d*une garde royale fut une concession : il voyait plus d'inconvénients que d'avantages dans l'existence des corps privilégiés et même des troupes d'élite; mais il n'avait pas sur ce point Tappui de l'opinion générale, ni de la volonté personnelle du roi.

Au mois de septembre, les difficultés de la négociation qui devait se terminer par les tristes traités de 18l4, et plus encore l'esprit réactionnaire, qui semblait prévaloir parmi les députés nouvellement élus, détermina un changement de ministère. Le duc de Richelieu succéda à M. de Talleyrand, et Saint-Cyr se retira sans hésitation, ni regret. 11 demeurait, dans l'opinion des hommes raisonnables, le ministre de la guerre d'un système politique approprié à la société française telle que l'avaient faite les vingt-cinq dernières années. Aussi, dès que le roi et son nouveau ministère, convaincus du danger où la réaction de 1815 précipitait le gouvernement, eurent, par l'ordonnance du 5 septembre et par ime nouvelle élection, mis un terme aux exigences passionnées du parti ultra-royaliste, le maréchal Gouvion fut rappelé d'abord au ministère de la marine, et peu après au département de la guerre (12 septembre 1817). -

Il reprit la tâche qu'il avait commencée en 1815; il ne s'agissait de rien moins que de mettre la composition de l'armée et l'administration militaire en harmonie avec la monarchie constitutionnelle, de donner au pouvoir royal une force suffisante pour défendre les intérêts extérieurs et l'honneur du pays, et pour maintenir la paix intérieure. II fallait aussi régler les dépenses de manière à ce qu'elles fussent votées et contr6lées par les chambres. Déjà l'ordre commençait à s'établir dans les finances de l'État; le budget avait été voté par la chambre nouvellement élue, après une discussion grave où avaient été établis des règles et des précédents qni, sans gêner l'administration, devaient lui im-

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poser réconomie et Texactitude. Les dépenses du ministère de la guerre furent proposées dans cet esprit, et la compta-* bililé de ce département fut assujettie à une régularité scrupuleuse. Saint-Cyr y introduisit la spécialité des crédits par chapitre, garantie essentielle des votes législatifs. Il parvint ainsi à présenter aux chambres des économies considérables sans nuire au service public.

Mais l'acte le plus important de sa vie politique fut la présentation de la loi de recrutement. Un article de la Charte avait prononcé que la conscription était abolie. Tout odieuse qu'elle était devenue par les immenses levées d*hommes qui se succédaient sans cesse, épuisant la population et désolant les familles, il restait évident que, dans le système d'armées nombreuses et nationales introduit par les guerres de la Révolution et maintenant établi dans toute l'Europe, l'enrôlement volontaire et l'engagement à prix dlargent n'étaient plus praticables. Les populations étaient sans doute exaspérées contre la conscription, mais elles n'auraient pas compris qu'un principe d'égalité n'appelât point toutes les familles à concourir au recrutement à charge égale. — Le recrutement fut établi sur un autre principe que la conscription : dans son origine elle avait consisté à contraindre tous les jeunes hommes de vingt ans au service militaire; plus tard le sort avait déterminé dans quel ordre ils seraient appelés sous les drapeaux ; mais en droit, et selon les besoins de la guerre, ils pouvaient être jusqu'au dernier requis de se rendre à l'armée. La loi ^e recrutement en ordonna autrement : elle régla les exemptions applicables aux jeunes hommes indispensables à leur famille, et cette exemption fut définitive ; le contingent de chaque année fut fixé à quarante mille hommes et ne pouvait être augmenté que par une loi spéciale. Ce contingent, réparti par départements et cantons, devait être obtenu par la voie du sort. Dès qu'il était complet, tous les jeunes hommes qui n'y étaient pas appelés par leur numéro étaient

définitivement libérés du service militaire, et nulle autorité * ne pouvait les requérir.

Dans la pensée de Saint-Cyr, une armée active de deux cent quarante mille hommes suffisait à la France, et le service devait durer six ans. — Ce ne fut pas sur ce point fondamental de la loi que portèrent les discussions; on ne pon* vait guère contester raisonnablement un mode de recrutement juste et nécessaire ; mais deux autres chapitres furent attaqués vivement et devinrent le champ de bataille des opinions et de Tesprit de parti. Une armée de deux cent quarante mille hommes ne suffisait évidemment que pour le cas de pleine paix; elle ne présentait pas les forces nécessaires pour commencer et soutenir une guerre. Saint-Cyr y suppléait par une institution qu'il laissa incomplète et qui n'a jamais subi l'épreuve de l'expérience. Après six ans de service, les sous officiers et soldats rentrés dans leurs foyers étaient classés comme vétérans et demeuraient assujettis pendant six autres années aux appels ordonnés par une loi qui les rappellerait sous les drapeaux.

Il y avait de raisonnables objections à présenter contre ce sy tème, tel qu'il était présenté. Pour lui donner toute son efficacité, il eût fallu assimiler les vétérans de la réserve à des soldais en congé, et ne pas rompre tous leurs liens avec l'armée. Saint-Cyr le savait bien, mais il n'espérait pas obtenir sur ce point l'assentiment des chambres. Les contradicteurs les plus animés de son projet ne l'attaquaient pas en lui-même : pour eux , les vétérans étaient les soldats de l'armée de la Loire; dans chaque département allait se trouver une troupe prête à l'insurrection, et le ministre leur semblait un conspirateur.

Ils s'irritèrent bien davantage contre le chapitre relatif à l'avancement. — Nul, disait la loi, ne pourra être officier s'il n'a point servi pendant deux ans comme sous -officier, ou s*il n'a point suivi, pendant le même temps, les cours et exercices des écoles militaires. Le tiers des sous-lieutenanccs

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sera donné aux sous-officiers ; les deux tiers des grades de lieutenant^ capitaine, chef de bataillon et lieutenant-colonel seront donnés à l'ancienneté. — N'était-ce pas, disait-on, attenter à la prérogative royale? Le roi n' était-il donc plus le chef de l'armée? La discipline militaire pourra-t-elle subsister, lorsque l'avancement sera de droit? Le parti ultraroyaliste était exaspéré; parmi les modérés et les libéraux, il n'y avait pas unanimité sur cet article; même dans le cabinet, plusieurs des collègues de Saint-Gyr concevaient des doutes et des hésitations. Le voyant irrévocablement décidé à maintenir cet article, à le regarder comme le plus essentiel de la loi, et comme une conséquence juste et nécessaire de l'obligation imposée à tous les citoyens de concourir, à titre égal, au recrutement de l'armée , ils lui cédaient , non sans se plaindre tout bas de c^tte volonté inébranlable du dieu Terme. Il le fallait bien, car la discussion était devenue une ardente lutte des partis : tout le système suivi par le ministère, toute la politique constitutionnelle étaient engagés dans cette délibération où furent entendus de part et d'autre l'élite des orateurs de la chambre.

I^ 26 janvier 1818, le débat fut terminé par un discours du maréchal Saint-Cyr ; il le prononça d'une voix si ferme qui n'excluait pas quelque émotion ; il accentuait ses paroles de manière à les rendre si pénétrantes, que l'effet en fut prodigieux. Jusqu^à ce jour les séances de la chambre n'avaient pas offert un pareil spectacle. Lorsque le maréchal , répondant aux soupçons injurieux qui avaient été opposés à l'institution des vétérans, disait : — « Les empires ne se fondent pas sur la méfiance. Le roi le sait; le roi ne veut pas qu'il existe en France une seule force nationale qui ne lui appartienne, un seul sentiment généreux dont il ne fasse la conquête. Nos soldats ont beaucoup expié, car ils ont beaucoup souffert. » — Ces paroles prononcées . avec une noble chaleur excitèrent une émotion générale;

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les yeux étaient humides de larmes; les spectateurs des tribunes applaudissaient, sans que le président eût la pensée de hs rappeler au silence.

La loi fut votée par les députés à une majorité de cent quarante-sept voix contre quatre-vingt-douze; par les pairs à la majorité de quatre-vingt-seize contre soixantedouze. Le roi la sanctionna le 10 mars 1818. Douze ans après, le maréchal Soult * s'exprimait en ces termes: — ce La loi du 10 mars n*a point été Fœuvre la moins adoiirable de ce grand capitaine; si Ton se reporte aux susceptibilités de répoque, on peut la regarder comme le monument le plus hardi et le plus difficile que les années de la Restauration ont vu s'élever. »

Saint-Cyr continua son œuvre; presque tons les services militaires reçurent des règlements. Le corps d'état-maj<Mr et l'écoîe préparaloiie, accomplissement d'une pensée conçue depuis longtemps, furent institués; un système général de défense fut étudié et préparé. Une révision du Code pénal militaire et un projet de loi sur les pensions devaient être présentés à la session de 1819.

Mais les révolutions ministérielles troublèrent le calme de la situation. Elles arrêtèrent cette marche progressive vers les améliorations et le développement des institutions constitutionnelles. Une opposition libérale, manifestement hostile au gouvernement du roi, avait acquis une grande influence sur l'opinion populaire; elle avait une action de plus en plus forte sur les élections. Le parti modéré se partagea : les uns inquiets de cette renaissance de l'esprit révolutionnaire; les autres se fiant à la raison publique et à la puissance des institutions constitutionnelles, pour écarter le danger, au moment où cette opiK)sition se montrerait excessive et menaçante. À la fin de 1818, le duc de Richelieu et MM. Mole et^ Pasquier se retirèrent.

Le général Dessoles devint chef d'un cabinet appartenant

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eniiërement aux modérés que n'inquiétait point les progrès du parti révotutionnaire; mais cette faction réussit encore l*anuée suivante à obtenir dans les élections de nouveaux succès; le choix scandaleux de Grégoire augmenta les a)ar« mes et persuada cette fois , non -seulement quelques-uns des ministres y mais beaucoup d'hommes, sincèrement libéraux, de la nécessité de modifler la loi électorale et de prendre des précautions contre les ennemis du gouvernement. Le général Dessoles, le maréchal Saint-Gyr et le ba* roH Louis ne furent point de cet avis. Il leur parut que pour suivre cette marche nouvelle, on serait contraint de prendre pour auxiliaire le parti ultra-royaliste, de lui faire des concessions, et définitivement de lui céder le pouvoir. G* est en effet ce qui arriva, plus encore par la mort déplorable et imprévue du duc de Berry que par la nécessité de la situation. ^I» Mr>

Ainsi fui terminée la carrière politique du maréchal Saint» Cyr ; il rentra sans nul regret dans la vie privée, et alla vivre à la campagne, s' occupant d'agriculture, et enc(M*e plu» de la rédaction de ses. Mémoires. Il se présentait de temps en temps aux Tuileries, où il était accueilli avec bienveillance; sans rechercher la faveur, il ne voulait pas être classé parmi les mécontents. Il n'était point assidu à la Chambre des Pairs et s'intéressait peu aux discussions qui s*y élevaient. En 1824, il moota à la tribune pour défendre sa loi du 10 mars, qui fut alors amendée pour en retrancher la réserve de vétérans» et la changer en une réserve de jeunes soldats laissés dans leur famille. En 1829, il prononça Téloge de son ami, le général Dessoles.

Depuis longtemps sa santé était devenue mauvaise, il alla passer Vkiver de 1829 à 1830 àHyères. Il y mourut le 30 mars 1830, d'une attaque d'apoplexie, qui le laissa pendant cinq jours dans un état de torpeur, où il ne consa^ait pas ses facultés mentales, Ccmime on lui présen-* tait usa boîsaoQ rafraîchissante : — a Ahl Al-tt, si on

pouvait en donner autant à chacun de nos pauvres soldats, quel bien cela leur ferait I » — Telles furent les dernières paroles suivies qu'il prononça. Le roi ordonna que ses obsèques fussent solennellement célébrées aux Invalides.

Le maréchal Saint^Cyr était d* une haute taille : avant que sa santé eût été affaiblie par les fatigues, les blessures et le travail, il avait toutes les apparences de la force; les traits de son \isage étaient réguliers, sa physionomie noble, calme et habituellement sérieuse. Il était grave et silencieux, mais sa conversation était animée et intéressante lorsqu'il racontait des faits de guerre ou raisonnait sur les opérations militaires. Il craignait Tennui et il aimait Toccupation. Son caractère était égal, mais sa volonté était tranquillement impérieuse. 11 était bienveillant, mais peu expansif ; plus sobre de louanges que de blâme, et toujours calme et réservé dans la conduite de sa vie. Il se guidait par le sentiment du devoir, plutôt que par le désir de la gloire ou par l'ambition ; il avait le don du commandement et savait se faire obéir, mais il n*exerçait aucun entraînement et ne s'adressait jamais à Tenthousiasme. Son caractère était conforme à sa tactique.

Les Mémoires qu'il a laissés contribuent à honorer sa mémoire et ajoutent à sa renommée. Us ont obtenu le plus grand et le plus universel succès; traduits dans les langues étrangères, ils sont donnés comme livre classique dans les écoles militaires. Mais ils ne sont pas seulement un enseignement de stratégie : c'est aussi une œuvre historique; c'est l'histoire de la révolution française, observée au point de vue des armées. L'esprit militaire de cette époque, l'action du gouvernement sur les opérations militaires; les missions des représentants de la Convention; le caractère et le mérite des généraux en chef; les circonstances politiques qui influaient sur la guerre, entrent dans le plan de ces Mémoires et leur donnent un grand intérêt. Tout y est rapporté avec bonne foi, observé avec finesse,

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peint avec vérité et au vif. Il publia, en 1821, la campagne de Catalogne, 1809, en un volume; en 1829, les campagnes de Tarmée du Rhin, 1794, 95, 96, 97, en quatre volumes. Les campagnes d'Italie, d'Allemagne et de Russie en 1798, 1799, 1800, 1812 et 1813, en quatre volumes, étaient écrites avant sa mort, et ont été publiées en 1831. Le maréchal Saint-Cyr a laissé un fils unique qui lui a succédé, à la Chambre des Pairs ; l'indépendance de son caractère, sa modestie, ses habitudes graves et studieuses, l'absence de toute ambition le rendent digne du nom qu'il porte. 11 a épousé mademoiselle de Hontalivet.

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