‹ Études historiques et biographiquesChapitre 18 sur 23 · LE MARQUIS D*OSMOND · texte numérisé non relu

LE MARQUIS D*OSMOND

lion; tout au contraire, il se sentit appelé à lui offrir un dévouement plus entier, plus religieusement monarchique. 11 lui conseilla toujours une complète bonne foi : conseil impossible à pratiquer sans réserve, lorsque des deux parts la confiance ne saurait exister, lorsque tous les rapports politiques ne sont plus qu'une véritable guerre civile.

A cette époque, il fut choisi pour ambassadeur à la cour de Russie. Représenter le roi, sans représenter le pays; distinguer le véritable intérêt monarchique des passions^'rivoles de Témigration ; garder quelque dignité française quand il fallait laisser voir toute la profondeur de nos discordes intérieures, c'eût été une tâche triste et impossible. Elle fut épargnée à M. d'Osmond ; après le retour de Varennes, il ne pouvait être délégué d*un gouvernement qui, selon lui, devait dès lors être entièrement dirigé par des opinions qu'il ne partageait point; il pensa et dit que le roi n'avait plus qu'à tenter l'épreuve sincère et complète de la constitution qu'il venait d'accepter.

Alors M. d'Osmond alla rejoindre sa famille en Italie. Madame d'Osmond y était déjà avec Mesdames, tantes du roi. Tant que ces dignes princesses acceptèrent les soins et les consolations des personnes qui les avaient suivies, madame d'Osmond accomplit ce devoir de fidélité. Plus tard un asile lui fut offert par des parents qui habitaient en Angleterre.

Ce fut là que M. d'Osmond endura avec résignation et simplicité les misères de l'exil. L'émigration était pour lui une douloureuse absence de la patrie, jamais un acte d'hostilité.

11 revint en France sous l'empire de Napoléon ; il lui sembla digne et convenable de ne point appartenir au gouvernement autrement que comme citoyen ; il jouissait du bon ordre, en regrettant de le devoir à une autorité absolue; il admirait la gloire nationale, en la trouvant achetée bien cher et risquée sans cesse dans de terribles hasards. Sa fortune était très-modique, mais il se sentait indépendant.

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La satisfaction de demeurer fidèle à sa tie passée et à ses sentiments rendait sa situation douce.

Avec la Restauration revinrent ses anciennes espérances; il pensa même, comme tant d'autres, que le moment était le meilleur possible pour les réaliser. On songea aussitôt à lui pour une ambassade. 11 aurait pu s*étonner de ne pas être placé en première ligne ; par obéissance, car il n'avait rien demandé, il se rendit à Turin, l^e ministre des affaires étrangères assurait qu'assister à une restauration, être appelé à la conseiller, à exercer quelque influence sur sa marche, était une mission de grande confiance, honorable par sa difficulté. Mais les restaurations ne se laissent guère conseiller, et peut-être le ministre en savait-il quelque chose. Il est douteux que les avis de M. d'Osmond aient été écoutés à Turin ; toujours est-il qu'à Paris ils ne le furent point, et qu'on resta en complète sécurité sur Tile d'Elbe, quoique l'ambassadeur eût jugé quUl y avait lieu d'y faire grande attention. ^

Lors de la seconde Restauration, M. d'Osmond fut ambassadeur à Londres. C'était un triste moment, dont le sou« venir est douloureux à tout cœur français. Les traités du 20 novembre, l'occupation étrangère, la patrie régie sous la surveillance de l'Europe, en même temps une menaçante et cruelle réaction avec sa soif de vengeances , un gouvernement mis en péril par ses amis plus que par ses ennemis; les ressources du pays épuisées par les contributions de guerre ; le sentiment national toujours prêt à éclater en irritation violente, et à perdre l'efficacité d'une énergie d'autant plus redoutable qu'elle serait contenue et réglée. C'est de cette affreuse situation, c^est des angoisses de la France que M. de Richelieu avait à entretenir notre ambassadeur à Londres; c'était à lui plus qu'à nul autre qu'il confiait ses douleurs, ses craintes, les révoltes de sa fierté, les cha^ grins de sa patience, ses rapports pénibles avec les étrangers , son indignation contre les factions qui , dans leor

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ardeur , oubliaient et aggravaient les maux du pays, son découragement de trouver la folie et Tintrigue où il devait attendre le plus loyal concours, enfin cette impossibilité funeste, qui tenait à Tessence même de la Restauration, cette impossibilité de chercher son recours dans les forces vives de la nation.

Entre M. de Richelieu et M. d'Osmond, il y avait complète sympathie ; rambassadeur aidait le ministre de tous ses soins, de tous ses efforts. En Angleterre, ses démarches, son langage, son attitude contribuaient à calmer les ressentiments, à persuader que la modération était prudence, que le calme de TEurope dépendait du calme de la France. Se montrer humble et suppliant, c'eût été manquer d'habileté autant que de dignité; c'était au bon sens et à la réflexion 'qu'il fallait s'adresser : M. d'Osmond convenait à une telle situation. Par lui arrivaient aussi de sages conseils au roi; en même temps, il consolait et encourageait M. de Rechelieu. Il relevait son ânie naturellement triste et méfiante, s'efTorçant de lui rendre bon espoir. Rien ne fuit plus d'honneur aux sentiments du duc de Richelieu et de M. d'Osmond que leurs lettres intimes! c*est la correspondance de deux bons Français uniquement préoccupés des malheurs du pays.

Le ministère de M. de Richelieu se termina avec cette situation, qu'il avait contribué à alléger et à faire cesser. Quand il se retira, M. d'Osmond crut que sa mission était aussi terminée. Le moment tant désiré de la libération du territoire était arrivé ; la Restauration lui semblait affermie; l'âge du repos était venu; aucune habitude d'ambition ne prolongeait sa période d'activité. M. d'Osmond vint reprendre sa place à la Chambre des Pairs. Nous l'y avons vu , pendant beaucoup d'années, assidu à ses devoirs; à la fois modéré et indépendant, n'appartenant à aucun parti, ne recherchant aucun succès, aucune faveur. Ses amis [mouvaient le trouver un peu oublié par ceux qu*il avait servis

avec tant de fidétilé et de dévouement ; une telle pensée ne lui venait jamais. Quand on a pris la règle de sa vie dans sa conscience, on se sent toujours assez récompensé.

Ijorsque arriva la révolution de Juillet» il ne prit conseil de personne; il réfléchit mûrement pour connaître son devoir, et décida en lui-même qu'il aurait des reproches à. se faire sll n'associait point ses faibles et derniers efforts, son assentiment sincère, à la lutte qu'allaient tenter les gens de bien pour maintenir Tordre social. U espéra que l'accord du pouvoir et de la liberté, vainement offert à la Restauration, pourrait enfin s'accomplir. Honoré depuis longtemps des bontés du prince que la nation appelait au trône, il avait confiance en sa sagesse^ en son dévouement aux difficiles et périlleux devoirs qu'il acceptait. M. d'Osmond lui voua fidélité.

Cependant ses forces décroissaient. Les soins d'un fils digne héritier de son nom, la tendresse d'une fille qui jamais ne se sépara de lui, entourèrent ses dernières années. Affaibli au point de ne plus paraître hors de l'intérieur de sa famille, il pouvait encore se sentir aimé, et jouir de l'affection religieuse de ses enfants. 11 s'est éteint aoucement, après être arrivé à un grand âge, terminant une longue vie que des fortunes diverses , que des événements grands et multipliés ont toujours laissée sereine, parce que son âme n'a jamais quitté la route tracée par le devoir et l'honneur.

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