‹ Etudes historiques et diplomatiquesChapitre 3 sur 17 · AVANT-PROPOS. VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. VII

longues années de journalisme, j'ai cédé, suivant l'exemple de beaucoup d'autres, à la tentation de tirer de l'oubli, ou d'essayer d'en tirer une très faible partie de ce qu'il a englouti déjà. Le journaliste meurt tout entier toutes les vingt-quatre heures. Il en est bien peu qui n'aient pas cherché, à mesure que l'âge arrive, à faire revivre au moins quelques-unes de tant de feuilles mortes : il est vrai que moins encore l'ont tenté avec succès.

Le morceau le plus étendu de ce volume est extrait du Livre du centenaire du Journal des Débats» Il résume l'histoire, non seulement du journal, mais du parti républicain modéré, dans les années de lutte pour la fondation de la troisième République. On y retrouvera la physionomie, que je crois exacte, de ces temps agités, troublés, mais pleins de vie et de confiance heureuse, qui ont élé vraiment l'âge héroïque de notre parti. Les années qui ont suivi ne mériteraient sans doute pas la même épithète : elles ont vu trop de défaillances. Bien des fautes ont été commises ; bien des ardeurs généreuses se sont éteintes et amorties; le temps aussi a fait son œuvre sur la plupart des témoins ou des acteurs de cette époque, et les meilleurs même ont disparu. Nous avons traversé des jours sans flamme et sans lumière. Il faut espérer que des générations nouvelles ranimeront les énergies latentes de notre caractère national. Elles trouveront terminée l'œuvre que nous avions entreprise, et qui consistait à donner à la France un gouver-

vin , AVANT-PROPOS.

nement. Cette question réglée permet d'en aborder d'autres. Notre conviction profonde est que nous ne nous sommes pas trompés il y a vingt ans en travaillant de notre mieux à la fondation de la République, et chaque jour nous donne raison avec plus d'évidence. Mais c'est un grand avantage pour les générations qui arrivent maintenant à la vie politique de trouver résolue cette question inévitable et de n'avoir pas à y user leurs forces. D'autres tâches, assez grandes, leur restent à remplir. Il suffira de lire les pages que j'ai consacrées à rhistoire diplomatique du second Empire — et même du premier — pour se rendre compte de tout ce que nous avons encore à réparer.

J'ai terminé ce volume par quelques articles biographiques sur des amis, des collaborateurs et des maîtres qui ne sont plus. Bersot, qui aimait ce genre d'articles, me disait un jour : « 11 faut enterrer nos morts ». C'est une piété qui leur est due, et l'accomplissement de ce devoir, s'il n'est pas sans mélancolie, n'est pas non plus sans quelque douceur. Il semble qu'on se séparé moins vite et moins complètement de ceux qu'on a perdus. Quelques-uns d'ailleurs sont de ceux dont le souvenir nous accompagnera toujours.

Francis Charmes.

ET

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