‹ Études historiques et exégétiques sur l'Ancien TestamentChapitre 35 sur 75 · XLII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLII PRÉFACE

son expérience de la vie ecclésiastique lui avait fait classer, nous dit-on, le commun des mortels en trois catégories : .les sots, les malins, les jaloux“. Mais le classement fait, elle ne gardait plus d’amertume dans le cœur. C’était sa philosophie. Sa religion personnelle, c'était la sincérité dans la foi. Et c’est peut-être ce trait de caractère qu’elle appréciait le plus dans son mari auquel — se souvenant sans doute de ses luttes intérieures et de ses sacrifices souvent douloureux à l’évidence de la vérité — elle rendait sur son lit de mort ce précieux témoignage : Tu as toujours été un noble cœur!“ Elle fut simple et vraie jusqu’au dernier moment. Comme son mari lui lisait au culte du matin, quelques jours avant sa mort, le passage de saint Paul: Or, S'il m'est avantageux de vivre dans ce corps et ce que je dois souhaiter, c'est ce que je ne sas, car je suis pressé des deux côtés, mon désir étant de partir de ce monde et....— ,Tais-toi, mon ami, lui dit elle. Cela me fait mal... Ce n’est pas vrai pour moi... Paul n'avait pas une famille, des enfants... Moi, j'aurais voulu demeurer avec vous, pour partager vos peines et vos joies... Mais que la volonté de Dieu soit faite... C’est d’un mouvement semblable qu’en pareille circonstance, une autre femme très franche, Madame Vinet, mon-

PRÉFACE XLIIT

tra que l’expérience chrétienne dépasse parfois le cadre d’un texte scripturaire.

A partir de ce moment, privé de sa ,sainte femme“ (l'adjectif est d’une personne étrangère à la famille) qui le complétait en le modérant, Eugène Le Savoureux perdit pour ainsi dire de plus en plus le goût de la vie. Son caractère parut se transformer, sa gaîté bien connue fit place à une certaine misanthropie, disent les étrangers. Ses parents reconnaissent qu'il s’isola, laissa tomber ses relations, sauf deux ou trois amis lointains ; lassé de la lutte, il chercha une position où il pât exercer son ministère et se livrer à l'étude, à l'abri de toute tracasserie.

Pourquoi ne l’avouerions-nous pas? En face de ces déclarations assez concordantes des étransers et de la famille, nous inclinons à plaider au moins les circonstances atténuantes en faveur de l’absent. Nous le ferons en empruntant le langage d’un catholique libéral qui a voulu chercher la vérité par lui-même, au lieu de s’endormir sur l’oreiller commode de la foi. |

Voici en quels termes il décrit les traverses du pauvre amant de la vérité: ,Contraint de travailler pour vivre, le loisir et le calme lui font défaut. S'il entre dans l’enseignement, c’en est fait de son indépendance. S'il prend une car-

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