LXII PRÉFACE
brement de son peuple.“ 1 Chron. XXI, FT
Le Satan du livre de Job est déjà une con-
ception bien étrangère à l'esprit de l’hébraïsme ancien, qui ne connaît que des élohim, des bené Élohim ou le Maleak Jehovah parmi les exécuteurs des commandements de l'Éternel. Nous ne
voyons pas d’où peut venir ce personnage si sin-
gulier, ce Satan, qui subitement apparaît dans l'assemblée des enfants de Dieu. Sans doute c’est un personnage imaginé pour la circonstance.
Mais ce n’est pas un produit naturel de l’hébraïsme ; rien dans l’angélologie primitive n’en prépare L apparition, et l’esprit qui l’a conçu a dû subir quelque influence étrangère.
On le voit, tous les enseignements bibliques, de la Genèse à l’Apocalypse, ne sauraient être présentés comme ayant une même valeur et figurant tous sur le même plan. Avec ce préjugé dogmatique, anti-historique, on est condamné à faire une théologie rappelant à s’y tromper la peinture des Chinois qui, comme on sait, ignorent la perspective.
L'exégèse, en rétablissant la perspective histo-
rique, enlève l’un après l’autre ses loca probantia
à la dogmalique traditionnelle.
C’est un lieu commun de la théologie courante, que le mal moral doit être la cause du mal phy-
Li Ch ittone és CPR
PRÉFACE LXIJII
sique. On s'obstine à maintenir cette idée-là
comme un dogme capital, en dépit des décou-
vertes de la science, qui nous montrent que les animaux s’entre-dévoraient longtemps avant l’apparition de l’homme. Cepréjugés’évanouit, comme beaucoup d’autres, à la lumière de l’exégèse historique et impartiale. En tout cas, le livre de la Genèse ne saurait en être rendu responsable. Qu'on lise, pour se mettre au clair sur ce point, la conclusion de Le Savoureux (p. 343- 344), et l’on reconnaîtra que ce n’est point l'apparition du mal dans le monde, mais la première transgression de l’omme qu'a voulu nous raconter l’auteur du chapitre IIL de la Genèse. Il ne paraît pas que celui-ci ait même soupçonné l'existence de la question dont on lui fait honneur d’avoir révélé la solution. Car si Adam doit ngarder“ (leschomerah) le jardin, c’est apparemment que tout n’est pas pour le mieux, alors, dans le meilleur des mondes possible, en dehors de l'Éden. Et la suite prouve bien que, dans la pensée de l’auteur, l'Éden n’était pas toute la terre, puisqu'on pouvait en sortir.
Elle s’évanouit également, la notion réaliste de l'humanité, en vertu de laquelle nous aurions tous participé à la faute d'Adam, dans lequel nous aurions été contenus. Cette idée fantastique,