PRÉFACE LXV
nous naïissons dans un état d'impureté morale, qui nous est naturellement communiquée dans l’acte même de la génération, bekhèt ielhématheni immi, Ps. LI, 7. Le péché est donc inné et universel, mais il faut soigneusement distinguer entre le péché héréditaire et l’hérédité de la coulpe; l’un est une condition d'imperfection morale, qui nous est transmise naturellement, l’autre constituerait l'individu responsable d’une faute qu'il n'aurait pas commise, odée complètement étrangère à l'Ancien Testament.“
Le Savoureux ne manque pas de remarquer qu'en s'exprimant ainsi il a pour lui le symbole protestant le plus généralement admis. ,Avec l’article 2 de la Confession d’Augsbourg, nous disons : post lapsum Adæ omnes homines secundum naturam propagati nascuntur cum peccalo. Nous disons post et non propter lapsum.“
Le péché devient ainsi un fait individuel, moral ; le problème de la nature et de l’origine du mal trouve sa solution pratique seulement à la lumière de l'Évangile de Jésus-Christ. ,Le mal existe, il est en nous, il est partout, dans le monde entier et dans chaque être séparément. A l'esprit angoissé qui se demande d’où peut venir cet ennemi qui l’assaille dès le début de la vie jusqu’au tombeau, aucune voix jusqu'ici n’a pu
Ca
LXVI PRÉFACE ü
lui donner une réponse satisfaisante. “* Mais, comme le dit un philosophe de notre temps, qu'importe à la dignité de notre vie et à la grandeur de notre destinée que ce problème ne puisse être résolu, c’est déjà beaucoup qu'il existe. L’inconvénient est moins grand, après tout, de ne pas expliquer l’origine du mal que de ne pas savoir le reconnaître et de n'être pas ré-
solu à le combattre de toutes ses forces.
. D'ailleurs, cette solution, dit en terminant Le
Savoureux, nous la trouvons dans la mesure où
cela peut nous être utile, quand, avec le plus excellent des philosophes chrétiens, nous pouvons nous écrier: , Misérable que je suis ! Je n'approuve point ce que je fars, parce que je ne fais pas ce que je voudrais faire, mais je fais ce que je hais; qui me délivrera de ce corps de mort, de cette enveloppe de péché ? Et grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ 2 * Rom. VII, 15—25; 1 Cor XV 5:
Nous en avons dit assez pour faire comprendre que cette thèse d’un homme de 55 ans a décidément plus de portée que les travaux du même nom échappés à la plume de nos jeunes débu-
1 Franck de l’Institut, Cf. p. 356.