‹ Études historiques et exégétiques sur l'Ancien TestamentChapitre 62 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C’est bien lorsqu'il s’agit de l’histoire du texte hébreu qu’il convient de conserver au mot histoire son sens primitif d'exploration, d'investigation, de recherche faite avec soin; car ce n'est point une narration, Mais une enquête que nous avons à faire. Nous avons à chercher la vérité et non à en parler comme si nous l’avions trouvée, principalement pour tout ce qui concerne la période précédant l'exil. Le sujet estimmense et des plus ardus, les documents sont rares, incomplets et souvent obscurs.

Les amis des fortes études hébraïques ne sauraient se montrer trop reconnaissants envers des hommes tels que les Buxtorf qui, des premiers, ont porté le flambeau de leur science supérieure dans l’antre ténébreux de la littérature rabbinique pour en extraire ce que l'antiquité juive nous a conservé, en particulier sur notre sujet. Cette mine de renseignements est aujourd’hui épuisée,

tout ce qu’elle contenait a été soigneusement recueilli, mis en ordre et rendu intelligible. Mais ces rares débris, rassemblés au prix de tant de labeurs, sont d’une valeur si médiocre que la science critique, à la recherche de preuves solides ei concluantes, ne peut que bien rarement les utiliser avec une pleine confiance.

Non-seulement nous ne possédons aucun exemplaire autographe du texte de l’Ancien Testament, mais même les plus anciens manuscrits de ce texte sont relativement très modernes, puisqu'ils ne dépassent pas le onzième siècle de l’ère chrétiennef. Quand etcomment ont péri les autographes sacrés? C’est ce que nous ne saurons jamais, Car nous ne pouvons admettre avec certains Pères de l’Église, qu’ils furent tous consumés dans l’incendie du Temple (2 Rois XXV, 8). Il est probable que plusieurs anciens exemplaires survécurent à l'exil; mais comme à partir de l’époque du retour de Babylone s’effectua progressivement le changement des caractères de l'écriture primitive, de nouveaux manuscrits ne tardèrent pas à remplacer les anciens devenus inintelligibles à la

1 Le plus ancien, celui de Kennicott, est de 1106 ; on en possède quatre ou cinq de cette époque et une cinquantaine du XIII siècle,

masse du peuple, qui ne comprenait plus la langue des pères.

Après l'exil, la ruine des anciens manuscrits s'explique d’ailleurs facilement lorsqu'on connaît les procédés de la critique rabbinique. D'un côté, le précepte du Talmud, d’après lequel tout manuscrit incorrect ou endommagé par le temps doit être détruit, fut une des principales causes de la disparition des exemplaires anciens; de l’autre, comme déjà au dixième siècle de notre ère, tous les travaux ayant pour but de mettre en sûreté le texte sacré sont terminés : — les manuscrits ont été comparés, les mots, Les lettres de chaque livre comptés, la prononciation fixée et les moindres accidents annotés avec le plus grand soin; — le texte se trouvait alors avoir atteint un tel état de perfection, que les documents ayant servi à le préparer ne furent plus jugés nécessaires. Les nouveaux manuscrits, dits ”nassoréthiques, se multiplièrent rapidement et devinrent bientôt indispensables pour l'intelligence du texte. On conserva seulement, pour l’usage des synagogues, l'ancien rôle disposé suivant les préceptes du Talmud, qui ne connaissait pas la vocalisation des Massorèthes, ces savants et consciencieux compilateurs qui, à partir du sixièmesiècle, se livrèrent aux plus minutieux travaux, dans le but d’as-

surer l'intégrité du texte. On négligea donc, ou

même on détruisit les anciens manuscrits comme

inutiles, et sans doute aussi pour couper court à toute discussion dans l'avenir. C’est ainsi que sous Othman, troisième kalife, élu l’an 643, après une seconde recension des manuscrits du Coran, le texte en ayant été définitivement fixé, on détruisit tous les autres exemplaires.

Les docteurs chrétiens du moyen âge, qui ne comprenaient pas même l'importance de la chose, ne s’occupèrent point d'étude sur le texte et ne prirent aucun soin pour assurer la conservation d'anciens manuscrits dont la ruine fut hâtée par leur indifférence. |

C’est là, il faut le reconnaître, une perte immense, irréparable pour la science critique, qui ne peut désormais plus s'exercer que sur des documents modernes dont elle ne saurait contrôler la valeur, n’ayant aucun moyen de les comparer non seulement avec le texte primitif, mais même avec celui d’une époque comme celle d’Origène et de Jérôme, où l’étude de l’hébreu était quelque peu cultivée dans l'Église chrétienne. Aussi quand, en rappelant les laborieuses recherches de Kennicott et de de Rossi sur les manuscrits hébreux, on s’écrie: , Tous ces immenses travaux »Ont établi d’une manière si convaincante l’éton-

,nante conservation de ce texte copié pendant .trente-trois siècles, que les espérances des en- ,nemis de la religion, par cet endroit, ont été ren- ,versées{,“ c’est se procurer un triomphe facile en passant à côté de la question. ,Ces immenses travaux n’ont établi d’une manière convaincante qu’une chose, c’est que ce texte dont les caractères ne sont pas ceux de l'écriture primitive et qui après avoir été à différentes fois revu et expurgé, puis complété par un système de vocalisation fixant sa prononciation, ce texte qui n'arriva enfin à revêtir sa forme actuelle que plusieurs siècles après Jésus-Christ, s’est assez bien conservé depuis le onzième siècle jusqu’à nous. Et quant à l'importance de ces manuscrits modernes, au point de vue de la critique du texte, il est permis de se demander si parfois elle n’est pas inférieure à celle de quelques anciennes versions, de celle des Septante par exemple, dont une partie fut faite sur des documents plus anciens de treize cents ans au moins que ceux compulsés par Kennicott et de Rossi.

L'histoire du texte hébreu peut se diviser en quatre périodes principales : 1° celle qui précède l'exil; 2° du retour de l’exil à la fin du cinquième

* 1 , : ”. ? Te Gaussen, Théopneustie, page 75, 1e édition.

siècle de l'ère chrétienne, période talmudique; 3° du sixième siècle au dixième, période massoréthique; 7° de la fin de la Massore aux premiers temps de la Réformation, période de conservation et d'application de la tradition et de la science rabbiniques.

La pierre, le métal et le bois furent les premières matières sur lesquelles l’homme dessina des caractères graphiques. Mais par le double progrès de la civilisation et de l’art d'écrire, on arriva bientôt à se procurer des substances plus convenables pour l’usage de l'écriture, telles que l'écorce ou les feuilles d'arbre, le papyrus, le byssus ou toile de lin, mais surtout les peaux d'animaux.

Tout porte à croire que c’est bien de peaux d'animaux que les Hébreux se sont servis, sinon exclusivement, du moins pour leur littérature sacrée. Il ne s’agit point encore de parchemin proprement dit, dont l'invention est attribuée aux habitants de Pergame, environ 250 ans avant Jésus-Christ, mais simplement de peaux grossières, préparées d’un seul côté, de diphthères, comme les appelaient les anciens, etsur lesquelles,

dit Hérodote, la plupart des peuples barbares écrivaient encore de son temps (V, 58).

Sur une série de peaux dont chacune formait une mégillath sépher ou rôle (Ps. XL, 8), le texte

sacré était disposé comme sur les feuillets d'un

livre, le plus souvent en plusieurs colonnes, en ancienne écriture hébraïque ou caractères phéniciens jusqu’après l'exil, sans points-voyelles ni aucun signe diacritique , sans intervalle entre les mots dont toutes les lettres, étroitement rapprochées les unes des autres, formaient ce qu'on

appelle une continua scriptio, source de tant d’er-

reurs pour les copistes!.

On sait que les peuples anciens avaient l’habitude de déposer dans les temples, sous la garde des prêtres de leur culte, les livres dont ils voulaient assurer la conservation. Nous remarquons quelque chose de semblable chez le peuple hébreu : la Thorah (le livre de la loi), fut confiée au

1 La plupart des inscriptions phéniciennes sont écrites continua serie, toutefois on en trouve dont les mots sont séparés par un point, comme dans le texte samaritain. On ne saurait affirmer que l’ancien texte hébreu était ainsi disposé, mais que les manuscrits au temps des Septante étaient écrits sans intervalles, c'est ce que prouvent les nombreuses déviations de cette version dans la division des mots comparée à celle du texte hébreu moderne. (Voir Gesenius, Geschichte der heb. Sprache, s. 171.)

soin des prêtres et déposée à côté de l'arche (Deut. XXXI, 9, 26). On a voulu voir dans ce fait le point de départ de notre recueil canonique actuel, dont chaque partie serait venue s’ajouter successivement au volume de la Thorah. Telle est hypothèse sur laquelle l’école de Buxtorf élève, au sujet de la formation du canon et de l’intégrité du texte, une théorie de nature à séduire des esprits peu critiques, mais qui, considérée de près, trahit de toute part les vices de ses fondements. Nous ne pouvons nous y arrêter en ce moment, n'ayant pas à nous occuper de la formation du canon. Bornons-nous à dire qu’il n’existe aucune preuve convaincante à l’appui de l’idée de l’école que nous venons de citer, que les deux ou trois passages auxquels on en appelle n’ont pas du tout le sens qu’on leur prête, et qu’en particulier le fait, qu'on ne trouva dans le temple, au temps de Josias, que le livre de la Thorah, prouve jusqu’à l'évidence qu'aucun écritpostérieur n'avait été ajouté à celui-ci, qui, seul à cette époque, avait un caractère sacré, et pour lequel seul la recommandation avait été faite d’en assurer la conservation en le déposant dans le sanctuaire près de l'arche.

Comment se conserva le précieux manuscrit après la mort de Moïse, de quel soin fut-il l’objet,

en particulier du temps des Juges où pendant plus de trois cent cinquante ans la vie religieuse des Hébreux diffère si peu de celle des peuples païens, où Jéhovah est si souvent remplacé par Baal, et le culte mosaïque par celui des hautslieux consacrés à Astarté? Nous l’ignorons entièrement. Il est incontestable que la vie entière du peuple laisse supposer l’existence d’une loi mosaïque, mais de cette loi il n’en est pas question. De Josué à Salomon, c’est-à-dire pendant près de quatre cent cinquante ans, et cela contrairement aux préceptes formels de la loi, les Hébreux n’eurent aucun lieu exclusivement consacré à la célébration de leur culte. De vrais adorateurs de Jéhovah, des prophètes même comme Samuel, offraient des sacrifices loin du sanctuaire national, qui se dressait un peu partout dans le pays, mais privé de la présence de l'arche laissée à Kirjath-jéharim, depuis la fin du

juge Héli jusqu’au temps de David (2 Sam. VI).

Durant tout ce temps où il n’est pas fait mention, même une seule fois, du livre de la loi, ilne peut être question de littérature sacrée destinée à devenir canonique et recueillie au même titre que le volume de la Thorah que nous ne savons où prendre, à moins que, le considérant comme

inséparable de l’arche, nous n’allions le chercher.

au coteau de Küirjath-jéharim dans la maison d’Abinadab où, sous la garde d'Éléazar son fils, il à dû rester près de cinquante ans, c’est-à-dire jusqu’au moment où David fit transporter à Jérusalem l'arche dont tout le temps de Saül, est-il dit, on ne s'était point occupé (1 Chron. XIII, 3).

Supposons le rouleau sacré retrouvé et déposé par David à la place qui lui appartient dans le sanctuaire. De ce moment à celui de la consécration du temple, il s'écoule cinquante-six ans. Il semble qu’au nombre des objets que Salomon fit placer dans le temple, au jour de sa consécration, nous devrions voir mentionner le livre de la Zhorah, surtout si l’exemplaire primitif existait encore à cette époque. Mais, tandis qu’il est parlé des deux tables de la loi conservées dans l’arche depuis le jour où Moïse les y avait mises (L Rois VIII, 1-9), il n’est pas dit un mot du livre précieux, qui dans ce jour aurait dû être solennellement déposé à côté de l'arche (Deut. XXXI, 26). A l’épotue de la construction du temple l’autographe de Moïse aurait eu environ cinq cents ans de durée, ce qui est un temps bien long, surtout sous le climat de la Judée qui a la propriété d’endommager rapide-, ment les manuscrits et les livres. Du temps de Pline, un manuscrit d’un usage ordinaire ne

durait pas plus de deux cents ans (Hisé. natur. chap. XII, $ 26); il n’est donc pas probable qu’on possédât encore alors l’exemplaire primitif de la Thorah ; mais quel que fût celui-ci, autographe ou copie, ce n'est que soixante ans au moins après Salomon que nous en retrouvons la trace matérielle. Sous Josaphat, l'instruction religieuse fut l’objet de soins tout spéciaux: des gouverneurs accompagnés de lévites, portant avec eux le livre de la loi de l'Éternel, parcouraient le pays en enseignant le peuple (2 Chron. XVII, 7-9); et, en établissant partout des jugés qui devaient exercer la justice, non de la part des hommes, mais de la part de l'Éternel, le pieux roi assura par là la diffusion du code sacré, d’après lequel tout jugement devait être rendu (2 Chron. XIX, 5-8).

Deux siècles plus tard, Ézéchias entreprit une œuvre du même genre, et en voyant le soin qu'il prit à recueillir les proverbes de Salomon :(Prov. XXV, 1), on ne saurait douter que la Thorah, ce document capital et le plus vénéré de la littérature religieuse, n'ait été l’objet de

l’attention particulière de l’homme qui se sentait

pressé de faire des recherches en vue d’assurer

la conservation de sentences attribuées à un sage,

à tous égards inférieur à l’illustre législateur des

Hébreux. Mais ce règne de vingt-neuf ans, qui tire son principal éclat de la haute piété d'Ézéchias, fut suivi d’une longue période durant laquelle l’esprit païen, que ce roi avait subjugué sans le détruire, reprit le dessus avec son fils Manassé qui, dans un règne de cinquante-cinq ans, s’appliqua ouvertement à faire disparaître tous les bons résultats obtenus par la piété de son père. Le temple de l'Éternel fut envahi par le paganisme et le livre de la loi relégué dans quelque coin de cette sainte demeure. Au temps de Josias, c’est sous les décombres du temple qu'on retrouve par hasard ce livre de la loi. Soixante-treize ans se sont écoulés depuis la mort d'Ézéchias, et dans ce laps de temps, la Thorah est tombée dans un tel oubli, que le roi, à qui on en fait la lecture, montre, par son étonnement, que ce livre lui est totalement inconnu. {l n’en est pas de même pour le grandprêtre Hilkija, qui, dans ce manuscrit, reconnaît aussitôt le livre de la loi (2 Rois XXII, 8-15), car il sait par la tradition sacerdotale que ce livre à existé ; mais jusqu alors il avait pu s’en passer. Ce trait d'histoire a bien son importance dans une étude sur le texte hébreu; car, en nous peignant comme il le fait les Rae des individus spécialement chargés de veiller à la

conservation du livre dela loi, il nous montre avec quelle coupable négligence ils ont trop souvent rempli leur mandat. |

Enfin le précieux volume est, retrouvé et en assez bon état, paraît-il, puisque le secrétaire Saphan le lit couramment devant le roi, ce qui donne à penser que ce ne pouvait être, en tout cas, l’autographe de Moïse qui aurait eu alors plus de huit cents ans, et dont probablement la lecture n’eût point été si facile. |

Encore vingt-trois ans, et ce livre de la loi, dont les destinées ont été jusqu'ici si étranges, sera transporté à Babylone d’où le peuple, après l’avoir soïgneusement gardé et médité dans son douloureux exil, le rapportera dans ce pays de Canaan, pour en faire désormais la base de son organisation sociale et religieuse. |

En présence de l’état de choses. que nous venons d’esquisser, peut-on s'étonner des doutes qu'il fait naître dans l’esprit de certains hommes sur la fidèle conservation du texte dans cette. période qui précède l'exil ?

À cette question l’on répond que la présence

toujours active de l'Esprit d'inspiration et de prophétie suffisait pour assurer la conservation et l'intégrité du texte. Cette opinion a le tort d’être beaucoup trop absolue, et, tout en affirmant plus que ce qu'une science de bon aloi n’est à même de prouver, elle ne répond pas aux difficultés de détails que présente le sujet. Au fond, pourtant, ce n’est que l’exagération d’une importante vérité qu'on ne peut méconnaître sans danger, savoir celle d’une action providentielle dans la conservation des révélations de Dieu à l'humanité ; mais il y a loin de cette idée à celle qui veut que le texte des livres contenant ces révélations n'ait jamais été exposé à aucun péril, à aucune chance d’altération. Quand on songe au grand nombre de mains par lesquelles a dû passer ce texte pour arriver jusqu’à nous, à la frêle matière, à laquelle il était confié, à cette foule de copistes, sujets à l'erreur, qui l'ont reproduit, on ne saurait exiger que d'entrée nous admettions que ce texte n’a pu souffrir, surtout dans des temps comme ceux qui précèdent l'exil, où l’idée canonique n’existe pas encore, où le zèle pour la loi ne se montre qu’à de rares intervalles; tandis que, le plus souvent, le principe païen règne sans obstacle sur la nation entière, et va même s'établir dans le temple de l'Éternel,

parfois profané sans interruption, durant plus de soixante-dix ansf, par les pratiques les plus monstrueuses du culte phénicien.

Dans la période de quatre cent quarante ans comprise entre David et Josias, qui mourut vingttrois ans avant la captivité, l'Esprit d'inspiration et de prophétie se fit abondamment sentir et produisit les plus beaux fruits de la littérature sacrée à nous connue. Ën étudiant les documents appartenant à cette époque, s’il est facile d'y reconnaître l'esprit qui les à inspirés, on n'arrive pourtant pas aussi vite à se convaincre que cet esprit eut en même temps pour mission de veiller à la conservation du texte, dans le sens matériel et absolu où l’entendent certains théologiens ; ce texte semble plutôt porter en lui-même de nombreuses preuves du contraire. Mais pour arriver à une conviction solide et éclairée sur ce sujet, c’est surtout au point de vue historique et philologique que nous devons l’étudier, renonçant à la méthode théorique et dogmatique de l’école de Buxtorf, qui manque de toute base scientifique.

Si nous n'avons parlé jusqu'ici que du livre de la Torah, c’est parce que seul ce livre possède une autorité divine et normative, seul il compose

/ 3 , ve , .

1 De Manassé à la 25€ année de Josias.

le canon sacré dans la période avant lexil.

Auprès de lui, mais non sur le même rang, vinrent successivement se placer toutes les productions religieuses, c’est-à-dire animées, à divers degrés, de l'esprit de la Thorah. C’est à partir de la royauté que s'ouvre l’époque la plus riche en productions de tous genres. L'histoire nationale, en particulier, fut traitée par un grand nombre d'écrivains, et surtout par des prophètes pour les faits contemporains les plus remarquables. À côté d'ouvrages isolés se trouvaient les grandes Annales rédigées sous la surveillance de l'État, les, Chroniques des rois de Juda et d'Israël, relatant les événements mémorables de chaque règne. De l’ensemble de ces documents sont sortis nos livres historiques, qui n’en sont que des extraits, complétés par des récits traditionnels non écrits, et dont les rédacteurs nous sont, tout aussi peu connus que les auteurs de la plus grande partie des ouvrages originaux.

On a laissé périr un grand nombre de ces richesses littéraires si abondantes à cette époque. Il est des hommes qui s’en consolent en cherchant à se persuader que tout ce qui pouvait nous être utile nous a été conservé, et dans un état de perfection telle que nous n'avons rien de mieux à désirer. Mais d’où donc savent-ils cela? com-

ment peuvent-ils dire qu'il n’y a de conservé:

que ce qui devait nous être utile, puisqu'ils ignorent comme nous ce que contenaient les ouvrages perdus ? Cette opinion de l’école de Buxtorf n’est qu'un préjugé arbitraire qu'on entretient dans l'intérêt d’une hypothèse préconçue.

Mais en poursuivant plus longtemps ces considérations historiques, nous empiéterions trop sur l’histoire du canon dont nous n’avons voulu parler que dans la stricte mesure où cela nous a paru nécessaire à l'intelligence de notre sujet. Il nous reste, pour compléter cette étude, à recueillir, pour les discuter, quelques-uns des témoignages d’un autre ordre qui nous sont fournis par le texte même de la période qui nous occupe. *

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