‹ Études historiques et exégétiques sur l'Ancien TestamentChapitre 66 sur 75 · RER F · texte numérisé non relu

RER F

qui constitue le fond même du récit, soit que l’un dise le contraire de l’autre, ou seulement, par des causes quelconques, le modifie au point

de l’altérer dans des parties essentielles. Par

exemple, nous lisons, 1 Rois XXII, 49, 50, que Josaphat, roi de Juda, fit faire des navires de Tarscis, c’est-à-dire de forts navires, pour aller à Ophir. Achazia, roi d'Israël, demande alors à Josaphat que ses serviteurs aillent avec les siens sur les navires du roi de Juda; mais, est-il dit, Josaphat ne le voulut pas. Voilà qui est clair, Josaphat refuse positivement de s'associer avec le roi d'Israël. Le point saillant de ce récit c’est le refus de Josaphat de s'associer à l’impie Achazia, et si plus tard il arrivait à un historien, racontant le même fait, d'omettre ce trait de fidélité du roi de Juda, son récit se trouverait dépouillé de tout ce qui constitue l'intérêt théocratique de celui du livre des Rois. Que serait-ce donc s’il allait nous dire le contraire? C’est pourtant ce que fait le rédacteur de 2 Chron. XX, 35-37. Josaphat, nous dit-il, s’associa avec Achazia pour faire des navires pour aller à Tarscis. Il est impossible de concilier ces récits si divergents, l’essayer serait se montrer peu respectueux envers les auteurs; car il faudrait supposer que, voulant dire les mêmes choses, les deux narrateurs se sont ex-

primés de manière à faire comprendre le contraire de ce qu’ils entendaient.

Quand nous lisons au I° livre des Rois XV, 16, 32, qu'il y eut guerre entre Asa et Baesca, roi d'Israël, tout le temps de leur vie, il n’est permis à personne de supposer qu’en s'exprimant ainsi l’écrivain sousentende que la suerre, comme le dit le rédacteur de 2 Chron. XV, 19, XVE, #, n'éclata que dans la trente-cinquième année du règne d’Asa, sachant d’ailleurs, d’après 1 RoisXV, 33, que Baesça, qui règna vingt-quatre ans, était mort dansla vingt-septième année du règne d’Asa, il ne peut être question pour lui de guerre dans la trente-sixième année de ce même Asa, roi de Juda.

J'ai choisi à dessein dans le grand nombre d'exemples de ce genre qu’on pourrait citer, quelques-uns des plus frappants et qui exigent du lecteur le moins d'attention et de recherches. Si nous voulions entrer dans une étude comparée d’'Esdras, de Néhémie et des Chroniques, nous y trouverions des preuves nombreuses et concluantes en faveur de notre thèse; mais nous n’oserions réclamer du lecteur la mesure de patience et d’application qu’exigerait un pareil travail, d’ailleurs hors de proportion avec une étude de ce genre.

Qu'on prenne seulement la peine de comparer.

Page 1