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Néhémie XI, 3-19 avec 1 Chron. IX, 3-17, on L trouvera réunis dans ce seul morceau tous les accidents dont nous avons dit qu’étaient affectés les manuscrits au moment de la clôture du canon. Les deux écrivains veulent nous donner les noms des chefs habitant Jérusalem; mais dans l’énumération se laissent voir des différences, des aitérations, des variantes orthographiques, des omissions ou des additions sans nombre. Ici la raison de la corruption du texte primitif ne suflirait pas pour expliquer cet état de choses qui ne se comprend bien qu'enadmettantqueles deux catalogues procèdent d’une même source, mais d’une source beaucoup plus complète et plus riche en noms que ne le sont nos présents catalogues qui en ont été librement extraits; de là l'accord dans les points principaux et les nombreuses différences dans les détails. Citons encore les listes de noms de 1 Chron. XI, 26-47 et 2 Sam. XXIII, 24-38.
Évidemment le rédacteur des Chroniques qui ajoute seize noms au catalogue de Samuel finissant à Ürie, avait sous les yeux des documents plus complets, que le rédacteur du livre de Samuel n’a pasconnus; Car l'intention des deux historiens est bien de donner une liste complète des hommes vaillants de David. En comparant les noms composant ces listes, il est facile de voir que les
variantes qui s’y trouvent ne sauraient provenir seulement des erreurs de copistes, très nombreuses pourtant dans ce morceau, mais aussi de lusage de documents différents.
Si à l’époque de la clôture du canon les ma-
nuscrits eussent été dans un état de conservation : |
aussi parfait qu’on veut le dire, d’où proviendrait donc cette foule d'accidents dont nous ne citons ici qu'une très minime partie? [ls n’ont pu naître après la clôture de notre recueil, comme nous le verrons plus tard, ils existaient donc lorsque les premiers Sopherim rassemblèrent les manuscrits.
49 Corruptions orthographiques. — Tout lecteur de la Bible, même dans une version, peut se procurer par lui-même les preuves — et elles sont innombrables — de ces corruptions orthographiques provenant en grande partie de l’ignorance ou de la négligence des copistes. Nous ne parlerons ici que d’un petit nombre de celles quiont pour conséquence de fausser le sens du texte, et par là de nous induire dans des erreurs plus ou moins graves. C’est ainsi que nous ne pouvons nous faire qu’une fausse idée de la structure extérieure du Temple si nous acceptons à la lettre ce texte de 2 Chron. III, 1, d’après lequel nous
devrions nous représenter ce bâtiment de 20 cou-
dées de large et de 30 de haut, 2 Rois VI, 2, avec -
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un portique également de 20 coudées de large, mais d’une hauteur de 120 coudées. Ce ne sont pas là les dimensions d’un portique pour un tel édifice, mais celles d’une tour dont la hauteur, sans proportion avec l’ensemble du bâtiment, est d’un effet monstrueux. C’est pourtant d’après cette donnée des Chroniques que nous devrions faire nos dessins du Temple, puisque le livre des Rois ne nous parle pas de la hauteur de son portique ; mais c’est ce que personne n’oserait faire, tellement l’erreur est évidente à chacun. En quoi consiste-t-elle ? Probablement dans le simple déplacement d'une lettre : si dans le mot ammoth, coudées, on met l’aleph, qui est en tête, après le mem on a méoth signifiant cent qui avec le nom de nombre suivant, esrim, nous donne cent vingt, au lieu de vingt coudées. C’est une conjecture, sans doute, mais qui n'est pas sans vraisemblance et même sans précédent, car le scribe d'Ézéchiel XLIT, faisant l'erreur inverse, à copié ammoth, coudées au lieu de méoth, cent. En tout cas, si cette conjecture n’est pas la meilleure, il faut en faire une autre; puisque sous sa forme actuelle notre texte n’est pas acceptable. C’est par une semblable inadvertance que le copiste de 2 Chron. IX, 4, nous mettrait dans un grand embarras sur un détail de la maison de Salomon, si nous n'avions
que son texte fautif. Dans ce passage il est dit, que la reine de Séba vit la sagesse de Salomon.et la maison qu’il avait bâtie.... ef sa montée par où l’on montait à la maison de l'Éternel. D’après cela il y aurait donc eu une voie conduisant du palais du roi au Temple. Les explorateurs en Judée auraient grand tort de tenir compte de ce texte en vue de recherches à faire à Jérusalem, car très certainement l’auteur du récit n’a point écrit ce que lui fait dire l’inadvertance d’un copiste. La leçon authentique se trouve 1 Rois X, 5: Olatho — son holocauste qu’il offrait dans la maison de l Éternel. Ce mot, l’inattention d’un copiste l’a défiguré en aliatho, qui ne signifie pas même ce qu’on lui fait dire en français. Le nom aliha veut dire une chambre haute, cubiculum superius et nulle part une montée, qui se dit maaléh, Néh. XII, 37.
Mais voici qui est encore plus évident. IL est dt, en parlant de la mer d’airain, qu’elle était entourée par-dessous d'une ressemblance de bœufs, tout autour, 10 par coudée, 2 Chron. IV, 3. Or comme la mer avait 30 coudées de circonférence, c’est donc un cordon de 300 ressemblances de bœufs qui l’entourait. Est-ce avec un pareil ornement que nous nous représentons la mer d’airain? Non, mais avec celui que lui donne l’auteur du livre des Rois et qui est bien celui qu’elle avait: Ælle
Loi ri
était, dit-il, entourée de concombres au-dessous de
: son bord tout autour, 10 par coudées, 1 Rois VII, 24, C'est-à-dire que le scribe des Chroniques qui avait devant les yeux pecaim, des concombres, a lu becarim, des bœufs. Les livres des Chroniques, en particulier, sont parsemés de ces sortes de corruptions de texte résultant de l’inattention des copistes. La distraction de celui de 1 Chron. VI, 28 (Héb. 13) est par trop grande lorsqu'il écrit : Les fils de Samuel, le premier-né, V'asceni et Abija, car, comme le dit 1 Samuel VIII, 2, le premier-né était Joël, — vehaschéni, c’est-à-dire, cé le second, Abija. Ainsi, à propos de trois mots, le copiste fait trois fautes : il supprime un nom, Joël, qu'il rappelle pourtant au Ÿ 34 (Héb. 18), il
. prend pour un nom propre un adjectif qui n'a nullement la forme d’un nom, et invente une conjonction qui grammaticalement ne peut exister
devant le nom Abiju.
… C’est surtout dans les noms de nombre que de semblables accidents se produisent le plus fréquemment, et les erreurs qui en résultent sont
- parfois si extraordinaires qu’on ne se les explique guère autrement qu'en admettant que les nombres
. dans les anciens manuscrits s’écrivaient par des chiffres ou par des lettres ayant la valeur de chiffres. Les langues sémitiques présentent, en
effet, cette double manière d'écrire les nombres; mais si l’on trouve des exemples incontestables d’un système de chiffres sur les médailles phéniciennes et sur les inscriptions de Palmyre, c'est en vain qu'on chercherait quelque chose de semblable dans notre écriture hébraïque. Il est plus que probable que les Hébreux n’ont point fait usage de l’écriture en chiffres proprement dite, mais seulement des lettres ordinaires de leur M alphabet, auxquelles ils donnaient une valeur M numérale. Notre texte biblique ne nous en offre
aucun exemple, il est vrai, mais il serait difficile
de soutenir le contraire, au moins pour la période
après l’exil; car non seulement les corruptions si
fréquentes des noms de nombre ne s'expliquent
bien que par cette supposition, mais de plus, les
médailles asmonéennes nous prouvent que l’usage
d'écrire les nombres au moyen des lettres de l’al-
phabet était pratiqué au moins chez les Juifs de
ce temps-là.
ITest impossible, dis-je, d'expliquer autrement les erreurs dont nous parlons. Je n’en relèverai. qu'un très petit nombre. — Combien d'années de famine Nathan proposa-t-il à David? D’après 2 Sam. XXIV, 13, sept, schéba, mais d'après « 1 Chron. XXI, 12, rois, schalosch. Supposons que ce dernier nombre soit la leçon primitive, s’il était
écrit en toutes lettres on comprend difficilement qu'un scribe en altère l’orthographe au point d’en faire schéba, ou, dans le cas contraire, de faire de schéba, schalosch. Mais qu'on se représente le nombre des Chroniques écrit avec la lettre qui signifie rois, c'est-à-dire guëmel, rien de plus facile que de la confondre avec celle du nombre sept, zain, surtout dans un texte écrit sans intervalles entre les mots.
D'après 2 Rois XXIV, 8, Joïakin était âgé de 15 ans, schemonéh esréh, quand il monta sur le trône; mais d’après 2 Chron. XX XVI, 9, il était âvé de 8 ans, schemonéh. Cette grosse erreur ne peut venir que de la manière dont s’écrivait en lettre le nombre dix, savoir par jod, la plus petite lettre de l'alphabet et pour cela la plus facile à perdre de vue.
Dans nos versions modernes on commence à . prendre la liberté de corriger quelques-unes de ces fautes par trop évidentes. C’est une sage précaution, qui a pour effet d'enlever certaines pierres d’achoppement contre lesquelles peuvent se heurter des âmes simples ou des esprits malveillants. Il est à désirer que ce travail de correction soit fait d’une manière plus complète, et qu'on se hâte de faire disparaître des fautes du genre de celle-ci: Nous lisons 2 Chron. XXII, 2
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qu'Achazia était âgé de 42 ans quand il monta sur le trône; or, son père Joram était âgé de 32 ans quand il fut appelé à la royauté, et 1l mourut après un règne de Auit ans, c’est-à-dire an l’âge de 40 ans, 2 Chron. XXI, 20; comment son fils pouvait-il à ce moment être âgé de 42 ans Cette faute monstrueuse est d'autant plus facile à k corriger que la véritable leçon nous est donnée 2 Rois VIII, 26: Achazia; y est-il dit, éait Ggém de 22 ans quand il régna. Le nombre vingt s’écrie F avec la lettre caxph, très facile à confondre avec la lettre mem représentant le nombre quarante; de: là l’insigne bévue du copiste des Chroniques, qui ne s’est pas même aperçu qu'il faisait un fils plus vieux que son pére. | Nous ne voulons pas insister plus lobe È sur ces détails, qu'il nous seraït si facile de mul=M tiplier. Les exemples cités suffisent à eux seuls“ pour nous prouver qu'avant la formation du ca: non les manuscrits hébreux ont souffert, et qu'à l’époqueoù les premiers Sopherim lesrecueillirent, ils présentaient des accidents semblables à ceux que nous constatons dans les manuscrits du Nou=« veau Testament. De même qu’à la fin du quatrième siècle, les docteurs chrétiens voulant former un recueil des écrits de l’époque apostolique, durent rassembler les meilleures copies des originaux
HPUNTEXTEMAPRES L'EXIL 189
qui n’existaient plus, de même Esdras, et surtout ses successeurs, composèrent le canon de l’Ancien Testament des documents jusqu'alors épars, et qui n'étaient aussi que des copies bien des fois renouvelées des originaux disparus depuis longtemps.
C’est à la perte des originaux et au travail ré-
pété de la copie que sont dûs, pour l'immense
majorité, les accidents dont sont affectés les manuscrits de l'Ancien Testament, comme ceux du Nouveau; nous pouvons l’affirmer, preuves en main, pour ces derniers; mais si, pour le texte hébreu, le fanatisme rabbinique nous a enlevé tout moyen de fournir une preuve semblable, la scrupuleuse fidélité des premiers Sopherim et de leurs successeurs nous procurent la même certitude quand nous étudions, comme nous venons de
. le faire, le texte unique qu’ils nous ont transmis.
Qu'il y eût des manuscrits altérés et corrompus
au temps de la composition des Chroniques, c’est
ce que Hævernick lui-même est obligé de reconpaître; et Keil, qui partage cette opinion, l’étend aux livres historiques en général!.
C’est tout ce que nous voulons dire nous-même,
1 In den histor. Büchern namentlich der Chronik finden sich allerdings manche unleugbare Corruptionen. Æinl. 585.
zweite Auflage,
Le + : d :
à dt: ni ja
mais en généralisant ce jugement partiel de manière à embrasser tous les manuscrits de la littérature hébraïque ; car pour tous, à l'exception de la Thorah, les causes d'accidents paraissent avoir été les mêmes.
[Pour la bibliographie des deux premières parties, voir M l'Appendice, page 4001],