‹ Études historiques et littérairesChapitre 27 sur 42 · DE MADAME DE LONGUE VILLE · texte numérisé non relu

DE MADAME DE LONGUE VILLE

décision vigoureuse, son intolérance doctrinale, — les qualités et les défauts d'un grand et mobile esprit. Et aujourd'hui, ramené par l'injustice des temps dans le domaine de l'érudition pure, engagé par ses loisirs récents dans ces études « un peu légères, » comme il les appelle, d'où il a fait sortir tant de pages durables, — on s'étonne qu'ayant à étudier une période particulière de notre histoire, il la préfère à toutes les autres, qu'il se passionne pour la régence d'Anne d'Autriche et qu'il aime la duchesse de Longueville ! On s'en étonne, on s'en scandalise peut-être. Nous sommes un siècle si vertueux!...

M. Cousin voit-il le xvne siècle à travers son enthousiasme pour la duchesse de Longueville , ou voit-il la duchesse de Longueville dans le mirage que lui présente le xvne siècle? Je ne sais. Je serais enclin à croire cependant que c'est l'héroïne qui passionne pour lui le roman, que c'est l'aventurière ( le mot est du cardinal de Retz ) qui lui fait aimer le drame. Etrange coïncidence! où s'arrête la vie factieuse de la duchesse de Longueville, au seuil des Carmélites, de 1655 à 1660, peu de temps avant la mort de Mazarin, là s'arrête aussi l'admiration de M. Cousin pour le siècle. Il fait sa retraite, lui aussi ; il renonce aux affaires, aux brillantes intrigues et au bel esprit. Il est une espèce de M. Singlin, plus éloquent et plus onctueux, mais détaché du monde comme lui, et n'y participant plus que par un amer mépris de ses vanités, de ses corruptions et de sa mollesse. Il m'est impossible, en effet, d'expliquer autrement que par une complaisance dithyrambique pour l'importance sociale de la duchesse de Longueville, à l'époque qui nous occupe, cette date fatale où M. Cousin arrête tout à coup le xvne siècle, au moment où madame de Longueville en sort, triste et repentie, par cette petite porte du

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faubourg Saint- Jacques, — où Louis XIV y entre par les degrés de marbre de son palais, jeune et résolu, majestueux et souriant, l'esprit libre et le cœur ému, montrant à la France ce qu'elle n'avait pas vu depuis le crime de Ravaillac : un maître dans son roi et un politique sérieux dans un Bourbon. Pour moi, si j'ose faire concurrence sur ce point à la philosophie historique de M. Cousin, c'est-là, c'est à cette date de 1660 que le grand siècle commence. Pour M. Cousin, c'est là qu'il finit.

M. Cousin formule, en quelques pages d'une rare éloquence, cet arrêt qui dégrade Louis XIV et qui transporte à Richelieu, à la reine Anne, à la duchesse de Longueville et au prince de Condé les rayons dispersés de sa grandeur. Louis XIV en mourant, dit-il (je résume plutôt que je ne cite), laissa humiliée, affaiblie, mécontente et déjà pleine de germes de révolutions cette France que Henri IV, Richelieu et iMazarin lui avaient transmise couverte de gloire, puissante et prépondérante au dehors, tranquille et satisfaite au dedans. Il termine le siècle, il ne l'a pas inspiré. Parmi ses contemporains illustres, aucun ne procède de son influence. Il suit son temps sans le dominer. Dès qu'il veut devenir le maître, son action abaisse partout le niveau des esprits, des caractères et des mœurs. Il polit les àraes et les énerve. Il substitue l'école littéraire, et par conséquent un peu inférieure, de Racine et de Boileau à cette grande école de vertu, de politique et de guerre instituée par Corneille ; à Descartes, à Pascal, à Bossuet il a donné pour héritiers Massillon, Fontenelle, Voltaire, les vrais enfants de la fin du xvne siècle, etc., etc.

C'est ainsi que M. Cousin caractérise l'époque qui a suivi la retraite de madame de Longueville. Pour justifier cet arrêt de condamnation, M. Cousin est bien obligé de surfaire

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