‹ Études historiques et littérairesChapitre 28 sur 42 · DE MADAME DE LONGUEVILLB · texte numérisé non relu

DE MADAME DE LONGUEVILLB

un peu la période qui a précédé sa pénitence; et en effet il ne manque pas de nous dire quelque part « que la France » ne compte pas dans son histoire de plus glorieuses années » que les six premières années de la régence d'Anne d'Au- » triche et du gouvernement de Mazarin ; tranquille au » dedans après la défaite du parti des Importants, triom- » phante sur tous les champs de bataille, de 1643 à 1649, » depuis la victoire de Rocroi jusqu'à celle de Lens... » Oui, certes, ces premières victoires de Condé jettent un immense éclat sur les armes françaises; mais écoutez, sur ce point, le jugement d'un écrivain qui, né à la fin du siècle, avait encore dans l'oreille, pour ainsi dire, le retentissement de ces grandes batailles dont l'éloquence de Bossuet avait, en 1686, si magnifiquement répété les échos. Ecoutons Voltaire résumant, lui aussi, sans enthousiasme mais sans dénigrement, aux approches de la guerre civile, les résultats de

ces campagnes mémorables : « A voir tant de malheurs

» qui fondaient sur la maison d'Autriche, tant de victoires » accumulées par les Français et secondées des succès de » leurs alliés, on croirait que Vienne et Madrid n'attendaient » que le moment d'ouvrir leurs portes, et que l'empereur » et le roi d'Espagne étaient presque sans Etats. Cependant » cinq années de gloire, à peine traversées par quelques » revers, ne produisirent que très-peu d'avantages réels, » beaucoup de sang répandu, nulle révolution. S'il y en eut » une à craindre, ce fut pour la France : elle touchait à sa » ruine au milieu de ses prospérités apparentes. » Voltaire a raison ; la Fiance touchait à sa ruine, et elle était si peu tranquille et si peu satisfaite au dedans, qu'en dépit de ces exploits du grand Condé et sous le coup même de ces patriotiques émotions, elle courait aux barricades, soufflée par ses prêtres, assistée de ses grands seigneurs, encouragée par

ses précieuses, patronnée par ses Parlements. C'est au moment même où, dans l'église de Notre-Dame, un Te Deum solennel célébrait la victoire de Lens, et où les Suisses de la chambre apportaient à l'autel soixante-treize drapeaux pris sur les Impériaux : — c'est à ce moment que les troubles de Paris commençaient par l'arrestation de Broussel, les mécomptes de la cour par le pillage ducarrosse deCominges.

Ce n'est pas ici le lieu de faire l'histoire de la Fronde. Le livre de M. Cousin s'arrête d'ailleurs, comme je l'ai dit, à la paix de Saint-Germain. On sait que la Fronde recommença l'année suivante. Mais qui oserait donner comme un signe de ce tempérament vigoureux, et comme une explosion de cette ardeur énergique qu'avait développée , nous diton, le despotisme de Richelieu, « cette guerre de singes, » comme l'appelle Voltaire ( Condé lui donnait un nom moins respectueux encore), — cette guerre de toutes les vanités, de toutes les ambitions, de tous les ridicules, de toutes les rancunes sacrées ou profanes, aristocratiques ou 1 bourgeoises qui signalèrent le passage du règne de Louis XIII à cette domination fière et douce où la France retrouva, sous le sceptre de son successeur et presque jusqu'à la fin du siècle, le véritable équilibre de son intelligence et de son génie? Qui l'oserait? M. Cousin lui-même ne l'a pas tenté. Il a mis une magnifique façade à l'édifice, voilà tout; mais combien d'aveux contraires qui échappent à sa sincérité! combien d'aperçus lumineux qui tranchent sur le fond apologétique de son système! combien de révélations qui l'éclairent en dépit de son engouement! Ces contrastes de son livre, s'ils en sont peut-être le défaut littéraire, en sont aussi l'honneur et la moralité.

On a beau faire, ni les historiens ni les écrivains de Mémoires n'ont jamais pu rien tirer de la Fronde; personne

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