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ne Ta pu grandir, ni Retz qui s'y prélasse, ni La Rochefoucauld qui s'y compromet, ni madame de Motteville qui nous y montre, à travers les qualités les plus royales, Tincurable nonchalance de sa maîtresse, ni la duchesse de Nemours qui l'a pourtant prise au sérieux plus que personne, par une vieille rancune de belle-fille. Mais personne ne Ta pu grandir. J'ignore si M. Cousin, dans la suite de son histoire, réussira à l'élever sur ce piédestal qu'il dresse à la duchesse de Longueville; mais pour moi et pour aujourd'hui un seul mot la résume : « Un esprit de vertige » agitait et affolait la France, — et ce mot résume aussi le genre d'influence que le despotisme du cardinal Richelieu avait exercé au dedans. Je ne conteste pas tout ce que le traité de Munster, résultat tardif et posthume de sa longue lutte contre la maison d'Autriche, assurait d'avantages à la politique française au dehors ; — mais, au dedans, Richelieu mort avait laissé les esprits émus, inquiets, irrités, incertains de leur voie, défiants de leur avenir, dans cette situation pleine d'anxiété et de découragement où tombent les peuples, quand le despotisme ou l'anarchie ont déplacé leur équilibre naturel. Je ne cherche pas les rapprochements. Mais à la fin de 1848, après six mois de gouvernement démagogique, la France, nous le savons tous, était toute prête pour une Fronde sanglante. En 1648, en dépit de la paix de Munster, elle ne respirait que la discorde. Triste résultat et grande leçon !
Telle était la France que Louis XIV reçut des mains de la reine Anne, un peu calmée, sans doute, quelques années plus tard, par cette habile et prudente administration de Mazarin,ie seul homme sérieux et le seul esprit politique de cette époque.
Telle était la Fiance. — Est-il vrai que Louis XIV y abais
sa le niveau des mœurs? A cette accusation, c'est M. Cousin lui-même qui répond. « Nous avons traversé, dit-il » (arrivée 1644), les années les plus vraiment belles de la » jeunesse de madame de Longueville, celles où l'éclat de » ses succès ne coûte encore rien à la vertu. Le temps » approche où elle va succomber aux mœurs de son siècle et » aux besoins longtemps combattus de son cœur. L'amour » qu'elle répandait autour d'elle, elle va le ressentira son » tour, et à vingt-huit ou vingt-neuf ans s'engager dans une » liaison fatale qui lui fera oublier tous ses devoirs à la fois » et tournera ses plus brillantes qualités contre elle-même. » contre sa famille et contre la France... » — « Dans un » monde où la galanterie était à l'ordre du jour, dit-il en- » core, cette jeune et ravissante créature, mariée à un » homme déjà vieux et même occupé ailleurs, suivit » l'exemple universel... y> Ainsi, de l'aveu même de M. Cousin, un amour adultère et factieux, un amour qui tourne une princesse du sang royal contre sa maison et sa patrie, ce sont là les mœurs qu'il était dans la destinée de Louis XIV d'abaisser encore. Certes , l'énumération est longue et l'histoire est triste des égarements où la passion entraîna ce grand roi; mais si l'amant couronné de madame de Montespan fît, de la galanterie, non pas le privilège, — tout le monde l'y aidait, — mais la distraction insolente du trône de France, la Fronde en avait fait le prétexte détestable et l'instrument criminel delà guerre civile. Elle l'avait tachée de sang, après l'avoir célébrée en madrigaux...
J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux.
répétait la France avec Marsillac, Beaufort et Conti. « La » Fronde , a dit Lemontey, tournoi de deux femmes, Ge-
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» neviève de Condé et Anne d'Autriche, Tune pouri'uir son
» mari, l'autre pour rapprocher son cardinal »
Est-il plus vrai que LouisXIV abaissa le niveau des caractères? Tous ces hommes à la trempe énergique, ces contemporainsdesRomainsde Corneille, cesrudesélèvesdeRichelieu, ces héros de Rocroi et de Fribourg, amants prédestinés des robustes beautés que M. Cousin préconise, — comme politiques, la Fronde les révèle. Il en est de ce masque d'énergie civile qu'on leur prête, comme de ce cilice dont mademoiselle de Bourbon s'était cuirassée contre les tentations du monde, au premier bal du Louvre où elle fut conduite. Elle quitta le cilice et garda le bal. il en est de même de tous ces héros pourfendeurs d'abus. Ils en vivent et ils se battent pour les perpétuer à leur profit, et ils se battent, si braves qu'ils soient, en comédiens plus qu'en héros. Et Condé seul ( car il faut toujours mettre à part cette grande figure jusqu'au jour où elle subit dans la contagion commune le niveau commun, au sortir de cette prison du Havre ), — Condé seul, ai-je dit, se distingue dans cette mêlée par une sensibilité aussi héroïque que son courage. « Ah! Madame! » disait-il après ce terrible combat de la rue Saint-Antoine, lorsque échappé à grand'peine au carnage, harassé de fatigue, défait, couvert de sang, il arrivait, l'épée encore à la main, chez Mademoiselle: — « Ah ! Madame! vous voyez un homme qui a perdu tous ses amis! » disait-il avec un torrent de larmes. Quant aux autres héros de la guerre civile, c'est dans le livre même de M. Cousin, s'ils n'étaient si connus, qu'on apprendrait à les juger. Beaufort est un héros de théâtre; Henri de Guise (mais celui-là était à Naples) est un héros de roman. Le cardinal de Retz, prêchant la révolte et pris de peur en voyant le mauvais effet de son sermon, fait mine de s'évanouir et met ainsi fin à son danii. 21
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ger. Et quant à la cour : « Le jour des Barricades, écrit ma- » dame de Motteville, on tint conseil au Palais-Royal à l'or- » dinaire, et nous y demeurâmes paisiblement, riant et » causant, selon notre coutume, de mille fariboles.... » Et quand Broussel a échappé tout à la fois aux exempts de la cour et à l'ovation du peuple, et que, tout honteux de tant de bruit, il s'esquive par une petite porte de Notre-Dame et qu'il est rentré chez lui, — quels sont les premiers qui le visitent? ceux-mèmes que la rébellion populaire a mis en péril, les gens de cour, qui viennent le voir, écrit madame de Motteville, par curiosité...)) — « C'est ainsi, dit à son » tourMontglat, que, pendant cette nuit des Barricades, Ma- » zarin, Gréqui et Jarzé sortirent ( en curieux) déguisés, le, » manteau sur le nez, pour les visiter, et tous trois revin- » rent sans être connus. » La Fronde est pleine de ces mascarades.
Je n'ajoute rien. Est-ce là cette forte race, ces fils de Richelieu, de Descartes et de Corneille, ces hommes énergiques et rudes qui devaient échapper à l'action de Louis XIV et le laisser solitaire dans son palais reconquis? Attendez, et un peu de patience. Nous les retrouverons à VOEUde- Bœuf.
La question de l'influence littéraire de Louis XIV sur le siècle auquel le bon sens public a donné son nom, — cette question est une simple affaire de dates, et je n'y veux pour aujourd'hui attacher d'autre importance que celle-là. Et aussi bien, l'histoire de la duchesse de Longueville est peu intéressée dans une controverse de ce genre. M. Cousin a eu beau recueillir, avec un soin religieux et un goût excellent, toutes les reliques de la littérature de la duchesse, colliger ses petits vers, citer ses lettres, invoquer ses amitiés, et la mettre en scène dans les entretiens du salon