‹ Études historiques et littérairesChapitre 33 sur 42 · ET DU PRINCIPE D AUTORITE · texte numérisé non relu

ET DU PRINCIPE D AUTORITE

la loi régulière du monde et la politique d'expédients une sorte de philosophie de l'histoire, — sommes-nous dans une de ces phases* de la civilisation où l'autorité toute seule ait à répondre à Dieu et à son épée, comme les chevaliers du moyen âge en quête d'aventures, de la destinée d'une société ? Sommes-nous au contraire ( je repousse loin cette pensée ) dans une de ces phases où le hideux égoïsme de l'intérêt individuel soit la seule loi de la politique et le seul conseiller du pouvoir?

Le véritable amphitryon

Est l'amphitryon où l'on dîne.

J'écarte, je le répète, cette hypothèse injurieuse pour tout le monde, pour le pouvoir, pour le pays. Serions-nous donc davantage dans une de ces phases de la civilisation où le droit divin serait la raison de tout ? ou bien dans cette autre phase où la puissance du nombre répondrait à tout? M. Mignet dit quelque part : « Le peuple, après le 18 brumaire, signifia son abdication par son vote. » Un peuple à qui on aurait demandé de mettre dans la constitution du pouvoir le poids de sa supériorité arithmétique, et qui n'aurait fondé que le despotisme solitaire et irresponsable du principe d'autorité tel qu'on le patronne aujourd'hui, — un peuple qui aurait ainsi déposé sa démission dans l'urne même d'où serait sortie sa souveraineté triomphante, est-ce là ce qui constituerait cette autorité providentielle, comme on dit, en rapport avec la civilisation §d'une grande nation? Je ne le crois pas ; j'ai la confiance que personne ne le croit; mais j'ajoute :.Si la France du xixc siècle a en elle, comme on le prétend, le principe d'autorité qui lui est propre, si ce principe doit ^sortir de ses entrailles et de son cœur où elle le porte,

comme on nous le dit, eh bien ! j'en réponds : ses alarmes d'hier ont pu lui conseiller, lui conseillent encore peut-être la subordination, je ne dis pas de l'esclave, mais du pupille interdit envers le tuteur qui protège ses intérêts; ses alarmes ont pu la livrer au principe d'autorité, tel que ses théoriciens l'entendent aujourd'hui ; — le fond de son cœur est libéral ; le besoin de son organisation civile, c'est une garantie supérieure contre tout excès de pouvoir, et j'ai montré de plusjque c'était le besoin du pouvoir lui-même.

Ah ! quand il a fallu, il y a soixante ans, renverser tout un régime fondé sur une possession immémoriale, et raser à fleur de terre tout un échafaudage de privilèges et de corruptions qui semblaient aussi anciennes que la France elle-même; — quand il a fallu rendre l'égalité à l'impôt, l'indépendance et la dignité à la roture, la publicité aux tribunaux, le secret aux correspondances, l'admissibilité des fonctions publiques au mérite et à l'instruction, la liberté au travail, à la conscience, au culte, à la parole, à la presse ; l'unité à la législation, aux mesures, à la monnaie ; l'homogénéité à la France; quand il a fallu renverser les barrières fiscales, détruire les exclusions féodales, briser « l'inextricable enchevêtrement des finances , » purifier et humaniser la justice, réorganiser l'armée; que sais-je enfin? quand il a fallu, il y a plus d'un demi-siècle, entreprendre celte œuvre immense, et quand l'œuvre est faite, — dire aujourd'hui que l'unique principe qui doit commander la confiance du peuple, où s'est accompli ce grand travail de régénération sociale, c'est Je principe d'autorité, et que ce principe seul peut assurer son avenir ; dire cela, n'est-ce pas, en vérité, faire trop bon marché d'un si patriotique effort et d'une si miraculeuse réussite? « On n'a pas tous » les jours, dit M. Mignet (il le disait en août 1848), à faire

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» une vraie révolution, à changer la base de là société et le » principe du gouvernement, à fonder sur l'égalité ce qui » reposait sur le privilège, à introduire la liberté publique » là où dominait l'autorité absolue. » Non, cela ne se fait pas tous les jours ; mais quand cela est fait, on veut le garder. Le principe d'autorité y sert puissamment, qui le nie? la liberté politique seule y suffit. Et aussi bien toutes les libertés sont solidaires. Il n'en est pas une seule qui ne ressente l'atteinte faite à toutes les autres. Leur accord est l'éternel problème imposé aux gouvernements dignes de ce nom. Y substituer la solution du pouvoir absolu, comme les théoriciens du principe d'autorité l'essaient aujourd'hui, c'est traiter une société née libre et digne de l'être, malgré ses fautes d'un jour, comme une justice dédaigneuse traite un plaideur importun, c'est opposera la France libérale de 1789, de 1814 et de 4830 une fin de non-recevoir.

— Je reviens au livre de M. Mignet. Ces considérations m'y ramènent naturellement. J'ai voulu y signaler une seule lacune. Ma critique en a bien d'autres. En effet, l'auteur des Notices n'a pas seulement consacré son savant pinceau à des portraits politiques : il a eu à peindre des lettrés, des philosophes, des savants, des physiologistes, Comte, Sismondi, Ancillon, Cabanis, Broussais, plusieurs autres, et il l'a fait avec la même supériorité de raison, la même vigueur d'aperçus, la même fermeté de style élégante et harmonieuse. M. Mignet est certainement un écrivain très-académique, et il suffît de voir avec quelle dextérité de plume il se joue des détails les plus arides, les plus techniques et parfois les plus rebutants, comment il se tire, par exemple, d'une description anatomique du cerveau, du cervelet et de la moelle allongée ; — il suffît de lire, entre autres tours de force de ce genre, la notice qu'il a consacrée à l'illustre Broussais pour

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