II
» tous les peuples, tous lus hommes sont propres à la li- » berté par leurs qualités différentes; tous y arrivent ou y » arriveront à leur manière...»
J'ai dit l'esprit du livre de M. de Broglie. Quant à sa valeur littéraire, il aurait fallu, pour en donner une idée plus exacte, faire aussi une analyse plus complète des importants essais dont ce recueil se compose. S'il s'agit de caractériser simplement la manière et le style de l'auteur, quelques pages y suffisent. Je ne sais personne, en effet, qui sacrifie moins à la curiosité du lecteur et qui suffise davantage à son attention. On dirait que M. de Broglie a le dédain des agréments du style, non qu'il s'en prive, mais il ne les accepte qu'à bonnes enseignes, pour ainsi dire, et quand ils lui servent à prouver quelque chose. Sa manière se résume plutôt dans une certaine dialectique animée, d'un tissu serré, d'un dessin sévère, avec une sorte defamiliarité nobleet incisive, quelque chose d'oratoire, de logique et d'abstrait tout ensemble. Le tout donne l'idée d'un vrai talent, et s'appelle aussi du mérite, un mélange de vivacité et d'honnêteté, de conviction sérieuse et de candide esprit. Je recommande à ceux qui voudraient trouver dans un petit nombre de pages la réunion de toutes ces qualités, de lire le morceau consacré aux dernières réformes de V instruction publique (juin 18o2 ). Ce morceau, qui est entièrement inédit, me semble un chefd'œuvre d'argumentation, et il est, ce qui ne gâte rien, profondément juste et vrai. La critique littéraire, dans le livre de M. de Broglie, n'est pas traitée avec moins de soin et moins de succès que l'économie sociale. Tout le monde a lu sa brillante et sévère étude sur les Mémoires d 'outre-tombe. Et quant à la troisième partie du livre, qui est consacrée à la philosophie religieuse, — tout le monde voudra relire l'essai qui est intitulé : le Moyen Age et l'Église catholique.
La raison publique n'a pas eu depuis cinq ans, sur le terrain de ces controverses délicates où celui qui apporte la passion perd l'autorité et où le talent même ne la donne pas tout seul, — la raison publique n'a pas eu, je crois, dans ces graves questions un interprète à la fois plus vif, plus religieux, plus éloquent et plus convaincu; et sa conviction mérite de passer dans tous les cœurs! Que ce vœu soit aujourd'hui mon dernier mot sur le prince de Broglie. Mais que cet essai si remarquable ne soit pourtant pas son dernier écrit.
XVHl
lie Gouverne m eut des Bourbons.