DE L INVIOLABILITE LITTERAIRE
tré dans la critique strictement littéraire, et j'ai poussé le scrupule jusqu'à ce point d'interrompre une Etude sur le conventionnel Saint-Just, que j'avais commencée dans le courant du mois qui a précédé le coup d'État. Vous trouverez peut-être que ne plus mêler la politique à la critique aujourd'hui, c'est encore manquer de ce courage civil dont vous tracez si fièrement la leçon. Suivant vous, on ne doit exprimer ses opinions et ses regrets que lorsqu'il y a quelque courage à le faire. Eh bien ! Monsieur, l'occasion est bonne. Que ne profitez-vous pour vous-même de vos propres leçons ? Votre parti a t'ait la guerre au gouvernement du roi Louis-Philippe avec le courage qu'il fallait alors, en pleine liberté de la presse, pour attaquer et pour miner ce malheureux roi. Je trouve d'une prudence très-respectable que vous ayez cessé cette guerre, quand il s'agitdu gouvernement actuel. Mais quand vous établissez si superbement la maxime que toute attaque qui n'est pas vraiment périlleuse « manque de dignité, » ne voyez-vous pas que vous ne faites autre chose que réagir contre la polémique que vos amis ont prolongée dix-huit ans et contre le silenœ que vous gardez et à bon droit aujourd'hui ?
Je ne connais que deux régimes pour la presse : la liberté ou la contrainte. En temps de liberté, je ne connais qu'une manière honnête de faire de la critique personnelle dans un journal, — c'est de mettre loyalement son nom au bas de ses écrits et d'en répondre à ceux qu'on attaque. C'est ce que j'ai fait.
Et maintenant, Monsieur, je trouve dans les dernières lignes de votre article un grand fracas de personnalités désobligeantes, d'anecdotes apocryphes et d'injures déclamatoires ; je n'y réponds pas. J'ai voulu traiter une question littéraire, non infliger au public le spectacle d'une querelle
1>ES HOMMES POLITigUEfc
personnelle. J'ignore les batailles que vous avez gagnées, les barricades que vous avez prises ou perdues, et je m'en soucie peu. A chacun son lot. Mais je ne vous en tiens pas moins, au ton de votre critique, pour un héros, et je suis bien obligé de croire aussi, puisque vous voulez bien me donner des leçons de style, que vous êtes un écrivain. Mes prétentions sont plus humbles, et je me contente de me dire,
Monsieur,
Votre très-obéissant serviteur,
Cuvillier-Fleury.
vu
I/licroïsme et la politique pendant le règne des cent -jour s.