‹ Études historiques et religieusesChapitre 12 sur 15 · M. RENAN I · texte numérisé non relu

M. RENAN I

M. Renan est l’un des écrivains les plus distingués de notre tenaps, l'un de ceux qui honorent le plus leur talent par l’usage qu’ils en font. 11 a, au plus haut degré, ce qui caractérise les esprits honnêtes et les grands esprits, la passion de la vérité. 11 la poursuit sans relâche à travers tous les sujets; il la dit sans faiblesse et la dit tout entière, persuadé qu’on la trahit quand on la déguise et qu’on l’outrage quand on la suppose dangereuse. Il ne craint de choquer ni les esprits timides par sa franchise, ni les esprits outrés par sa modération ; il montre et concilie dans tous ses écrits une érudition très -solide et une philosophie très- saine. Comme tous les érudits, il aime les faits un peu pour eux-mêmes; mais, comme un vrai philosophe, il les examine toujours par les rapports qu’ils ont avec quelque vérité générale. C’est un esprit actif, fécond, un érudit qui ne demande que des lecteurs éclairés et des juges compétents.

Élevé dans le séminaire, il a, comme les Israélites sor-

ti) Essais de morale et de critique, par M. Ernest Renan, membre de l’Institut. 1 vol. in-8; Michel Lévy frères.

tant de la captivité, emporté d’Égypte les vases d’or et d’argent dont il travaille, avec autant d’habileté que de courage, au tabernacle de la liberté religieuse et philosophique. 11 a conservé de son éducation ecclésiastique tout ce qui s’accordait avec les belles qualités de son esprit : le sentiment profond des matières religieuses, l’amour du travail' qui rend tout facile, le goût de la retraite qui économise le temps et donne l’indépendance. Il a secoué le joug de l’autorité soi-disant infaillible, et substitué, suivant ses propres expressions, à « la foi qui écrase et rapetisse, » la foi qui élève, améliore et fortifie.

. La foi en un principe moral, quand elle s’acquiert et s’entretient ainsi par l’exercice de la raison, est un merveilleux outil dans la main d’un homme fort. Elle regarde d’un œil tranquille les coups de la Fortune soufllant sur nos desseins les mieux combinés et fauchant nos plus hautes espérances. C’est grâce à elle que, depuis soixante ans, malgré les épreuves faites pour abattre les cœurs les plus fermes et les âmes les plus hautes, tant d’hommes honorables se sont maintenus dans une posture d’esprit imperturbable, semblables aux chérubins de l’.\rche, qui, au milieu de la poudre, des pierreries et de l’or, tenaient leurs yeux toujours attachés sur le Propitiatoire. Le Propitiatoire, aujourd’hui, c’est la liberté, et les Essais de morale prouvent qu’elle n’a pas de partisan plus dévoué et plus convaincu que M. Renan.

Ce volume est un recueil d’opuscules publiés déjà dans les journaux ou les revues. Quoique- ces divers morceaux se tiennent par la constante unité de vues et

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