OU* REPOSE LE COUPS DE CHAMPLAIN FONDATEUR DÉ QUÉBEC
Dès les premières années de la colonie française établie à Québec, les sépultures *e faisaient dans quelque cimetière ou caveau d'église dont il est assez facile de retracer les bornes. Les colons français et les sauvages chrétiens morts à Québec, étaient enterrés on dans le cimetière àeê Récollets ou dans celui de la Montagne, ou encore dans le cimetière des pauvres, et l'endroit spécial assigné à chacun nous est généralement connu. Ainsi, nous savons où furent déposés les corps
du Frère DuPlessis, de Louis Hébert, des Pères Masse, de Brébenf, et G.
Lalcmant, etc. Mais, s'il s'agit de Champlain, de l'homme le plus émineni qui ait vécu au Canada, du fondateur de Québec et du père de la Nouvelle-France, surgissent des difficultés inextricables, qui semblent délier les calculs de l'archéologue et. les recherches de l'historien . Est-ce là un secret de la Providence, qui a voulu enlever à notre vénération les restes de l'homme illustre dont la mémoire est toujours chère au cœur des Canadiens-Français ?
§ 1. — Lieux de sépulture des Gouverneur
de la Nouvelle- France.
De tous les Grouyerneurs français enterrés dans l'enceinte des murs de Québec, Ohamplain est 'le seul dont le lieu de sépulture soit ignoré. M. de Mé«y . mort en 1665, fut inhumé dans le cimetière des pauvres, près de l'IIôtel-Dieu.
Les corps de MM. de Frontenac, de Callières, de Vaudreuil et de Longueil reposèrent longtemps dans les voûtes de leglise des Récollets, près de la Place d'Armes. Et, quand- cette église devint la proie des flammes, en 1798, on exhuma ces précieux restes pour les transporter à la cathédrale, dans la chapelle de Notre-Dame de Pitié. Ils furent d'abord ensevelis dans cette chapelle, près de la muraille, du côté de Pévangile. .Une seconde translation de leurs ossements eut lieu, paraît-il en 1829, et ils furent déposés dans les Toutes de la chapelle Sainte-Anne, C'est dans cette même chapelle, tout près de N. D. de Pitié, qu'ils furent définitivement placés, lors iles travaux d'excavation faits en 1877. L'identification de ces squelettes entassés là pêle-mêle n'étant plus possible, il fallut réunir dans une tombe commune les restes mortel® de ces héroïques défenseurs de la patrie. Le catholique qui va chercher des consolations au pied de la statue de la Mère des Douleurs, ne
doit pas oublier qu'à quelques pieds de la balustrade dorment en paix plusieurs des gouverneurs les plus estimes, et aussi un des plus grands génies du XVIIe siècle. Leurs noms ne sauraient rester dans l'oubli, et tôt ou tard quelque pieVre tumulaire indiquera aux générations futures ce que ces ancêtres illustres oui fait pour le bien de leurs gouvernés.
Ghamplain mourut trente années avant M. de Mésy ; mais durant cette période assez courte, il se déroulades événements qui servirent à jeter plus d'ombre sur le lieu de sépulture du premier Gouverneur. Ainsi, l'incendie de l'église paroissiale, les constructions d'édifices publics et prives dans cette haute- ville jusqu'alors à peu. près déserte, l'alignement et l'ouverture des rues avaient presque transformé cette partie de Québec où reposait Ghamplain. Jusqu'à cette date de 1635, la coutume était de faire les inhumations dans les deux seuls cimetières des Kécoliets et de la côte de la Montagne, et ce dernier servie ainsi
jusqu'en 165t ; on ne sache pas qu'il ea fût enterré ailleurs. Ainsi, en 1619, le Frère Pacifique, récollet, fut inhumé dans la chapelle de Québec, et en 16 2 T. Louis Hébert fut enterré dans le cimetière de Notre-Dame des Anges, près du couvent des Récollets. Etienne Jonquest, son épouse Anne Hébert, ainsi que leur enfant, furent probablement ©ntorrés dans ce dernier endroit. Dan.$ une yille dont la population variait de 50 à 60 âmes, les mortalités n'étaient pas fréquentes ; et depuis le 24 octobre 1621, date de l'ouverture des registres de Québec, jusqu'en 1629, il n'y eut dans la colonie française que six baptêmes et deux mariages.
Le 25 décembre 1685, Champlaiia terminait donc sa carrière, trop tôt, hélas i pour le bien qu'il pouvait opérer encore. Cependant, il avait vu réaliser en grande partie le rêve de ses e$péranae$. Dans cette contrée inculte, il avait pu, avec l'aide des premiers pionnier® français, les Hébert, les Couillard, les Pivert,
les Martin, opérer quelques défrichements, et fonder au centre même de ces royaumes indigènes qui n'avaient dt grandiose que le nom, une ville qui fournissait déjà les plus belles espérance». Imbu de l'idée que le salut d'une âme était ' *;hose plus précieuse que la conquête d'un royaume, Champlain, avec le concours des missionnaires récollets et jésuites, avait donné à la jeune colonie des assises durables, et lui avait garanti un avenir heureux, en inspirant à ce petit peuple le goût de la religion, base d© toute société ; aussi, nos premiers ancêtres étaient-ils pleins de catte fai humble et forte, qui faisait dire au jésuite Charievoix que parmi eux régnait la simplicité des premiers siècle» de l'Eglise. Homme d'action, Champlain n'avait pas non plus négligé, dans ses» voyages de France à Québec, et dont il a laissé des relations très-fidèles, d'apporter . tous ces éléments de force matérielle que les colons ne pouvaient se procurer ici. La mort le surprit au beau milieu de ses
travaux ; et la Providence a voulu que nous, ses enfants, soyions privés de cette suprême consolation de l'orphelin, d'aller prier sur la tombe d'un père chéri, le père du peuple Canadien.
Québec, le vieux Québec, la ville que CJhamplain chérissait par-dessus tout.
n'a-t-il pas failli à son devoir, et j'oserai même dire, terni sa renommée de gratitude, en n'élevant pas à la mémoire de son fondateur un monument digne de lui #t de son œuvre ! Si, nous dépouillant un jour de cette indifférence profonde, nous allions bientôt mettre à exécution lin vœu général, peut-être alors, par une permission divine toute spéciale, découvririons -nous ces ossements enfouis quelque part dans l'intérieur de nos murs.