‹ Etudes historiques sur l'aliénation mentale dans l'AntiquitéChapitre 10 sur 57 · SIÈGE ET NATURE DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

SIÈGE ET NATURE DE LA FOLIE

deur des coDabattants. Erapédocle d’Agrigenle aurait ramené, dit-on, à la raison un aliéné furieux, par la douceur de ses chants. Un musicien, nommé Clinias, atteint de mélancolie, calmait ses accès en prenant sa lyre (1). L’Écriture a vulgarisé l’exemple de Saül : « Toutes les fois que l’esprit malin, enyoyç dp Seigneur, se saisissait de Saül, David prenait sa harpe e| qn jouait, et Saftl en était soulagé et se trouvait mieuA, c^E l’esprit malin se retirait de lui (2). »

Galien dit enfjp qu’Esculape guérissait la folie par la musique. Çpttg donnée était donc dans la tradition, bien qu’il n’y soit fait allusiop apcuppinent dans la collection hippocratique.

GHABITRE ¥11.

Siège et nature de la ffplie.

Un médecip, dit Homère, équivaut à un grand nombre d’hommes. Cette pensée est surtout applicable à Hippocrate, esprit gppéralisateur s’il en fût. Ainsi, Je premier, et presque le sep], parmi ses contemporains, il comprit la vraie nature des affections mentales. Ame noble et profondément honnête, il combattit, selon ses mpyens, la superstition et le charlatanisme.

, La folie était donc tQut simplement, pour le médecin de Cos, une maladie du cerveau. « C’est par là que nous pensons, comprenons, vqypns, entendons, que nous connaissons le laid

(1) Dulaurens. Maladies mélancoliques.

(2) Rots, liv. I, chap. xvi, § 23.

et le beau, le mal et le bien, l’agréable et le désagréable. C’est encore par là que nous sommes fous, que nous délirons, que des craintes et des terreurs nous assiègent, soit la nuit, soit après la venue du jour, des songes, des erreurs inopportunes, des soucis sans motifs (1). »

Selon lui, l’aliénation résulterait de l’humidité de l’organe cérébral. « Devenu trop humide, il se meut nécessairement, et se mouvant, ni la vue, ni l'’ouïe ne sont sûres, le patient voit et entend tantôt une chose, tantôt une autre; la langue exprime ce qu’il voit et entend. » La crase, dans ces conditions, n’existait plus, et le trouble intellectuel qui s’ensuivait avait conséquemment pour cause une altération matérielle.

Siège de la folie, le cerveau était aussi le siège de l’intelligence ; il en était l’interprète, le messager : doctrine qui, on le voit, n’est pas neuve, quoiqu’il ait fallu arriver presque jusqu’à nos jours pour la mettre hors de contestation.

On dirait qu’Hippocrate avait prévu la définition célèbre de - M. de Donald ; « L’homme est une intelligence servie par des organes. » Les yeux, dit-il, les oreilles, la langue, les mains, les pieds agissent suivant que le cerveau a de la connaissance (2).

Ces notions physiologiques sur le siège de l’intelligence et de la folie ne se séparent pas, en définitive, sauf les théories humorales qui les accompagnent, des idées admises actuellement. Le cerveau est, pour les modernes, comme il l’était pour quelques médecins chez les anciens, l’organe qui sert à la manifestation des pensées et des sentiments. Au delà tout est ténèbres et mystère.

On a considéré, dans le traité de la Maladie sacrée^ l’air

( 1 ) Maladie sacrée, § 14 .

( 2 ) Ibid., § 16 . •

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