CHAPITRE YL
©Il traîtéitient.
« Les anciens, dit M. Maury, n’avaient pas plus saisi le caractère naturel et l’origine physique des maladies qu’ils n^avaient reconnu la constance des phénomènes de l’univers. La même idée qui leur faisait substituer, aux forces par lesquelles il est dirigé, des esprits personnels et des individualités divines, des
(1) Maladie sacrée, 2.
(2) Loc. cit,, § 12. . . . - ■
60 PÉMODE HIPPOCRATIQUE.
démons ou des dieux, les conduisit à attribuer les maladies et le trépas à l’action surnaturelle [de divinités ou de génies irrités (1). »
Nous avons montré, précédemment, sous l’influence de combien de divinités était placé le mal caduc. Une épidémie frappait-elle les populations ou une armée ? Cette épidémie venait des dieux. Apollon outragé se venge ainsi d’Agamemnon devant Troie. Chaque individu avait, en outre, pour tuteur et pour guide, suivant la doctrine philosophique alors en vogue, un démon familier, personnification invisible de son individualité morale. De la nature bonne ou malfaisante de ce génie, dépendait la conduite de l’être à la destinée duquel il présidait. Cette fiction ingénieuse a eu cours dans le monde sous une autre forme et n’a point encore disparu ; combien ont, de nos jours, confiance dans leur ange gardien ! Poétique et douce illusion, d’ailleurs !
Le démon familier des anciens donnait la sagesse, mais il troublait aussi la raison. ,
Tout récemment, la mode tendait à faire regarder comme fous, ou du moins comme entachés d’insanité, la plupart des grands hommes, opinion plus que paradoxale. Socrate consultant son démon était un fou. Mais, comme M. Renan l’a fait judicieusement observer, si l’on part de ce principe que tout personnage historique à qui on attribue des actes que nous tenons au xix® siècle pour peu sensés ou cbarlatanesques a été un fou ou un charlatan, toute critique est faussée (2).
En vertu de ces nuances diverses, dans les idées prédominantes, le s^liéné s reçurent différents noms dans l’antiquité; on les appelait démoniaques (S«t(iovc6\r,ivzoi), possédés de Dieu
(1) La magie et Vastrologie dans l’antiquité et au moyen âge, p. 256.
(2) Fie de JesMS, p. 267.
DU TRAITEMENT
énergumènes (svipyohixsvot), dans la pensée qu’un souffle divin agissait sur eux ; et de là la division de Platon en deux espèces de folies : l’une envoyée par les dieux, et l’autre ayant pour cause une altération physique. C’était un progrès déjà,et on le devait à Hippocrate.
La croyance aux divinités irritées fit naître l’idée des purifications et des sacrifices. Simple était la conséquence. Du moment que la maladie était considérée comme la punition d’un péché ou comme une intervention du démon, le meilleur médecin était nécessairement le prêtre. Mais, si des hommes de bonne foi, dans leurs superstitions, mirent en pratique ce traitement, ce furent, en général, des charlatans qui l’exploitèrent. Reconnaissons, pourtant, queTappareil dontce genrede moyens était accompagné, en agissant sur l’imagination d’une manière vive et profonde, dut être utile plus d’une fois.
Les purificateurs, chez les Grecs, portaient le nom de «ttofiàTpiatj chez les Latins, on les appellera piatrices. C’est contre leurs pratiques, qui faisaient sortir la science de sa voie, que s’éleva Hippocrate, l’origine véritable et naturelle des maladies n’ayant point échappé à son génie supérieur.
Quelles étaient ces pratiques? Il est indispensable à l’esprit et au cadre de ce travail de les indiquer en quelques mots.
Venues de l’Orient, la Grèce les adopta, et, plus tard, nous les retrouverons partout dans l’Occident.
Les affections nerveuses étant réputées surnaturelles et conduisant à cetfe supposition que les démons s’étaient emparés du corps des malades, le but dès lors était, au moins en apparence, de les en chasser, pour amener la guérison. « A l’aide -de raisonnements appropriés,, dit Hippocrate, les charlatans arrangèrent un traitement où tout était sûr pour eux, prescrivant des expiations et des incantations, défendant les bains.
et divers aliments peu convenables. Ces observances, ils les imposent en vue du caractère divin du mal, se donnant l’air d’en savoir plus que les autres, et alléguant diverses causes, afin que si le malade,guérit,.la gloire en revienne à leur habileté, et que, s’il meurt, ils aient des .apologies^ toutes prêtés, et püisr sent détourner d’eux la responsabilité du malheur et la jeter sur les dieux (1). » A défauCde morale et d’honnêteté, il faut avouer que ces anciens guérisseurs ne manquaient ni d’imaginative, ni de savoir-faire.
^ Un des procédés employés contre l’épilepsie consistait à purifier ceux qui en étaient atteints avec du sang et autres choses de ce genre. LeS objets purifiants étaient cachés aux yeux, soit qu’on les jetât dans la mér, ou qu’on les transportât sur les montagnes, là où personne n’y pouvait toucher^ Mais, s’écrie Hippocrate, il faudrait en faire offrande à la divinité, si tant est que la divinité soit en cause, ce qué je ne pense pas, s’empresse-t-il d’ajouter. ' :
La tradition rapporte que Mélampe recourut un des premiers, en Grèce, à l’emploi des purifications, dans le traitement des filles de Prœtus. Cet antique Cagliostro fut un des chefs des colonies égyptiennes. Initié aux doctrines mystiques de son pays, il passait pour l’inventeur de la divination par, les charmes et les breuvages magiques. Associée à la divination, la magie lui dut ses procédés et ses artifices. S’il existait, dans le grimoire d’alors, des enchantements pour provoquer l’avortement ou empêcher la délivrance^ Ü y en avâît aussi pour expulser les mauvais esprits ; .d’où, à ces derniers, le nom .d’exorcismes (de tiopxi't'to, je conjure). Les magiciens, pour tourmenter les homnies et assouvir leurs vengeances, rêvé*'
r (1) Matadie jâcrée, §1. -
DU TRAITEMENT. 6â
taient parfois des formes d’animaux ou faisaient prendre à ceux qu’ils voulaient punir des apparences bestiales.
De ces rites purificatoires, si quelques-uns étaient regardés comme ridicules, d’autres, adoptés par la religion, avaient pour ainsi dire un caractère sacré. Les temples leur prêtèrent leur sanctuaire. Certaines purifications ressemblaient à une sorte de baptême : c’étaient, comme nous l’apprend Hippocrate, des aspersions faites avec de l’eau lustrale ou du sang provenant d’une victime expiatoire. On pensait ainsi laver le malade de ses fautes. Toutefois la ^cérémonie avait, pour prélude, une adjuration a la divinité malfaisante qui était Censée troubler le corps: on la sommait de sortir. Les insensés étaient, de plus, soumis à des fumigations odoriférantes et narcotiques.
, Allait>on consulter un oracle, il était d’usage de commencer scs dévotions au dieu par une procession dans l’intérieur du temple, ou à l’entour. Les prêtres avaient recours ensuite à des songes ou plutôt encore à des visions qu’ils déterminaient par. un long jeûne et des préparations stupéfiantes. Des lits étaient disposés dans quelques édifices, et les patients y passaient la Uüit : c’est ce qu’on appelait l’incubation. Les rêves devenaient^ tout naturellement, des révélations delà divinité qu’on invoquait. Les prêtres, au besoin, se chargeaient du rôle du dieu et parlaient à sa place.
Plusieurs temples renfermaient, ace qu’il paraît, des grottes, particulières d’où s’exhalaient' des vapeurs propres à faire naître le délire. Delphes et Lébadée avaient leurs antres téné-. brèûx. On les choisissait ainsi, dans le dessein de frapper plus fortement l’imagination. Plus l’aspect était sinistre, plus les. dispositions ' étaient coûvênables. L*abord effrayant de ces localités leur avait vain le nom de de ïenferià&üÂarà-
nium, àe Plutonium. ‘ '
En Égypte, on usait de procédés analogues dans le temple d’Isis, où l’incubation avait lieu avec les mêmes formes qu’en Grèce. La déesse se montrait en songe aux malades qui allaient l’implorer dans son sacellum (1).
On voit, par le traité des Maladies des jeunes filles^ que celles-ci, après leur guérison, consacraient à Diane une foule d’objets précieux, et, en particulier, leurs vêtements les plus magnifiques « sur l’ordre des devins qui les trompaient » (2).
Quelques efforts quefitHippocrate pour déraciner cespréjugés des mœurs et des idées de son siècle, l’habitude des offrandes et des purifications persista. Du reste, le temps même a passé sur ces superstitions sans les détruire; leur physionomie seule a changé. Les jeûnes, les neuvaines , les stations auprès des tombeaux ou des reliques des saints, les pieux pèlerinages, tout cela est-ce autre chose, en effet, que des réminiscences du paganisme ?
Les temples ouverts aux malades étaient situés dans des lieux salubres, environnés d’agréables perspectives. A peu de distance, se rencontraient fréquemment des sources thermales et des gymnases. Le caractère de ces édifices, leur position calculée avec art, la réputation du dieu sous l’invocation duquel ils étaient placés, l’espérance, enfin, tout se réunissait pour exercer sur l’esprit une impression puissante et efficace.
, Esculape attirait plus spécialement les mélancoliques à Anticyre, ville de la Thessalie, assise au pied du mont (Eta, sur le golfe Maliaque, où croissait une espèce d’ellébore alors très-renommée. Le voyage, par les distractions qu’il procurait et la diversion qu il apportait aux habitudes des malades, ne pouvait avoir, en général, que des effets salutaires.
(1) A. Maury, De la magie et de l’astrologie^ passim.
(2) Maladies des jtmes filles.
DU TRAITEMENT
Si, ce dont ou ne saurait douter, ces pratiques furent parfois suivies de succès, il n’en est pas moins certain que la science les répudia au nom d’Hippocrate.
Quant au traitement directement moral, on ne trouve rien à cet égard avant les Latins. Y eut-il pourtant quelque chose ? Voici ce qui est consigné dans Plutarque : « En mesme tems qu’il vacquoit à la poésie, Antip hgn (1) composa aussi un art ^de remesdier aux ennuis et maladies de l’esprit ne plus ne /moins que les médecins guarissent les maladies et douleurs / du corps 5 et de faict, ayant basti une petite maison à Corynthe I sur la place, il meît un billet sur la porte qu’il faisoit profes- \sion et avoit le moyen de guarir de paroles ceux qui étoient (ennuyés et attristés (2). »
Au surplus, si, de tout temps, on a remarqué l’influence des émotions morales sur l’homme sain, les observations sont restées rares au sujet de l’homme malade. C’est ce qui prête un intérêt exceptionnel à ce passage du deuxième livre des Epidémies : « Pour rétablir la bonne couleur et les sucs, on s’efforcera d’exciter des vivacités, des allégresses, des craintes et autres sentiments semblables (B). »
Une indication très-brève et qui ne s’appuie d’aucun exemple : « cas où il faut faire peur à un malade qui n’est pas maître de lui » (4), démontre qu’on appelait, à l’aide de la médecine proprement dite, certains moyens d’ordre moral, pour ramener le calme chez les agités. Mais, aucune formule précise ne s’était dégagée de ces vagues tendances (5).
(1) 411 ans à peu près avant J. C.
(2) Amyot, t. XIU, p. 188. Paris, 1784, in-8=.
(3) Épid., iiv. II, 4“sect., § 4.
(4) Épid., Iiv. VI, 8^ secf-, § 24.
(5) L’Esculape de Pergame, suivant Galien, conseillait à ceux qui s étaient trop échautfé le corps par de vives passions, d’écouter la lecture d’un poëme, d en-
périoBe hippocratique.
Quel était scientifiquement le traitement de la folie ? 0 n voit, si l’on a égard aux variétés admises, qu’Hippocrate traitait la phrénitis comme les maladies aiguës, qui sont, disait-il, la pleurésie, la pneumonie, la phrénitis, le léthàrgus, le causés et les autres affections qui en dépendent et où la fièvre est généralement continue. « Vous saignerez, recommande-t-ilj dans les maladies aiguës, si l’affection paraît intense, si les malades sont dans la vigueur de l’âge et s’ils conservent leurs forces (1^. » Les Aphorismes contiennent cette règle générale : « Si vOus croyez devoir mettre quelque chose en mouvement, faites-le au commencement de la maladie; quand elle est à son Summum, il vaut mieux rester en repos (2). » L’école hippocratique, à moins d’indications particulières, se faisait une loi, dit Galien, de ne pas saigner au delà du quatrième jour. L’observation ultérieure a confirmé la sagesse de cette réserve dans les fièvres pseudo-continues.
Outre la saignée, d’autres moyens étaient prescrits; il y a dans le traité des Affections : « On emploiera la boisson que l’on voudra, à condition que le vin sera exclu; on peut encore donner le vinaigre, le miel et l’eau. Il importe de faire des affusions chaudes et abondantes sur la tête (3). » On trouve enfin ce passage, après des indications analogues, dans le troisième livre des Maladies : « Si le malade est en état, on purgera par le haut, sinon on disposera le ventre inférieur de
tendre le chant d’un hymne, ou d’assister à la représentation d’une comédie burlesque. 11 recommandait à d’autres l’équitation, la chasse et l’escrime. (Sprengel, Histoire de la médecine, t. 1, p. 124.)
(1) Du régime dans les maladies aiguës, Appendic.e, § 2.
(2) Jph., 2® sect., 29.
(3) Des affections, § 10.
DU TRAITEMENT
manière qu’il soit libre; on humectera par les boissons (1). » Or, les boissons en dsâge étaient l’hydromel, l’oxymel, la ptisane. Coiîime vomitifs ët cobime purgatifs, on comptait l’ëllébore et l’euphorbe, adtniriistrés eii commun, ou séparément.
Les bains, conseillés dans la pleurésie et la pneumonie, étaient proscrits par les hippocratiqués. dans la phrénitis, sauf dans les complications. Le traité du Régime dans les maladies aiguës renfei-me, relativement à leur administration, des avis fort judicieux. Ôn y distingue l’effet dès bains, selon qu’ils sont chauds bu froids, èri indiquant d’ailleurs les précautions exigées pour qu’ils puisent reellernent devenir avantageux. Mais il arrive * souvent, observe Hippocrate, qu’on les emploie rarement, faute dès ustensiles nécëssàires, peii de maisons étant pourvues de tout bè qu’il faut et de serviteurs capiables (2).
Âu rapport de Cæliüs Aürëliàhüs, Üibclès de Càrystè ordonnait les bains dans la phréiiitis : « Ait oportere phreheticos fortes âtquë audaces lâvàcro curàri (S). » Il emplbyait aussi la saignée, surtout chez les jeunes gens d’une constitution robuste, d’uri tempérament sanguin, habitués aux excès bacliiqüës. Il ÿ recourait mêmë après le septième jour et quelquefois lè huitième. Pâr unè particularité digne de mention, il saignait- non-seulement lès veines du bras, mais celles dé la langue {quœ suh lingua sunt).
(1) Des maladies, liv. III, § 9.
(2) Du régime dans ies maladies aigvMs, § 18. ,
tes contemporain^ d’Hippocrate, selon Galien, étaient mal montés en fait de bains. Cepèndant la coutume de s’étuver devait être très-ancienne en Grèce. Hérodote parle de l’étuve des Grecs (iXlYivcsiS irupla) comme d’une chose parfaitement connue. Il ne paraît pas toutefois qu’ils aient eu un local spécial pour s’étuver, comme le laconicum chez les Romains. (Voy. Oribase, trad. de M. Daremberg, t. II, p. 872.)
(3) Cælius Aurelianus, Acut, morb., liv, I, chap. xn.
Lorsque après le septième ou le huitième jour, les forces étaient abattues, il disait que la saignéey^^yM/(2^^ le malade (1), Il signalait, enfin, comme contre-indication, un état d’abattement profond chez ceux dont la phrénitis était causée par l’ivresse ou l’anémie (2).
La phrénitis est une affection aiguë, de courte durée, et qui, à ce titre, peut, à la rigueur, se passer de moyens contentifs. Les bras suffisent, pendant quelques jours, pour maintenir les malades et les garantir d’eux-mêmes. Il en est autrement, soit de la manie, soit de la mélancolie, dans des circonstances déterminées. Comment procédaient les anciens dans les cas graves et difficiles ? Séquestrait-on les malades, en les soumettant au régime de l’isolement? La science est muette à cet égard. L’histoire du roi Cléoniènes nous fournit le seul exemple connu d’un appareil coercitif. « Des parents, y est-il dit, témoins de ses extravagances, l’avaient fait lier dans des entraves de bois. 5> Si l’on traitait ainsi les rois, comment devait-on agir envers les sujets ? Asclépiade discutant, soixante et dix ans environ avant l’ère chrétienne, la question de savoir s’il convient de placer les aliénés dans des lieux obscurs, laisse à penser que cette question n’était pas nouvelle. Mais les éléments manquent pour la résoudre.
* Beaucoup de médecins en (Irèce avaient des maisons de santé (3) (J»-cpia), mot que l’on a traduit par officines, boutiques de médecins. Quelques-unes étaient très-grandes. « Ces offi-
(1) « Phlebotomia a jugulatione non differt, cum vexatis viribus adhibetur. » Loc. cit.
(2) « Quos Græci ôÀ-.-vaïu-ou; appellant. » Loc. cil.
(3) Houdart. Histoire de la médecine grecque, p. 181.
DU TRAITEMENT
cines, dit Galjen, étaient de vastes édifices, ayant des portes très-élevées, de manière à recevoir le plus de jour possible. Un grand nombre de villes, ajoute-t-il, en accordent aujourd’hui de semblables aux médecins qu’elles ont choisis (1). » Les malades allaient y demander des consultations et quelquefois s’y faire soigner à demeure. Viatrion recevait-il des aliénés ? On l’ignore. Tout ce qu’on sait, c’est que les esclaves comme les hommes libres y étaient admis, lorsque les maîtres ne pouvaient pas les garder. Il est présumable quïl y avait chez les Grecs, comme chez les Romains, dans chaque maison riche, un local particulier, valetudinarium, espèce d’infirmerie destinée aux esclaves.
Pour ce qui est du traitement physique de la folie, une chose seule est certaine, c’est que les hippocratiques faisaient principalement usage de l’ellébore. On en peut juger par la citation suivante qui se rapporte à un cas de mélancolie ; « On fera boire reUébore, on purgera la tête; et, après la purgation de la tête, on donnera un médicament qui évacue par le bas. Ensuite, on prescrira le lait d’ânesse. Le malade usera de très-peu d’aliments, s’il n’est pas faible ; ces aliments seront froids, relâchants ; rien d’âcre, rien de salé, rien d’huileux, rien de doux. Il ne se lavera pas à l’eau chaude; il ne boira pas de vin; il
(1) Une inscription recueillie, en 1862, par M. Carie Werclier, membre de l’école d’Athènes, corrobore cette assertion de Galien. Il y est question d’un médecin du nom de Ménocrite, originaire de Samos, et exerçant dans l’île de Carpathos la profession de médecin public. S’étant distingué par son dévouement durant une peste, la cité reconnaissante lui avait voté une couronne d’or, récompense proclamée aux jeux célébrés en l’honneur d’Esculape. De plus, une place particulière devait lui être réservée dans les fêtes. Une stèle de marbre, placée dans le temple de Neptune Porthmios, était destinée à transmettre ce fait à la
postérité.
Elus et payés par la cité, les médecins publics devaient gratuitement leurs services à tout le monde, citoyens et étrangers, habitants de la ville et des faubourgs. (Yoy. le Moniteur du 20 octobre 1863.)
s’en tiendra à l’eau, sinon son vin sera coupé, l>inL de gymnastique, point de promenades. Par ces moyens, la maladie se guérit avec le temps; mais si elle n’est pas soignée, elle finit avec la vie (1). »
Dans la mélancolie, a dit depuis Esquirol, on doit prosprire les aliments salés, épipés, irritants, grossiers et de difficile, digestion. Mais, à l’encontre des hippocratiques, le médecin français juge utiles, pour cette catégorie d’aliénés, les bains tièdes et l’exercice. Les exercices, tels que les entendait l’antiquité médicale, se divisaient en naturels et en violents. Les exerpices naturels étaient ceux (Je la VÇP, 4é l’pffi'e, de la voix et de la pensée. On y ajoutait la promenade comme transition aux seconds, lesquels comprenaient la course, l’équitation, la lutte, les frictions, etc.
On trouve recommandés, pour une variété d’hypochondrie, les bains froids en été et au printemps ; en automne, les onctions et la gymnastique.
Les gymnases ont, en Grèce, opcupé une large place 4ans l’éducation, et les travaux des directeurs de ces établissements sont une des sources dp la médecine grecque. Le régime alirnentaire y fut soigneusement étudié suivant l’âge et la constitution. Herodicus deSélymbrie appliqua le premier cet art au traitement des maladies, et surtout à celui des affections chroniques.
Beaucoup de médecins, dès l’abord, désertèrent les asclépions pour les gymnases. Mais, du temps d’Hippocrate, le charlatanisme s’y était introduit pour les exploiter et pour en dénaturer le bqt primitif. Il nous reste de ce fait des descriptions médiocrement édifiantes, entre autres celle-ci : « Le gymnase et l’art d’y élever les enfants, voici pe que c’est : on y
(1) Des maladies, liv. II, § 72.
pu TRAITEMENT.
enseignp à se parjurer suivant la loi, à être injuste justement, à tromper, à voler, à ravir, à prendre de force ce qu’il y a de plus beRu coipme ce qu’il y a de plus laid ; celui qui ne fait pas ainsj est piauyais, celui qui fait ainsi est bon (1). »
Pqur en rpyenip à rejlébprp, r.emqrqupns que l’emploi de ce médicament célèbre exigeait des précautions tout à fait spéciales. Oribase nous a cqpieryé dans sa cpUection un curieux fragrnep|4efi|ésiRs, médecin grec, epn|;eïpporain (i’Hippocrate et, cpm,me lui, la famille fJee Asplépiades. «Dutemps de mon père et de mon grand-père, dit Ctésiqs, on ne donnait pas l’ellé|)q|'p, p^r qn pp cQppaj|sai| ni |a mesure, ni le mélange, ni lepQÎds suivant Jpsqqels il fallait l’administrer, Quapd on prescrivait ce renqède, le, deyajt sp préparer en fai¬
sait spn lestament. ?armi ceu| qui jq ppenaippt, beaucoup succombaient, pep guérissaient; ipaintenantl’usage en paraît pipe sûr (2) ,»
Les hipppcraliques préparaient lee uialades à l’emploi de
(1) Du régime, liv. I, § 24.
(2) Œuvres choisies d’Hippocrate, trad. par M, Daremberg, p. 292. Oribase, trad. par le m^pae, t. U, p. 182.
Il ressort clairement 4e cette phrase de Ctésias : « Du temps de mon père et démon grand-père'... » que la médecine d’Hippocrate, ainsi que le fait observer M. Littré, forme très-évidemment le lien entre la médecine moderne et une médecme antique, dont on ne peut reconstruire rimqge que par conjectures. La lecture des hiéroglyphes et de papyrus découverts récemment démontre, en effet, l’exis tence d’une science antérieure. (Journal des savants, 1855.) M. Paravey a mis, d’autre pqrt, cette question hors de doute en compulsant les livres chinois. La tradition de la médecine égyptienne se serait, à ce qu’on peut croire, conservée «en Chine, ainsi que les livres scientifiques et historiques des Pharaons et des Chaldéens.
Les plantes désignées sous le nom de ly-lou dans les encyclopédies chinoises et japonaises ne seraient pas autres, selon M. Paravey, que des ellébores employés dès la plus haute antiquité contre le mal caduc et la folie. (Note lue à l’Institut, 9 juillet 1855.)
11 existe, à la Bibliothèque impériale de Paris, une stèle égyptienne dont M. E. de Bougé a rendu compte (1858, in-8“) et qui confirme cette opinion. Elle date
l’ellébore par des aliments humides; mais, plus tard, cette préparation se compliqua.
« Dans l’administration de l’ellébore, il faut, chez ceux qui n’évacuent pas facilement par le haut, rendre, avant de le faire boire, le corps humide, par une nourriture plus abondante et par le repos (1).
Engager celui qui a bu de l’ellébore, d’un côté, à se donner plus de mouvement, de l’autre, à prendre moins de sommeil et de repos : la navigation prouve que le mouvement trouble le corps (2).
Quand vous voulez que l’ellébore opère davantage, ordonnez le mouvemen t ; quand vous voulez en arrêter l’effet, faites dormir, loin d’ordonner le mouvement (3).
L’ellébore est dangereux pour les personnes qui ont les chairs saines, car il cause des convulsions (h). »
On peut considérer ces quatre aphorismes comme l’abrégé des idées thérapeutiques d’Hippocrate sur ce médicament.
Il ne faut, remarque-t-on dans le traité du Régime (5), à propos des mélancoliques avec stupeur, et dans le traité des Songes (6), afin de prévenir le délire, il ne faut recourir pour les malades à l’ellébore qu’après les avoir fait user d’étuves.
Toutefois, si les anciens regardaient l’ellébore comme le remède suprême et le spécifique de la folie, ils n’en faisaient
(lu xin® siècle avant J. C. L’inscription fait mention d’une princesse asiatique, Bint-Reschit, qui était possédée d'un esprit, et qui fut guérie par l’intercession du dieu égyptien Khons, surnommé dieu tranquille dans sa perfection, ün médecin ♦ du collège sacré, Thoth-Em-Hevi, avait tenté cette cure sans succès.
(1) Âph. 4®, sect. 13.
(2) Loc. cit., 14.
(3) Loc. cit., 15.
(4) Loc, cit., 16.
(5) Régime,]!'/. I, § 35.
(6) Songes, § 89.
DU TRAITEMENT
pas une exclusive application, et utilisaient pour le même but d’autres plantes auxquelles étaient supposées probablement des vertus analogues.
A propos de Démocrite, on fait dire à Hippocrate écrivant à Cratevas : « Recueille, en fait de plantes, ce que tu pourras de mieux, et envoie-les moi 5 il s’agit d’un homme valant toute une ville :... plantes des montagnes et des hautes collines,... plantes de nature marécageuse qui croissent près des étangs, le long des fleuves, des sources et des fontaines (1). » Et plus loin : « Mais les purgations par les ellébores sont plus sûres, celles dont on raconte que.Mélampe se servit pour les filles de Prœtus et Anticyrée pour Hercule. »
Les œuvres hippocratiques mentionnent deux espèces d’ellébores ; l’un noir {Helleborus orientalis), l’autre blanc {Veratrum album) . Bien que l’on ne sache au juste lequel fut employé par Mélampe, on inclinerait pourtant à croire, et c’est l’avis de M. Littré, que l’ellébore le plus en usage était le Veratrum album, d’où l’on extrait aujourd’hui la vératrine, puissant agent hyposthénisant ( 2 ).
Un passage du traité des Lieux dans Vhomme, déjà cité, semble établir que la mandragore était opposée comme médicament spécial à la mélancolie suicide ; « Aux gens tristes, malades et qui veulent s’étrangler, faites prendre, le matin, en boisson, la racine de mandragore, à une dose moindre qu’il ne faudrait pour causer du délire (3). »
La jusquiame, dont on connaissait, comme aujourd’hui, l’in-
(1) Lettres, § 16.
(2) Journal des savants, 1855. Elléborisme. Cependant dans un cas de folie aiguë a on administrera, dit l’auteur hippocratique, cinq oboles d’ellébore noir (fiÉXavoç ÉW.sgopou TTEvTs oêoÀou;) qu’on donnera dans du vin doux. » {Affections internes, § i8.)
(3) Des lieux dans l'homme.
74 PÉRIODE |IIPPÇ|CRATIQUE.
fluence sur le cerveau, n’est pas recommandée contre lafojie
dans la collection hippqcratjqj|e.
L’habitation des malades et le soin de leur coucher, quoique indiqués d'une manière générale, sont des pqints spr lesquels les anciens se soqt arrêtés, çqrafpe l’atteste suflisamment Ip; livre fle la « Qn considérera aussi ce qui cqn-,
cerne le coucher, soit quant à la sqisop, soit quant à l’espèce de coucher, Iqs pns cquc|ianten dqs endroits éleyés, les autres ep des endroits non élfivés, d’autres en des endroits squtejtrains et ojbscurs. Qn prendra gprde aux bjqits et aux qdéurs, surtout aux odeurs de vin ; pelle-là est la pire, il faut la fuir et l’écarter (1). »
! « Il faut, lit-qn dans Ip livre des Semaines , etnpêcher la
I luipière de pénétrer trop vive!Tiept dans le logis des malades, i ne pas encombrer leur chambre, ne point parler, Ips couyrjr : mollement et les tenir dans le repos le plus complet (2). » Sages cqpspils, à la yérité, mms avant qu’on en fasse convenablement rppplicatiqp aux aliénés, qn attendra jusqu’à la veppe de Pinel!
Il n’a pas été question ppcore dp k mpsique comme moypn curatif qu adjuvant dqps le traitpnient de ]a folie. 0.p y aurait eu recours cependant, d’après ÇæUus Aurelianus, dès les temps les plus reculés. Pn en variait les applications. Les deux modes préférés étaient le mqde phrygien et Ip mode dqripp: 1 un, agréable et doux, agissait sur fes tnélançqliques ; l’autre, grave et sévère, était destiné à rampner le calme chez fes agités. L’application de la musique aux délires morbides était, selon toute apparence, une imitation de ce qui avait lieu dans les batailles, ou on 1 employait pour modérer ou expiter l’ar-
(1) De la bienséance, § 15.
(2) Des semaines, § 35.