VII
Comme Arétée, Cælius Aurelianus fait du salyriasis une maladie aiguë. Ses causes les plus actives seraient les médicaments aphrodisiaques, probablement fort en usage alors et que l’on appelait satyrica, ou hruznà. L’excès dans les plaisirs vénériens aboutirait quelquefois aux mêmes conséquences. Commun aux deux sexes (car la dénomination ne diffère pas), le satyriasis sévirait principalement à l’âge moyen de la vie et dans la jeunesse. Érection douloureuse et brûlante de la verge avec désir immodéré du coït, aliénation de l’esprit, insomnies, hallucinations (1), pouls serré, respiration haletante, anorexie, écoulement diCBcile de l’urine, constipation, parfois fièvre, éjaculations involontaires, tels sont, chezThomme, ses principaux caractères. La satisfaction sensuelle, qui paraît soulager au commencement, devient, au contraire, en se répétant, de plus en plus nuisible.
Chez les femmes, l’ardeur des désirs ou l’irritation sexuelle serait particulièrement remarquable. Il n’est pas rare, au dire de l’auteur, qu’elles provoquent les passants, en suppliantes, il est vrai, et avec des gestes obscènes : indecenter enim ipsa in loca manus- mittunt, prurientibus. verendis, atque omnes ingredientes appetunt et suœ libidini servira supplices cogunt (2). Le mot supplices, rigoureuse exactitude, a été employé sans doute à dessein. Quoique la nymphomanie
(1) C’est la première et seule fois que ce terme figure dans Cælius Aurelianus.
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soit au plus haut degré, dit Buisson (1), l’expression en est toujours suppliante et séductrice, jamais impérieuse et grave, tandis que, dans le satyriasis, l’homme sollicite peu, mais se jette avec fureur sur la première femme qu’il trouve.
A l’exception de Thémison, personne, avant Cælius Aurelianus, n’avait parlé, en termes distincts, de cette affection, bien que, au rapport du premier de ces auteurs, on l’ait vue régner, non-seulement .d’une manière isolée, mais épidémique {coacermtim), Thémison assure que, dans l’île de Crète, beaucoup de personnes succombaient, en proie au satyriasis, par suite de l’usage d’une plante nommée satyrion; assertion que Cælius Aurelianus n’accepte pas sans réserve. Thémison racontait encore avoir vu à Milan une jeune femme de mœurs honnêtes, mariée à un homme noble, mourir du satyriasis.
L’absorption seule des philtres amoureux pouvait occasionner des accidents non moins formidables. C’est ainsi, d’après la tradition, que moururent le poète Lucrèce et l’empereur Caligula.