‹ Etudes historiques sur l'aliénation mentale dans l'AntiquitéChapitre 23 sur 57 · VI · texte numérisé non relu

VI

Toutes ces distinctions intéresseraient au plus haut degré le traitement qui, pour Galien, comme pour les praticiens éclairés, consiste à rétablir l’état normal, non-seulement des organes, mais des forces. La mélancolie, sous ce rapport, offre deux espèces, selon que le tempérament est naturellement atrabilaire ou altéré par un mauvais régime. Les malades, en ce dernier cas, sont tristes et indolents. Rendus, au contraire.

GALIEN

audacieux et colères par la surabondance de la bile jaune, ils frappent et font des choses indignes; les paroxysmes se manifestent surtout aux époques où la bile surabonde, et font place ensuite à une tristesse morose et timide.

Les émissions sanguines sont indiquées, d’après Galien, quand le corps entier est rempli de sang mélancolique. Il ne serait pas indispensable de recourir à la phlébotomie si la tête seule était prise, à moins que la gravité de la congestion ne fît de la déplétion sanguine une mesure de prudence ; ce que l’on reconnaîtrait aux signes suivants ; teint noirâtre, rugueux, turgescence des veines, génération rapide de la bile, et, parfois, face colorée, vultueuse. L’abstention serait, à plus forte raison, commandée chez les sujets pâles ou épuisés par des travaux excessifs, des veilles et une nourriture insuffisante. La suppression des héniorrhoïdes ou d’une évacuation habituelle, des règles chez la femme; la saison, l’état de l’atmosphère, le sol, l’âge, sont, en outre, autant de circonstances particulières qu’il convient de bien peser. En ouvrant la veine, on laisse d’ailleurs couler le sang, ou on l’arrête, s’il paraît ou ne paraît pas atrabilaire.

^ On a donné le nom d’hypochondrie à la forme mélancolique qui provient sympathiquement de l’estomac, et dont les principaux symptômes ont été précédemment décrits. Ceux du début, borborygmes, rapports nidoreux, acides ; nausées, vomissements, douleurs autour des hypochondres, sollicitent spécalement l’attention. Il s’exhale du ventricule, comme en d’autres cas de la tête, des vapeurs, sorte de fumée ou de suie, qui, se portant vers le cerveau, déterminent le trouble des facultés. On y remédie par le ménagement des fonctions digestives.

Galien, dans les mélancolies d’origine cérébrale, dues à des

diathèses chaudes, à un échaufferaent, àune phrénitis, et provoquées par des inquiétudes, des chagrins et de l’insomnie, recommande les hains et une bonne nourriture, qui lui suffisaient dans les cas récents (1). Mais il voulait avant tout que les humeurs nuisibles fussent évacuées par des moyens actifs et variés, surtout dès le principe; car plus on avait laissé le mal s’invétérer, plus la cure devenait difficile.

Une dernière variété, sur laquelle insiste Galien, c’est la ly- > canthropie, dont les types, assez fréquents alors, sont aujourd’hui exceptionnels. Ceux que tourmente cette mélancolie ""sortiraient la nuit, au mois de février, imitant dans leurs aboiements et leurs gestes les loups et les chiens, et se cachant jusqu’au jour au milieu des ruines et des tombeaux. Pâles et débiles, ils ont les yeux ternes et enfoncés dans les orbites ; leur langue est sèche, aride, et ils devraient une soif vive aux chutes et aux morsures des chiens auxquelles ils sont exposés. On conjurerait les accès par des saignées pratiquées au moment opportun de l’explosion, poussées jusqu’à la syncope et secondées ensuite par un régime fortifiant, des hains simples et une diète lactée. Plus tard viendraient les purgations réitérées, notamment avec la coloquinte, puis la thériaque à la vipère et les autres agents spéciaux conseillés dans la mélancolie. Pour combattre l’insomnie, si pénible dans les accès, Galien recommande enfin de pratiquer le soir des irrigations d’eau fraîche sur la tête, de répandre des odeurs, de graisser les narines avec de l’opium, et d’administrer des potions somnifères.

Galien, nous l’avons dit plus haut, distinguait dans les maladies des fonctions animales trois ordres de symptômes pri-

(1) Tome VIII, p. 193. De lacis affectis, lib. III, cap. x, et tradi. de Daremberg, t. II, p. 570.

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mitifs : !• abolition de l’action; 2“ diminution de l’action; 8“ perversion de l’action. Au premier genre appartiendrait la stupidité, ou l’oubli. Galien dit avoir soigné des malades qui avaient oublié lettres et arts, et jusqu’à leur nom. Tels seraient les faits mentionnés par Thucydide dans la peste d’Athènes. Parmi ceux qui échappèrent au fléau, on en vit qui ne reconnaissaient plus les leurs ; ils s’ignoraient eux-mêmes. Des symptômes analogues apparaissent chez quelques vieillards aux limites de l’âge.

Galien relate cette observation que nous devons mettre en lumière. Mandé près d’un homme qui avait perdu la mémoire, il confesse que son embarras fut grand. Où est le siège de cette faculté? Le même sans doute que celui de l’âme dirigeante? Il savait que, dans un livre, Archigène avait traité des lésions de la mémoire ; il se le procure. Mais Archigène place l’âme dirigeante dans le cœur. Quelle dyscrasie de cet organe produit l’amnésie ? et quels remèdes conseille ce médecin ? Galien avoue en avoir eu le vertige. Archigène, au début, prescrit la saignée, même répétée, si la faiblesse ne s’y oppose, et il ajoute ; « Je crois à propos d’employer les irrigations et les fomentations sur tout le corps, de raser la tête et d’appliquer des ventouses.» Afin d’échauffer la tête, il la recouvrait d’un sinapisme, et, la moutarde enlevée, il saupoudrait la surface avec de la soude brute, et la lotionnait avec de l’eau chaude. Eh quoi ! dit Galien, la mémoire a son siège dans le cœur, et, pour la rétablir, tous les efforts sont dirigés vers la tête ! Quel raisonnement plausible, ô Archigène ! a pu vous persuader de négliger le cœur, si la mémoire est une de ses opérations, et si la perle de la mémoire est l’affection de la fonction ellemême (1) !

(1) Lib. cit., cap. V, et trad. de Daremberg, t. II, p. 548^

D’autres indications se présentent-elles, Galien les consultera avant d’instituer sa thérapeutique.

Un homme affligé de la perte de sa femme, et vivant dans la continence, éprouvait des nausées et du dégoût pour les aliments. Peu à peu, une tristesse poignante s’empara de lui. Rien ne le soulageait. Sur les conseils de Galien, il se livra de nouveau aux plaisirs de l’amour, et fut guéri incontinent (1).

Un autre personnage romain était entre les mains de médecins inhabiles. Ses accès revenaient annuellement. Appelé auprès de lui, Galien reconnut sur-le-champ la nature de sa maladie, à la couleur des excrétions alvines. Evacuant l’humeur mélancolique, il le rendit promptement à la santé. Mais, d’après son avis, on dut recourir aux purgatifs, tous les ans, au printemps et, si besoin était, dans l’automne. Le malade prétendait que son sauveur avait été inspiré par Apollon (2).

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