‹ Etudes historiques sur l'aliénation mentale dans l'AntiquitéChapitre 5 sur 57 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE LA MANIE (ftavix).

L’étymologie de ce mot est incertaine. Quelques-uns le font dériver du radical man, men, qui signifie âme des morts. On supposait, en effet, que le maniaque furieux était agité par les mânes, et placé sous l’empire de la déesse Mania.

Scientifiquement, les auteurs anciens, y compris Hippocrate, considèrent la manie comme un délire violent, aigu ou chronique. Ce n’est guère qu’à dater d’Asclépiade qu’on la distinguera plus nettement des genres voisins. Dans la collection hippocratique, on la trouve généralement confondue avec la phrenitis et la mélancolie. C estj en d’autres termeSj le trouble excessif de toutes les facultésj apparaissant soit isolément, soit comme complication, et se montrant sous un aspect parti) M. A. Maury, Religions de la Grèce.

DE LA MANIE

ticulier. On dit encore aujourd’hui dans le même sens : agitation et exaltation maniaques.

D’autre part, la locution govia était également employée par les Grecs, ainsi que cela a été noté précédemmént, pour désigner l’enthousiasme et l ’inspi ration, a II existe dans l’homme, vdit Cicéron, une faculté de pressentir indépendante du corps, et qui vient des dieux. » L’illustre Romain ajoute : « Quand elle est plus ardente et plus vive et que l’esprit dégagé du corps est agité par l’enthousiasme, on l’appelle fureur : « Ea si exarsit acrius, furor appellatur (1). » Furor, en grec, se ■rendait par gavia, et l’expression de g«vT(xïi, divination, était rapportée à la même racine. Primitivement, et nous insisterons plus loin à cet égard, le délire était considéré comme produit par l’action directe d’une divinité sur l’homme. Mais, quoique Platon ait écrit : « Les insensés sont hors d’eux- ; mêmes, parce qu’un dieu les possède et parle par leur bouche, » jnous avons constaté qu’il reconnaissait un genre de délire Dausé par des maladies humaines ; « fxavtas Uytul-n th fisv,

wttÔ vooyjfjtarwv avSpwTrlvt'V ' TViv 6ï, Oiro Qttaç s^aXXayvîç... yiyvO}j.ivr,v (2). »

Le motfiwia n’avait point pour Cicéron, on le voit, une acception bien claire, et l’origine de cette expression, il avoue dans ses Tusculanes ne pas la bien connaître. Ce que nous appelons fureur, les Grecs, remarque-t-il, l’appellent mélan- '«colie : « Quem nos furofem, geXay^oXtav illi vacant. » C’est ainsi, écrit-il encore, « que nous entendons la fureur d’AthamaSj d’Alcméon, d’Ajax et d’Oreste^ et quiconque, parmi nous, est atteint de cette maladie, se trouve privé par la loi des Douze Tables de la gestion de sês affaires i « Qui ita sit àffèù-‘

(1) De divin,i I, 34i

(2) Phèdre.

32 PÉRIODE HIPPOCRAPIQUE,

tus^ eum dominum esse rerum suarum vêtant Duodecim

Tabulæ (1). »

Ainsi, sous le nom de mélancolie , les anciens ont compris également toute espèce de délire triste, chronique, à forme expansive ou oppressive. Le rôle attribué à labile et à ses qualités explique suffisamment la confusion que nous signalons.

Galien regardait comme appartenant au délire chronique et par conséquent à. la manie et à la mélancolie, les deux aphorismes suivants ;

« Chez les'gens atteints de folie (toT-j! patvofievotfft), l'apparition de varices et d’hémorrhoïdes enlève la maladie (2). »

a Dans les maladies mélancoliques {yoim iiÙMyy^ahxoïct voua^fiaerw), les déplacements de l’atrabile font craindre des maladies de ce genre ; l’apoplexie, le spasme, la folie (ptavtr,v), la cécité (3). J)

Quelques lignes avant l’énoncé de cette dernière proposition, Hippocrate avait dit : « Les délires gais sont moins dangereux que les délires sérieux (h). j>

La remarque, il nous semble, est ici générale; elle ne s’applique pas plutôt à la manie comparée à la mélancolie qu’à la phrénitis. Nous montrerons, en son lieu, que cette affection comportait, en effet, deux variétés : « Aliam cum risu atque puerili saltatione, aliam cum mœrore atque exclamatione, vel silentio aut timoré (5). j

« Dans la folie (sVf f/avr^), lit-on encore, dysenterie, hydro-

(1) Tmsc., liv. III, § 5.

(2) Aph. 6°, sect. 21. Voici la même indication appliquée à la mélancolie. Dans la mélancolie (to.ct'. [/.sXa'fxoXix-.ïat) et dans les maladies des reins l’apparition d’hémorrhoïdes est favorable. {Aphor. 6“, sect. 11.)

(3) Aph. 6®, sect. 56.

(4) Aph. 6®, sect. 53.

(5) Cœlius Aurelianus, liv. I, chap. vu.

DE LA MÉLANCOLIE

pisie, Iransport au cerveau, augures favorables (1), î Et ailleurs ; « Une manie (ex jxxvtuç) peut se déposer en un rhume avec toux (2). »

Dans le langage hippocratique, un dépôt signifiait : « ce qui, par rapport à une affection, survenant après, guérit, et survenant avant, prévient (3). d C’était, en définitive, une crise. Il n’est pas rare, effectivement, et Esquirol nous l’apprendra lui-même, de voir certaines maladies incidentes apporter un terme aux formes curables de la folie. La guérison n’est certaine, dit ce grand maître, que lorsqu’elle a été signalée par quelque crise sensible (â).

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