‹ Études historiques sur L'ancienne LorraineChapitre 16 sur 30 · LÉOPOLD (SUITE · texte numérisé non relu

LÉOPOLD (SUITE

Auaire» Pendant que la Lorraine, sagement gouvernée , reprei'Espagoc. najt une vje nouvelle, de graves événements s'annonçaient au dehors, qui allaient compromettre de nouveau son existence à peine raffermie. Par un accord bien rare, l'Europe entière était en paix, au commencement de l'année 4699 ; mais ce n'était qu'une halte pour reprendre haleine et se préparer à une lutte imminente. La Turquie venait de traiter simultanément avec l'Autriche , la Pologne, le czar et Venise, au prix de sacrifices énormes. Telle fut la fin de la croisade commencée par Charles V, ralentie à cause de la guerre sur le Rhin, puis reprise avec vigueur par le prince Eugène, et qui, si elle n'aboutit pas à l'entière expulsion des Ottomans, les força du moins à reculer. Il n'avait pas dépendu de Louis XIV d'entraver les négociations de Carlowitz ; il convenait a ses desseins d'occuper l'empereur sur ses frontières de l'Est, afin qu'il ne pût peser de tout son poids sur l'Occident, dans la question espagnole arrivée à son dernier terme. La grosse affaire de la succession espagnole, voilà ce qui tenait en éveil tous les cabinets, depuis les puissantes monarchies française et autrichienne jusqu'à l'humble duché de Lorraine. Il n'entre

pas dans notre sujet de retracer les péripéties si bien connues de ce drame compliqué, dont le dénouement déjoua tous les calculs de la politique. Personne n'ignore qu'un premier traité de partage, patroné par le roi Guillaume et accepté de Louis XIV, avait disposé de la plus grande partie de l'héritage en faveur du prince électoral de Bavière, sans attendre que le possesseur moribond eût exhalé le dernier soupir; et que ce traité, rendu inutile par la mort du jeune prince désigné, en nécessita un second qui fut signé à Londres et à La Haye les 43 et 25 mars 1700. La première de ces conventions n'affectait en rien les intérêts du duc Léopold ; mais la seconde donnait à la France, outre Naples et la £ieile, les duchés de Bar et de Lorraine en échange du Milanais, qui devenait l'apanage du duc dépossédé. On accordait trois mois à l'empereur récalcitrant pour accéder à ces stipulations. Quant au duc de Lorraine, Louis XIV se chargea d'obtenir son assentiment ; il comptait, pour le décider, sur l'appât d'un territoire plus étendu, plus riche et surtout plus favorablement situé. La proposition de cet échange, apportée à Nancy par l'habile M. de Gaillières, jeta le duc dans une étrange perplexité. 11 accepta, c'était la loi de la nécessité ; il fit seulement quelques réserves (I), et dépêcha à Vienne le marquis du Chatelet pour informer l'empereur de l'espèce de violence qui lui était faite. L'objet de la mission de M. de Caillières ayant transpiré, les Lorrains s'alarmèrent ; l'agitation fut extrême parmi eux, et plus d'une lettre parvint à Léopold, où on lui reprochait de trahir le pays qui lui avait été si

(1) Ces réserves étaient le consentement des grandes puissances à cet arrangement, et la garantie qu'il posséderait le Milanais au même titre que la Lorraine, c'est-à-dire comme Etat libre et indépendant.

fidèle. Les choses en étaient là lorsqu'un revirement inattendu vint leur donner une face nouvelle. Temmeot Les signataires du traité de partage, en disposant, au ciuril. n nom **e **équilibre européen, de ce qui ne leur appartenait pas, avaient compté sans l'orgueil castillan, révolté de voir l'Espagne déchirée en lambeaux. Tout lui semblait préférable à la dislocation de cet amas de couronnes, dont le prestige dissimulait le peu de solidité. D'une part, le vœu national non équivoque pour l'intégrité de la monarchie, de l'autre , le froissement causé par l'arrogance autrichienne et les sollicitations importunes de la reine d'Espagne, sœur de l'impératrice, prévalurent sur la vieille hostilité de peuple à peuple et sur la répugnance de Charles II à l'endroit de ses parents français, les plus rapprochés par le sang, mais qu'il avait toujours détestés. Des scrupules de conscience fortifièrent des dispositions encore mal affermies. Il consulta les universités espagnoles, qui opinèrent en faveur du petit- fils de sa sœur, de préférence à des collatéraux plus éloignés ; le pape , mis en demeure de se prononcer, inclina dans le même sens. De là, ce testament célèbre, par lequel il institua le duc d'Anjou son héritier, appelant à son défaut le duc de Berry, son frère, sous la réserve que les deux couronnes ne pourraient être réunies. Le petit-fils de Philippe II choisissant son légataire universel parmi les descendants du vainqueur de la ligue, présente un de ces coups de théâtre qu'on remarquerait davantage si les annales de l'histoire n'en contenaient pas un si grand nombre. Que Louis XIV ait bien ou mal fait d'accepter ce testament au nom de son petit-fils, qu'en le refusant il n'eût pas même empêché la guerre d'éclater, que le roi Guillaume et les Hollandais n'aient pas été de bonne foi en concédant à la France Naples et la Sicile qui la rendaient maitresse de la Méditerranée, qu'enfin l'équit. n. 21

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libre européen, bouleversé dans un cas comme dans l'autre, appelai forcément une de ces solutions où Ton n'arrive que par la guerre, autant de questions souvent débattues, curieuses encore à discuter , mais dont l'examen ne saurait trouver place ici. Nous avons seulement à constater que Louis XIV, cédant à un sentiment d'honneur qu'il ne pouvait méconnaître sans démentir son glorieux passé, accepta le legs de la monarchie espagnole, que cctle acceptation rompit le traité de partage, et que la guerre fut dès lors inévitable. Maintenant qu'allait devenir dans le conflit européen le pays dont nous suivons avec amour les destinées ?

.Ncutraiiio La Lorraine échappait, il est vrai, au danger d'annexion lorra.uo. ja menaçajti mais pour tomber dans un autre presque

aussi redoutable. Entre deux grandes puissances ennemies et ayant un intérêt égal à se la disputer, sa situation redevenait ce qu'elle était au temps de Charles IV, ce qu'au fond elle n'avait pas cessé d'être depuis Charles-Quint et François Ier. Deux routes s'ouvraient devant Léopold, sur chacune desquelles le passé projetait une vive lumière. Choisirait-il celle tracée par le bon duc Antoine, ou s'engagerait-il témérairement, dans des vues ambitieuses, au service de l'une ou l'autre cause? Il n'hésita point. Les fautes de Charles IV étaient trop récentes et leurs suites déplorables encore trop sensibles pour les recommencer avec moins de chances de réussite. Le fils de Charles V sentit qu'il devait étouffer ses prédilections naturelles non moins que ses rancunes de famille, et qu'une stricte neutralité, pourvu qu'elle fût admise, était l'unique planche de salut du petit Etat dont le sort reposait sur lui. Les liens étroits de parenté qui l'unissaient aux maisons de France et de Habsbourg l'aidèrent à entrer dans cette voie. Il y marcha résolument, et nous verrons qu'il s'y maintint longtemps

avec une fermeté que les disgrâces et lés mauvais conseils ne purent ébranler. L'empereur et le roi, touchés de la position délicate que leur querelle faisait à leur commun neveu, promirent le respect de la neutralité lorraine. Mais les nécessités de la guerre pouvaient, malgré le bon vouloir des souverains, amener la violation de leurs promesses. C'est ce qui arriva, violée par La guerre, commencée par l'empereur en Italie avant v occupation qUe j'Anglelcrre, la Hollande et même l'empire ne se fus-

de Nancy , . , 1

«i des placement déclares (1), s'était étendue, comme un incendie, de s«,r »a sarre. Huningue aux Pays-Bas. Louis XIV se flattait de la porter au cœur de l'Allemagne, à l'aide de son alliance avec l'électeur de Bavière. Mais la nation française , plo; ée sous le joug, n'avait plus le même élan ni les mêmes ressources : l'ardeur, la confiance, la discipline, l'habileté des géné-

(i) La diète de Ratisbonnc avait refusé, par deux fois, de sortir de la neutralité; mais le chef de l'empire fut plus heureux dans ses négociations avec les princes, dont la plupart s'engagèrent avec lui par des traités particuliers, a l'exception des électeurs de Bavière et de Cologne, déclarés pour la France. L'électeur de Brandebourg profita des circonstances favorables pour se sacrer lui-même de la couronne royale. L'empereur, qui s'était refusé à reconnaître le duché de Prusse comme duché séculier, consentit à le reconnaître comme royaume, parce qu'il en attendait des secours : exemple d'aveuglement qui coûta cher à la maison d'Autriche, et dont on s'est ensuite autorise pour semer une poussière de rois sur le sol fractionné de l'Europe. — Quant à l'Angleterre et à la Hollande, l'impulsion qui les armait contre la Franca résultait tellement de la situation, que la mort du roi Guillaume n'en arrêta point reflet. Cet implacable ennemi de Louis XIV ne vit pas l'humiliation du monarque dont il avait juré, et non en vain, de punir les injurieux mépris; mais il laissa deux exécuteurs de ses desseins, qui durent réjouir ses mânes : Marlborough à la tête des armées de l'Angleterre, et en Hollande le grand pensionnaire Hein sîus, qui avait aussi des insultes à venger.

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raux , tous ces avantages qui avaient fait sa force , étaient maintenant du côté de ses ennemis. A la vérité, quelques hommes éminents restaient encore, qu'on pouvait utilement employer ; mais c'étaient de mauvais courtisans, le favoritisme les tint à l'écart. Aux Luxembourg et aux Créquy succédèrent les Marsin et les Tallard ; aux Louvois et aux Colberl, les Chamillard et les Voysîn. Chamillard , chargé du ministère de la guerre et de celui des finances, succombait sous ce double fardeau : son impéritie ne savait rien prévoir et paralysait Faction des généraux. Au lieu de penser à des conquêtes, il fallut se défendre sur les frontières, et l'Alsace fut comme autrefois un des principaux théâtres des hostilités. Dans l'automne de 4702, l'armée impériale, commandée en apparence par le roi des Romains, mais en réalité par le prince de Bade , emporta Laudau après 89 jours de tranchée ouverte. La chute de Landau, quoique suivie d'une victoire de Villars près de Huningue(l), ouvrait la Lorraine et par elle la France à l'invasion étrangère. Déjà le prince de Bade ne s'était pas fait scrupule de traverser le territoire lorrain, censé neutre. Nul doute qu'au début de la campagne prochaine il ne tentât sérieusement de s'y établir ; il savait que la haine du nom français était loin d'y être éteinte. L'imminence du péril parut telle que les généraux demandèrent au roi, et Villars plus haut que les autres, l'occupation immédiate de Nancy et des places de la Sarre. Tallard, qui commandait sur la Moselle, eut or- ^ dre de faire avancer un corps de troupes ; M. de Caillières, le même qui avait négocié l'échange du Milanais, vint exposer à Léopold que la nécessité de la défense et la non-

Ci) A Fredelinghcn. Cette victoire, où Villars avait eu à corn battre le prince Louis de Bade, lui valut le bâton de maréchal.

observation de la neutralité par r empereur, exigeaient que Nancy reçût dans ses murs les troupes de S. M. II promettait d'ailleurs, que les droits du souverain seraient scrupuleusement respectés ; il lui offrit même une sorte d'autorité extérieure sur la garnison française. De quelques ménagements que l'envoyé de Louis XIV enveloppât cette communication, elle consterna Léopold. Trop faible pour résister, trop prudent pour le vouloir, et en même temps trop digne pour jouer un jeu double (1), il déclina nettement toute coopération quelconque à la mesure annoncée, surtout celle d'un libre assentiment ; il ne dissimula point que la reconnaissance lui imposait à l'égard de l'empereur des devoirs aussi sacrés qu'envers le roi ; enfin il déclara que si tels étaient les ordres absolus de S. M., il n'y apporterait aucune opposition, tout en protestant n'avoir mérité, ni par ses actes ni par ses sentiments, la défiance à laquelle il pa-

(1) H. le comte d'Haussonville relève une erreur dans laquelle sont tombés les historiens lorrains au sujet des paroles échangées entre le duc de Lorraine et M. de Gaillières ; ils prêtent à ce dernier, sur la foi d'une lettre écrite par un seigneur anonyme de la cour, d'avoir suggéré à son auguste interlocuteur l'idée de faire le semblant d'un siège e\ d'une capitulation, afin de sauver les apparences, à quoi Léopold aurait répondu que toute l'Europe sachant que Nancy était sans moyens de défense, il ne voulait point passer pour un téméraire ou un comédien. D'après la version de M. d'Haussonville, qui doit être la vraie parce qu'elle est appuyée sur les correspondances diplomatiques et les récits contemporains, il paraîtrait qu'au contraire ce fut le prince qui parla d'une résistance simulée et M. de Gaillières qui l'en dissuada. Le même auteur nous apprend encore que si le secrétaire de Louis XIV tomba un peu brusquement au milieu de la petite cour de Nancy, Léopold néanmoins devait être préparé à ce message par celui de M. de Guiscard , officier détaché de l'armée du maréchal de Tallard et chargé par le roi d'expliquer à son neveu comment il était obligé de rompre une neutralité que l'empereur n'observait plus.

raissait être en bulle. L'efifet répondit aux paroles. Le comte de Tallard, qui suivait de près M. de Caillières, trouva les portes ouvertes. Il entra dans Nancy, le 5 décembre (1702)» avec le corps qu'il avait amené, et qu'il laissa sous le commandement de M. de Hautetort. Dès la veille, le duc, conformant de tous points sa conduite à son langage, s'était éloigné de sa capitale, emmenant sa femme , alors trèsavancée dans une seconde grossesse. La rigueur de la saison ajoutait un danger au trouble de ce départ précipité. Au dire des témoins oculaires (1), ce fut une scène de désolation» Il y avait quelque chose à la fois d'inexplicable et de douloureux à voir la nièce de Louis XIV chassée de sa capitale par une armée française. La duchesse éperdue ne pouvait retenir ses larmes, le peuple, répandu sur les places publi* ques, faisait entendre des cris de désespoir. Le souvenir des mauvais jours, encore si récents , glaçait de terreur. Une nouvelle séparation commença , qui devait durer aussi longtemps que la guerre. Les fugitifs se retirèrent à Lunéville où, rien n'étant préparé pour les recevoir, ils s'établirent dans une maison délabrée.

Les choses n'en restèrent pas là; Louis XIV n'avait pas dit son dernier mot. M. de Gaillières, messager de sinistre augure, parut à Lunéviilc, apportant encore des propositions. Il s'agissait maintenant des villes lorraines voisines

(1) On lit dans le Journal d'un bourgeois de Nancy ; « Le len- » demain 2 décembre, dix heures du matin, Madame Royalle a « quitté iNancy, laquelle fut portée en chaise au lieu de Lunéville, n estant à la veille d'accoucher, fondant en larmes, traversant les n rues des deux villes de Nancy, et ses filles d'honneur qui se défi jetaient dans leurs ca rosses, estans au désespoir : ce qui atti- » rait les larmes de tout le peuple consterne d'un spectacle sy « lugubre, i

éc la Sarre, formant une ligne naturelle de défense, et dont la remise temporaire aux troupes royales reposait sur les mêmes motifs impérieux qui avaient déterminé l'occupation de Nancy. Si pénible que fût cette nouvelle injonction, Léopold se soumit. Comme la première fois, il refusa son consentement qu'il ne pouvait donner sans se perdre à Vienne, et de même il accepta passivement les ordres du roi, ne lui demandant que de protéger les sujets lorrains. Protester aux yeux de tous par une abstention absolue contre le droit de la force, et néanmoins se ménager également entre les deux puissants rivaux desquels dépendait la sûreté de son Etat, telle fut la conduite à la fois digne et judicieuse que se prescrivit Léopold dans des conjonctures hérissées d'amertumes et de périls, puis Les conseils ne lui manquèrent pas de sortir de ses Etals finalement et ^ ge réfynrjer en Allemagne ; mais il n'était pas homme

reconnue ° *

par ics à tomber dans ce piège. Répondant à l'un de ces donneurs »>eiiigeranu. d'avjs . M Monsieur, lui dit-il en traçant un cercle autour m de lui avec sa canne, il ne me resterait que cela, tant m que je serai souverain, j'y demeurerai. S'il ne me restait « que mon lit, je n'en bougerais pas u. Les mêmes conseils se reproduisirent, et semble-t-il avec plus d'à-propos, lorsque la France était sur le point de succomber sous le nombre de ses ennemis. C'était le cas, s'il n'avait écoulé que la vengeance et l'ambition, d'appeler ses sujets aux armes et de se joindre aux vainqueurs. Charles IV assurément n'y aurait pas manqué ; son petit-neveu ne voulut pas tenter ce coup de fortune : il mettait la sécurité de son peuple au-dessus de toutes les autres satisfactions. Une si sage modération reçut sa récompense. Louis XIV, satisfait d'avoir atteint son but, pardonna facilement au neveu de l'empereur des scrupules après tout honorables, et lui sut gré de son obéissance. De son côté, l'empereur comprit

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qu'en prolongeant ses refus il ne ferait que compromettre davantage, et en pure perte, les intérêts d'un parent dont il n'ignorait pas les sentiments secrets. La neutralité, but de tant d'efforts , fut donc reconnue d'un commun accord. A la vérité, Nancy garda sa garnison française ; mais des instructions émanées de Vienne et de Versailles prescrivirent aux généraux de respecter le territoire lorrain (4). Toute neutralité qui n'est pas appuyée de forces suffisantes pour la défendre au besoin, est dans un danger permanent d'être violée. Léopold, sans places fortes, sans armée, sans autre garantie que la foi des engagements, sut néanmoins en assurer le maintien par un redoublement de surveillance et d'activité. Toujours en éveil, il entretenait une correspondance assidue avec les généraux des deux partis, afin de prévenir toute transgression ou malentendu. Pour la troisième fois depuis moins de deux siècles (2), la petite

(1) La fortune, d'abord favorable aux armes de Louis XIV, leur était devenue décidément contraire depuis l'année 1704, marquée par l'invasion de l'Espagne, jusque-là tranquille et par le grand désastre de Hochstedt, qui fit perdre à l'électeur de Bavière tou9 ses Etats et le réduisit à chercher un asile en France. L'année suivante, la guerre désola les frontières de la Lorraine et même entama son territoire. Marlborough, à la tète d'une forte armée, menaçait la Champagne. Villars déjoua ce dessein. Retranché près de Sierck, dans une position si habilement choisie que son redoutable adversaire, bien que supérieur en nombre, n'osa pas l'y attaquer et ne parvint point à l'en faire sortir, il réussit à couvrir Thionville, Luxembourg et Sarrelouis, sans pouvoir être forcé de combattre. Metz, où l'alarme était grande, le reçut comme un libérateur ; l'orgueilleux Marlborough, contraint à se replier sur la Flandre, accusa le prince Louis de l'avoir mal secondé. Mais toutes les campagnes aux alentours de Sierck et de Sarrelouis furent ruinées.

(2) La première fois, sous le duc Antoine, pendant la sanglante rivalité de Charles-Quint et de François Ier; la seconde, sous Charles III, durant la plus longue période des guerres de religion.

contrée qu'arrosent la Meurthe et la Meuse offrit le spectacle d'une oasis de paix au milieu de la conflagration générale. Pendant que d'un bout de l'Europe à l'autre les peuples s'entrechoquaient dans une guerre jusqu'alors sans exemple, pendant que la France en particulier, languissante et abattue, était tombée du faite de la prospérité dans l'excès de la misère, la Lorraine, échappant aux maux qui accablaient ses voisins, voyait sa vie renaître, ses campagnes se repeupler, son commerce refleurir et son prince répandre sur elle les bienfaits d'un bon gouvernement. Par un juste retour, u le pays, dit un auteur moderne, qui w avait été longtemps le plus misérable de l'Europe, en w devint le plus fortuné «.

Dans le temps que s'agitait la brûlante question de la

litigieuses «••!»«» •

avec ta cour neutralité, des embarras d une autre sorte, graves aussi, <ie Rome, menaçaient d'altérer les bons rapports traditionnels des ducs de Lorraine avec le Saint-Siège. Dès la première année du rétablissement de Léopold, de nombreux conflits de juridiction s'étaient élevés entre l'officialité de Toul et la cour souveraine de Nancy. Ils prirent un caractère assez sérieux à l'occasion d'un rituel publié par l'évèque de Toul, et qui, sur les conclusions du procureur- général Bourcier, ne fut reçu par la cour que sous de certaines réserves : de là, protestations de l'autorité ecclésiastique, second arrêt de la cour maintenant le premier, nouvelle ordonnance de l'évêché en confirmation de la précédente, qui se succédèrent coup sur coup. La querelle s'envenima bien davantage lors de la publication, en 1701, du règlement judiciaire connu sous le nom de code Léopold. Les changements survenus dans l'organisation de la justice avaient rendu nécessaire, particulièrement en ce qui touche à la procédure, le remaniement des anciennes coutumes recueillies et coordonnées sous Charles III. Léopold

imitait en cela son illustre aïeul, dont le titre le plus glorieux est d'avoir été le législateur de son pays. Léonard Bourcier, à qui Ton confia celte tâche difficile, comme au plus capable de la bien remplir, s'aida de ses propres travaux sur le duché de Luxembourg, et des ordonnance» de Louis XIV sur la matière. A peine le eode Léopold eutil paru, que I'évéque de ïoul, M. Thyard de Bissy, en défera plusieurs articles au pape Clément XI ; I'évéque, mal disposé par les contestations antérieures et de plus aigri par une dispute d étiquette, signala ces articles comme attentatoires aux droits de l'Eglise. La plainte fut accueillie à Rome. Tout le débat, de même que pour l'affaire du rituel* consistait à savoir si la Lorraine était pays de pure obédience ou pays de liberté, c'est-à-dire si le pape pouvait y conférer les bénéfices vacants, et si les bulles pontificales devaient y être reçues d'autorité, sans le visa de la haute cour (1). Que la Lorraine fût pays d'obédience , cela ne faisait pas un doute à la cour de Rome. Il est certain que les actes du concile de Trente, dont plusieurs consacrent

(1) Stimulée par l'exemple du parlement de Paris, la cour avait prohibé (arrêt du 2 janvier 1700) toute publication de bulle, non préalablement autorisée par elle. La cour agissait comme si elle eût été sous l'égide des libertés gallicanes. Cependant, son litre même de cour souveraine aurait dû lui rappeler que la Lorraine, rendue à son autonomie, n'avait plus à se prévaloir des institutions qui ne s'étaient introduites chez elle temporairement que par suite de la conquête. Il n'était pas logique de vouloir retenir quelque chose du régime contre lequel on avait tant protesté. Seulement, il restait le fait anormal d'un diocèse dont une portion suivait la loi française sous un évèque sujet français, et dont l'au* tre très-considérable ne relevait que d'elle-même au temporel , tout en reconnaissant, au spirituel, l'autorité de ce même évèque étranger. Liberté d'un côté, obédience de l'autre, et néanmoins communauté de juridiction sous un même pasteur.

ee qu'on appelle les prétentions ullramontaines, étaient admis dans le duché, certain encore qu'aucun concordat ne traçait de limites entre les deux juridictions. Mais pendant les cinquante ou soixante années de la domination française, la Lorraine , régie par les lois du royaume au spirituel comme au temporel , s'était trouvée, relativement à la juridiction des Trois-Evécués, dans la mémo position que le territoire des dits Evéchés soumis à la souveraineté de la France. Aussi les évéques de Toul, Metz et Verdun avaient eu garde de ne rien entreprendre qui pût donner matière à un conflit. Les choses changèrent aussitôt après la restauration ducale. Léopold avait-il raison de soutenir que si la Lorraine n'était point pays de concordat et de pleine liberté, elle était pays d'usage et de coutume ? ou bien les maximes de Rome devaient-elles être appliquées avec une stricte rigueur là où elles n'étaient plus connues, sans égard à l'anomalie d'établir deux poids et deux mesures dans une même juridiction? Question très-épineuse, mais qui heureusement n'eut pas toutes les conséquences qu'un plus vaste théâtre aurait pu lui donner.

Procédant avec beaucoup moins de lenteur qu'elle n'en apporte d'ordinaire dans ses décisions, la cour pontificale, après un examen tenu secret, condamna le code Léopold, et défendit sous peine d'excommunication u de le décrire, lire ou posséder ». La sentence, rendue le 22 septembre 4703, fut affichée sur les portes de la basilique de Saint-Pierre et dans plusieurs quartiers de Rome. Celle condamnation affecta d'autant plus péniblement le duc de Lorraine qu'elle n'était adoucie par aucun des ménagements dus à la dignité de souverain, et que pouvait plus particulièrement attendre du père des fidèles un fils si dévoué de l'Eglise. Aucune démarche bienveillante n'avait précédé la sentence : on avait condamné le prévenu sans

l'entendre, même sans l'avertir. Le duc en témoigna sa douleur par une lettre au Saint-Père, écrite avec une liberté digne, ferme et néanmoins respectueuse. Celte lettre est trop remarquable, elle fait trop d'honneur au caractère de Léopold, pour qu'il soit possible de ne pas s'y arrêter un instant (1). Il s'y plaint de ce que son nom a été placardé dans les carrefours de Rome, comme s'il était l'ennemi déclaré de l'Eglise, lui né d'un père qui a mille fois hasardé sa vie pour les intérêts de l'Eglise, fils d'une reine plus recommandable encore par sa piété que par sa naissance, élevé par l'un et par l'autre dans une soumission parfaite aux devoirs de la religion, et issu d'une maison qui a toujours fait consister sa gloire principale à maintenir la pureté de la foi dans ses Etats. Après avoir exposé par quels motifs puissants il était obligé de rendre une ordonnance pour l'administration de la justice, il demande si, lors même que cette ordonnance eût blessé en quelque chose les droits et immunités de l'Eglise, il n'était pas de la justice du Saint-Père, aussi bien que de sa bonté, de l'exhorter paternellement à y remédier, selon la pratique constante des Souverains-Pontifes, et comme on venait de le faire en faveur d'un religieux français (2) célèbre par sa doctrine.

La guerre était commencée, elle fut soutenue vivement de part et d'autre. Intervention malencontreuse de l'évéque

(1) D. Calmet en a donné une analyse détaillée; M. le comte d'Haussonvillc en a inséré le texte dans son livre, où se trouvent tant de documents nouveaux.

(2) Le P. Quesnel. Demander qu'on eût pour le fils de Charles V, pour le chef d'une maison si renommée par son orthodoxie autant de ménagements qu'on en avait observés envers un hérésiarque déclaré, n'était pas une prétention exorbitante.

de Toul , propre seulement à aigrir les esprits ; appel interjeté de l'exécution du bref par le procureur-général de Lorraine, et suivi d'un arrêt de la cour qui en prohibait la publication ; nouvelle condamnation par le pape de l'acte d'appel, sous peine d'excommunication , autant de coups qui se répondirent avec rapidité. Les passions mises en jeu donnaient des proportions inquiétantes à un malentendu qu'il eût été facile d'aplanir dans le principe. Une députalion présidée par le marquis de Lenoncourt se rendit à Rome, elle y séjourna près d'un an et ne put rien obtenir. M. de Bissy, que le duc accusait d'être le principal instigateur de la bulle de censure, fut transféré du siège de Toul à celui de Meaux, vacant par la mort de Bossuet, et M. de Camilly nommé à sa place, sans que ce changement en amenât aucun dans l'affaire en suspens. A la vérité, le nouvel évéque montra plus de modération, mais il ne dépendait pas de lui d'arrêter le cours des choses. La chancellerie romaine se renferma dans ce système de len-

teur et d'expectative qui l'a souvent aidée à sortir de difficultés plus grandes , et dont celte fois encore elle n'eut pas lieu de se repentir. Elle attendit l'effet du temps et celui non moins certain des faveurs que les petits princes de cette époque avaient sans cesse à solliciter du Saint-Siège. Les grands évéchés et les riches abbayes, dont plusieurs avaient joui d'une véritable souveraineté, sans parler des électorals ecclésiastiques, rapportaient encore assez d'honneurs et de richesses pour être le point de mire des familles princières. Pendant plus d'un siècle, le siège de Metz avait appartenu pour ainsi dire à la maison de Lorraine ; ceux de Toul et de Verdun furent souvent occupés par des princes de la même maison. L'archevêché de Cologne était comme inféodé à la maison de Bavière depuis la fameuse apostasie de l'archevêque Gebhard de Truchsès. Les cadets

de familles souveraines trouvaient ainsi dans les avantages encore attachés à certains bénéfices de l'Eglise plus de grandeur et d'opulence qu'ils n'en auraient acquis dans les petits Etats où régnaient leurs aînés. Il ne fallait donc pas donner des motifs de mécontentement à celui qui pouvait ouvrir ou fermer les écluses d'un canal si fructueux (1). Le cas se présenta pour Léopold. Deux de ses frères étaient engagés dans les ordres (2) : l'aîné, déjà pourvu de l'évcché d'Olmiïtz, élu coadjuteur de Trêves, désirait passionnément, et le duc non moins que lui, l'expédition des bulles de fa coadjutorie ; le second, prince abbé de Stavelo, n'avait pas moins besoin des bonnes grAces du Saint-Père pour obtenir les hautes dignités ecclésiastiques auxquelles l'appelait sa naissance. Ces considérations, il faut en convenir, ébranlèrent la fermeté de Léopold*

(1) En voici un exemple, pris dans la propre famille ducale. L'abbaye de Rcniiremont se trouvant vacante, le chapitre élut (1707) la petite princesse Gabricllc, fille aînée de Léopold, qui n'avait encore que cinq ans. La cour de Rome fit la sourde oreille pour l'expédition des bulles, précisément à cause du conflit que le code Léopold avait amené. Les bulles ne furent accordées qu'en 1710, après l'arrangement de l'affaire.

(2) Charles, évùque d'Osnabruck et d'Olmiitz, électeur archevêque de Trêves, et François, prince abbé fie Stavelo, morts tous deux en 1715, le dernier au moment où le duc son frère s'occupait de le marier, cédr.nt aux représentations de Léonard Bourcicr sur l'imprudence dans laquelle tombent la plupart des maisons souveraines, qui s'éteignent parce que leurs membres ont recherché les grandeurs ecclésiastiques, au lieu d'assurer leur postérité par le mariage. Le quatrième fils de Charles V, Joseph, ne parut jamais en Lorraine. Bien jeune encore, il entra dans l'armée impériale, servit en Italie sous les ordres du prince Eugène, et mourut, à l'âge de vingt ans , des suites d'une blessure qu'il reçut à la bataille de Cassano (1703). Il donnait de grandes espérances^ Louis XIV porta le deuil de ce jeune prince, qui s'était rangé parmi SCS ennemis.

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LÊOPOLD.

D'ailleurs, 9a piété sincère et son esprit de sagesse le disposaient à des démarches de conciliation. Il céda, du moins en apparence, c'est-à-dire qu'il consentit à rapporter ou modifier les articles de son code frappés de réprobation ; mais le procureur-général Bourcier, chargé de réviser son premier travail, enjoignit au parquet de tenir comme non avenu le reirait des articles dont il proclamait ostensiblement l'abrogation. La cour souveraine donna les mains à cette interprétation peu loyale, de sorte que ces mêmes articles continuèrent à être invoqués par les avocats et appliqués par la cour. La question de principe, ainsi qu'il arrive souvent, fléchit devant les convenances personnelles; mais la concession eut cela d'heureux qu'elle mit fin à une mésintelligence qui n'avait que (rop duré. <;ruvcmc- Ni les préoccupations de la politique, ni celles éveillées

mont

B par le différend avec Rome n'empêchèrent Léopold de .1. rcopoid. poursuivre son œuvre réparatrice. Grâce à la neutralité et au soin scrupuleux avec lequel il veillait à ne fournir aucun prétexte de l'enfreindre, la Lorraine non seulement ne connut pas les maux de cette époque calamiteuse , mais elle vit renaître les beaux jours de Charles III. Le duc etit la joie de s'en convaincre par un témoignage authentique quand, en 17 M, une statistique, dressée par le géographe Buguon(l). lui apprit que dans l'espace de douze ans la Lorraine avait doublé sa population et accru ses richesses territoriales dans la même proportion. La guerre même qui bruyait à ses portes, enrichit son commerce, et les

(1) Didier Hugnon, que Léopold récompensa par le titre de son premier ingénieur géographe, avait exécute, d'après l'ordre du prince, un travail géographique sur la Lorraine et le Barrois, auquel était joint un recensement semblable à celui qui se pratiquait dans les évèchés et abbayes sous le nom de pouillr.

arts de la paix reprirent un essor que depuis longtemps ils ne connaissaient plus. La fondation d'une académie de peinture et de sculpture (1) atteste, entre autres symptômes, ce retour de prospérité ; car les beaux-arts sont comme le luxe de la civilisation, ils ne s'acclimatent guère sur un sol foulé par les soldats, ou qui a cessé de fournir aux premières nécessités de la vie. L'académie ne se composa pas seulement de peintres et de sculpteurs : des architectes, des graveurs, de mathématiciens, des mécaniciens, y prirent place. Plusieurs d'entre eux, notamment le graveur Saint-Urbain, ont obtenu une réputation que le temps n'a pas effacée. Il fut aussi question d'instituer à Nancy une académie des beaux esprits et d'y créer une bibliothèque publique. Le marquis de Lenoncourt, qui avait le goût des sciences et des lettres, goût rare alors chez les grands seigneurs, adopta vivèment ce projet qu'il fit goûter sans peine à un prince jaloux de donner de l'éclat à son règne ;

(i) Dans les lettres-patentes de cette érection, Léopold déclare que, pour mieux faire goûter à ses peuples les fruits de la paix dans laquelle Dieu lui a permis de les maintenir, u il a jugé à pro- •» pos de relever les arts de la peinture et de la sculpture, qui au- » trefois excellaient dans ses Etats, et qui semblent à présent s'y « être anéantis... et de leur accorder rétablissement d'une Âca- » démie dans sa bonne ville de Nancy, pour y instruire la jeunesse » dans lesdits arts, à l'exemple de celles qui sont établies à Rome » et à Paris. »» Les statuts (en 28 articles), empruntés, comme l'annonce le programme, aux académies de France et d'Italie, réglaient les attributions, privilèges et devoirs des académiciens. Un concours devait être ouvert chaque année entre les élèves, et un prix d'honneur décerné à celui qui, après avoir exécuté le meilleur dessin sur un sujet donné, en tirerait un tableau digne d'approbation. L'académie fut placée sous le protectorat du marquis de Lenoncourt, que son zèle éclairé rendait digne de cette distinction.

mais Tidée n'était pas mûre, elle ne devait aboutir que sous une autre influence (1).

ï^opoid a défaut d'établissement scientifique et littéraire, Léo-

▼eut fairo

pold aurait voulu du moins doter son pays d'une histoire

i hutoire de nationale. On ne possédait encore sur l'histoire de Lorraine que des mémoires, des biographies, des fragments ou des récits fabuleux sans autorité. À la vérité, sous le règne de Charles IV, par conséquent dans des circonstances trèsdéfavorables, un magistrat du Barrois avait entrepris d'écrire une histoire générale ; mais cet essai malheureux ne fut pas jugé digne de voir le jour. Le règne calme et prospère de Léopold promettait des efforts plus fructueux. Deux hommes semblaient naturellement indiqués au choix du prince : le P. Benoit Picart, capucin de Toul, et le P. Hugo, prieur de la maison des Prémontrés à Nancy, qu'il quitta pour l'abbaye d'Euval. Tous deux s'étaient occupés d'études historiques. Le premier se recommandait par son histoire de Toul, publiée en 1704, et par une dissertation sur l'origine de la maison de Lorraine, qu'il ramenait avec de nouvelles preuves au système du P. Jérôme Vignier, c'est-à-dire à la maison d'Alsace. Ces deux publications, la dernière dédiée à Léopold, annonçaient un homme versé dans les annales lorraines et capable par les qualités de son esprit de s'élever à une composition historique. Mais il était Français et comme tel suspect de partialité ; cette raison futile le fil écarter. Restait le P. Hugo, connu principalement par une Vie de saint Norbert, pleine

(1) L'académie de Stanislas, ainsi que l'indique le nom de son fondateur, appartient à l'époque où l'autonomie lorraine n'était plus qu'une fiction, mal déguisée sous l'omnipotence d'un chancelier plus puissant que le maître nominal. (Voir, sur l'académie de Stanislas, la note A à la fin du volume.)

t. il. 22

d'annotations curieuses. Désigné par le duc, avec le titre de conseiller historiographe, il eut à sa disposition le trésor des chartes un peu appauvri par les larcins français, et les riches archives des couvents encore intactes. Le zèle ni le talent ne lui manquaient. 11 aimait les lettres et s'intéressait à leur propagation, témoin l'imprimerie qu'il fonda dans son monastère : il s'y était entouré de jeunes et doctes religieux qui, sous sa direction, devinrent des aides utiles. Par malheur, c'était un de ces esprits ardents, nés pour la lutte et avides d'en rechercher les occasions. Tout en poursuivant ses recherches historiques, il s'avisa de pu» bler, en 1711, sous le pseudonyme de Baleicourt, un traité historique et critique sur l'origine de la maison de Lorraine, qui alluma entre son auteur et le capucin de Toul une polémique soutenue de part et d'autre avec chaleur, et où l'avantage ne resta pas au bouillant prémontré. La querelle eut assez de retentissement pour que le parlement de Paris s'en mêlât. Au fond, que Ton fit descendre les ducs de Lorraine de la maison d'Alsace ou de Chartemagne, c'est de quoi le parlement s'inquiétait peu : le temps était passé où cette question avait une importance politique. Mais la publication du P. Hugo et sa réplique au P. Benoit étaient semés de traits hardis contre la France, et ce fut là raison pour laquelle le procureur-général Joly de Fleury en demanda la suppression.

Après la condamnation prononcée par le parlement de Paris, et surtout après l'éclat d'une dispute passionnée, il n'était plus possible, quoique l'ouvrage de l'abbé d'Etival fût très-avancé, de le laisser paraître sous un nom tombé dans le décri public. Il fallut confier l'œuvre à une autre plume. D. Calmet s'offrit. 11 appartenait à cette congrégation de Saint-Vanne, de laquelle on peut dire qu'est sortie la congrégation deSaint-Maur, cl qui4 s'inspirant del'exem-

pie de sa fille française, devenue si célèbre, se livrait avec ardeur à des travaux d'éxégèse, de critique et d'histoire. Jeune encore, il s'était fait un nom dans la science sacrée par son Commentaire sur Vancien et le nouveau Testament (24 vol. in-4°), alors presque entièrement terminé. Léopold, que la crainte de nouvelles tracasseries rendait circonspect, n'osa pas agréer hautement les offres du savant bénédictin : il se contenta de lui faire dire qu'il le verrait volontiers donner suite à ce vaste dessein (1). Quelques années se consumèrent dans des efforts infructueux pour obtenir du duc une autorisation plus formelle. 11 paraîtrait qu'un peu découragé, D. Cal met ne se proposa plus que d'écrire une histoire ecclésiastique de la province de Trêves. Peut-être est-ce à cette idée préconçue qu'il faut attribuer le plan défectueux qu'a suivi l'auteur, lorsque Léopold s'étant à la fin montré plus facile, il se mit sérieusement à l'œuvre, élargissant son cadre outre mesure, sans s'apercevoir que mener de front tant d'histoires diverses était se jeter inévitablement dans les longueurs et la confusion. L'ouvrage fut achevé en 4728 (2). On sait qu'au moment de paraître, il fut soumis à une commission de censure? par suite d'indignes dénonciations, et qu'il en sortit déplorablement mutilé. Par toutes ces causes, le livre laisse à désirer sous beaucoup de rapports ; mais il n'en a pas moins rendu d'immenses services, et il est encore au-

(1) Voir, dans les Annales de l'archéologie lorraine, année 1860, l'excellente notice de M. A. Digot sur D. Calmet, pleine d'intéressants détails, dont nous empruntons quelques-uns.

(2) La première édition parut à Nancy, — 172» 3 vol. in-folio, la seconde à Paris, — 17*5 à 1757, 7 vol. in-folio, y compris la Bibliothèque lorraine, qui en forme le tome quatrième.

jourd'hui le fondement indispensable de tout travail sérieux sur la même matière.

Le désir de payer en passant un juste tribut an vénérable père de l'histoire de Lorraine, nous a fait perdre de vue le duc Léopold et sa cour. Il est temps d'y revenir, cour de Peut-être entrait-il dans la protection que le duc de

* aii

,uoev e. |-orrajne acCordait aux artistes et aux savants, un peu de cette propension qu'il avait à imiter Louis XIV, dont le prestige de gloire survivait au prestige de puissance. La réaction, qui devait se faire un jour contre la mémoire du roi dont la grandeur avait tenu dans l'admiration et dans la crainte tous ses contemporains, ne s'annonçait pas encore. Au contraire, parmi les petits princes germaniques coalisés contre lui, il n'y en eut guère qui ne se piquassent de lui ressembler par quelque endroit ; et comme les travers se prennent plus facilement que les grandes qualités, ce fut entre eux, pendant une grande partie du XVIIIe siècle, à qui aurait son Versailles et sa Montespan. L'ombre du Gçand-Roi tant adulé de son vivant, dut se réjouir de cette flatterie posthume de ses ennemis. Léopold , nous avons eu déjà l'occasion de le remarquer, partagea cette disposition des esprits de son siècle. Gomme Lôuis XIV, il aimait à s'entourer de courtisans souples et dociles ; comme lui, il fonda des académies ; comme lui encore, il eut le goût des bâtiments somptueux. Expulsé de Nancy par la présence des troupes françaises, il remplaça le vieux et inhabitable château de Lunéville par un palais d'une riche élégance, construit d'après les desseins de Germain Boffrand, et entouré de vastes jardins (1). Ce palais devint sa

(i) Les jardirfaappelés les Bosquets ne forent construits que dans les années 17H et 12, sur les dessins de Gervais, de Lunéville, surnommé l*Le Nôtre de la Lorraine.

LÉOPOLD. toi

résidence favorite ; il l'avait orné de meubles de haut prix, de belles tentures , d'objets d'art , d'un théâtre et d'une bibliothèque choisie. C'est là qu'il tenait sa cour et qu'il donnait des fêtes. On y représentait des pièces de circonslance, des pastorales héroïques, des tragédies en musique, des opéras entremêlés de ballets dans lesquels les seigneurs et même les princes et princesses de fa famille ducale paraissaient sur la scène, confondus avec les acteurs : réminiscence malheureuse de l'exemple donné par Louis XIV. Le terrible hiver de 4709 n'interrompit pas ces amusements ; on continua de se divertir à Lunéville lorsque l'Europe était en feu, et la France dans la dernière détresse. Le faste déployé dans les fêtes n'altérait en rien ^aimable simplicité qui réglait les mœurs et les habitudes de la famille dueale. De même que le duc et sa femme ne craignaient pas en certaines occasions de se perdre dans le flot populaire, de même leurs enfants se mêlaient aux enfants du peuple, soit dans leurs jeux, où parfois ils reçurent de ces leçons qui, bien qu'un peu brutales, ne laissent pas de profiter aux princes comme aux simples mortels, soit dans les examens publics et les instructions religieuses, où ils étaient interrogés comme les autres enfants. La marque La galanterie devait naturellement tenir sa place dans d« cnoa. une cour toul coupée de plaisirs, affranchie des barrières de l'étiquette et présidée par un souverain que sa jeunesse, son rang et ses qualités aimables exposaient aux séductions. Nous ne voulons ni dissimuler les faiblesses du fils de Charles-le-Sage, ni nous y arrêter plus que ne le permet la gravité de l'histoire. Mais en racontant la vie de Léopold, il est impossible de taire l'empire que prit sur lui une femme de haute naissance, que les témoignages contemporains nous peignent comme pétrie des grâces les plus ravissantes. Telle était Anne-Marguerite de Lignéville,

marquise de Craon, et telle elle parut encore, en 4718, à la cour du Régent. Les noms de Lignéville et de Beauvau indiquent assez qu'elle appartenait aux familles les plus élevées du pays. Que l'admiration de Léopold pour cette belle personne ait été strictement contenue dans les bornes d'un culte platonique, c'est sur quoi les mœurs de l'époque et les remarques un peu crues de la Palatine, mère de la duchesse de Lorraine, peuvent laisser quelques doutes (i). Quoi qu'il en soit, la passion du duc pour l'aimable marquise ne fut un mystère pour personne ; c'était une sorte de fascination qu'il ne pouvait maîtriser, et dont les effets éclataient involontairement jusque sous les yeux d'un nombreux entourage. Le temps qui renverse tous les empires n'ébranla pas celui de cette enchanteresse, et ne diminua pas non plus la faveur, du reste méritée, dont jouissait le marquis de Craon. Si, cédant au penehant de son cœur, le duc de Lorraine s'était contenté d'user de son crédit à Vienne et à Madrid pour faire obtenir à son grand-écuyer les titres de prince du Saint-Empire romain et de Grand d'Espagne de première classe, assurément il n'y aurait eu dans cette légère satisfaction donnée à un fidèle serviteur rien de contraire aux devoirs du souverain. Mais il alla plus loin ; n'écoutant que sa générosité naturelle, il se plut à répandre sur le couple qu'il aimait une profusion de largesses dont rien ne justifie l'énormité, et

(1) D'un autre côté, les soupçons injurieux ne doivent pas atteindre légèrement une femme qui, pour employer une expression vulgaire, faisait si bon ménage qu'elle a donné vingt enfants à son mari, surtout quand ce mari, homme d'honneur et compagnon du duc des leur plus tendre jeunesse, n'a pas cessé d'être dans la confiance intime de celui qui lui aurait fait un si sanglant outrage. Nous ne lisons pas que Louis XIY ait pris M. de Montespan pour son conseiller et son favori.

que devaient lui interdire les faibles ressources d'un Etat à peine relevé de sa ruine : heureux toutefois le prince en qui l'histoire ne trouve à reprendre que des bienfaits ! Eglise En même temps que s'élevait le palais de Lunèville, des dlT^. lravaux non moins importants s'exécutaient à Nancy. Un siècle s'était écoulé depuis que Charles III, ne pouvant obtenir l'érection d'un évéché dans sa capitale , avait jeté les fondations de son église primatiale, unique concession que la politique opposante de la France eût laissé Rome maiiresse d'accorder. Les premiers travaux à peine sortis de terre, avaient traversé dans un complet abandon la funeste période à laquelle mit fin le traité de Ryawick. Une église provisoire et quelques maisons bâties à la hâte pour loger les dignitaires, là en était resté quant au matériel rétablissement religieux de Charles III. Si, durant ce long intervalle, les malheurs publics n'avaient pas permis de réaliser les vues primitives du fondateur, maintenant que la Lorraine renaissait à la vie des peuples, il était urgent de n'en plus différer l'exécution. Le duc s'entendit avec son frère Charles, évéque d'Osnabrûck et primat de Nancy ; les anciennes fondations furent enlevées, on choisit un autre terrain, et le troisième frère de Léopold, encore très-jeune, posa la première pierre de la future église (4 703). La pompe et la solennité dont les Lorrains aimaient à entourer leurs fêtes religieuses, ne manquèrent pas à cette cérémonie (1). Les travaux entrepris avec ardeur subirent quelque interruption; néanmoins l'édifice, dressé sur le modèle de l'église de Rome , Saint-André-du- Val, n'était pas loin d'être terminé à la fin du règne de Léopold (2).

(1) Lionnois en donne la description, tome III, page 272.

(2) Le même historien précité, a fait la remarque qne deux

L'exécution, sous le rapport de Fart, ne parut pas répondre entièrement à l'attente générale, du moins la critique ne lui a-t-elle pas épargné ses traits. Léopold ne s'en tint point là. Plusieurs monuments d'utilité publique ou destinés aux plaisirs de l'esprit montrèrent à tous les yeux l'heureuse transformation qu'éprouvait la Lorraine. Noua citerons entre autres une salle d'opéra (1), élevée d'après les plans et sous la conduite de Bibiane, de Bologne, peinte par les meilleurs artistes de l'académie des Beaux-Arts (Claude Charles et Joseph Provençal), et u qui attirait l'admiration des étrangers «. L'exemple passa du prince aux sujets : les seigneurs à leur tour se bâtirent des demeures somptueuses, et Nancy vit ses places et ses rues s'orner d'élégantes constructions, p^is de Non content de ce qu'il faisait pour embellir sa capitale, ia Maigrange,je ^ue voulut encore se préparer aux portes de Nancy une

des principaux ornements de la Primatiale, savoir : le troisième ordre élevé pour masquer le fâcheux effet de l'écartement des tours, et la substitution de la pierre de taille à la charpente couverte d'ardoises par laquelle devaient se terminer les tours, « sont » dus à deux hommes distingués, chacun dans un art qui n'a rien n de commun avec l'architecture », à l'habile horloger Barbe, et au célèbre graveur Saint - Urbain. — Quant au monument luimême, objet d'une dépréciation exagérée, nous ne pouvons mieux faire que de répéter les paroles d'un savant archéologue, juge très-compétent : « On ne peut nier, dit M. Digot, que sous le rapn port de l'ampleur, de l'harmonie des lignes et de la sobriété des w ornements, la Primatiale ne soit préférable à la plupart des n églises du XVIIIe siècle «.

(1) Commencée en 1707, finie en 1709, cette salle, malgré sa magnificence, était réservée à une misérable fortune. Le roi de Pologne, en 1758, en commença la démolition; on la convertit en salle de comédie, qui dura peu. Les démolitions continuant, elle devint magasin à blé, et finalement quartier de cavalerie, ce qu'elle est encore, sans autre trace de son passé que la rue qui garde son nom.

nouveau habitation d'un goût plus nouveau que le palais ducal, pour llâ" ducaK lequel il semble n'avoir eu qu'éloignement et déplaisance. Sur la colline qu'occupait l'ancien château de la Malgrange, en train de démolition, commença de s'élever, d'après les dessins de Bofïrand, un nouveau palais plus magnifique que le premier (1). De beaux et spacieux jardins, favorisés par le mouvement accidenté du sol, répondirent à la somptuosité du bâtiment. Tous ces coûteux travaux touchaient à leur terme lorsque Léopold s'en dégoûta soudain, sur un motif assez frivole (2), pour s'éprendre d'un projet presque gigantesque, eu égard aux moyens bornés dont il disposait. Ce n'était rien moins que d'édifier à Nancy, dans le style moderne, un autre palais ducal. Il semblait que

(1) Le premier château de la Malgrange fut bâti par Henri II, n'étant encore que duc de Bar. Sa femme huguenote, Catherine de Bourbon, y suivait les pratiques de sa religion, entourée de ministres calvinistes, dont les prédications publiques se firent alors entendre pour la première fois dans un pays qui les avait constamment repoussées. — Le palais de Léopold eut le même sort que celui de Henri II. Stanislas le démolit en 1738 et le remplaça par la riche construction dont les dessins ont été gravés dans divers recueils. Tous les arts furent conviés à décorer cette élégante demeure. On vantait le goût avec lequel le parc était dessiné, et tout ce qu'on y avait artistement ménagé pour le plaisir des yeux. Après Stanislas, la décadence fut rapide : de tant de splendeurs, il ne resta qu'une aile, qui est encore debout. . (2) On raconte que lorsque l'électeur de Bavière Maximilien- Emmanuel visita Léopold, après la paix de Rastadt, il dit, en voyant le château de la Malgrange, auquel on travaillait encore, qu'il était trop près de Nancy pour une maison de campagne et trop loin pour une habitation de ville. Le propos, s'il est vrai, prouve peut-être la mauvaise humeur d'un prince pendant dix ans dépouillé de ses Etats; mais ce n'était pas une raison suffisante de sacrifier le fruit de quatre années consécutives de travaux et de dépenses. Le sage Léopold avait coutume de se décider d'après des motifs plus sérieux.

l'éiat précaire du pays, les pieux souvenirs de famille et lescharges d'un trésor modeste, dussent le détourner d'uue telle entreprise. Il est vrai que le» plans tracés par le célèbre Boffrand ne laissaient rien à désirer en grandeur et magnificence (1). Raison de plus de ne pas se jeter dans des dépenses ruineuses. En outre, pour faire place à la future merveille, il fallait renverser presque en entier cet ancien palais qui , bien qu'irrégulier, était cependant si commoder même si splendide, que Louis XIV avec sa cour s'y trouvait, avait-il dit, mieux logé qu'au Louvre. Malgré toutes ces considérations, Léopold se mit à l'œuvre. La hache et le marteau attaquèrent l'antique résidence, dont chaque pierre pour ainsi dire était un fragment de l'histoire nationale. Le sacrilège, pour employer le vrai mot, s'étendit jusque sur le chœur de l'église Saint-Georges et les chapelles attenantes, où reposaient les dépouilles des ducs et duchesses de Lorraine. Ni le respect des ossements séculaires, ni les remontrances du chapitre de la vieille collégiale (2) ne purent empêcher ces profanations. Le patrio-

(1) Boffrand a décrit lui-même, dans son Livre d'architecture,. l'ordonnancement du nouveau palais. Outre qu'un médiocre intérêt s'attache à une bâtisse qui n'a pas même été terminée, nous avouons avoir peu de goût pour ces masses de pierre, quand le temps ne leur a pas laissé son empreinte, et que, loin d'être le produit d'une idée grande et féconde, il a fallu payer leur stérile magnificence par la destruction des monuments les plus précieux.. Nous ne reproduisons donc pas ici la description donnée par Boffrand. Le lecteur qui en serait curieux la trouvera dans le livre de Lionnois et dans l'Histoire de M. A. Digot.

(2) Voyant que ses prières n'étaient pas écoutées, le chapitre, en guise de protestation aujourd'hui bien éloquente, dressa procèsverbal des actes dont il fut témoin. Nous avons ainsi la liste des mausolées, tombes et ornements qui disparurent tout à fait ou n'échappèrent que mutilés. Dépouillée de son caractère sacré et par le fait rendue inutile, l'antique église, après quelques jours de

LËOPOLD. 347

tisme lorrain, de peur d'être obligé de s'en prendre à une chère et vénérée mémoire, a reproché plus tard au roi Stanislas d'avoir effacé comme à dessein les vestiges du vieux Nancy pour n'exposer aux regards que la ville coquette qu'il a bâtie. Si le reproche n'est pas dénué de tout fondement, néanmoins les faits forcent à reconnaître que le vrai destructeur n'a pas été Stanislas de Pologne (1), mais Léopold de Lorraine, lequel, séduit par une fausse idée de grandeur, méconnut en cette occasion la véritable grandeur de la patrie restaurée par ses soins. Le temps et l'argent lui manquèrent pour terminer son œuvre; son fils n'y toucha point, occupé qu'il était d'autres intérêts ; puis quand vint Stanislas, le palais inachevé de Léopold n'était plus qu'un anachronisme, il ne restait qu'à le faire disparaître.

Afin de ne pas séparer des matières qui se touchent de près, nous avons interrompu le récit des événements qui se passaient autour de la Lorraine, sans sa participation directe, mais non sans qu'elle eût à s'en préoccuper. 11 est nécessaire, pour remplir cette lacune, de revenir un peu sur nos pas.

Médiation L'incendie allumé par la guerre de la succession, un lorraine ^es grands fléaux qui aient affligé l'humanité, avait étendu

u>au xiv. de proche en proche ses ravages. La mort de l'empereur

langueur, tomba plus bas encore : la ville en fit un magasin, et Stanislas acheva de la démolir pour mettre à sa place les cuisines du palais de l'intendance.

(1) Si la route ne lui avait pas été frayée, jamais il n'eût osé l'ouvrir. Mais quel scrupule l'aurait retenu, lui étranger, lorsque le double culte de la patrie et de la famille n'avait pas empêché un duc lorrain de donner ce funeste exemple ? H existait encore une Lorraine du temps de Léopold, il n'y en avait plus sous le beau-père de Louis XV.

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