CHAPITRE IL
Traité de Moins de six mois s'écoulèrent entre le traité de Vie et Lircrdon. ^ lrailé de Liverduii, plus honteux que le premier. Que s'était-il passé dans ce court intervalle pour que la France se crût en droit de prendre de nouvelles sûretés contre Charles IV? Rien qu'on ne dût attendre d'avance de ce prince, dont l'inquiète ambition et les impuissantes rancunes ne servaient qu'à fournir des armes pour l'accabler. A peine Louis s'était-il éloigné de Metz, que des envoyés de l'empereur et du roi d'Espagne arrivèrent à Nancy, promettant au nom de leurs maîtres des secours d'hommes et d'argent, qui suffiraient à laver l'affront de Vie et à reprendre Marsal. Charles ne se contenta point d'accueillir leurs propositions avec empressement, il se mit aussitôt à lever des troupes, sous couleur de garantir ses frontières contre les Suédois. Gustave-Adolphe, prêt à punir l'électeur de Bavière du rejet de la neutralité, ne voulait pas être inquiété sur ses derrières ; il porta plainte à Richelieu, et celui-ci, jugeant que l'occasion était belle de joindre à la bride de Marsal un nouveau caveçon, résolut de mener le roi en Lorraine attacher le caveçon de sa propre main. Une armée de réserve organisée en Champagne , une
autre dans l'électoral de Trêves sous le commandement des maréchaux Schomberg et la Force, garantissaient d'aulant plus le succès de l'expédition que ni les Espagnols tenus en échec par les Hollandais, ni l-empereur aux prises avec les Suédois victorieux, ne pouvaient envoyer les secours qu'ils avaient promis.
Les griefs ne manquaient pas contre un prince qui, dans son imprévoyance égale à sa témérité, les multipliait comme à plaisir. Quoique Gaston, après la signature du traité de Vie, eût quitté la Lorraine pour se retirer dans les Pays- Bas, les intelligences continuèrent entre les deux beauxfrères, actives et provocatrices. Des lettres du duc François et de son fils excitaient Monsieur à donner de V exercice au roi. Le conseil fut suivi. Monsieur, ne se bornant plus a intriguer, se préparait à combattre : le duc de Montmorency s'était déclaré pour lui , et la défection de ce personnage important pouvait entraîner tout le Languedoc. Gaston se mit en devoir de le rejoindre avec deux à trois mille cavaliers que les Espagnols l'aidèrent à réunir. II rencontra sur le territoire lorrain une compagnie française que ses gens massacrèrent, et lui-même, poussé par l'envie de revoir Madame Marguerite, tomba tout à coup à Nancy où, à la vérité, il ne s'arrêta que vingt-quatre heures. Le duc, comprenant tout ce que ces diverses circonstances devaient avoir de compromettant pour lui, se hàla de désavouer toute connivence. On ne le crut pas, ou Ton feignit de ne pas le croire.
Le roi et le cardinal, sans que la prise d'armes de Monsieur les détournât, entrèrent rapidement daus le Barrois, pendant que les maréchaux de l'armée de Trêves, remontant le cours de la Moselle, enlevaient Pont-à-Mousson, et s'avançaient jusqu'en vue des remparts de la ville vieille. Un régiment de cavalerie lorraine qui se gardait mal, car
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la guerre n'était pas déelarée, fut presque entièrement massacré sur les bords de la Meuse. Le roi, à qui le due fit porter plainte de cette violation du droit des gens, se contenta de répondre qu'il ne souffrait pas de troupes étrangères si près île /ut, à moins qu'elles ne fussent sous ses drapeaux. Chacun était dans son rôle : le plus faible s'abritait sous des protestations peu sincères, démenties par ses actes secrets ; le plus fort, agissant à découvert, ne se donnait pas la peine de masquer sa perfidie. Il n'y eut de résistance nulle part. Saint-Mihiel ouvrit ses portes à la première sommation. Nancy, sur le point d'être investie, n'était pas même pourvue de vivres et de munitions. Toute défense étant impossible, Charles sauva sa capitale en signant le traité de Liverdun, aux conditions qui lui furent dictées. Les humiliantes stipulations du traité précédent avaient du moins respecté l'intégrité du territoire lorrain : celles du 26 juin 4652 en commencèrent le démembrement. Le comté de Clermont en Argonne, que Louis eonvoitait comme avantageux à la protection de sa frontière, lui fut remis en toute propriété moyennant une somme d'argent ; il reçut encore, mais en dépôt et pour quatre années seulement, les villes et châteaux de Stenay et Jametz. Charles s'obligeait en outre à rendre hommage pour le Barrois dans l'espace d'un an, et son frère le cardinal Nicolas-François devait rester en otage jusqu'à la remise des forteresses aux commissaires royaux. D'ailleurs, les clauses du traité de Vie étaient maintenues, et le duc promettait de les observer religieusement. Quelque dures que fussent ces conditions, le duc espérait encore que la fortune de Gaston relèverait la sienne ; mais il apprit bientôt la déplorable issue des affaires du Languedoc. Inflexible dans sa facile victoire, Richelieu livra le noble duc de Montmorency à la hache du bourreau : il voulut à la fois
CHAULES IV.
déshonorer Monsieur, qui se racheta par l'abandon de celte tète illustre, et montrer aux factieux que l'éclat du rang et de la naissance ne dispensait personne du devoir d'obéir.
Nous ne sommes encore qu'au second acte d'une comédie où, pour la dignité des personnages, on regrette de part et d'autre le retour des mêmes artifices, d'une égale mauvaise foi, et de ressorts presque identiques aboutissant à un semblable résultat. Dans cette lutte du fort contre le faible, l'inégalité parait moins encore dans les forces matérielles que dans l'immense disproportion des jouteurs. Au calme de Richelieu, à sa froide sagacité, à ses calculs suivis avec une impassible logique, Charles n'oppose que des hésitations, des boutades, de misérables subterfuges, des finesses grossières ; il n'a nulle intelligence de sa situation ; le cœur même semble lui faillir, à lui qui prouva maintes fois combien il l'ava'it héroïque sur le champ de bataille.
" On put croire d'abord qu'accablé par ses propres disnet grâces et par celles de Monsieur, le duc de Lorraine appli-